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Histoire de l'art > La peinture
L'histoire de la peinture
La peinture en Autriche au XIXe siècle
et au début du XXe s.

Les peintres de la première moitié du siècle

Les Nazaréens.
Comme en Allemagne, on observe en Autriche, au début du XIXe siècle, une réaction contre le classicisme antique, et comme en Allemagne, aussi, elle s'inscrit d'abord dans le courant de Nazaréens. Cette réaction fut en partie le résultat des tyranniques doctrines de l'Académie de Vienne d'où Overbeck avait été exclu en 1811 à cause de ses tendances. C'est de là qu'il partit pour Rome avec ses condisciples F. Pforr et Ph. Veit. Nous avons vu, à propos de l'Allemagne, leurs travaux et ceux de leurs camarades, dont l'un, L.-F. Schnorr von Carolsfeld, devint, juste revanche, directeur de l'Académie de Vienne

Le Bohémien J. von Führich (1800-1876) et le Viennois E. von Steinle (1810-1886) faisaient partie du petit cénacle. Le premier, qui avait peint à Rome, à la villa Massimi, des scènes du Tasse, a donné dans le cycle de peintures de l'église d'Alt-Lerchenfeld, à Vienne (1854-1861), un ensemble qui vaut d'être loué pour la noblesse et la sincérité du sentiment qui s'en exhalent. Führich a dessiné aussi une suite charmante, pleine du sentiment de la nature, sur la légende de saint Wendelin. 
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Führich : Le Voyage de la Vierge.
Le Voyage de la Vierge, de Josef von Führich (1841).

Steinle, qui se fixa à Francfort dès 1837, a laissé des portraits pleins de sincérité et d'émotion, des compositions inspirées de la légende de Parsifal, des cartons de vitraux pour l'église votive. 

Un autre  Nazaréen fut aussi Leopold Kupelwieser (1796-1862), qui décora plusieurs édifices de Vienne et peignit, sur une commande de la Cour, un cycle de tableaux sur la Messiade de Klopstock. Un de ses élèves, F. Dobyaschofsky (1818-1867), suivit la même voie. Avant eux, un artiste mort à vingt-sept ans, J. Scheffer von Leonhartshoff (1795-1822), avait montré une conception semblable de l'art religieux dans une Sainte Cécile, un Saint Jean, et des Madones dont le style est inspiré du Pérugin et de Raphaël

C'est à partir de cette époque d'affranchissement du joug néo-classique, jusqu'en 1818, que se manifestent peut-être le mieux, dans l'art viennois, les qualités nationales de cordialité simple et de grâce sentimentale qui distinguent si nettement l'école autrichienne de l'école allemande. 

Le plus éloquent représentant - le troisième nom, avec Führich et Steinle, du mouvement romantique en Autriche - en est celui qu'on pourrait appeler le Schubert de la peinture (et dont Schubert d'ailleurs fut l'ami), Moritz von Schwind (1805-1871). lI fut, il est vrai, plus enlumineur que bon peintre, mais il a su exprimer pleinement et délicieusement l'âme de son pays et de son temps : son Voyage de noces, l'Aube, Départ au matin, Sur le pont, sont des tableaux d'une poésie charmante, et il a été le conteur exquis de légendes et d'épisodes romantiques comme Sainte Élisabeth (fresque à la Wartburg), Cendrillon, le Chat botté (gravé sur bois), la Fée Mélusine (suite d'aquarelles au musée de Vienne), la Légende des sept corbeaux, l'Ermite (galerie Schack), etc., où, sous bien des rapports, il se montra le précurseur de Hans Thoma et de Böcklin.
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Schwind : le Voyage de noces.
Le Voyage de noces, de M. von Schwind.

Waldmüller.
Un autre artiste de mérite est F.-G. Waldmüller, de Vienne (1793-1865), le plus grand nom de la peinture autrichienne. Après avoir été à l'Académie de Vienne l'élève de Maurer et Lampi, il voyagea en Italie, passa en 1830 par Paris, puis étudia les Hollandais, desquels il acquit ses solides qualités de métier; mais son unique préoccupation fut - chose rare à cette époque où régnaient, outre l'académisme, les théories romantiques de Führich - l'observation et le rendu scrupuleux de la nature. Dans son indépendance de toute formule, il avait dénoncé en 1857, dans une brochure, les méfaits de l'enseignement académique et voulut fonder - ce que la Sécession a réalisé quelques décennies plus tard. - une société de libres artistes; mais ses ennemis entravèrent ce projet. D'ailleurs il fut méconnu toute sa vie en Autriche et ne vit son talent reconnu qu'à l'étranger. 
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Waldmüller : le laboureur et son fils.
Waldmüller : la paysanne et ses enfants à la fenêtre.
Le Laboureur et son fils (1823)et Jeune paysane avec ses trois enfants à la fenêtre (1823),
par Ferdinand Georg Waldmüller.

Les qualités de franchise parfois un peu rude de son coloris et de juste observation des effets de plein air donnent à ses paysages et à ses scènes populaires (Hütteneck, Cantique à saint Jean, Kermesse à Petersdorf, la Soupe au couvent) un accent tout moderne. Portraitiste, il est peut-être encore supérieur par le caractère intense de vérité de ses effigies, l'acuité du rendu, qui fait parfois songer à Holbein (tel l'admirable portrait du prince Rasumoffski). En résumé, comme l'a observé justement Fr. Servaes, l'art de Waldmüller rejoint à la fois David et Manet, mais, remarquons-le, en restant cependant bien viennois. 

Peinture de genre.
Après lui, il faut citer dans le domaine de la peinture de genre : J. Danhauser (1805-1845), auteur de scènes plus ou moins sentimentales où s'évoque la vie mondaine de son temps; Peter Fendi (1796-1842); F. Eybl (1806-1880), qui fut en outre un portraitiste de la société élégante; A.-G. von Ramberg (1819 -1875), réaliste délicat, élève de Piloty dans ses peintures d'histoire; puis le très varié P.-J.-N. Geiger (1805-1880), illustrateur, dessinateur de vignettes d'une charmante fantaisie, peintre de scènes historiques pour des albums de souvenirs de la famille impériale (il fut le professeur des futurs empereurs François-Joseph et Maximilien); plus tard F. Friedländer (1825-1899), le dernier des peintres de l'ancienne vie viennoise, A. Schindler (1806-1861) et son frère Karl (1822-1842), F. Treml (1816-1852) et L. Russ (1809-1864) s'adonnèrent principalement à la peinture d'épisodes de la vie soldatesque, tandis que F. Gauermann (1807-1862), J.-M. Rauftl (1805-1854) et Strassgsechwandtner (1826-1881) furent plus spécialement animaliers.  Tous ces peintres montrent une certaine sentimentalité, une grâce et une gaieté de coloris bien locales.

Portrait.
Dans le portrait brillèrent alors surtout W.-A. Bieder (1796-1880), qui fut conservateur de la galerie du Belvédère; Anton Einsle (1801-1811), portraitiste de la Cour; F. von Amerling (1803-1887), dont les oeuvres ont un sentiment tout viennois.
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Amerling : portrait de Castelli.
Portrait de Ignaz Franz Castelli, par Friedrich von Amerling.

Paysage.
Les paysagistes - adonnés désormais exclusivement à la représentation des beautés de leur pays - s'appellent F. Steinfeld (1787-1868), professeur à l'Académie, qui, emmenant ses élèves à travers les contrées pittoresques du Salzkammergut ou de la Carinthie, contribua ainsi plus que tout autre à cette réforme du goût; E. Engert (1796-1871), dont un tableau, Jardin de faubourg viennois, à la Nationalgalerie de Berlin, est plein de poésie intime; Th. Ender (1793-1875); J. Höger (1801-1877); J. Holzer (1824-1876); I. Raffalt (1800-1857), qui aime les effets romantiques et a déjà un accent tout moderne; enfin Rudolf von Alt (1812-1905), fils d'un peintre venu de Francfort, Jacob Alt (1789-1872), qui a retracé avec habileté des vues de Vienne et d'intérieurs viennois, comme le fait aussi son second fils Franz. Continuant la tradition de Waldmüller, et comme lui précurseur du mouvement moderniste par la liberté de sa vision et de sa facture, Rudolf von Alt a donné l'exemple de l'amour de la nature et du respect de la vérité dans nombre de vues d'Italie ou d'Autriche, mais surtout de sa ville natale; ces dernières, par le rendu fidèle des sites et des personnages, sont des documents précieux pour l'histoire de Vienne durant tout le XIXe siècle et ont un caractère local très savoureux. Joignons à ces noms ceux du peintre botaniste J. Selleny (1820-1875), qui peignit des paysages pleins de couleur et dessina le Stadtpark de Vienne; puis le peintre de fleurs J. Neugebauer (1810-1895).

Peinture d'histoire.
La peinture d'histoire, enfin, est pratiquée, dans des colorations vigoureuses mais un peu lourdes et dans un style encore bien conventionnel, par Christian Ruben, de Trèves (1805-1875), élève de Thomas Couture à Paris et directeur de l'Académie de Prague, puis de celle de Vienne; il décora le palais du Hradschin à Prague, celui du Belvédère à Vienne, peignit un célèbre Christophe Colomb découvrant l'Amérique et forma de nombreux élèves; - K. von Blaas (1815-1892), auteur notamment des fresques qui décorent la salle des Gloires à l'Arsenal de Vienne; - E. von Engerth (1818-1857), directeur de l'Académie de Prague, puis de la Galerie de Vienne, et duquel on voit au château royal de Budapest deux immenses compositions : la Bataille de Zenta et le Couronnement de François-Joseph comme roi de Hongrie; - K. Wurzinger (1817-1883), auteur d'une toile célèbre : l'Empereur Ferdinand Il refusant d'accorder la liberté religieuse aux protestants de Vienne; - Fritz l'Allemand (1812-1866) et son neveu Sigmund l'Allemand (1840), qui célébrèrent aussi les hauts faits de l'histoire d'Autriche; - J.-M. Trenkwald (1824-1898), décorateur d'édifices, qui représenta l'Entrée à Vienne de Léopold le Glorieux au retour de la croisade. Il faut joindre à ces noms celui de K. Rahl (1812-1865), tempérament extrêmement robuste, fait pour la grande peinture monumentale, auteur des Muses à la façade du Heinrichshof, d'allégories dans l'escalier de l'Arsenal, de l'Orphée (exécuté par ses élèves Bitterlich et Griepenkerl) qui décora le rideau de l'Opéra, etc., puis les peintres religieux J. Schoenmann (1799-1879); Franz Jobst (1850-1890), Karl Jobst (1835), qui donnèrent des fresques, des cartons de vitraux.
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Makart : le Triomphe d'Ariane.
Le Triomphe d'Ariane, par Hans Makart (1874).

Cette peinture d'histoire plus ou moins académique subit, après l'apparition et la vogue de Piloty à Munich, la contagion du maître bavarois. Hans Makart (1840-1884), élève de Rahl, fut à Vienne le plus brillant représentant des nouvelles tendances. Amoureux passionné de la couleur, admirateur des Vénitiens et de Rubens, dont il possédait la fougue sensuelle, il brosse avec une verve et une habileté étourdissantes des
toiles volontiers gigantesques (Triomphe d'Ariane, Catarina Cornaro, les Sept Péchés capitaux, Entrée de Charles-Quint à Anvers, Roméo et Juliette), amoncellement de chairs épanouies, d'étoffes éclatantes, ou débordent l'amour de la vie, le goût de la magnificence et du pittoresque, servi par un sens incomparable de décorateur.

Ces oeuvres superficielles et brillantes le rendirent l'idole de cette Vienne si amoureuse de vie joyeuse; tout, pendant un temps, gravita autour de cet art : la vie, les modes, le théâtre. Tandis qu'un artiste comme Feuerbach restait incompris, Makart était considéré comme le plus grand coloriste des temps modernes, et ce fut en véritable triomphateur qu'il fut acclamé lorsqu'il parut à cheval, costumé comme Rubens, dans le merveilleux cortège historique organisé par ses soins en 1879, à l'occasion des noces d'argent des souverains, et qui se déroula le long du nouveau Ring. Mais cette gloire a été aussi éphémère qu'éclatante; le vide de ces somptueuses compositions trop vite peintes et tournées au noir par l'abus du bitume apparait maintenant à tous les yeux.

A côté de cet éblouissant météore parvient cependant à briller un autre peintre, Johann
von Straschiripka, dit Hans Canon (1829-1885), doué aussi pour la peinture monumentale et, plus que Makart, favorisé de qualités de style, toutefois trop littéralement empruntées parfois aux anciens maîtres : son Évangile selon saint Jean rappelle Titien; son plafond du Musée d'histoire naturelle, le Cours de la vie, évoque Rubens. Il fut un portraitiste excellent, quoique trop amoureux des tonalités sombres, genre « ancien maître ».

Nouveaux horizons

Le paysage.
Il fallait, pour renouveler cette atmosphère d'atelier où l'art viennois risquait d'étouffer, ouvrir toutes grandes les fenêtres sur la nature et la vie ambiantes. C'est ce que fit A.-K. von Pettenkofen (1822-1889); après avoir débuté par une suite de lithographies, l'Armée austro-hongroise, il vint se fixer, séduit par le soleil et la lumière des plaines de l'Alföld, à Szolnok, en Hongrie, et se fit désormais le peintre de la vie et du pays hongrois, avec une liberté de vision et de facture ducs sans doute aux impulsions qu'il avait reçues d'un voyage à Paris en 1852.
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Pettenkofen : le marché de Szolnok.
Le Marché de Szolnok, par August von Pettenkofen.

D'autres paysagistes de valeur sont à citer à ses côtés : Aloïs Schönn (1826-1897), qui
peignit surtout des sites et scènes de moeurs d'Italie; les orientalistes L.-K. Müller, originaire de Dresde (1834 -1892), et L.-H. Fischer; l'explorateur J. von Payer; A. Hansch, G. Seelos, L. Halanska, J. Novopacky, L. Munsch, A. Zinmmermann, E.-P, von Lichtenfels, A. Obermüllner, A. Schäffer.

Dans la voie du paysage moderne ouverte par Pettenkofen allait s'engager toute une jeune génération influencée par les impressionnistes français. En tête il faut placer Emil Schindler (1842-1892), le plus poète de tous; il peignit de préférence (à l'exception de son grand tableau Pax représentant un cimetière de Dalmatie) les paysages du bois du Prater à Vienne, avec un sentiment pénétrant. Vinrent ensuite Th. von Hürmann (1840-1895), plus viril, amoureux passionné de vérité, un de ceux qui ont le mieux préparé le triomphe, si longtemps attendu à Vienne et si éclatant depuis la fondation de la Sécession en 1897, de l'esthétique moderne; E. Jettel (1845-1901), dont les paysages, pleins d'émotion, sont d'une tonalité discrète; R. Ribarz (1848-1905); Robert Russ, et son frère Franz; Hugo Charlemont; K. Moll; Hugo Darnaut, de Dessau, fixé en Basse-Autriche, dans un vieux château qui fut pour Schindler, Th. von Hörmann et autres un centre de réunion et d'où il a tiré des motifs exprimant avec émotion la mélancolie du passé; E. Zetsche, lui aussi peintre romantique des vieilles ruines et charmant illustrateur; M. Suppantschitsch; A. Hänisch; M. Kurzweil; Tony Grubhofer, dont les délicats paysages au crayon sont pleins de caractère et de sentiment : puis le peintre d'impressions méditerranéennes A. Zoff; Tina Blau, O. Wisinger-Florian, Marie Egner; - les animaliers R. Huber (1829-1896), O. von Thoren (1828-1889), A. Schrödl, F. von Pausinger (qui illustra le Voyage en Orient de l'archiduc Rodolphe); - l'orientaliste J. V. Krämer; - parmi les jeunes mis en relief par la Sécession : W. Bernazik, E. Stöhr, L. Sigmundt, H. Tichy, M. Lenz, A. Nowak, F. Sclmutzer, etc. Les excellents paysagistes stylistes Toni Stadler, J. et L. Willroider, Hans von Hayek, fixés à Munich, appartiennent également à l'Autriche par leur naissance, de même que le grand novateur Giovanni Segantini, né dans le Tyrol méridional, à Arco.
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Schindler : Allée de peupliers.
Allée de peupliers, près de  Plankenberg, par Emil Schindler (ca. 1890)..

Les peinture de genre, historique et biblique.
La peinture de genre a eu, dans la seconde moitié du XIXe siècle, comme principaux représentants : d'abord les Tyroliens Franz von Defregger (1835), fixé à Munich, et Mathias Schmidt. Les scènes où le premier a retracé, dans une manière un peu sentimentale, la vie des chalets dans la montagne, les types et les moeurs du Tyrol, ont rendu son nom populaire jusqu'à l'étranger. Il s'est essayé aussi dans la grande peinture historique, et là encore en l'honneur de son pays, en évoquant les principaux épisodes de la guerre d'indépendance de 1809; - puis E. Kurzbauer (1840-1879), parent de Defregger par le sentiment intime; Egger-Lienz, qui a retracé aussi des épisodes de l'histoire du Tyrol, son pays; R. von Ottenfeld, peintre d'épisodes militaires; H. von Angeli; Rumpler; F. Simm, qui vivait à Munich; A. Delug;
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Defregger : salon tyrolien.
Salon tyrolien, par Franz von Defregger (1916).

A.-D. Goltz, qui poétise les épisodes bibliques; H. Temple; les peintres de la vie intime E. Stöckler, Eugen von Blaas et L. Passini; enfin, dans le mouvement moderniste de la Sécession : J. Engelhardt, d'abord peintre des moeurs viennoises, puis décorateur fantaisiste aux hardies colorations; F. König, charmant conteur de légendes, comme aussi M. Liebenwein; Rud. Jettmar. séduit par l'allégorie; K. Schmoll von Eisenwerth, doué d'un remarquable sens du style; O. Friedrich; F. Andri, qui a retracé, en des gouaches pleines de verdeur et d'accent incisif, les moeurs des paysans de Basse-Autriche et de Galicie, et a donné aussi de savoureuses illustrations pour des livres d'enfants; enfin l'amusant dessinateur, chroniqueur de la vie populaire viennoise, Hans Schliessmann, né à Mayence, tandis que le mordant caricaturiste E. Thöûny, fixé à Berlin, est originaire du Tyrol.

Le portrait.
Parmi les portraitistes citons : H. von Angeli, peintre des souverains et de l'aristocratie, mais assez conventionnel; V. Stauffer, élève de Canon; H. Temple, qui anime le portrait en le traitant comme un tableau de genre; J. Schmid; H. Knirr, qui professe à Munich; Carl Fröschl, peintre aimable des enfants et des femmes, plus spécialement pastelliste, de même que CI. von Pausinger; J. Koppay; H. Bacher; Gustav Klimt, que nous reverrons plus loin.
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Temple : la lettre d'amour.
La Lettre d'amour, par Hans Temple (ca. 1900).

La peinture décorative.
La peinture décorative, qui trouva un vaste champ d'action dans les nouveaux monuments de Vienne, a été traitée avec talent par F. Laufberger (rideau de l'ancien Ringtheater); - J. Hoffmann, paysagiste classique qui a peint dans les musées de Vienne des vues de sites historiques et a aussi exécuté des décorations à l'Opéra; - L. Mayer (décoration de la salle du Conseil à l'Hôtel de ville); - J. Berger (1850-1902) (plafond au Musée de l'histoire de l'art); K. Karger (plafond au Burgtheater et décoration d'une église de Graz); - J. Fux (rideau du Burgtheater), très habile directeur de la mise en scène à ce même théâtre, comme Franz Gaul (1837-1906) le fut à l'Opéra; - A.Hynaïs, - et Ed. Charlemont (plafonds au Burgtheater); - E. Veith (décoration au Volkstheater) ; - F. Matsch (décorations au Burgtheater, à l'Université, aux châteaux de Lainz et à l'Achilleion de Corfou); - A.-H. Schramm; - les deux frères Klimt : Ernst et Gustav, qui collaborèrent aux châteaux de Lainz et de Sinaïa, tandis que Gustav seul exécuta un plafond au Burgtheater et, plus tard, dans un genre extrêmement révolutionnaire, décora l'université de peintures allégoriques, où à des dons remarquables de coloriste se mélangent curieusement les influences de l'art grec archaïque, de Beardsley, de F. Khnopff, et qui suscitèrent de violentes polémiques, comme les frises qu'il exécuta en 1902 à la Sécession pour la salle où était exposé le Beethoven de Klinger; - Alfred Roller, un des plus féconds novateurs au début du XXe siècle, qui cherchait à renouveler l'art des décors de théâtre; - M. Lenz (peintures au Palais de justice), également sculpteur; - A. Böhm, décorateur très doué à la fois en peinture, en sculpture et en céramique.
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Klimt : l'Etreinte.
L'Etreinte, par Gustav Klimt (ca. 1905).

Les peintres du Hagenbund.
La création, à côté de la Sécession, d'un nouveau groupement moderniste, le Hagenbund, a mis en relief encore d'autres artistes au premier rang desquels il faut citer H. Urban (également architecte et décorateur) et J. Lefler (successeur de Fux comme régisseur de la mise en scène au Burgtheater), qui ont illustré avec une exquise fantaisie décorative, où l'on pourrait retrouver l'influence de Grasset et des Préraphaélites anglais, un livre de contes de Musaeus et un beau Calendrier autrichien pour l'année 1899, puis ont décoré de peintures historiques ou légendaires d'un sentiment délicieux la cave de l'Hôtel de ville à Vienne; les paysagistes H. Ranzoni et K. Konopa; les peintres de moeurs R. Germela, F. Thiele, W. Hampel, R. Schiff; le portraitiste L.-F. Graf ; les portraitistes et paysagistes K. Mediz et sa femme E. Mediz-Pelikan, artistes épris de style, dont le talent à la fois puissant et poétique montre une précision vigoureuse ou délicate de facture parente de la technique des anciens maîtres; enfin le peintre, sculpteur et décorateur volontiers excentrique W. Hejda.
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Coucher de soleil, par Emilie Mediz-Pelikan (ca. 1908).

Ailleurs dans l'Empire austro-hongrois

Hongrie.
La Hongrie, en peinture, se glorifie, entre autres, des noms du portraitiste au pastel G. Decker (1819-1894); - du paysagiste K. Marko (1791-1860), un des talents les plus remarquables de la première moitié du XIXe siècle, chez qui se marque la transition du classicisme au naturalisme et qui vécut surtout en Italie; - des peintres d'histoire Liezen-Mayer (1839-1898), Benczur (1844) et Al. Wagner (1838), de l'école de Piloty; - des peintres décorateurs M. Than (1828-1899), H. Székely, V. Madarasz, K. Lotz; - de Mihály  Lieb dit Munkácsy (1844-1900), le principal représentant de l'école réaliste, doué d'un sens très grand des effets dramatiques et d'une science extrême du clair-obscur, mais trop coutumier des tonalités noirâtres et opaques; ses scènes de mœurs rustiques (le Dernier Jour d'un condamné, par exemple) valent mieux que ses grandes compositions historiques, intelligemment mises en scène, mais dénuées d'émotion (le Christ devant Pilate, le Christ en croix, Milton dictant le « Paradis perdu » à ses filles, etc.) et que son grand plafond, de tonalités plus claires, pour le Musée d'histoire de l'art a Vienne (allégorie de la Renaissance italienne) ; - enfin des bons portraitistes L. Horovitz, L. Michalek, Ph. Laszlo, K. Lotz, K. Ziegler, K. von Ferenczy, Karlovsky, V. Bukovac; - du charmant  fantaisiste Hirschl-Hirémy; - des paysagistes L. von Paal (1846-1879), formé à Barbizon, A. Ligeti, Mihalik, Szinyei-Merse, F. Katona; - des peintres de genre F. Paczka, Fényes, Isidor Kaufmann; - du portraitiste, graveur et décorateur Rippl-Ronaï; etc.
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Munkacsy : Dernier jour d'un condamné.
Le Dernier jour d'un condamné, par Munkácsy, 1872.

Pays tchèques.
Les artistes des pays tchèques (Bohème, Moravie) sont plus nombreux et forment un ensemble plus vivant. Pendant la période néo-classique on rencontre comme directeur de l'Académie de Prague J. Bergler, de Salzbourg (1753-1829), qui régenta tout l'art du pays, puis son élève et successeur F. Tkadlik (1787-1840), qui fut le maître de Führich, lui-même originaire de Bohème, et se rangea à l'esthétique « nazaréenne ». Josef Mánes (1821-1871) eut le mérite de susciter en art un réveil de l'esprit national et, par le sentiment populaire et la vérité des sujets qu'il traita, fut une sorte de Schwind tchèque. C'est sous les auspices de son nom que les artistes novateurs de Bohème se sont groupés. Après lui s'illustrèrent, dans la peinture historique : K. Svoboda (1825-1890), J. Cermak (1831-1898); V. Brozik (1851-1899), habile metteur en scène de l'école de Munkaczy (la Condamnation de Jean Huss, « Tu felix Austria nube », etc.); F. Zenisek, remarquable portraitiste, comme aussi Dedina et Melnik; - dans le paysage, J. Marak (1835-1810, Hudecek, Schikaneder, Lauda, Slavicek, W. Jansa. J. Spillar, H. Tomec, Z. Braunerova, et surtout AI. Kalvoda et J. Preisler; - dans la peinture de moeurs, N. Ales, J. Uprka, V. Stretti, H. Böttinger, sans oublier le grand artiste, portraitiste et peintre de genre, Max Svabinsky.
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Manès : la Couturière.
La Couturière, par Josef Mánes (1859).

A côté de ces peintres plus ou moins imprégnés de sentiment national, d'autres, tchèques ou allemands ont un accent moins local : F. Kryspin (1841-1867), peintre d'Histoire; Gabriel von Max (1840), qui, à mi-chemin de l'idéalisme de Feuerbach et du sensualisme de Makart, s'est constitué un genre à part où il cherche à susciter l'émotion non par l'éclat de la couleur, mais par des sensations d'ordre surnaturel : visions, scènes mystiques, phénomènes extatiques; A. Seifert et Max Pirner, auteurs de compositions historiques ou légendaires; Hans Schwaiger, artiste original en qui revit, comme chez Sattler, l'âme rude du XVIe siècle, évocateur de scènes historiques ou légendaires pleines d'accent pittoresque; F. Jenewein (1857-1905), auteur de grandes compositions religieuses ou philosophiques pleines de puissance et d'originalité, mais d'un coloris dur; - les paysagistes D. Chitussi (1848-1891), A. Hlavacek, R. Knüpfer, V. Radimsky, L. Kasparides, H. Laukota; - les peintres de scènes populaires F. Zverina, F. Douhek, F.-T. Simon; - l'animalier A. Hofbauer; - les illustrateurs L. Marold (1866-1901) et A. Mucha, fixés à Paris; - le très varié, mais peu personnel Emil Orlik, peintre et graveur, portraitiste, peintre de moeus, etc. Hynaïs et Ed. Charlemont, cités plus haut, sont aussi originaires de Bohème.
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Matejko : l'Alchimiste.
L'Alchimiste Sendigovius, par Jan Matejko (1867).

Pologne autrichienne.
La Pologne autrichienne a produit les peintres J. Peszka (1767-1831), élève de Lautpi, qui, dès le début du siècle, montra dans ses compositions historiques le sentiment national que Matejko devait incarner plus tard; L, Löffler-Radymno, également peintre d'histoire; A. Grottger (1837-1867), qu'inspirèrent les malheurs de la Pologne; Jan Matejko (1838-1893), ardent patriote et tempérament fougueux de coloriste, directeur de l'Académie de Cracovie (le Reichstag de Varsovie en 1773; Kosciuzko à la bataille de Raclavice; l'Hommage du duc Albert de Prusse au roi de Pologne Sigismond; etc.); le peintre de scènes historiques ou de genre, de talent plus cosmopolite et plus douceâtre, H. Siemiradzki (1843-1902); - les peintres de genre ou, à l'occasion, de scènes militaires P. Stachiewicz, H. Lipinski, Th. Rybkowski, W. Kossak, J. Kossak, A. von Kossak, P. Michalonski, J. Malczewski, J. Chelmonski, L. Wyczolkowski, S. Maslowski; - les portraitistes très appréciés F. Tepa (1828-1889), K. Pochwalski, L. Wyczolkowski, Axentowicz, Th. et Z. von Adjukiewicz, A. Augustynowicz, Olga Boznanska, J. Styka, également illustrateur; - les paysagistes A. Gryglewski (1833-1879), auteur de vues de Cracovie, J. Falat, qui fut directeur de l'Académie de Cracovie, J. Stanislawski, E. Trojanowski, F. Ruszczyc, E. Ameseder; - l'illustrateur F. von Myrbach, bien connu en France; - J. Mehoffer, portraitiste délicat et auteur, dans les églises de Cracovie, de Plock et autres, de décorations et de vitraux d'un caractère local très savoureux et d'un puissant coloris; - S. Wyspianski, peintre de scènes légendaires fantastiques; etc. (Auguste Marguiller).

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