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Le terme de classique,
appliqué à l'art en général, et en particulier
à la peinture
n'a pas la même précision qu'en littérature. Dans l'acception
stricte du mot, il ne désigne guère que l'art issu de la
réforme de David
: celui-ci, rompant d'une part avec. l'enseignement dit académique,
se trouva bientôt d'autre part aux prises avec l'art naissant du
XIXe
siècle, ou art romantique. De là une querelle
artistique célèbre; celle des classiques et des romantiques,
de tout point analogue à celle qui partagea la littérature
sous la Restauration.
L'art classique de David
s'inspirait surtout de la statuaire antique. Le nu
y était élevé à la hauteur d'une doctrine,
comme mieux fait pour exprimer l'héroïsme. Les figures y devaient
avoir des attitudes ou des types se rapprochant de la sculpture
gréco-romaine. La composition était moins celle d'un tableau
que d'un bas-relief. Les sujets étaient
empruntés, le plus souvent, à l'histoire ancienne ,
à la Mythologie ,
ou à Plutarque : ils devaient enseigner
quelque grande leçon de morale ou de patriotisme. Un tel art était
possible au lendemain de la Révolution, surtout enseigné
par un tel maître.
Mais, avec les disciples de David,
il ne put se soutenir longtemps. Battu en brèche par l'art moderne
issu du romantisme, le classicisme davidien
dégénéra peu à peu. Ce que l'on a appelé
« classique », après Ingres,
répond plutôt à l'idée générale
de l'enseignement des maîtres de la Renaissance
ou des temps modernes ( Vinci, Michel-Ange,
Raphaël,
Nicolas
Poussin, etc.). Pour parler du classicisme proprement davidien, on
a alors utilisé le terme de « néo-classicisme ».
Quoi qu'il en soit, ces mots désignent un art traditionnel et conservateur,
par opposition à un art novateur ou révolutionnaire.
Louis David.
Le plus grand nom peut-être de la
première moitié du XIXesiècle
parmi les peintres est celui de Louis David
(1748-1825).
Ce n'est pas ici le lieu de discuter l'amour exagéré de David
pour l'antique, ses tendances vers l'abstraction, la peur trop grande de
l'accidentel. L'influence de David sur son époque fut immense; il
a laissé des oeuvres universellement admirées; que cela nous
suffise pour lui donner ici la place à laquelle il a droit. David,
qu'on le sache bien, fut à son heure un révolutionnaire,
et comment s'étonner si dans la lutte il alla trop loin? Il n'est
pas étonnant (L. de Fourcaud) que la réaction contre les
licences techniques et autres de l'école de Boucher
ait été d'un violent classicisme. L'instruction littéraire
classique, de plus en plus étroite à mesure qu'on approche
de la Révolution, fait régner autour des artistes une atmosphère
plus ou moins grecque et romaine et suscite en eux l'amour de l'antiquité
bien plus que le respect du réel. On lit Plutarque
et le Voyage du jeune Anacharsis ,
et ce mouvement se manifeste même au théâtre où
Lekain, la Clairon font gloire d'habiller authentiquement
les héros des tragédies. Qu'y a-t-il de déraisonnable
à toutes ces théories? Les négligences et les à
peu près (L. de Fourcaud) frivoles et grossiers de l'école
de Boucher l'exaspèrent; il sent le besoin de se rapprocher de la
nature; seulement les théories nouvelles sur la statuaire antique
l'induisent en confusion. Il se sert du modèle humain pour reconstituer,
non pas la nature, mais une statue. Là était l'écueil.
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Le
Serment des Horaces, par David.
Comme on l'a dit si justement, ses compositions
sont comparables à la copie de hauts-reliefs. Quelques-unes des
maximes de David
font époque et sont à retenir : regardez le modèle,
mais ne le reproduisez pas en son identité avec ses particularités
caractéristiques, car l'accidentel ne doit pas altérer l'unité
des formes, et, pour arriver à se débarrasser de l'accidentel,
comparez entre eux une infinité de modèles et prenez une
moyenne. Le type du beau n'existe que dans la nature collective et ne se
retrouve pas dans les individus. L'humain, en un mot, d'après David,
est envisagé comme la copie d'un être parfait dont il est
plus ou moins dégénéré. Ce qu'il faut blâmer,
à notre avis, ce n'est pas cette théorie, c'est l'application
erronée que peuvent en faire les disciples bien plus que le maître,
car enfin ce n'est là que la reproduction fidèle des théories
de l'antiquité. Les Grecs, qui
furent surtout de grands abstracteurs, prétendaient aussi composer
et créer, reconstituer, si l'on veut, une forme idéale d'après
une foule de modèles pris chacun dans ce qu'il avait de bien. Et
faut-il les blâmer d'avoir fait la Vénus de Milo ou
l'Apollon? Seulement considérons l'effet de semblables théories
sur des élèves peu géniaux et nous les verrons se
désintéresser de la couleur, du modelé souple, du
naturel des groupements. Les tableaux de la nouvelle école classique
nous montrent des personnages imités des statues romaines, des compositions
théâtrales disposées en ordre de bas-reliefs,
et froides comme des grisailles.
Ce qu'il est encore plus intéressant
de remarquer, c'est que non seulement les élèves peuvent
interpréter d'une manière funeste les théories du
maître, mais c'est que celui-ci, lui-même, qui lorsqu'il ne
pensait pas trop à ses théories, si l'on peut ainsi parler,
faisait des chefs-d'oeuvre incontestables, réagit à de certains
moments contre sa spontanéité, son instinct, sa nature, et
ne fait plus que des oeuvres sans vie et sans intérêt. Voyez
ces merveilleuses toiles le Sacre de Napoléon
ler, à Notre-Dame ,
le portrait de Lavoisier
et de sa femme, le portrait de Michel Girard, le portrait de
Madame Récamier. Voyez encore la Mort de Marat. On peut
dire du Couronnement que cette toile célèbre (Armand
Dayot), dont le temps ne fait que rehausser les beautés, a déjà
subi l'épreuve des critiques plus ou moins justes de plusieurs générations.
On a vanté dans des descriptions sans fin les nobles attitudes de
l'empereur et de l'impératrice, l'ampleur avec laquelle sont dessinés
et peints les grands dignitaires de l'Empire. On a blâmé quelquefois
le coloris et même le dessin
des personnages placés comme spectateurs dans les tribunes de l'église;
on a souvent prétendu que l'immensité du champ du tableau,
comparée à la petitesse relative des figures, détruisait
en partie l'importance qu'il eût été si à propos
de conserver aux personnages, et enfin on s'est extasié avec raison
devant l'admirable exécution de la tête et des mains du pape
Pie VII.
Dans ce tableau comme dans ceux que nous
avons cités en même temps, Davidest
resté grand peintre sans devenir mauvais « applicateur »
de théories contestables. Il n'en fut pas, hélas toujours
ainsi, et que dire de ces compositions sans âme et sans couleur,
le Serment des Horaces, Léonidas
aux Thermopyles ,
l'Enlèvement
des Sabines. On se demande de bonne foi en présence de semblables
erreurs, comme devant la Distribution des aigles au Champ de Mars
où le talent de David faiblit si visiblement, on se demande si ces
ouvrages, d'une inspiration, non seulement opposée, mais diamétralement
contraire, sont vraiment l'oeuvre du même artiste. C'est qu'en effet,
comme l'a dit Fourcaud, il y a eu le David spontané, le David amoureux
de la réalité, et il y a eu le David romain, le David gourmé,
le David à genoux devant l'antique et qui ne voyait plus dans le
modèle vivant qu'un document pour restituer de l'archéologie.
Nous avons dit que le mérite de
David
ne consistait pas seulement à être le peintre du Couronnement
et du portrait de Madame Récamier.
Il a droit surtout à une place très élevée
comme chef d'école, bien qu'il n'eût pas de méthode
proprement dite d'enseignement. Peut-on, en effet, donner ce nom aux vagues
théories d'art qu'il formula d'une façon un peu trop emphatique
du haut de la tribune de la Convention?
L'école
Davidienne.
Cependant l'école davidienne tient
une place considérable dans l'histoire de la peinture
française. Il suffit, pour s'en convaincre, de citer les noms
les plus célèbres des artistes qui suivirent les conseils
du maître : Drouais, Couder, Wicar, Fabre, Hennequin, Girodet, Girard,
Gros, Guérin, Granet, Revoil, Robert Fleury, Daguerre, Bouton, Léopold
Robert, Schnetz, et enfin Ingres,
etc. Les plus célèbres et les plus intéressants parmi
ces élèves sont : Girodet, Girard, Gros et Ingres.
Girodet.
Les toiles les plus célèbres
de Girodet sont : Scène du Déluge ,
Atala, le Sommeil d'Endymion ,
la Révolte du Caire ,
Hippocrate
refusant les présents, etc. Si la dominante de David
est la précision et la netteté, le caractère principal
de Girodet, c'est la grâce. Son dessin
est, distingué, quoique parfois un peu maniéré; on
dirait qu'il recherche les difficultés dans l'exécution;
il y a sur lui un joli mot de son maître David :
«
En regardant les tableaux de Raphaël ou
de Paul Véronèse, on est content
de soi; ces gens-là vous font croire que la peinture est un art
facile; mais, quand on voit ceux de Girodet, peindre paraît un métier
de galérien. »
Gérard.
Gérard est le peintre de la Bataille
d'Austerlitz
et de Bélisaire, de Psyché ,
de l'Entrée de Henri IV à Paris ,
et son oeuvre est considérable; car, non seulement, il s'est attaché
à la peinture d'histoire,
mais il a peint des sujets allégoriques comme les quatre pendentifs
du Panthéon
: la Mort, la Patrie, la Justice et la Gloire. Mais son oeuvre capitale
ce sont ses portraits : les meilleurs sont
ceux de Mlle Brongniart, de Mme Barbier-Valbonne, de Moreau,
de Talleyrand, etc.
Gros.
La Peste de Jaffa est le plus célèbre
des tableaux d'histoire de Gros, laissant bien loin derrière lui
la
Bataille d'Aboukir ,
la Bataille d'Eylau ,
celle des Pyramides
et de Wagram ;
il est remarquable par sa grandiose composition, si pleine de mouvement,
son dessin très pur, son coloris varié
et puissant. Comme Gérard, il peignit une foule de portraits,
notamment ceux du Général Lassalle, de Charles
X, de Chaptal.
Ingres.
Ingres (1781-1865)
est le plus célèbre des élèves de David.
Il a abordé tous les genres, le paysage
excepté; son esprit comprenait les données d'un motif bourgeois
aussi bien que celles d'un portrait familier
ou héroïque; les conditions spéciales à l'anecdote,
les grâces féminines, les curiosités archaïques,
aussi bien que les accents épiques et les sujets que la religion
ou la mythologie remplissent de grandeur ou de poésie : son talent
savait se plier aux circonstances d'âge, de temps et de lieu.
Tandis, a dit un critique, que David
s'en tenait au style héroïque qu'il avait inauguré et
que ses disciples affaiblissaient en l'exagérant, Ingres
se détachait insensiblement de son maître et lui faisait des
infidélités nombreuses, car, si dans le Couronnement d'Homère,
il donne à ses figures le caractère idéal qui pouvait
plaire à David par son abstraction plus que par ses poésies,
son originalité s'affirme dans le choix de ses types féminins.
Voyez l'Odalisque avec ses attaches délicates et ses formes
moelleuses, l'Angélique alanguie et gracieuse, et la Source
que Théophile Gautier appelle
une merveille; et c'est peut-être aller un peu loin que de blâmer
continuellement la couleur du maître, sous prétexte qu'il
a pu se tromper dans le Martyre de saint Symphorien, la Jeanne
d'Arc, l'Epée de Henri IV, etc.
C'est presque devenu un lieu commun que
de blâmer ces toiles pour reporter exclusivement son admiration sur
ses dessins. Il est vrai, sans doute, que jamais
aucun artiste n'a, à aucune époque, su rendre l'expression
du visage et la vie des mains dans un dessin à la fois aussi simple,
aussi précis (A. Dayot), et il est injuste de confondre pour cela
la peinture
d'Ingres avec celle des Delaperche et des Parseval
de Grandmaison. Il faut reconnaître pourtant que chez lui la lumière
est triste, l'ombre opaque, l'ensemble de la tonalité d'un gris
uniforme. Cependant Ingres était coloriste, quand il le voulait,
témoin la Chapelle Sixtine où il est arrivé
à une magie d'illusion surprenante. Comme, on l'a justement remarqué,
il possédait essentiellement l'art des valeurs; voyez le manteau
de Séleucus dans la Stratonice
s'enlevant en rouge sur rouge. Voyez encore certain manteau jaune de Jésus
au milieu, des docteurs.
Prud'hon.
Pierre Prud'hon
(1758-1823),
qui eut à plus lutter contre la concurrence que lui faisait l'école
de David qu'à
se louer de ses confrères, s'inscrit pourtant lui aussi d'une certaine
manière dans le mouvement néo-classique. L'Enlèvement
de Psyché
et Zéphyr se balançant au-dessus de l'eau témoignent
comme chez David d'un grand amour de l'Antiquité ,
mais l'objectif, la vision de Prud'hon est essentiellement différente.
Nous avons vu les idées nettes et précises de David; chez
celui-ci, au contraire, l'Antiquité n'est qu'un prétexte
à évoquer dans des figures gracieuses et presque flottantes
ses doux rêves de païen mystique et poétiquement sensuel.
Il procède bien plus directement de Léonard
de Vinci et du XVIe
siècle que de ce que l'Antiquité avait de froid
et d'abstrait. Il est regrettable que Prud'hon ait été forcé
de sacrifier comme les autres à l'allégorie sur commande,
mais on doit reconnaître des qualités à l'Etude
guidant l'essor du Génie et à la Police assise près
d'un sphinx, bien que ces toiles soient très inférieures
d'abord à ses nombreux portraits (Joséphine,
Roi de Rome, Brunn Neergaard, etc.),et surtout à la Justice
et la Vengeance poursuivant le Crime, Daphnis
et Chloé ,
etc. Prud'hon eut quelques élèves : Mallet, Vallin, Mlle
Gérard, Elisabeth Vigée-Lebrun
et Mlle Constance Mayer.
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L'Enlèvement
de Psyché, par Prudhon.
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