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Le papier
Le papier est une substance obtenue en réduisant en pâte des matières fibreuses d'origine végétale, qu'on laisse sécher après les avoir étendues en couches minces pour servir à écrire. C'est de Chine, très certainement, et par l'intermédiaire des Arabes, qu'est venue en Occident la connaissance du papier. En 1450, l'invention de l'imprimerie donna à la fabrication du papier une extension considérable; jusqu'au XVIe siècle on imprimait sur du papier collé. Depuis cette époque, l'opération de l'encollage a été reconnue inutile.

Histoire et archéologie.
L'idée de fabriquer une matière propre à recevoir et à fixer l'écriture remonte à une haute antiquité. Les Egyptiens employaient dans ce but une sorte de roseau qu'on appelait, papyrus, d'où vient le nom du papier. Outre le papyrus égyptien, les Romains se serviront du liber de différents arbres, tels que l'érable, le platane et le tilleul.

Cependant, l'idée de former une feuille souple et polie par le simple feutrage de fibres végétales appartient aux Chinois. En 123 av. J.-C., Tsaï-Lun, ministre de l'agriculture, recommandait le mûrier, le bambou et le China grass pour cette fabrication. Les textes arabes nous apprennent que sept siècles environ plus tard, la ville de Samarcande était un entrepôt où les Arabes venaient s'approvisionner de papier. Après la prise de cette ville par les Arabes en 712, et lorsque les Chinois eurent été refoulés au loin, des prisonniers chinois, amenés en esclavage à Samarcande, y pratiquèrent pour la première fois, pour le compte de leurs vainqueurs, la fabrication du papier. On ne peut savoir au juste ce qu'était ce produit ; sans doute que, comme le papier d'origine chinoise, il était fait de plantes, de China-grass ou peut-être d'écorce de mûrier (Broussonetia papyrifera), mais plus tard, le papier, célèbre dans tout le monde musulman, de Samarcande ou du Khoraçan, fut fait de chiffons; les auteurs arabes l'appellent tous papier de toile, et les analyses microscopiques qu'on en a pu faire y ont toujours révélé seulement des fibres de lin ou de chanvre.

De Samarcande et dès la fin du VIIIe siècle de notre ère, l'industrie du papier fut transplantée à Bagdad et de là elle se répandit dans toutes les provinces de l'Islam à Tihâma, sur la côte Sud-Ouest de l'Arabie; à Sanaa (Yémen) et enfin en Egypte. Le papier était une matière si commune au Caire au commencement du XIe siècle que les marchands du bazar, au témoignage d'un auteur arabe contemporain, enveloppaient de papier toutes les marchandises qu'ils vendaient. En Syrie, le papier de Damas (charte Damascena) était célèbre, même en Occident, dès la fin du Xe siècle; Tibériade, l'ancienne ville galiléenne, la ville phénicienne de Tripolis, Hama, Hiérapolis eurent très anciennement des fabriques de papier. 

Dans le Nord de l'Afrique, la ville de Fès possédait, à la fin du Xe siècle, 400 meules employées à la fabrication du papier, ce qui suppose une industrie acclimatée de longue date. En Espagne, le papier était connu dès les premières années du Xe siècle, mais il ne semble pas qu'il y ait eu des fabriques avant le XIIe siècle ; ce fut la ville de Xativa (Saetabis), aujourd'hui San Felipe, dans la province de Valence, qui devint le centre de cette industrie.

Ce papier arabe a longtemps passé pour avoir été fabriqué avec du coton; c'est une opinion que l'analyse microscopique de fragments empruntés à un grand nombre de manuscrits a complètement démentie; et ce résultat est confirmé par les textes. Les plus anciens papiers arabes étaient fabriqués à l'aide de chiffons de lin et de chanvre, souvent avec de vieux cordages. Un système de pilons et de meules, mus par des machines hydrauliques, écrasait les chiffons et triturait la pâte au contact de l'eau. La pâte était coulée sur des formes, et, dès la fin du VIIIe siècle, des vergeures, visibles sur les feuilles de papier, viennent témoigner de l'emploi des châssis. Le papier ainsi obtenu était peu compact et raboteux : aussi, avant de le coller et de le lisser, lui faisait-on subir un traitement particulier en l'enduisant d'une sorte de gelée formée d'amidon et de farine, qui en remplissait les pores, rendait le papier compact et en blanchissait la surface. Après quoi, la feuille placée sur une table était polie à l'aide d'une pierre dure, puis collée généralement à la colle d'amidon, ce qui se faisait en trempant la feuille dans une solution.

Les premiers papiers dont on se servit dans la chrétienté et notamment en Grèce, en Sicile, en Italie, dans l'Espagne chrétienne, furent d'importation arabe. Mais peu à peu des moulins à papier s'établirent dans ces différents pays. En Italie, les plus anciens sont signalés à Fabriano, dans la marche d'Ancône. Le papier de Fabriano fut longtemps célèbre dans toute l'Europe, et en Espagne même il faisait, au XIVe siècle, concurrence aux anciennes fabriques tombées en décadence depuis le déclin de la domination arabe. D'autres fabriques s'établirent plus tard à Padoue, à Trévise, à Venise, à Milan; et ce fut par elles que s'approvisionna l'Allemagne du Sud. En France. l'industrie du papier paraît avoir été importée d'Espagne. 

En 1189, un évêque de Lodève autorisa l'établissement de moulins à papier sur le cours de l'Hérault, et c'est la première mention qu'on possède jusqu'à présent sur l'introduction en France de l'industrie papetière. Du Languedoc elle se propagea dans la vallée du Rhône et en Bourgogne. Plus tard apparaissent les papiers de Lille, de Liège, de Bruges, d'Anvers

En Allemagne, les premières papeteries furent établies près de Mayence en 1320. A Nuremberg, un nommé Ulman Stromer construisit, en 1390, le premier moulin à papier mû par l'eau, ce qui fut alors considéré comme quelque chose d'extraordinaire. Quant aux papeteries de Ravensbourg, signalées souvent comme les plus anciennes, elles ne semblent pas être antérieures à 1407, mais elles ne tardèrent pas à devenir très célèbres; dès le XVe siècle, la grande compagnie commerciale qui exploitait les papeteries de Ravensbourg avait des maisons à Valence, à Alicante et à Saragosse. Bâle eut une fabrique de papier en 1440, où l'on fit venir en 1470 des ouvriers de Galice pour y perfectionner la fabrication.

Les plus anciens documents occidentaux écrits sur papier qui se soient conservés ne remontent pas au delà du XIIe siècle. Le plus ancien acte sur papier qui ait une date certaine est un diplôme de Roger, roi de Sicile, de l'an 1102 Au commencement du XIIIe siècle, plusieurs actes de l'empereur Frédéric II sont écrits sur papier; mais en 1231, ce même prince fit défense d'employer le papier pour les actes publics à cause de sa destruction rapide. Et pendant longtemps les notaires italiens durent en prêtant serment s'obliger à ne pas employer le papier pour leurs actes. Si les actes originaux ne furent pas pendant longtemps écrits sur papier, en revanche on en fit des registres, des rouleaux, et on l'employa de bonne heure à la correspondance. 

A Venise, le Liber plegiorum, registre dont les plus anciennes mentions sont de 1223, est en papier. Les registres du conseil des Dix sont en papier depuis 1325. En France, les plus anciens documents sur papier qu'on ait mentionnés sont : les comptes d'Alfonse de Poitiers, frère de saint Louis; des rouleaux d'enquêteurs de la même époque; les coutumes de Figeac écrites en 1302 de la main de Guillaume de Nogaret; les interrogatoires des Templiers en 1307; de nombreux registres de notaires provençaux depuis le milieu du XIIIe siècle. A partir du second quart du XIVe siècle, l'emploi du papier se propagea rapidement et s'étendit à la plupart des documents qui étaient auparavant écrits sur parchemin. Au siècle suivant, la diffusion des études, mais surtout l'invention de l'imprimerie donnèrent à l'industrie du papier une extension et une diffusion considérables.

De même que pour le papier arabe on a longtemps considéré les plus anciens papiers occidentaux comme faits de coton. On les désignait souvent en effet dans les textes sous le nom de charta bambagina, papyrus bombycina, charta cuttunea qui semblait désigner le coton comme matière première, tandis que ces expressions ne sont certainement qu'une allusion à l'aspect cotonneux ou soyeux qu'avaient la plupart de ces papiers. Il est incontestable aujourd'hui que tous étaient fabriqués avec des chiffons de toile ou de chanvre.

Les plus anciens de ces papiers d'Occident ont, comme ceux d'Orient, une surface plane et lisse, comme l'ont eue plus tard les vélins. Mais bientôt y apparaissent des vergeures, coupées à intervalles plus ou moins rapprochés par des lignes perpendiculaires, les pontuseaux, les unes et les autres reproduisant l'empreinte du treillis métallique de la forme, sur lequel la pâte liquide a été étalée. Dès le XIVe siècle, on eut l'idée d'utiliser cette reproduction en en faisant une marque de provenance ou de fabrique. Pour cela, sur le treillis des formes, on broda en fil de laiton des initiales, des mots, des emblèmes de toute espèce. Ce sont les filigranes. Toute feuille de papier filigrané porte en elle-même son acte de naissance, mais le difficile est de le déchiffrer. Les mêmes marques se sont en effet perpétuées longtemps dans les mêmes fabriques en ne recevant que des modifications insensibles; mais surtout les marques célèbres ont été partout contrefaites, et certaines d'entre elles, le pot, l'aigle, la cloche, etc., ont fini par désigner des formats ou des espèces de papier. 

Les perfectionnements apportés à la fabrication du papier depuis l'époque de la Renaissance ont été signalés dans le paragraphe précédent; il suffira de dire que l'industrie ne subit guère de modifications avant le XVIIIe siècle. Ce fut dans les dernières années de ce siècle que furent faites à Essonnes les premiers essais de la machine à papier continu. (A. G.).

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Dictionnaire Le monde des textes
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