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La numismatique portugaise
Les monnaies des premiers temps de la monarchie portugaise sont rares. II y en avait deux principales : la livre d'argent, qui était d'origine française, et que le prince Henri de Bourgogne, introduisit dans les Etats à lui concédés par le roi de Castille; et le maravédis d'or, dont l'usage était passé des Arabes chez les chrétiens, et qui paraît avoir valu 2 livres et demie. La livre se divisait en 20 soldos ou sous, pièces de billon dont on distinguait deux sortes : les soldes brancos (sous blancs), dans lesquels entrait de l'étain, et qui contenaient chacun 12 deniers; et les soldes pretos (sous noirs), tout en cuivre. II est également question de maravédis d'argent, valant 15 deniers. Ces diverses monnaies eurent cours jusqu'au règne d'Alphonse V. Ce prince fit fabriquer des pièces nouvelles d'argent, qu'on désigne par le nom d'alfonsim, et auxquelles fut donnée la valeur nominale des monnaies anciennes, bien que leur poids métallique fût moindre. Sous le roi Diniz, les monnaies d'or furent appelées dobras cruzadas (doublons à la croix). Il en fallait 60 pour faire un marc; celles qu'on fabriqua sous Pierre Ier représentèrent le 50e du marc. Le même prince émit, à l'imitation des monnaies de France, des torneze (tournois) et des meio torneze (demi-tournois), dont il y avait 65 au marc d'argent, et d'autres torneze plus petits, dont il fallait 130 pour former le marc. 

A son tour, dans la seconde moitié du XIVe siècle, le roi Ferdinand frappa plusieurs monnaies : le gentil, dont il y eut plusieurs types représentant 4 livres 1/2, 3 livres 1/2, et 3 livres 5 sous; la barbuda, monnaie d'argent avec beaucoup d'alliage, à laquelle on donnait la valeur d'une livre, et qui empruntait son nom à une sorte de casque qu'on y avait gravé; le grave (lance) et le pilarte, également d'argent, mais à très bas titre, et qui recevaient aussi une valeur nominale excessive. Le désordre continua sous Jean Ier, où fait émit des réaux d'argent volant 9 deniers, et dont 72 faisaient un marc, puis d'autres réaux qui ne furent plus qu'an titre de 5 et de 4 deniers, tout en conservant la même valeur, et enfin des sextiis, qui valaient la 6e partie d'un réal. Une révolution monétaire dut être opérée par le roi Duarte (Édouard). Ce prince fit frapper des reaes brancos (réaux blancs), monnaie de cuivre avec un alliage d'un autre métal, ayant la valeur d'un sou ancien, et des reaes pretos (réaux noirs), qui n'en représentaient que la 10e partie. Ses écus d'or furent de bas aloi. Du règne d'Alphonse V datent la cruzade, dont l'or est si fin qu'on la rechercha longtemps pour dorer; le rodizio,  réal où était figurée une roue de moulin; et l'espadim, monnaie de cuivre et d'argent, destinée à perpétuer le souvenir de l'ordre de la Tour et de l'Épée.

Avec les découvertes en Afrique et en Orient, les valeurs monétaires changèrent nécessairement. En 1499, Emmanuel le Fortuné fit frapper des portugaises, au titre de 24 carats, et valant 10 cruzades, puis une monnaie d'argent portant le nom d'indios, et dont il fallait 70 pour le marc; dans les dernières années de ce règne, la croix de l'ordre du Christ, qui figurait sur les pièces d'or et d'argent, fit place à une sphère, d'où vint à ces pièces le nom d'espheras. Au règne de Jean III se rapportent des monnaies d'or portant l'image de Saint Vincent ou celle de Saint Thomas, apôtre des Indes, ainsi que les calvarios, pièces d'or de 2 cruzades, où l'on avait gravé une croix sur un calvaire. Par ordonnances du 27 juin 1558 et du 22 avril 1570, Don Sébastien ordonna que l'on battrait en argent des testons (il en fallait 24 pour un marc ), des demi-testons, des vintens et des demi-vintens, et que la monnaie de cuivre appelée patação, qui valait 10 reis, n'en vaudrait plus que 3. 

Pendant la domination espagnole, des monnaies d'or valant 4 cruzades circulèrent en Portugal. Après le triomphe de la maison de Bragance, Jean IV fit fabriquer des cruzades d'argent valant 100 reis, des demi-cruzades, des testons et des demi-testons, puis une monnaie d'or qui valut jusqu'à 12 000 reis. Sous Alphonse VI, il y eut émission de pièces d'or de 2 000 et de 4 000 reis; les monnaies d'argent valurent 2 testons, 1 teston, et 4 vintens. On a quelques pièces de billon frappées au temps où Pierre II n'était que régent du royaume : devenu roi, il émit des moedas, monnaies d'or de 4 400, 4 000, 2 000 et 1 000 reis, et des cruzades d'argent de 400 et 480 reis, En 1688, une loi, qui devait rester longtemps en vigueur, fixa le titre légal de l'or à 22 carats. En 1700, on commença de frapper des monnaies particulières pour le Brésil; elles eurent, d'ailleurs, la même valeur que celles de la métropole. A partir du XVIIIe siècle, les monnaies du Portugal ont été fixées. (D.).

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