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Le parchemin
On nomme parchemin une feuille d'une certaine épaisseur préparée au moyen de peau de mouton. Le parcheminier se sert de la peau que le mégissier lui livre débourrée ou épilée. Il la racle, il la polit, la saupoudre de chaux éteinte et la fait sécher. Quelquefois, en outre, il la passe à la pierre ponce. On sait que le parchemin était très employé pour les manuscrits lorsque le papier n'était pas encore répandu en Europe; que l'on s'en servait il y a à peine plus d'un siècle pour les actes importants et que les peaux de tambours sont en parchemin. 

Il existe encore le papier parchemin ou parchemin végétal. On le prépare en plongeant du papier, non collé, dans de l'acide sulfurique qu'on a amené au degré voulu, en prenant, pour 4 parties d'acide sulfurique fumant, une quantité d'eau qui peut varier entre 1 et 2 parties. On laisse le papier dans cet acide sulfurique pendant quelques secondes; le laps de temps devant être d'autant plus long que l'acide est moins concentré. On retire ensuite le papier et on le lave dans de l'eau constamment renouvelée, on le plonge dans une solution faible d'ammoniaque ou de carbonate de soude pour saturer ce qui peut rester d'acide sulfurique et on le lave encore une fois à grande eau. Ce dernier lavage entraîne le sulfate de soude ou d'ammoniaque qui s'est formé dans l'opération précédente, si le papier retenait encore l'acide sulfurique. 

Le papier parchemin reçoit parfaitement l'écriture. Il est très solide, aussi en a-t-on fait des enveloppes pour expédition de valeurs. Quand on veut l'employer pour fermer des flacons, des pots., etc., on commence par le ramollir dans de l'eau tiède. Il devient alors très souple et s'applique exactement sur les objets à recouvrir. On obtient ainsi une fermeture hermétique. Le papier parchemin possède des propriétés osmosantes qui ont été utilisées dans des appareils appelés osmomètres pour séparer les sels des dissolutions salines. (E. M.).

Archéologie.
La peau des animaux, apprêtée de diverses manières, servit de bonne heure à recevoir l'écriture. Les auteurs grecs parlent des rouleaux ou diphtères royaux, des Perses, qui étaient formés de bandes de cuir. Les Septante envoyés par les Juifs à Ptolémée lui présentèrent une copie de la Bible transcrite sur des peaux et l'usage s'est perpétué chez les Juifs de transcrire leurs livres sacrés sur des bandes de peaux simplement tannées. Mais c'est seulement au IIe siècle av. J.-C., à Pergame, que fut inventé le mode de préparation spéciale de la peau, qui constitue le parchemin : d'où le nom qui fut donné aux peaux ainsi préparées (pergamenum, parchemin). 

L'importation du papyrus étant devenue difficile par suite des différends d'Eumène avec l'Egypte, on y suppléa par le nouveau produit, qui devait, à la longue, complètement détrôner le papier d'Egypte. Toutefois, longtemps encore, on préféra le papyrus au parchemin. Les peaux de plusieurs animaux servirent à sa fabrication : la peau de veau donna le vélin, celle de mouton, la basane, celle de l'agneau, l'aignelin, celle de l'agneau mort-né, le parchemin vierge; on se servit encore de peaux de bœufs, d'ânes, de chèvres, etc. Au temps de Pline, le parchemin était d'un jaune sale, les procédés pour le blanchir étant encore inconnus; mais déjà on le teignait en couleur pourpre ou azurée pour rehausser les caractères d'or et d'argent des manuscrits somptueux; cette teinture fut, à l'époque chrétienne, réservée au parchemin des livres saints, et l'usage s'en continua jusqu'au Xe siècle.

Les plus anciens manuscrits sur parchemin qui nous soient parvenus remontent tout au plus au IIIe siècle, et les plus anciens actes ne sont pas antérieurs à la fin du VIIe siècle. Depuis cette époque, le parchemin tendit à remplacer partout le papyrus. Du Ve au XVe siècle, la presque totalité des manuscrits, et depuis le VIIIe la presque totalité des chartes, sont écrits sur parchemin. Naturellement, la consommation toujours croissante de ce produit le rendait très rare et très cher ; aussi utilisait-on le parchemin ayant déjà servi (Palimpseste), et, sauf pour les livres de luxe, s'appliquait-on à donner de plus, en plus de finesse à l'écriture et à multiplier les abréviations. Dans la plupart des abbayes, on fabriquait du parchemin; à Paris, le grand marché du parchemin était la foire du Lendit qui se tenait dans la plaine de Saint-Denis, et s'ouvrait le mercredi de la deuxième semaine de juin. L'Université et ses suppôts, ainsi que les parcheminiers du roi, avaient le privilège d'y choisir et de prélever d'abord leur part, et ce n'est qu'ensuite que les débitants ordinaires étaient admis à s'approvisionner. Les privilèges de l'Université à cet égard étaient encore confirmés par Louis XIII en 1633.

La préparation da parchemin a beaucoup varié au Moyen âge suivant les époques et les pays. Les manuscrits jusqu'au Xe siècle sont généralement faits de parchemin très poli, très fin et très blanc; plus tard, il est de qualité fort inégale, souvent rugueux, épais, mal dégraissé et transparent.
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Les parcheminiers

Ce corps de métier, qui était subordonné à l'Université de Paris, faisait partie de la même « confrairie » que les libraires, écrivains, enlumineurs et relieurs, comme le témoignent le règlement en 12 articles du 30 octobre 1291 et les statuts de juin 1467, qui régissent l'ensemble de ces spécialités. Après comme avant l'invention de l'imprimerie, ils demeurent exempts de toutes tailles, aides et gabelle, de tous guets de ville et gardes de porte (déclaration du 9 avril 1513). Au XVIe siècle (statuts de février 1582), le brevet coûtait 36 livres et la maîtrise 600. Les derniers statuts sont de 1728. Le patron de la corporation était saint Jean l'Evangéliste.

Les feuilles de parchemin ont été généralement disposées en cahiers de quatre feuilles (quaterniones), dont un plus un moins grand nombre assemblés formaient un codex, tout à fait analogue à notre livre moderne. Le format en a toujours été très variable. Pour les actes, au contraire, lorsqu'une seule feuille de parchemin ne suffisait pas, on les ajoutait bout à bout en les cousant les unes aux autres. Certains rouleaux formés de cette façon sont d'une longueur extraordinaire. L'interrogatoire des Templiers par un inquisiteur de la foi en 1307 est formé de 45 peaux de parchemin et n'a pas moins de 22 m de longueur. (H. Monin).

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Dictionnaire Le monde des textes
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