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Le comportement des Oiseaux
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Anatomie
Physiologie
Comportement
Locomotion
Classification
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Les moeurs des Oiseaux indiquent une forme d'intelligence souvent surprenante, et, en tout cas un instinct très développé. Cet instinct se montre surtout au moment de la reproduction : les deux sexes se recherchent et les mâles, revêtus de leur plumage de noce, déploient devant les femelles toute la grâce de leurs mouvements en étalant ce plumage de manière à lui donner plus d'éclat; ils se pavanent ou font la roue; et ceux qui possèdent un chant harmonieux ne cessent de le faire entendre, de manière à séduire les femelles à la fois par l'oreille et par la vue. L'union accomplie, tous deux concourent à la construction du nid. Il n'y a d'exception que chez les Gallinacés polygames. Chez les Ratites, également polygames, c'est le mâle seul qui s'occupe de l'incubation; mais chez la plupart des Passereaux monogames le mâle et la femelle se suppléent dans ce soin important. Quelquefois le rôle du mâle se borne à apporter la nourriture à la femelle qui ne s'éloigne pas de ses oeufs. Les petits une fois éclos, l'intelligence et la tendresse des parents se montrent encore dans les mille ruses qu'ils emploient pour éloigner du nid, ou des petits encore sans défense, l'ennemi qui pourrait les détruire.

Vie quotidienne.
Aucune créature n'a une vie aussi active que l'oiseau, aucune n'emploie tout son temps d'une façon aussi complète que lui. Le jour le plus long lui est insuffisant, la nuit la plus courte lui est encore trop longue; toujours actif, il ne peut passer la moitié de sa vie à rêver ou à dormir; il veut vivre tout le temps qui lui a été accordé.

Tous les oiseaux se réveillent de bonne heure. La plupart ne dorment déjà plus lorsque les premières lueurs de l'aurore viennent rougir l'horizon, et c'est à peine s'ils distinguent alors le jour de la nuit. A minuit, on entend encore la voix du coucou, et à une heure du matin, il reprend son chant pour passer tout le jour sans repos. Qu'on parcoure les forêts d'Europe par une matinée d'été : il ne fait pas jour encore, et déjà cependant s'élèvent de tous côtés les chants des oiseaux, pour ne s'apaiser que bien après le coucher du Soleil. Quelques heures dans la nuit, quelques minutes pendant la journée, c'est tout ce qu'ils consacrent au sommeil. Nos poules domestiques rentrent au poulailler avant le coucher du Soleil, mais elles ne s'endorment pas aussitôt, et leurs cris, qui retentissent dès le matin, nous apprennent que trois heures de sommeil leur ont été suffisantes pour réparer leurs forces. Il en est de même des autres oiseaux; seuls, les grands rapaces, et notamment les vautours, paraissent faire exception.

L'oiseau salue de son chant l'approche du matin, au moins à l'époque des amours, et il ne se met en quête de nourriture que bien après. Presque tous les oiseaux font deux repas par jour, l'un le matin, l'autre le soir, et restent tranquilles au milieu de la journée. Il y a des exceptions à cette règle pour les oiseaux qui ont besoin qu'un heureux hasard leur procure de la nourriture. Les rapaces ne font guère qu'un repas. Parmi eux, ceux qui se nourrissent de charognes et ne capturent pas eux-mêmes leur proie, ne trouvent pas à se sustenter quand ils veulent, et ont souvent à supporter de longues heures d'abstinence. Généralement, l'oiseau mange chaque jour ce qu'il a rencontré; quelques-uns seulement, comme les pics et quelques autres grimpeurs, font des provisions. Après le repas, l'oiseau va s'abreuver et se baigner; mais souvent, pour ce dernier soin, le sable, la poussière ou la neige lui tiennent lieu d'eau. Il s'abandonne ensuite quelque temps au repos et digère; il se nettoie, il lisse ses plumes, puis se remet en chasse. Celle-ci a-t-elle été heureuse, il se rend vers le soir à une place déterminée, où d'autres individus de son espèce le rejoignent.

L'oiseau chanteur, à ce moment, déploie toutes les richesses de sa voix; puis il s'endort en compagnie de ses semblables. Au temps des amours, il s'établit tout près du nid où sa femelle couve, où dorment ses petits. Mais, avant de se livrer au sommeil, c'est encore un gazouillement, un babil sans fin, jusqu'à ce que la lassitude et la fatigue l'emportent. Le mauvais temps dérange la régularité de cette existence, car les oiseaux sont très soumis aux influences atmosphériques.

Amours et reproduction. 
Le réveil de la nature agit aussi sur les oiseaux. Partout, le temps de leurs amours coïncide avec le printemps : sous les tropiques, c'est au commencement de la saison des pluies, qui correspond non à l'hiver, mais au printemps. Différents en cela des autres animaux, la plupart des oiseaux contractent une seule union, pour leur vie durant. Très peu vivent en polygamie. Chaque paire, une fois qu'elle s'est constituée, est un modèle de fidélité. Il existe généralement plus de mâles que de femelles; aussi des veufs ou des jeunes, encore célibataires, s'adressent-ils souvent, pour se faire une compagne, à des femelles déjà accouplées. Mais l'époux en titre met toute son ardeur à repousser leurs tentatives, et de là les combats continuels que se livrent les mâles. au moment des amours. La femelle y prend part quelquefois et combat aux côtés de son compagnon; cependant, le plus souvent, elle se livre au vainqueur. On a vu une femelle, dont le mâle venait d'être tué, prendre un nouveau compagnon une demi-heure après; celui-ci périt encore, et elle en accepta un troisième. Généralement, les mâles semblent plus affectés que les femelles de la perte de leur compagne, parce que, sans doute, il leur est plus difficile d'en trouver une autre.

Les mâles font tous leurs efforts pour captiver l'attention et les bonnes grâces de leurs femelles : ils chantent, ils les appellent, ils sautillent autour d'elles, déploient toutes leurs grâces en volant. Souvent leurs démonstrations sont violentes; durant des heures entières, un mâle poursuivra une femelle, et la chassera devant lui; mais, le plus souvent; celle-ci ne résiste pas longtemps et se livre.

Déjà, au moment des amours, les deux  partenaires cherchent une place convenable pour construire leur nid, à moins cependant qu'ils ne retournent, à celui qu'ils avaient l'année précédente. Généralement, ce nid est au centre de l'espace dont l'oiseau fait son domaine, et il est diversement placé suivant les espèces. Les rapaces construisent leur aire à une grande hauteur, et ne l'établissent que très rarement sur le sol, où nichent les oiseaux coureurs; les oiseaux arboricoles placent leur nid sur une branche, dans le creux d'un tronc d'arbre, à terre, sur un lit de mousse, etc.; les oiseaux de marais, au milieu des joncs et des roseaux, sur de petits îlots, et le construisent assez souvent de façon à ce qu'il flotte à la surface de l'eau; les oiseaux marins nichent sur les falaises, dans des cavités qu'ils se sont creusées eux-mêmes. Tout ce que l'on peut dire de général à ce sujet, c'est que le nid est caché dans des profondeurs où l'oeil ne peut le découvrir; que lorsqu'il est construit à découvert, la position qu'il occupe est souvent inaccessible, ou bien il est placé de telle sorte qu'on ne puisse facilement l'apercevoir. La forme du nid n'est pas constante dans une même famille; elle dépend, en effet, de l'habitation, et c'est sous ce rapport que l'on remarque les plus grandes différences entre oiseaux de même famille ou de même genre.

Les nids les plus simples sont ceux des oiseaux qui nichent à terre, puis viennent ceux qui se contentent de creuser une petite excavation pour y déposer leurs oeufs; en troisième rang, arrivent ceux qui tapissent cette cavité de substances molles. Nous rencontrons les mêmes degrés pour ceux qui nichent dans des trous, et pour ceux qui construisent un nid flottant. Parmi ceux qui nichent sur les arbres, nous trouvons également de grandes différences. Les uns se contentent de faire un grossier amas de branches sèches; les autres disposent une charpente proprement dite; d'autres font une excavation qu'ils tapissent d'herbes, de fins rameaux, de racines, de poils, de plumes; il en est qui ajoutent une sorte de toiture au nid, et d'autres enfin, qui en disposent l'entrée en forme de couloir. Les tisserins tissent réellement des fibres végétales, les cousent avec des filaments qu'ils trouvent ou qu'ils préparent eux-mêmes. Mais, de tous les oiseaux, les architectes les plus parfaits sont, sans contredit, les sittelles, qui construisent les parois de leur nid avec de l'argile délayée dans leur salive, et lui donnent ainsi une solidité considérable. Plusieurs d'entre elles remplacent l'argile par des substances végétales, de la mousse, des feuilles, qu'ils insalivent pareillement. D'autres oiseaux, enfin, font leur nid avec de la salive pure, qui durcit à l'air.

Généralement, le nid n'est construit qu'en vue de recevoir les oeufs et de servir de berceau aux petits; mais quelques-uns se bâtissent des nids de plaisance ou des habitations d'hiver. Tels sont, parmi les premiers, plusieurs plocéidés, le ptilorhynque, le chlamydère tacheté, et un oiseau de marais, dont le nid gigantesque renferme une chambre pour les petits, une chambre qui sert de demeure habituelle, une chambre de veille, une chambre à manger : parmi les seconds, nous trouvons les pics, qui dorment toujours dans les creux des troncs d'arbres; les moineaux, dont la plupart passent toutes leurs nuits d'hiver dans des demeures chaudement rembourrées.

La femelle construit le nid; le mâle l'y aide : c'est là la règle; mais l'inverse s'observe aussi. Les mâles tisserins travaillent avec au moins autant d'ardeur que les femelles. Chez  la plupart des oiseaux, le mâle veille à la sûreté du nid; chez ceux-là seuls qui vivent en polygamie, il n'y prend aucun intérêt. Très souvent, il cherche par ses chants à distraire sa femelle. Certains oiseaux construisent leurs nids en commun; les femelles pondent leurs oeufs les unes à côté des autres, et les couvent alternativement. D'autres fois, une société d'oiseaux bâtit une vaste construction, divisée en plusieurs chambres, une pour chaque famille.

Quand l'oiseau commence à pondre, sa température s'élève; il entre dans une sorte d'état fébrile; les plumes tombent sur divers endroits du corps, et notamment au ventre. C'est surtout la femelle qui couve : elle n'abandonne ses oeufs que pour aller manger, et, pendant sa courte absence, le mâle la remplace. Quelquefois, cependant, cette fonction est partagée par les deux époux. Chez les autruches, c'est le mâle seul qui couve.

L'incubation se fait avec soin; il n'est pas de jour où la mère ne retourne les oeufs. Telle femelle, quand elle les quitte, les recouvre de sable ou de duvet; telle autre les expose aux ardeurs du Soleil. Les tallegallés même, qui ne couvent pas, et qui se contentent d'entourer leurs oeufs de matières végétales en fermentation, sont obligés, chaque jour, d'apporter les matériaux nécessaires pour la production de chaleur.

Les parents n'aident nullement à l'éclosion de leurs petits; ce n'est que quand ils sont sortis de leur coquille, qu'ils les sèchent et les réchauffent. A partir de ce moment, ils les nourrissent avec la plus grande sollicitude. Ils commencent par leur donner des substances très tendres; puis, peu à peu, ils les habituent à des aliments plus solides, jusqu'à ce qu'enfin ils puissent avoir le même régime que les adultes.

Quand les jeunes ont pris leur essor, les parents les accompagnent encore, leur apprennent à chercher eux-mêmes leur nourriture, et ne les abandonnent que quand leur instruction est terminée.

Tous les oiseaux témoignent à leurs petits la plus grande tendresse : en cas de danger, ils les défendent de leur mieux, ils emploient tous les moyens pour écarter leurs ennemis; ils sacrifient leur vie pour les sauver. Les petits, de leur côté, ne leur témoignent pas moins d'amour, et obéissent à tous leurs signaux. 

Les migrations des oiseaux
Beaucoup d'oiseaux, les soins de la reproduction terminés, entreprennent un voyage plus ou moins long. Il faut distinguer ici ceux qui émigrent, de ceux qui ne font que voyager ou errer. Les premiers partent chaque année à la même époque et suivent la même direction; les seconds ne se déplacent que contraints par la nécessité; ni l'époque ni la direction de leur voyage ne sont déterminées d'avance, et celui-ci se termine quand la cause qui lui a donné naissance a cessé d'agir; les troisièmes, enfin, parcourent une étendue très restreinte: ils abandonnent simplement une localité pour une autre, située à peu de distance.

Ce sont les migrations qui, chaque automne, éloignent de l'Europe ses oiseaux chanteurs, et les lui ramènent au printemps; ce sont elles qui font que les oiseaux aquatiques abandonnent ce continent avant que la glace ait couvert leur domaine. Plus de la moitié des oiseaux d'Europe, du nord de l'Asie et de l'Amérique, sont des oiseaux migrateurs. Tous se dirigent vers le Sud : ceux de l'hémisphère oriental vers le sud-ouest; ceux de l'hémisphère occidental, vers l'est, suivant la configuration des pays où ils vont passer l'hiver. Les fleuves, les vallées dirigés dans le sens de leurs migrations leur servent de routes; les vallées profondes, limitées par des montagnes, sont leurs lieux de passage et leurs lieux de réunion. Les uns voyagent par paires, les autres en bandes plus ou moins nombreuses. A l'exception des espèces les plus faibles, qui ne se déplacent que la nuit, les autres émigrent de jour. Ils partent avant que la faim les chasse; ils s'avancent avec rapidité, et comme poussés par une force irrésistible; ceux mêmes qui sont nés en cage et n'ont jamais vécu qu'en captivité, sont agités à l'époque des migrations. Les uns nous quittent de bonne heure, les autres tard, mais tous à des époques déterminées. 

Ceux qui s'éloignent les derniers sont aussi les premiers à revenir; ceux qui nous quittent les premiers ne reviennent que les derniers; le martinet noir s'en va au commencement d'août pour ne revenir qu'au mois de mai; les derniers émigrants disparaissent en novembre, et sont de retour en février. Les oiseaux vont souvent fort loin pour hiverner; nous ignorons même jusqu'où s'avancent certaines espèces. Beaucoup hivernent dans le midi de l'Europe; un plus grand nombre séjournent temporairement dans le nord de l'Afrique, du 37° au 24° de latitude; d'autres pénètrent dans les zones tropicales, et se montrent, en hiver, des côtes de l'Atlantique à celles de la mer Rouge et de l'océan Indien. L'Inde et les îles avoisinantes, le Birmanie, la péninsule Indochinoise, le sud de la Chine forment aussi une station d'hiver. Les oiseaux de l'Amérique du Nord vont dans le Sud des États-Unis et dans l'Amérique centrale.

Des migrations semblables s'observent aussi dans l'hémisphère austral; les oiseaux de l'Amérique du Sud se dirigent vers le Nord, jusqu'au Brésil; ceux du sud de l'Australie, vers le nord de ce continent et les îles voisines, la Nouvelle-Guinée, par exemple.

Avant de partir, les oiseaux migrateurs ont l'habitude de se réunir à certaines places, et lorsqu'ils sont en nombre suffisant, de prendre leur volée. Quelques-uns s'exercent avant de se mettre en route; ils essayent leurs forces avec celles de leurs compagnons, et quelquefois se battent avec eux.

Les bandes restent plus ou moins unies pendant le voyage. Elles affectent parfois en volant un ordre déterminé; elles se disposent en coin, ou plutôt en deux lignes droites, convergeant l'une vers l'autre en forme de V, la pointe tournée en avant; d'autre traversent les airs en lignes serrées; d'autres volent irrégulièrement groupées. Généralement, les oiseaux migrateurs se tiennent à une grande hauteur; souvent, ils se laissent brusquement tomber, volent quelque temps tout près du sol, pour s'élever ensuite de nouveau. Les oiseaux faibles ne fournissent pas de longues traites, et ne volent guère que d'arbre en arbre, de forêt en forêt. Les oiseaux marcheurs, dont le vol est pénible, font une grande partie de la route en marchant; les oiseaux aquatiques en nageant. Si le vent souffle en face, le voyage se fait rapidement; s'il souffle à dos, il est ralenti, interrompu même pour plusieurs jours.

Les voyages peuvent se rapprocher des migrations, en ce sens qu'ils se produisent à une certaine époque avec plus ou moins de régularité. Beaucoup d'oiseaux du Nord sont des oiseaux voyageurs; ils errent toute l'année dans des limites assez étendues, mais ce n'est que quand l'hiver est particulièrement rigoureux, qu'ils se dirigent vers le sud, et arrivent jusque dans le midi de l'Europe. Dans ces circonstances, ils émigrent en quelque sorte.

Les oiseaux que l'on pourrait appeler vagabonds, errent partout et toute l'année. Tels sont les grands rapaces, continuellement en quête de proie; tels sont encore les oiseaux veufs ou célibataires. D'autres semblent errer plutôt par plaisir que par nécessité, et parcourent des étendues de terrain moins grandes. Dans les pays tropicaux, les oiseaux peuvent rappeler quelquefois les espèces émigrantes.
Mais, quelque longs que soient ses voyages, nous devrons toujours assigner à l'oiseau, comme demeure, le lieu où il se reproduit.

L'habitat.
L'habitat des oiseaux est très varié. On les voit partout où la nourriture ne leur fait pas défaut. Des bords de la mer, les espèces aquatiques s'élèvent à une assez grande hauteur dans les montagnes, et plus haut encore montent les échassiers. Sur la terre ferme, on rencontre partout des oiseaux; même dans le désert, au milieu des sables les plus arides, ils trouvent encore de quoi se nourrir. Mais, en général, comme pour les mammifères, leur existence est surtout liée, au moins indirectement, à la présence des végétaux. Ce n'est qu'au sein des forêts que la classe des oiseaux apparaît dans toute sa splendeur. Les oiseaux qui habitent les océans se comptent par millions. Au moment des amours, ils se réunissent en bandes innombrables sur les falaises, les îles isolées; toutefois, peu d'espèces, comme nous l'avons déjà dit, forment ces bandes. Sur terre, et dans les forêts principalement, on rencontre des bandes aussi nombreuses, et qui sont représentées par les formes les plus diverses. Plus on approche de l'équateur, plus aussi les espèces se multiplient. Dans les contrées tropicales, les conditions d'existence sont on ne peut plus variées, de même que les différences d'aspect du sol. La plus grande variété d'espèces ne se rencontre pas dans les forêts vierges, mais dans les endroits où alternent les forêts et les steppes, les montagnes et les vallées, les terrains secs et les marécages. Là où un fleuve traverse une forêt, où un marais est entouré d'arbres, où une portion de forêt domine les environs inondés, là se montrent le plus grand nombre d'espèces : elles rencontrent au milieu de ces éléments réunis une nourriture plus abondante qu'ailleurs. C'est de la facilité avec laquelle ils trouvent à se sustenter, que dépend la présence des oiseaux dans une localité; la faim les force à quitter telle ou telle contrée pour toujours ou pour quelque temps.

Aucun autre animal ne sait mieux que l'oiseau visiter à fond son domaine. Il inspecte toutes les retraites, toutes les cachettes, et y recueille tout ce qui y est à prendre. Beaucoup d'entre les granivores, les pigeons, par exemple, se contentent de ramasser les aliments, qu'ils trouvent déjà tout préparés; d'autres granivores savent parfaitement dépouiller les graines de leurs enveloppes; les poules déterrent les racines, les tubercules dont elles se nourrissent. Les frugivores cueillent les baies et les fruits avec leur bec; quelques-uns s'en emparent en volant, Les oiseaux insectivores prennent leur proie de toutes les façons; ils enlèvent les insectes des branches et des feuilles sur lesquelles ils se tiennent; ils les saisissent au vol; ils les retirent du sein des fleurs, des fentes, des crevasses où ils se blottissent; ils ne les découvrent souvent qu'après un travail long et pénible; parfois, leur langue est organisée pour leur permettre d'aller les saisir au fond de leurs retraites.

Les corbeaux ont une nourriture commune; chaque rapace a sa proie. Il en est parmi eux qui ne sont que des mendiants ou des parasites; d'autres s'occupent de faire disparaître les ordures et les charognes; quelques-uns se contentent d'os. La plupart, sans dédaigner les animaux morts, chassent les êtres vivants; beaucoup font surtout la guerre aux grands insectes, et n'attaquent les petits vertébrés qu'exceptionnellement; d'autres se nourrissent principalement de ces derniers. Les uns ne saisissent leur proie qu'au repos, à la course, ou au vol; les autres la chassent, quelle qu'en soit l'allure.

Parmi les oiseaux aquatiques, les uns ont un régime exceptionnellement animal, les autres se nourrissent à la fois d'animaux et de végétaux. Ceux-ci prennent la proie qu'ils trouvent flottant à la surface des flots; ceux-là vont la chercher ou la poursuivent à des profondeurs quelquefois très grandes. Parmi ces derniers, les uns chassent sous l'eau, les autres fondent de haut sur la proie qu'ils convoitent.

Distribution géographique.

La répartition géographique des Oiseaux est beaucoup plus étendue que celle des Mammifères, car les Oiseaux sont, encore nombreux et variés là où les Mammifères sont rares ou font complètement défaut, comme dans les archipels de la Polynésie. Ils le doivent évidemment à leurs ailes qui leur permettent de franchir de larges bras de mer, et l'on sait que les Chiroptères sont dans le même cas et pour la même raison . Sous ce rapport, d'ailleurs, il existe de grandes différences d'un ordre et d'une famille à l'autre : les Rapaces, les Pigeons, les Echassiers et les Palmipèdes renferment des types d'une vaste extension géographique, quelquefois cosmopolites, tandis que les Gallinacés et la grande majorité des Passereaux ont une extension plus limitée; parmi ces derniers, les Hirundinideae et les Gypselidae font exception par leurs migrations lointaines et leur vaste dispersion. Tandis que chez les Mammifères on trouve un contraste marqué entre l'Arctogée et la Notogée (= hémisphères Nord et Sud), ici le contraste est plus marqué entre la Paléogée ( = ancien continent et la Néogée (nouveau continent). Les Ratites, cependant, sont tous propres à la Notogée. 

On dit que l'espèce est sédentaire lorsqu'elle passe toute l'année dans le même pays et n'émigre pas. L'espèce est de passage régulier lorsque dans ses migrations annuelles elle visite régulièrement un pays au printemps et à l'automne; elle est de passage accidentel lorsque ces visites n'ont lieu qu'à long intervalle, sous l'influence des perturbations atmosphériques, et d'ordinaire en petit nombre. Très peu d'espèces sont communes à l'Ancien (Eurasie et Afrique) et au Nouveau Monde (Amérique du Nord et du Sud), et la plupart de celles-ci sont sub-cosmopolites.

Les zones de Reichenow.
On peut, d'après Reichenow, diviser les régions ornithologiques du globe en 6 zones qui se subdivisent en régions de la manière suivante :

1° Zone arctique (une seule région circumpolaire); 

2° zone occidentale ou américaine, comprenant une région tempérée et une région sud-américaine; 

3° zone orientale, comprenant l'Eurasie, la Malaisie, l'Afrique et subdivisée en tempérée, éthiopienne et malaise (celle-ci comprenant l'Inde); 

4° zone australe, comprenant une région australienne (avec la Nouvelle-Guinée et la Polynésie) et une région néo-zélandaise; 

5° zone malgache, comprenant Madagascar, les Comores et les Seychelles

6° zone antarctique, avec une région circumpolaire. 

Chacune de ces régions est caractérisée par un petit nombre de familles qui lui sont propres. On peut, en outre, distinguer des sous-régions qui sont quelquefois assez restreintes : c'est ainsi que l'archipel des Galapagos, celui des îles Hawaii et d'autres encore possèdent des genres et des espèces qui leur sont propres.

En général, les oiseaux se conforment aux lois de la dispersion des animaux. Dans les régions froides, ils sont extrêmement nombreux, mais ils n'appartiennent qu'à quelques espèces, tandis que vers l'équateur, leur variété est infiniment plus considérable. Les eaux ont aussi leur influence : les espèces aquatiques sont en petit nombre, mais elles forment de grands attroupements; les espèces terrestres varient avec la nature du sol qu'elles habitent. Dans chaque région, vivent des oiseaux qui lui sont particuliers : ceux des contrées désolées de la toundra ne sont pas les mêmes que ceux des sables des déserts de l'Afrique; ceux de la plaine diffèrent de ceux de la montagne; les lieux découverts nourrissent d'autres espèces que les forêts. Les oiseaux varient, en un mot, avec la nature du climat et du sol de leur habitat.

Sur l'eau, leur aire de dispersion est plus étendue que sur la terre, où un large fleuve, un bras de mer, une chaîne de montagnes leur tiennent lieu de limites infranchissables. Mais, même pour les oiseaux marins, il est certaines frontières. Très peu habitent toutes les régions de la Terre, et ceux qui sont dans ce cas ont des habitudes aquatiques. Tel est le tourne-pierre, qui se trouve virtuellement sur toutes les côtes du monde, de l'hémisphère oriental comme de l'hémisphère occidental, car il rencontre partout les mêmes conditions indispensables d'existence.

Généralement, l'aire de dispersion des oiseaux est plus étendue dans le sens des longitudes que dans celui des latitudes. Dans le nord, beaucoup se trouvent à peu près également nombreux dans les trois parties du globe; tandis qu'à quelques degrés plus bas, on remarque de grandes différences entre les oiseaux de deux continents. La facilité de locomotion ne paraît pas influer sur l'étendue de l'aire de dispersion; des oiseaux de haut vol peuvent avoir une patrie bien plus restreinte que d'autres moins bien aptes à voler. Les migrations ne semblent pas non plus jouer un rôle important.

On décrit environ 8800 espèces d'oiseaux, parmi lesquelles 500 sont apparentées aux perroquets, 400 sont des rapaces (deux familles), 300 sont apparentées aux pigeons, à peu près le même nombre aux gallinacés, 600 sont des échassiers ou des palmipèdes (plusieurs familles); le reste appartient aux autres groupes.

L'Amérique est la plus riche en espèces; puis viennent l'Asie, l'Afrique, l'Océanie et enfin l'Europe, qui compte environ 600 espèces. Relativement aux ordres, voici ce qu'on peut établir : les perroquets manquent en Europe; les passereaux, les coracirostres, les rapaces, les oiseaux chanteurs, les hirundinés, habitent toutes les parties de la Terre; les colibris sont propres à l'Amérique; les lévirostres se trouvent surtout sous les tropiques; les pigeons et les gallinacés sont répandus partout sur le globe; les brévipennes vivent en Afrique, en Océanie et en Amérique; les échassiers et les palmipèdes sont dispersés sur toute la surface de la Terre et des mers. 

L'Europe ne possède aucun oiseau qu'on ne trouve dans d'autres parties du globe ;on ne peut donc pas lui assigner d'espèces caractéristiques, déterminant le type de sa faune. Il n'en est plus de même de l'Asie, terre d'élection des paradoxornis, des uragues, des martins, des mainates, des anomalocorax, des dendrocittes, des témias, des temmures, du corbeau resplendissant, des kittes, des pirolles, des hiérax, des spizaëtes, des kétupas, des acanthylis, des batrachostomes, des péricrocotes, des érythrosternes, des calliopes, des timalies, des garulaxes, des orthotomes, des némoricoles et des énicures, des nyctiornis, des eudynamis, des syrrhaptes, des poules, des faisans, des paons, des syphéotides, des jacanas, et de divers palmipèdes.

En Afrique, vivent les perroquets, les agapornis, les tisserins, les veuves, les ammomanes, les macronyx, les sirlis, presque tous les stournes, les amphiboles, les polyboroidés, l'aigle huppé, l'élanoïde de Riocour, le circaète, les poliornis, le coragyps, le néophron, les macrodipteryx, les vangas, la plupart des saxicoliens, les moqueurs, l'indicateur, les pintades, l'autruche, la plupart des outardes, les tachydromes, le baléniceps et le savaçou, la grue couronnée et plusieurs palmipèdes.

L'Océanie et les îles de l'Asie orientale ont les loris, les cacatoës, le strigops, les polytélis, le platycerque mignon, les pséphotes, la perruche ondulée, le nymphique, le pezopores, les psittirostres, les ptilorhynques, les chlamydères, les séricules, les paradisiers, les gymnorhines, les réveilleurs, l'uraète, le spilocirque, les dendrochélidons, les salanganes, les aegothèles, les podarges, les falconelles, les cassicans, les pardalotes, les brèves, les lyres, les ortotomes, les arachnothérés, les cassicans, les corydons, les eurylaimes, les cyanalcyons, les martins chasseurs, les tanysiplères, les symés, les phapés, les gourés, les didunculés, les tallégallés, l'émeu, le casoar et plusieurs palmipèdes.

L'Amérique est, comme nous l'avons dit, la plus riche en espèces d'oiseaux; nous y trouvons le chrysotis de l'Amazone, le pione rouge, les oéroptyes, les psittacules, les aras, les conures, les énicognathes, les coccobores, le cardinal, les calamblyrhynques, les pityles, les caryothraustes, les habias, les tangaras, les passerellés, la pie bleue, les diodons, les pseudaëtes, la harpie, les ictinies, les cymindis, les nauclers, le rostrame noir, l'urubitinga, les polyborés, les condors, l'urubu, le gallinaze, les pholéoptynx, les cypsélés, les antrostomes, les nyctibies, les bataras, les tyrans, les manakins, les gymnodères, les myiothérés, les guit-guit, les anabates, les fourniers, les campéphiles, les mélanerpes, les colaptés, les picumnés, les colibris, les prionités, les todiers, les barbus, la plupart des couroucous, le zanclostome triste, les crotophagés, les toucans, les pigeons voyageurs, les géotrygonés, les dindons, les odontophorés, les hoccos, les pénélopes, les crypturidés, les nandous, les eurypyges, les agamis, les palamédés, et un grand nombre de palmipèdes. (A.E. Brehm).

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