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Les animaux et les humains
L'histoire de la pêche
jusqu'en 1900
Comme la chasse, la pêche a une origine très ancienne. On la pratqiue aussi dans la plupart des civilisations. On dira dans les paragraphes qui suivent ce qu'a été son évolution en Europe, mais on peut aussi noter qu'en Chine, au Japon, à Madagascar et dans les autres pays où le poisson est le condiment habituel du riz, l'art de la pêche a atteint un degré de développement assez avancé. Il en a été de même très tôt dans les régions septentrionales de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique, où cet aliment n'a pas cessé, du reste, de constituer la nourriture à peu près exclusive des habitants, et, pour trouver la pêche inconnue ou dédaignée, il faut, en définitive, pénétrer jusque parmi les populations, aux moeurs pastorales, des steppes et des déserts. 

La Préhistoire.
Les plus anciens outils de pêche connus remontent au Paléolithique supérieur (époques solutréenne et magdalénienne). Ce sont des pointes à cran, les premiers harpons, d'abord en silex, puis en os. Ils font place, bientôt, à des harpons véritables, en os ou en bois de renne, présentant des séries de dents ou barbelures. Enfin, durant le Néolithique, le hameçon fait à son tour son apparition. Celui qu'on a découvert à Moosseedorf, dans le canton de Berne, est un fragment de défense de sanglier; le bout en est recourbé et acéré, la branche verticale terminée en haut par une petite gorge pour le logement du noeud et du fil. Plus tard, on emploiera le bronze et on fera le hameçon double. 

Les premiers filets datent également du Néolithique. Ceux dont a trouvé les vestiges à Robenhausen étaient en cordes de lin, à grandes ou à petites mailles (0,05 m et 0,01m). Ils étaient munis de flotteurs en écorce de pin et de galets troués faisant office de pesons. Les poissons pêchés appartenaient, du reste, à de nombreuses variétés. On est parvenu, en effet, à distinguer, parmi les rejets de cuisine des principales stations des arêtes de brochet, de carpe, de saumon, de nase, de lotte, de perche, etc. 

Les coquillages étaient aussi très recherchés, tant pour leur partie comestible que pour les tests, employés comme récipients et comme parures. On les mangeait sur place, et, en certains points de la côte du Danemark, les débris de valves ont laissé de curieuses levées, qui atteignent jusqu'à 2 et 3 m de hauteur sur 200 à 300 m de longueur et qu'on a prises d'abord pour des soulèvements géologiques. Des amas analogues, quoique moins importants, ont été signalés sur la côte de la Méditerranée, à Hyères, sur celle du Pas-de-Calais, aux Cronquelets (commune d'Etaples) et à la Salle (commune d'Outreau), sur celle du Portugal, enfin jusque sur les rivages de la Géorgie et du Massachusetts, aux Etats-Unis.

Les indications fournies par l'archéologie ne doivent cependant pas faire oublier que d'autres formes de pêche ont pu être pratiquées très tôt; certaines d'ailleurs ont peu persister jusqu'à une époque récente. Ainsi, dans les îles océaniennes et du littoral américain on constante que, bien que le poisson paraisse avoir été, depuis fort longtemps, l'une des bases principales de l'alimentation, lorsque les premiers voyageurs les visitèrent, on recourrait à des procédés de pêche extrêmement archaïques. Certaines tribus australiennes, notamment, n'avaient ni canots ni filets, et, ne sachant pas nager, guettaient au passage le poisson qui s'approchait du rivage, pour le frapper d'un dard. D'autres, dans l'archipel polynésien, se glissaient à travers les récifs de corail pour saisir l'animal par les ouïes, ou attaquaient en bande les requins à coups de couteau, et les Indiens de la Californie plongeaient également sous l'eau, pour y transpercer le poisson avec des lances en bois.

L'Antiquité.
Dans les civilisations antiques, la pêche a été aussi, de fort bonne heure, très pratiquée. Les monuments d'Egypte, les cryptes de l'Inde nous fournissent, à cet égard, de nombreux témoignages, et les vieux poètes de la Grèce, Homère, Hésiode, font de fréquentes allusions à la pêche au hameçon et à la pêche au filet. Plusieurs cités opulentes du bassin oriental de la Méditerranée ont, du reste, tiré en partie leur prospérité de cette industrie. Byzance, notamment, et, sur les bords de la mer Noire, Sinope, ne furent guère, à l'origine, que des établissements de salaison.

Chez les Romains, qui faisaient à leur table et surtout dans leurs festins une grande consommation de poissons de toute sorte, la pêche était plus en faveur encore. Ils y employaient de nombreux esclaves, et leurs pêcheries s'étendaient, à l'Est, jusqu'en Egypte et en Syrie, à l'Ouest jusqu'au delà des colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), dans les eaux bretonnes et écossaises. Les engins dont ils faisaient usage nous sont connus, d'ailleurs, parles descriptions détaillées qu'on ont données, en même temps que des méthodes de pêche, Varron, Columelle, Elien, Oppien, Cessianus Bassus, et maints autres auteurs. C'étaient principalement, comme de nos jours encore, la ligne, le filet, la nasse, le harpon, et les mêmes précautions étaient prises tant pour le choix des amorces (petits poissons, larves, vers, insettes, mouches artificielles, etc.), que pour celui des heures et des emplacements les plus favorables. On pêchait aussi la nuit, aux flambeaux, afin d'attirer le poisson. Quant aux viviers célèbres dont parlent les contemporains de Cicéron et d'Auguste, ils constituaient des réserves, qu'on peuplait d'innombrables espèces, quelques-unes fort rares, et où Lucullus et ses pareils trouvaient, en tout temps, de quoi satisfaire leurs caprices culinaires. Plus tard, on s'efforça, en outre, d'acclimater dans les mers d'Italie certains poissons estimés, originaires de parages lointains. Des scares, pêchés sur les côtes de la mer Egée, furent ainsi rapportés vivants par un affranchi de l'empereur Claude, Optatus Celer, puis relâchés dans le golfe de Naples et aux embouchures du Tibre, où ils ne tardèrent pas à pulluler.

Le Moyen âge et les Temps modernes.
L'invasion des Barbares porta à cette industrie florissante un coup terrible. Elle se trouva, du jour au lendemain, confinée à peu près complètement le long des côtes et dans les rivières, pour les besoins de la population locale, et, durant la plus grande partie du Moyen âge, il n'y eut plus, pour se livrer à la grande pêche, si l'on en excepte les Basques, célèbres pêcheurs de baleines, que quelques populations du Nord, étrangères à l'ancien monde : les Slaves, qui, bien avant le VIIIe siècle, s'adonnaient déjà à la pêche du hareng, dans les mers de la Scandinavie, et qui, jusqu'en 1249, continuèrent de sacrifier, dans l'île de Rugen, à Paerdoïti, le protecteur des marins et des pêcheurs, et à Kurch, le dieu des lacs et des fleuves; les Norvégiens et les Ecossais, qui pratiquèrent, de fort bonne heure également, la pêche du phoque, et qui le poursuivaient, avec leurs frêles esquifs, jusque dans les mers boréales, peut-être jusque sur la cote du Groenland. La morue était aussi pêchée, au IXe siècle, aux environs de l'île de Héligoland, mais d'une façon peu active, et il faut arriver au Xe siècle, à la conquête de l'Islande par les Norvégiens, pour que, même dans ces régions, la pêche acquît une importance véritable. 

Sur les côtes de l'Atlantique, l'impulsion paraît avoir été donnée par les Espagnols. Dès le XIIe siècle, ils faisaient déjà un assez grand commerce de poissons, ainsi que l'attestent les ordonnances rendues à l'époque par Ramirez, archevêque de Compostelle, et, dans le siècle suivant, ils en tirèrent de très grands profits. 

En France, l'Eglise contribua, pour une large part, à relever l'industrie de la pêche. Quelques-uns des apôtres de Jésus, saint Pierre, entre autres, avaient été pêcheurs; les chrétiens tinrent le métier en grande considération et, tandis que la chasse était interdite aux religieux, la pêche leur fut permise. Ceux de Beaufort obtinrent même, au début du XIIIe siècle, le privilège d'une pêcherie de congres près de Saint-Brieuc. Un peu plus tard, en 1272, Jean IV, duc de Bretagne, rétablit les marchands de Bayonne dans la jouissance d'une sécherie de poissons qu'ils avaient possédée jadis près de la pointe Saint-Mathieu, sur ses terres, et, en 1415; une ordonnance de Charles VI règle les conditions de la criée du maquereau, à Paris, où on le vendait au cent et au mille.

Au XVIe siècle, la conquête de l'Amérique et les progrès de la navigation au long cours vinrent donner à la grande pêche un nouvel et définitif essor. Elle-même, d'ailleurs, ne tarda pas à être, par contre-coup, le principal auxiliaire du développement des marines européennes, en formant, pour leurs équipages, une pépinière de matelots habiles
et éprouvés, et elle rendit longtemps; sous ce rapport, aux flottes de guerre d'inappréciables services. 

Le XIXe siècle.
Elle ne s'est conformée, cependant, que très lentement et très imparfaitement aux transformations successives qui, peu à peu, ont révolutionné presque complètement l'art naval : au XIXe siècle, ses méthodes de navigation, notamment, sont demeurées, en général, fort arriérées, et le matériel n'a que peu profité des améliorations. Au point de vue économique, au contraire, elle n'a cessé de progresser, surtout à partir du moment où les divers gouvernements, prenant en mains ses intérêts, ont réglé, par des ententes internationales, les conditions de son exercice dans certains parages particulièrement productifs, à Terre-fleuve principalement. 

La pêche cotière a vu, de son côté, grandir son importance avec la création des chemins de fer, qui lui ont assuré des débouchés nouveaux, en permettant d'expédier au loin et à peu de frais de nombreuses variétés de poissons, que, seules, auparavant, les populations du littoral pouvaient manger frais. 

Enfin, la pêche fluviale elle aussi, a participé au mouvement général d'extension des autres industries alimentaires. Elle est longtemps demeurée, il est vrai, comme la pêche maritime, à peu près stationnaire en tant que méthodes et que matériel. Mais, tandis que très longtemps elle fut fort négligée, elle est devenue, en France du moins à partir de la fin du XIXe siècle, au moins sous le rapport professionnel, elle est maintenant, l'objet des plus vives préoccupations de la part des pouvoirs publics. (GE).

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