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Histoire de l'art > La peinture
L'histoire de la peinture
La peinture en Suisse au XIXe siècle

La Suisse romande

Genève et Neuchâtel sont les deux centres artistiques de la Suisse romande au XIXe siècle

Les peintres genevois.
Genève avait déjà été, durant le XVIIIe siècle, le berceau d'une pléïade d'artistes. Au seuil du XIXe siècle, nous rencontrons le portraitiste Firmin Massot (1766-1849), l'animalier Jacques-Laurent Agasse (1767-1849), le peintre de moeurs Adam Toepffer (1736-1847), enfin Pierre-Louis de la Rive (1753-1817), qui par ses vues alpestres, le Mont Blanc vu de Sallanches, inaugure la série des paysagistes suisses.

Le paysage.
A. de Haller, par son Poème des Alpes, Jean-Jacques Rousseau, par l'admiration de la nature qui se reflète dans toutes ses oeuvres, ont contribué à développer en Suisse le goût des hautes Alpes. C'est à un peintre neuchâtelois, Maximilien de Meuron (1785-1868), que revient le mérite d'avoir, le premier, saisi la poésie et la grandeur des cimes neigeuses. Il ne s'est pas borné à reproduire de loin leur architecture; il a pénétré dans les vallées où grondent les avalanches, où la lumière scintillante des glaciers s'oppose aux ombres que projettent les rochers abrupts. Suivant l'expression de Toepffer, le premier, il a su rendre sur la toile « la saisissante âpreté d'une sommité alpine, au moment où, baignée de rosée et se dégageant à peine des crues fraîcheurs de la nuit, elle reçoit les premières caresses de l'aurore ». Son oeuvre la plus marquante, l'orage dans la vallée de Näfels, se trouve au musée de Neuchâtel. 
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Calame : le lac.
Le Lac, par Alexandre Calame (ca. 1850).

L'école genevoise, représentée par François Diday (1802-1877) et par Alexandre Calame (1810-1864), marcha sur les traces de Meuron. Diday avait du coup d'oeil, une grande facilité d'exécution, un sens dramatique qui anime ses paysages d'un souffle puissant. La couleur terreuse des montagnes leur donne toutefois quelque chose de factice (Vallée de Lauterbrunnen, au musée de Berne). Calame avait une conception exigeante de la montagne. La nature des Alpes revêtait à ses yeux un caractère héroïque.

Suivant l'expression de son biographe Rambert, « il a fait briller les blanches arêtes sous les rayons obliques de l'aurore et du couchant, il a sondé les précipices et fait passer sur la toile le frisson du vertige; il a courbé les sapins sous l'effort de la tempête, lancé les torrents dans l'abîme, fait trembler des rochers énormes » (Mont Rose, au musée de Neuchâtel). Ses eaux-fortes et ses gravures révèlent, autant que ses peintures, la nature à la fois intime et grandiose des Alpes suisses.

Calame et Diday ont eu des successeurs à Genève. Alfred van Muyden (1818-1898) passa une partie de sa vie à Rome et y peignit de préférence la femme du peuple poétisée par la maternité. Barthélemy Menn (1815-1893) a formé dans son atelier de nombreux artistes. Ses oeuvres, qui dénotent l'influence de Corot, dont il était l'ami, sont empreintes d'un charme intime. A ce groupe se rattache Étienne Duval, dont les paysages orientaux mêlent le rêve à la réalité. Baud-Bovy (1848-1899) nous a livré le secret des effets de lumière dans les hautes Alpes. Son Église d'Aeschi (musée de Berne) est un chef-d'oeuvre de vérité.
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Menn (autoportrait).
Barthélémy Menn (autoportrait). 

Peinture d'histoire.
A côté du paysage, les peintres de la Suisse romande ont cultivé l'histoire et le genre. Léonard Lugardon (1801-1884, Serment de Grüli, Arnold de Melchthal) et Joseph Hornung (1792-1870, Mort de Calvin, au musée de Genève) représentent la peinture d'histoire. Quoique d'un style qu'on juge aujourd'hui poncif, leurs toiles étaient exécutées avec une grande fermeté de dessin et avec un souci de la réalité qui constituait alors une innovation.

Peinture de genre.
La famille des Girardet a cultivé surtout la peinture de genre. Karl Girardet (1813-1871), élève de Hersent et de Coignet, respira l'air parisien dès son enfance. Il aborda les sujets plus plus variés, depuis les cérémonies de cour des d'Orléans, dont il fut pendant longtemps le peintre attitré, jusqu'aux paysages idylliques du lac de Brienz. Edouard Girardet (1811-1880), observateur sagace, a fait ressortir le charme des scènes villageoises et des intérieurs bernois. Paul Girardet a popularisé, par la gravure, I'oeuvre, de ses frères. Au tournant du XXe siècle, enfin, les fils de ce dernier,
Eugène et Jules Girardet, soutiendront la réputation de leur nom  par de fréquents envois aux Salons.

Léopold Robert , Charles Gleyre et les autres Genevois.
Au début du XIXe siècle, la Suisse romande a compté deux peintres illustres, représentés au musée du Louvre par des oeuvres capitales. 

Ce sont Léopold Robert (1794-1835; de la Chaux-de-Fonds), et Charles Gleyre (1806-1874), originaire du canton de Vaud. Léopold Robert était élève de David. Ses productions reflètent la minutie propre au travail des populations horlogères dont il était issu. Il avait pour le geste italien et pour les teintes méridionales, qui s'offraient à lui pendant ses séjours à Naples et sur les rives de l'Adriatique, une admiration enthousiaste et communicative. Ses oeuvres de la meilleure époque (les Moissonneurs, au musée du Louvre; les Pêcheurs de l'Adriatique, au musée de Neuchâtel) reflétèrent les impressions que Mme de Staël avait exprimées dans Corinne et exercèrent une certaine influence sur l'école française. 
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Léopold Robert : les Pêcheurs de l'Adriatique.
Les Pêcheurs de l'Adriatique, par Léopold Robert.

Gleyre est plus froid. Disciple d'Ingres, il s'efforce de marcher sur les traces de son maître. Son Hercule aux pieds d'Omphale est une composition appliquée, d'un dessin consciencieux et correct, mais d'un coloris conventionnel. Les Illusions perdues, du musée du Louvre, resteront une de ses meilleures toiles.

Quelque sommaire que soit une revue de la peinture genevoise au XIXe siècle, elle ne petit passer sous silence les noms de Ernest Bieler, décorateur et portraitiste de talent; de Giron, dont la facture large et habile se manifeste dans les portraits comme dans ses grandes compositions décoratives (panneau de la salle du Conseil national, à Berne). Ed. Ravel a su rendre le ton local du Valais; les côtes de la Grande-Bretagne, avec leur riche végétation et leurs falaises abruptes, se reflètent dans les toiles de Jules Crosnier; enfin la famille de Beaumont a donné à sa ville natale plusieurs artistes distingués : Auguste de Beaumont, enlevé brusquement à une carrière pleine d'avenir, a laissé des paysages qui sont de véritables poèmes champêtres. Pauline de Beaumont a fait résonner la note grave des plaines de Lorraine. Gustave de Beaumont a décoré de fresques remarquables l'arsenal de Genève. Ses délicats pastels évoquent dans toute leur fraîcheur la gràce enfantine.

Les peintres vaudois.
Le canton de Vaud revendique un peintre dont le talent se distingue par sa souplesse et son ampleur : Eugène Burnand est à la fois paysagiste, animalier, peintre d'histoire, portraitiste; il a illustré des livres et abordé, à la fin du XIXe siècle, la peinture religieuse, dont il a fait dès lors son genre de prédilection. Tout ce qu'il produit porte l'empreinte d'une conscience scrupuleuse, d'une conviction arrêtée et d'une faculté d'assimilation admirable. Comme Calame, il a su rendre la majesté de la haute montagne (le Taureau, au musée de Lausanne; la Descente des troupeaux, au musée de Berne). Il a peint les moeurs de son pays natal d'une main hardie et adroite (la Pompe à feu, au musée de Neuchâtel). Un souffle puissant anime ses réminiscences historiques (la Fuite de Charles le Téméraire, au musée de Lausanne). Il a compris le poète Mistral (illustrations de Mireille). Enfin un esprit de recueillement plane sur ses compositions religieuses, dont les plus célèbres sont : les Disciples, Saint François bénissant les troupeaux, l'Homme de douleurs et la Prière sacerdotale.
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Burnand : les Disciples.
Les Disciples, par Eugène Burnand (1898).

Les peintres neuchatelois.
Au musée de Neuchâtel, nous rencontrons les noms de Charles-Edouard Dubois, paysagiste de marque; de Léon Berthoud, dont l'imagination enfiévrée rappelle Turner (la Mitraille Aurélienne à Rome, 1886); et d'Albert de Meuron, fils de Maximilien de Meuron, qui marcha sur les traces paternelles et unit à une grande distinction de pensée la possession de moyens techniques consommés (le Col du Bernina, 1864, au musée de Neuchâtel). 

Paul Robert, neveu de Léopold Robert, s'est fait un nom par les peintures qui décorent l'escalier du musée de Neuchâtel. Il est à la fois dessinateur, coloriste, poète, penseur et croyant. Ses oeuvres ont attiré des foules. 

Il faudrait citer ici Edmond de Pury, qui a consacré son art aux lagunes vénitiennes, Gustave Jeanneret, Gustave de Steiger, Louis de Meuron et d'autres.

La Suisse alémanique

A part le portrait qui y fut toujours cultivé, la peinture moderne ne se rattache pas, en Suisse alémanique, à une tradition aussi continue qu'à Genève.

Ludwig Vogel, de Zurich (1788-1879), mérite seul d'être cité parmi les artistes de la première moitié du XIXe siècle. Il nous a laissé des peintures de moeurs (le Jeu de pierre au Righi) qui frappent par la richesse des motifs, la clarté d'exposition, l'éloquence du geste.

Arnold Böcklin.
Le nom de Böcklin (1827-1899) surgit au milieu de ce groupe comme un éclair. Comparable à la musique de Wagner, son art a réveillé un monde de sensations jusqu'alors ignorées et pénétré de son levain l'idéal de toute une école.
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Böcklin : les jeux de la vague.
Les jeux de la vague, d'Arnold Böcklin (1883).

Arnold Böcklin, né à Bâle, était fils d'un humble négociant. D'une nature saine, d'un caractère franc, il se distingua de bonne heure par son énergie et embrassa la carrière des arts en dépit de la volonté paternelle. Il se rendit tout d'abord à Düsseldorf et y travailla assidûment, sans toutefois subir l'influence de ce milieu. Puis il alla à Paris et fut témoin de la révolution de 1848. Le spectacle sanglant qui s'offrit alors à ses yeux produisit sur lui une impression profonde et se traduisit dès lors dans sa peinture par des accents dramatiques. En 1850, nous le trouvons à Rome, où il cherche sa voie au milieu de difficultés matérielles. Il épouse une fille du peuple, Angela Pascucci, de Palestrina, et trouve en elle un appui qui contribua au succès de ses efforts. Après un temps d'épreuves pendant lequel il lutte contre la faim, la maladie et le mépris du public, il finit par percer à Munich. Le baron Schack le remarque et le comte Kalkreuth lui offre une chaire à l'Académie de Weimar.

Le séjour de Böcklin à Weimar fut de courte durée. S'il le délivra des soucis matériels de la vie, il ne répondit pas à ses aspirations d'art. Brusquement le maître quitta l'Allemagne et se rendit à Rome, où l'attiraient ses souvenirs, les colorations chaudes du Midi et la grande poésie qui revit dans les monuments antiques. Il y séjourna de 1862 à 1866. Cette période développa de plus en plus ses rares qualités de coloriste. Les commandes affinèrent surtout de la part du baron Schack et de quelques amateurs bâlois. C'est alors que furent mises en page diverses éditions de la Villa au bord de la mer,  visibles à Munich et à Winterthur. La plupart des oeuvres de Böcklin sont issues d'une suite d'épreuves que le maître remaniait au fur et à mesure qu'il s'approchait de leur achèvement. Un bon nombre de ces morceaux que le peintre jugeait mal venus auraient péri sans sa femme, dont l'intervention a sauvé plus d'un chef-d'œuvre.
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Böcklin : la villa au bord de la mer.
La villa au bord de la mer, d'Arnold Böcklin (1864, pinacothèque et, ci-dessous, galerie Schack).
Böcklin : la villa au bord de la mer.

A Bâle (1866-1871) il s'adonna à la fresque et exécuta deux ensembles importants dans l'hôtel de Sarasin et au musée de la ville. Ces oeuvres, qui révèlent une grande habileté de main et une surprenante faculté d'adaptation, déterminèrent une nouvelle étape dans l'évolution de son style. Sa manière devint plus large. C'est alors qu'Il exécuta la Chevauchée de la mort, les Pèlerins d'Emmaüs, les Furies et le Meurtrier (Munich) dont on admire l'effet puissant et le coloris intense. 

Les bustes qu'il modela à cette époque pour la Kunsthalle de Bâle mirent en évidence à la fois son adresse étonnante et un esprit satirique dont les brusques saillies lui attirèrent des ennemis. Froissé par les procédés de la commission des Beaux-Arts, qu'il jugea malveillants, il quitta sa ville natale et séjourna successivement à Munich (1871-1874), à Florence (1874-1885) et à Zurich (1885-1892). A Florence, les antiques, le Printemps de Botticelli et le triptyque de Hugo van der Goes semblent avoir agi sur lui. Il simplifia ses compositions et atténua sa gamme de couleurs. L'lle des morts, dont il devait donner quatre répliques, a vu le jour à ce moment (1880-1883). Elle reflète le génie de Böcklin sous sa forme la plus classique.
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Böcklin : l'île des morts.
L'île des morts, d'Arnold Böcklin (1883).

A Zurich, il se lia avec le romancier Gottfried Keller, dont il discernait l'âme profonde sous l'écorce un peu rude. Il y produisit des portraits, des idylles, des tableaux d'histoire et des improvisations mythologiques, où de joyeuses naïades se bercent dans les flots sous le regard de tritons grotesques. Böcklin est mort à Florence en 1901, après avoir exécuté au cours de ses dernières années quelques oeuvres qui ne peuvent soutenir la comparaison avec celles de sa période de pleine maturité. 

Notre artiste était poète avant tout. Ce qui lui importait, c'était moins la formule que le sujet. Il l'a affirmé Iui-même dans une de ses oeuvres intitulée Poésie et Peinture (1882, collection particulière, à Berlin). De deux figures allégoriques, la Poésie dresse sa haute stature et fixe le ciel d'un regard lumineux; la Peinture se courbe et travaille sous l'inspiration de son aînée.
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Böcklin : Roger et Angélique.
Roger et Angélique, par Arnold Böcklin (1873).

Son oeuvre est considérable. Elle est animée d'un souffle ample qui domine la matière
à force de s'en assimiler les éléments essentiels. Böcklin n'imite pas servilement la nature, mais il en connaît le charme et l'évoque sous son pinceau avec une magistrale ampleur. Son paysage est un décor factice et imparfait dans les détails, mais d'une vérité empoignante dans son ensemble. Il a saisi l'attrait mystérieux des grands fleuves comme Wagner dans son Or du Rhin. Il a su rendre l'abondance de la végétation méridionale, les découpures des rochers abrupts, le jeu du soleil et de la lune sur les flots. Il a renouvelé la mythologie antique en lui donnant pour cadre le paysage moderne. Son côté faible, le dessin de la figure humaine, est en quelque mesure racheté par l'habileté de la mise en scène.

Les autres peintres de la Suisse alémanique au XIXe siècle.
Ernest Stückelberg, de Bâle (1831-1903), est une figure marquante de l'art suisse. Élevé dans un milieu très cultivé, initié aux arts par son illustre cousin Jacques Burckhardt, il se sentit de bonne heure attiré vers l'Italie et y passa les meilleures années de sa vie. Son oeuvre principale est la décoration de la chapelle de Guillaume-Tell sur les rives du lac des Quatre-Cantons. Il y a fait revivre en des portraits caractéristiques les héros nationaux suisses. Outre la peinture d'histoire, Stückelberg a cultivé le paysage, le genre et le portrait. Quelques-uns de ses portraits d'enfants sont des chefs-d'oeuvre de vérité et de grâce.
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La Jeune fille au lézard, de Ernest Stückelberg.

Karl Stauffer, de Berne, également sculpteur, se distingua par son dessin impeccable (le Crucifié, au musée de Berne; portrait à l'eau-forte de K.-F. Meyer).

Benjamin Vautier (1829-1898), formé à l'école de Düsseldorf, représenta, en Suisse, la peinture de genre solide et d'une facture un peu lourde. Avec plus d'esprit, Anker (né à Anet en 1831) s'est attaché à peindre les moeurs des populations rurales au milieu desquelles il vivait.

Hans Sandreuter, de Bâle (1850-1904), fut un disciple bien doué de Böcklin.

Guillaume Füssli (né à Zurich en 1830). portraitiste, et Rodolphe Koller (1828-1905), de Zurich, qui fut de première force dans la peinture des animaux, ont laissé  également leur marque.

Par son réalisme, ses compositions originales et ses qualités de dessin, Ferdinand Hodler s'est imposé à l'attention. Parfois discuté par ses contemporains, il peut être considéré comme un des chefs de l'école moderne en Suisse.
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Hodler : Le lac Léman depuis Chexbres.
Le lac Léman depuis Chexbres (1898), par Ferdinand Hodler.
Ci-dessous, du même, la Nuit (ca. 1890).
Hodler : la Nuit.

L'oeuvre de Albert Welti est pénétrée de pensées originales. Son archaïsme voulu aurait pu de heurter le goût moderne, s'il ne s'était pas allié, dans ses toiles, à une fraîcheur d'impression, à une richesse de motifs qui rachètent largement les naïvetés du sujet.

Louise-Catherine Breslau, de Zurich, qui vivait à Paris, s'est faite connaître par des portraits où l'influence française s'unit de la façon la plus heureuse au charme méditatif des traditions picturales allemandes.
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Breslau : la Toilette.
Louise-Catherine Breslau, la Toilette (1898).

Pour être complet, il faudrait citer Grob (Munich, 1823-1905), Ottilie Röderstein  (1859 -1937 ), Carlos Schwab (Paris), Balmer (Lucerne), Burger et Lehndorff (Bâle), Kuno Amiet (Berne) et d'autres. (C. de Mandach).

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