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La paléographie
La paléographie grecque
L'étude de la paléographie grecque, que l'on considère aujourd'hui comme inséparable des études helléniques, qui occupent toujours une place si importante dans les études classiques, a été véritablement fondée par les bénédictins français du XVIIe siècle, lorsqu'ils eurent occasion de publier une collection des pères de l'Eglise. Bernard de Montfaucon  jeta les bases de la paléographie grecque (1708). Les hellénistes du XVIIIe siècle s'occupèrent tous, plus ou moins, de paléographie, et, au XIXe siècle, F.-J. Bast, Boissonade, Tischendorf , etc., ont fait faire de grands progrès aux études paléographiques.

La paléographie grecque peut se diviser en deux périodes principales : 

1° la période antique, qui s'étend jusqu'au IVe siècle ap. J.-C.; 

2° la période byzantine, qui comprend toute l'époque du Moyen âge

L'Antiquité n'a connu que trois sortes d'écritures : la capitale, l'onciale et la cursive. La minuscule grecque ne date que de l'époque byzantine. Les trois genres d'écritures antiques ne sont pas aussi nettement distincts les uns des autres que les écritures de l'époque du Moyen âge. On peut même dire que la cursive ne s'est réellement formée, comme écriture parfaitement distincte, que tout à fait à la fin de la période antique. 

Jusqu'au XIXe siècle, la principale source d'information pour la période antique était l'épigraphie. Des papyrus originaux remontant jusqu'au IIIe siècle av. J.-C., en capitale, cursive et onciale, ont été trouvés dans les fouilles faites en Egypte, soit dans les soubassements des villes anciennes, soit dans les monticules de sable recouvrant les amoncellements de détritus. La nature du terrain et la sécheresse du climat de l'Egypte ont permis aux papyrus de subsister dans un état partait de conservation. Des découvertes, très nombreuses, ont été faites au cours du XIXe siècle : on a parfois trouvé des fonds entiers d'archives locales, jetées au rebut après triage, sous les Ptolémées ou pendant l'administration romaine. La période byzantine ne connaît que trois écritures : l'onciale, la minuscule et la cursive.

Période antique

Les écritures grecques de l'Antiquité n'offrent pas de différences aussi tranchées que les écritures latines. Les lettres dites onciales ne sont pas toujours caractéristiques de l'écriture onciale et se rencontrent souvent dans l'écriture capitale. La cursive ne se dégage que très lentement des formes de l'écriture capitale, tandis que, chez les Romains, les plus anciens documents en cursive nous donnent déjà cette écriture avec  un alphabet spécial qu'il est impossible de confondre avec d'autres. La nature des matières subjectives de l'écriture exerce aussi une grande influence sur le tracé, suivant que les textes sont écrits sur le papyrus, ou, à partir du IIIe siècle environ av. J.-C., sur le parchemin. Le papyrus ne se prête pas bien au tracé de l'écriture à formes arrondies; aussi n'est-ce qu'à partir de l'époque où le parchemin remplace ce papyrus que l'on voit prédominer l'écriture onciale.

Capitale.
La capitale grecque est surtout connue par les inscriptions. Elle n'a jamais été employée pour écrire des manuscrits entiers dès le IIIe siècle av. J.-C., car elle est entièrement remplacée, à cette époque, par l'onciale. Les quelques papyrus en capitale qui nous sont parvenus appartiennent dejà à une époque de transition et ont, pour une ou deux lettres, les formes onciales, principalement pour le , qui a déjà la forme du  lunaire ou C.

Les formes des lettres de la capitale grecque n'ont jamais beaucoup varié. A l'époque primitive de l'alphabet, il y avait trois lettres de plus, qui n'étaient plus en usage
dans les papyrus de l'époque alexandrine : le digamma, qui se plaçait entre le E et le Z, le coppa ou koppa, qui se plaçait entre le  et le P et le sampi, dernière lettre de tout l'alphabet.
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1. - Capitale antique. Papyrus de l'invocation
d'Artémise (IIIe s. av. J.-C).

Le plus ancien papyrus est celui de l'invocation d'Artémise, conservé à la bibliothèque de Vienne, et contenant des imprécations, adressées à Zeus Sérapis, contre le mari de cette dame grecque, qui l'avait abandonnée sans pourvoir à la sépulture de leur enfant mort en bas âge. Ce papyrus appartient au Ille siècle av. J.-C. Un fragment du Phédon de Platon a été découvert sur un papyrus de la première moitié du IIIe siècle av. J.-C., offrant également les caractéristiques de la capitale de transition.

Cursive.
La cursive grecque a été répartie en trois périodes : 1° période ptolémaïque, s'étendant sur l'ère chrétienne; 2° période romaine, comprenant le Ier, le IIe et le IIIe siècle de J.-C.; 3°période byzantine proprement dite. La cursive ptolémaïque et la cursive romaine sont comprises dans la période antique. 

La principale caractéristique de la cursive antique est la conservation des formes capitales des lettres jusqu'à une époque avancée. La cursive n'a été pendant longtemps que l'écriture capitale tracée rapidement et avec négligence.
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2. - Cursive antique. Papyrus d'une circulaire
administrative sur le recouvrement des taxes
(170?. av. J.-C).

Les formes diverses affectées par chacune des lettres de l'alphabet dans la cursive grecque sont représentées dans la fig. 2. L' prend la forme d'un a minuscule latin pendant la période romaine. Le  conserve très longtemps sa forme capitale dans l'écriture cursive, en même temps qu'il prend une forme simplifiée, consistant à remplacer les deux panses par une simple ligne droite, pour finir par avoir l'aspect d'un u minuscule. L' est d'abord identique à l'E oncial. et, pendant la période romaine, il se réduit à deux traits seulement. L' a, dès la période ptolémaïque, la forme de l'h, résultaut du tracé continu de la traverse et du jambage de droite de l'H (V. dans la fig. 2, lettre 4e lettre de la première ligne et 4e avant-dernière lettre de la dernière ligne). La forme cursive  le fait beaucoup ressembler à la forme cursive du . Le  peut se confondre quelquefois avec le  (V. fig. 2, lignes I et Il). Le prolongement du premier jambage du  ne date que de la période romaine. Le , dans la forme à tracé continu, prend une forme qui le fait ressembler au . Le  a toujours la forme lunaire, provenant de l'onciale et qui se trouve déjà dans la capitale. Les autres lettres, à part l' oncial, ont des formes qui ne diffèrent presque jamais de celles de l'écriture capitale.

La cursive grecque était principalement consacrée aux usages administratifs et aux travaux courants des lettrés. On a retrouvé un grand nombre de fragments de documents officiels, dont quelques-uns proviennent de l'administration impériale elle-même, consistant généralement en comptes ou documents relatifs aux impôts, comme le fragment reproduit dans la figure 2, contrats de vente, circulaires administratives, pétitions, etc. Les particuliers avaient l'usage de placer leurs papiers en dépôt dans les archives publiques, ce qui fait que l'on possède un certain nombre de contrats privés, testaments, rapports d'intendants ou gérants, horoscopes astrologiques, etc. La découverte la plus importante qui ait été faite dans le domaine littéraire est celle d'un fragment du grand ouvrage d'Aristote sur les constitutions comparées des cités grecques, ouvrage aujourd'hui entièrement perdu : le fragment de papyrus en cursive, aujourd'hui au British Museum, contient la partie relative à la constitution d'Athènes.

Onciale.
L'onciale antique ne se distingue pas aussi nettemment de la capitale que l'onciale définitivement constituée de la fin de l'époque romaine. La forme de l' est intermédiaire entre la forme capitale et la forme onciale pure. L' n'est pas toujours complètement arrondi (V. fig. 3). Tant que le papyrus a été la matière principale qui servait à l'écriture, les formes arrondies n'ont pas pu se développer librement. Le  lunaire (C) paraît être la lettre onciale la plus ancienne et apparaît déjà dans les inscriptions en capitale, comme dans les plus anciens papyrus (V. fig.2). Ce n'est pas dans la Grèce proprement dite que l'écriture onciale s'est formée, mais c'est après l'époque classique et principalement dans l'école d'Alexandrie, sous les Ptolémées. Les travaux multiples des érudits alexandrins, l'introduction graduelle du parchemin pour la confection des manuscrits, etc., furent les causes principales qui donnèrent naissance à l'écriture onciale.
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3. - Onciale antique. Papyrus Harris de l'Iliade
d'Homère  (Ier s. av. J.-C).

Le caractère général de l'écriture onciale consiste dans l'arrondissement des formes angulaires de l'écriture capitale. Sept lettres ont été principalement affectées par ces changements : , E, M, . On peut remarquer que quatre de ces lettres (A, D, F, M) figurent aussi parmi les lettres caractéristiques de l'onciale latine. La principale de toutes les lettres, celle qui suffit à déterminer le caractère oncial d'une écriture est l'E, qui est réduit à une courbe hémisphérique et à une barre transversale. Le  a son côté droit légèrement prolongé vers la gauche (caractère qui se retrouve aussi dans le D oncial latin). Le  a ses trois traits horizontaux reliés les uns aux autres par un tracé continu, ce qui donne quelquefois à cette lettre des formes très étranges. On a déjà remarqué ci-dessus que le  (C) est probablement la première de toutes les lettres onciales par rang d'ancienneté. L' est une des lettres qui ont subi la plus grande transformation dans l'écriture onciale.

L'onciale antique, n'était presque pas connue avant les découvertes de papyrus qui ont été faites au XIXe siècle en Egypte. Ces découvertes ont donné, à côté d'un grand nombre de documents administratifs, tant en cursive qu'en onciale, quelques textes littéraires importants, tels que divers fragments d'Homère (V. fig. 3), de Thucydide, d'Hypéride, d'Alcman, du grammairien Tryphon, de l'iambographe Hérodas, etc. A part l'Egypte, le seul endroit où l'on ait découvert des papyrus grecs est Herculanum, où l'on a retrouvé une partie des oeuvres d'Epicure et de Philodème.

L'onciale antique a encore pour caractéristique le très petit nombre d'abréviations dont on y a fait usage. La ponctuation est très rare. Les accents. Les esprits, tous les signes diacritiques et les signes de correction (Paléopraphie latine) ont été inventés ou perfectionnés peu à peu dans l'école d'Alexandrie. Dès une très haute antiquité, les Grecs ont connu les systèmes sténographiques, ainsi qu'un système de numération par les lettres de leur alphabet (Ecriture en chiffres). Enfin, les Grecs ont aussi employé les écritures secrètes (Cryptographie). Quelques spécimens des tablettes de cire, dont, les Grecs faisaient usage comme les Romains, ont été découverts en Egypte.

Période byzantine 

La période byzantine de la paléographie grecque, que l'on peut faire commencer approximativement à l'époque de l'installation du christianisme et de la fondation de Constantinople, se caractérise par la création de l'écriture minuscule, qui devient l'écriture exclusive des manuscrits à partir du IXe siècle. Avant le IXe siècle, les Byzantins ne connaissent que l'onciale pour les manuscrits littéraires. Ni les Grecs de l'école d'Alexandrie ni les Byzantins n'ont jamais employé la capitale épigraphique pour les manuscrits, comme l'ont fait les Romains dès le début de la littérature latine. Quant à l'écriture cursive, elle a été en usage dans la chancellerie byzantine pendant toute la premiere moitié du Moyen âge, et elle a ensuite subi l'influence de la minuscule et a simplifié considérablement ses formes compliquées.
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L'Annonciation, sur un manuscrit byzantin du XIe siècle.
(Evangile de Luc).

Onciale.
On peut dire que l'onciale proprement dite, du Ve au VIIe siècle, constitue véritablement l'apogée de l'écriture grecque. L'activité littéraire était plus considérable à cette époque dans l'empire d'Orient, depuis Justinien, qu'à Rome et en Italie, ravagées par les guerres et les invasions. Sans les iconoclastes, nous aurions aujourd'hui un nombre considérable des beaux manuscrits de cette époque (Miniature, Art byzantin). 
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4. - Onciale. Codex Sinaiticus de la Bible (commencement 
du Ve s. ap. J.-C).

L'écriture onciale byzantine présente plusieurs variétés : à l'époque la plus ancienne (IVe et Ve siècles), l'onciale se distingue par la régularité et l'harmonie des proportions (fig. 4); elle devient ensuite plus massive (fig. 5), caractère qu'elle conserve dans les manuscrits liturgiques, par lesquels elle reste en usage jusqu'au XIIe siècle, après que la minuscule, au IXe siècle, est devenue l'écriture des manuscrits littéraires. 
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5. - Onciale. Manuscrit de Dioscoride de la
biblothèque de Vienne (commencement
du VIe siècle).

A partir du VIIe siècle environ, on voit se développer l'onciale penchée ou ovale, qui n'était d'abord usitée que pour les annotations marginales et les commentaires, et qui devient ensuite une variété de l'écriture des manuscrits (fig. 6).
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6. - Onciale ovale ou penchée. Traité de 
mathématiques (VIIe s.)..

Les principales formes de l'onciale byzantine se trouvent dans deux manuscrits célèbres dont les figures 4 et 5 donnent des fac-similés. Il y a peu de chose à ajouter aux remarques faites ci-dessus à propos de l'onciale antique. Le C lunaire est toujours la seule forme onciale du E. Le , a sa base souvent prolongée et terminée à droite et à gauche par deux petits appendices (V. fig. 5, lignes 2 et 3). Le M a deux formes, l'une dans laquelle les deux traits du milieu sont seuls arrondis, l'autre dans laquelle tous les traits prennent une forme courbe. Les hastes et les queues de plusieurs lettres sont prolongées au-dessus ou au-dessous de la ligne (P, Y, , X, ). Cette dernière modification a pour effet de donner à l'upsilon l'apparence de l'Y latin (V. fig. 5). L'amplitude des formes, la répartition harmonieuse des pleins et des déliés caractérisent encore l'onciale du IVe au VIIIe siècle. 
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Evangéliaire byzantin.
Onciales sur un évangéliaire byzantin du IXe ou Xe s.
(Evangile de Luc).

L'onciale ovale a ses lettres comprimées latéralement, de manière à prendre une forme étroite. Les lettres E, , O,  (lunaire) sont celles qui prennent le mieux la forme ovale. Dans l'onciale ovale, la direction générale, de l'écriture est inclinée vers la droite (V. fig. 6).

Avec la période d'apogée de l'écriture onciale, le nombre des manuscrits célèbres devient très considérable. A cette époque, le papyrus est complètement remplacé, pour les usages littéraires, par le parchemin. Les manuscrits de luxe se multiplient. Des fac-similés des manuscrits les plus célèbres se trouvent dans les grandes collections de la Paléographie universelle (pl. en chromolithographie), de la Palaeographical Society (pl. en photogravure), etc. Les manuscrits bibliques et liturgiques occupent une place très importante. Les trois plus anciens manuscrits de la Bible sont des manuscrits en onciale grecque : le manuscrit dit Codex Vaticanus du IVe siècle, conservé à la bibliothèque du Vatican; le Codex Sinaiticus, du commencement du Ve siècle, magnifique manuscrit écrit sur quatre colonnes par page et dont la fig. 4 reproduit un fragment, qui fut trouvé dans un couvent du mont Sinaï, dans des circonstances très romanesques (Tischendorf) et qui est anjourd'hui conservé à la bibliothèque de Saint-Pétershourg; le Codex Alexandrinus, du Ve siècle, qui est le manuscrit considéré comme le plus précieux du British Museum, et qui fut apporté d'Egypte au XVIIe siècle par un patriarche grec pour être offert au roi d'Angleterre, Charles Ier. Un Pentateuque, un Octateuque, etc., se trouvent à la Bibliothèque nationale de Paris. Le plus ancien document authentique de la littérature chrétienne primitive paraît être un papyrus de la fin du IIe siècle ap. J.-C., découvert à Oxyrhynchus en Egypte et contenant les Logia ou apophtegmes du Christ.
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Codex Alexandrinus.
Extrait du Codex Alexandrinus (Exode, XV, v. 22).

On sait que la plupart des textes chrétiens des premiers temps ont péri et que l'on n'a retrouvé, pour ne citer qu'un exemple, le Dia tessarôn  de Tatien, du milieu du IIe siècle; que dans une traduction arabe, exhumée de la bibliothèque du Vatican. Les manuscrits littéraires sont représentés par l'Homère de le bibliothèque Ambrosienne de Milan, du Ve siècle, avec miniatures; le Dioscoride de Vienne (fig. 5), exécuté, au commencement du VIe siècle, par Julia Anicia, fille d'Olybrius, un des derniers empereurs romains, et contenant, entre autres miniatures, le portrait de cette dame romaine elle-même, etc.

Minuscule.
La minuscule grecque est une invention de l'époque byzantine. De l'opinion unanime des auteurs versés dans la paléographie grecque, la minuscule a été inconnue à l'Antiquité grecque, tandis que, pour l'Antiquité latine, l'existence de l'écriture minuscule romaine est une question qui a été le sujet de longues polémiques entre les paléographes du XVIIIe siècle. La minuscule grecque offre encore ceci de particulier dans son histoire, qu'elle fait son apparition assez brusquement, au VIIIe et au IXe siècle, c.-à-d. à peu près à la même époque, où, dans l'Occident de l'Europe, la minuscule carolingienne, qui s'est formée sous Charlemagne, se répand dans tout le monde latin proprement dit. Quant à l'origine directe de la minuscule grecque, il faut la chercher, soit dans la petite onciale penchée que l'on constate dès le VIe siècle, avec adjonction de certaines formes tirées de l'écriture cursive, soit au contraire dans l'écriture cursive elle-même, telle qu'elle existe au commencement de la période byzantine, avec adjonction de formes simplifiées empruntées à l'onciale de la même époque. Pour résoudre cette question, on possède un petit nombre de manuscrits, principalement du VIIIe siècle, qui représentent une phase de transition, dans laquelle l'écriture est généralement penchée vers la droite, comme l'onciale ovale, tandis que les formes des lettres présentent encore toutes les apparences de lettres cursives à formes simplifiées (fac-similé ci-dessous) :
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Texte théologique (VIIIe ou IXe s.).

L'histoire de la minuscule grecque se divise en trois périodes : 

1° du VIIIe au milieu du Xe siècle ; 

2° du milieu du Xeau milieu du XIIIe siècle;

3° du milieu du XIIIe au commencement du XVe siècle (Thompson). 

Une autre classification admet quatre périodes : 
1° IXe siècle; 

2° Xe-XIIe siècles; 

3°XIIIe-XIVe siècles; 

4° XVe siècle ou Renaissance (Wattenbach).

En réalité, la raison pour laquelle il est difficile d'assigner des limites précises à chaque période est l'état stationnaire prolongé dans lequel l'écriture est restée pendant chaque période et la lenteur avec laquelle elle a passé d'une forme à une autre. Les représentants extrêmes de la série, la minuscule de la Renaissance (fig. 11) et la minuscule du IXe siècle (fig. 7) se différencient à première vue, mais les nuances intermédiaires sont tout à fait imperceptibles, comme on peut l'observer en comparant, par exemple, la minuscule du IXe siècle (fig. 7) avec le même genre d'écriture tel qu'il s'est conservé, intact, pendant cinq siècles, jusqu'au XIVe siècle (fig. 10). Aucune autre écriture occidentale n'offre l'exemple d'aussi peu de changement au Moyen âge. Il n'y a que l'écriture onciale latine, qui, du IIIe au IXe siècle, soit restée pareillement semblable à elle-même pendant une période de plusieurs siècles.
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7. - Minuscule des IXe et Xe siècles. Euclide
 (Ms. de 888).

La minuscule grecque n'offre qu'un très petit nombre de particularités qui en rendent la lecture difficile. L' a souvent son trait de droite prolongé et relevé jusqu'au sommet de la ligne d'écriture (V. fig. 7). Le  a la forme en u, signalée ci-dessus à l'étude de l'écriture cursive. L' donne lieu à un assez grand nombre de ligatures : ei (fig. 10, I. I, etc.), eu, en, er, etc. L' a toujours la forme de l'h. Le  a une forme très curieuse, dont l'origine se trouve dans l'alphabet de l'écriture cursive. Le  offre une particularité presque constante, c'est que son premier jambage descend presque toujours au-dessous de la ligne, tandis que le second ne la dépasse jamais (V. fig. 10, ligne III). Le premier jambage du  descend au-dessous de la ligne, comme le premier jambage du . Le  a ses deux jambages verticaux formés en tracé continu, ce qui lui donne tout à fait l'apparence d'un omega surmonté d'une barre horizontale. Le  donne lieu à diverses ligatures : st (fig. 7, l.II), est (fig. 7, l. V), si (fig. 8, ligne. I), etc. L' est complètement fermé et a la forme d'un 8 renversé. 

C'est à l'époque de la minuscule que la ponctuation, l'accentuation et les abréviations se constituent définitivement.

La minuscule des IXe et Xe siècles (fig. 7.) présente des formes très soignées et très pures. Les mots sont nettement séparés les uns des autres, les points sont employés à la fin des phrases, et les accents et les esprits sont presque toujours marqués.
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8. - Minuscule des XIe et XIIe siècles. Saint Jean
Chrysostome (Ms. de 1003)..

La minuscule des XIe et XIIe siècles (fig. 8) ne diffère presque pas de celle de l'époque précédente. Les traits sont quelquefois plus lourds et deviennent parfois un peu plus cursifs. Le papier, qui commence à être en usage, exerce une influence sur le tracé. Dans les signes diacritiques, les esprits reçoivent là forme arrondie, au lieu de la forme carrée qu'ils avaient précédemment. 

La minuscule des XIIIe et XIVe siècles (fig. 9) devient plus compliquée, plus tassée, et se surcharge de traits superflus, formés des prolongements des hastes ou des
quelles de certaines lettres, et présente beaucoup d'inégalité dans la hauteur relative des lettres ou même des parties d'une même lettre (par ex. le , fig . 9, Iignes I, Il, etc). L' et le  commencent à prendre la forme moderne. Les abréviations se multiplient. 
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9. - Minuscule des XIIIe et XIVe siècles. Commentaire
de Théophraste Simocatta sur les Evangiles.
(Ms. de 1255).

A côté de l'écriture qui vient d'être décrite, la minuscule subsiste, presque
sans changements, dans tous les manuscrits d'une exécution soignée et dans les manuscrits liturgiques, dont l'écriture est généralement de grandes dimensions, surtout dans les psautiers, antiphonaires, lectionnaires, etc. (V. fig. 10).
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10. - Minuscule des XIIIe et XIVe siècles. Psautier.
(Manuscrit de 1304).

La minuscule du XVe siècle ou de la Renaissance (fig. 11) est encore plus irrégulière et disproportionnée que dans la période précédente. C'est cependant cette forme de la minuscule grecque, apportée en Occident par les érudits byzantins du XVe siècle, Lascaris, etc., qui servit de modèle pour la fonte des premiers caractères d'imprimerie grecs, qui restèrent en usage pendant presque tout le XVIe siècle.
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11. - Minuscule de la Renaissance. Polybe.
(Manuscrit de 1416).

Le nombre des manuscrits en minuscule est très considérable. Outre les copies des manuscrits de l'antiquité classique épargnés pendant les premiers temps du christianisme ou par les iconoclastes, les Byzantins nous ont légué une littérature très riche, dont les ouvrages forment une collection qui occupe une place imposante dans les bibliothèques. On possède environ 1000 manuscrits en minuscule antérieurs à l'an 1500. On n'a guère qu'une douzaine de manuscrits qu'on puisse attribuer avec certitude au IXe siècle, environ 50 sont du Xe siècle, près de 100 du XIe siècle, et seulement 70 du XIIe siècle. A partir du XIIIe siècle, les manuscrits deviennent très nombreux. Le plus ancien manuscrit en minuscule est un évangéliaire daté de l'année 835, faisant partie de la collection de l'évêque Uspensky. Vient ensuite le manuscrit d'Euclide de 888, conservé à Oxford et dont la fig. 7 reproduit un spécimen.
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Ecriture minuscule grecque : début de l'Evangile de Matthieu, sur un manuscrit de 1478.
Début de l'Evangile de Matthieu, sur un manuscrit grec de 1478.

Cursive.
La cursive byzantine s'est dégagée peu à peu des formes de l'écriture capitale, que la cursive de l'époque romaine conservait encore. Les lettres, au lieu d'être isolées ou simplement juxtaposées les unes aux autres, ont été reliées entre elles et ont commencé à former des ligatures. 
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12. - Cursive byzantine. Acte de vente daté de
Panopolis (599 ap. J.-C.).

Pendant la première moitié de la période byzantine, on peut diviser la cursive en écriture notariale (fig. 12) et en écriture de chancellerie (fig.13). 
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13. - Cursive byzantine de chancellerie. Lettre
officielle d'un empereur de Constantinople, VIIIe ou IXe s.

La cursive subit ensuite l'influence de la minuscule, s'épure et se simplifie, tout en conservant un très grand nombre d'abréviations, et prend la forme représentée, à partir du XIIIe siècle, dans le spécimen donné dans la figure 14. Ce dernier genre de cursive est surtout en usage pour les manuscrits théologiques, didactiques et scolastiques ou philosophiques.
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14. - Cursive de la seconde moitié du Moyen âge.
Commentaire du traité de Porphyre sur Aristote.
(Ms. de 1223).

Les formes des lettres dans la cursive byzantine prennent un caractère plus expéditif que pendant la période antique. Aux remarques déjà faites précédemment, on peut ajouter les suivantes : l' se trace d'un trait continu et ne forme plus qu'une ou deux lignes courbes;  garde ses deux formes, capitale et cursive; l' se réduit généralement à deux traits, comme dans la cursive latine du Moyen âge; le  est prolongé au-dessous de la ligne; le  a sa boucle supérieure souvent ouverte. Les ligatures ne se font plus seulement par la partie supérieure des lettres, mais par leurs traits du milieu ou de la base, comme pour l' ou pour le . Les abréviations, soit par le système usité dans la paléographie grecque, soit par des signes spéciaux, comme pour kai ne sont pas très nombreuses dans la cursive diplomatique, notariale on de chancellerie, mais se multiplient considérablement dans la cursive scolastique du XIIIe siècle.

Le grec a été longtemps étudié et écrit en Occident, surtout pendant la première partie du Moyen âge, avant l'époque de la séparation des Eglises grecque et latine. Les manuscrits gréco-latins ou bilingues, partie en grec et partie en latin, sont assez nombreux à l'époque de l'écriture onciale. L'écriture grecque tracée par les scribes occidentaux se reconnaît généralement à la lourdeur ou à l'irrégularité de ses formes.

La paléographie grecque connaît les palimpsestes, comme la paléographie latine, tant pour la période antique que pour la période du Moyen âge. (J. D.).

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Dictionnaire Le monde des textes
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