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La numismatique italienne
Après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, l'Italie fut occupée par les Hérules. On ne connaît aucune monnaie de ce peuple germanique : celles qu'on a voulu   attribuer à son chef Odoacre sont fausses ou ont été mal interprétées. Théodoric le Grand, premier roi des Ostrogoths en Italie, a fait frapper des monnaies de tous métaux. Sa monnaie d'or est calquée sur l'aureus romain, et elle ne se distingue du sou impérial d'Anastase que par le monogramme du roi, caché à la fin de la légende; sur les quinaires, on voit, au droit, la tête de l'empereur, et, au revers, le monogramme de Théodoric; le nom et l'effigie de ce prince figurent sur le bronze. 

Les autres rois ostrogoths n'ont pas laissé de pièces d'or; leurs quinaires portent ordinairement leur monogramme, et quelquefois leur nom en toutes lettres; leurs monnaies de bronze, quand elles ont été frappées à Rome, portent, outre l'effigie royale, la louve et l'aigle romaine, la Victoire et un guerrier, avec la légende VICTORIA PRINCIPVM, et, quand elles sortent de l'atelier de Ravenne, l'image de cette ville et la légende RAVENNA FELIX. La monnaie des Lombards est mal connue. Il est certain que le système romain continua d'être en vigueur chez eux : le revers des pièces porta l'ancien type de la Victoire; au droit on inscrivit le nom de l'empereur jusqu'à la fin du VIe siècle, puis celui des rois lombards.

Quand Charlemagne eut soumis l'Italie septentrionale, on y adopta le système monétaire des Francs. Toutefois,  on frappa encore. à Lucques quelques triens d'or, avec l'ancienne légende FLAVIA LVCA. Charlemagne ayant accordé au pape le droit de battre monnaie, les souverains pontifes frappèrent depuis cette époque des deniers dans le système franc, portant d'un côté leur nom ou le buste de Saint Pierre, de l'autre le monogramme de l'empereur. Les ducs de Bénévent frappèrent des espèces d'or et d'argent sur lesquelles ils inscrivirent, avec leur nom, celui de Charlemagne; mais, après la mort de ce prince, ils firent disparaître cette marque de soumission. Quant au midi de l'Italie, qui restait en la possession des Grecs, on y maintint le monnayage byzantin, et, quand les Sarrasins vinrent prendre pied dans le pays, ils y apportèrent leurs espèces à légendes arabes. Les Normands, maîtres de la Sicile et de l'Italie méridionale depuis la fin du XIe siècle, eurent un monnayage bizarre : le même prince frappait des pièces dont les types étaient  empruntés aux empreintes accréditées chez les Grecs, les Latins et les Arabes, et dont les légendes appartenaient à leurs trois langues.

Dès le XIIe siècle, la fabrication monétaire était moins barbare en Italie que partout ailleurs : Roger, duc de Salerne, fit alors frapper des aureus qui de son titre prirent le nom de ducats. Au XIIIe, les aureus de Frédéric II, connus sous le nom d'augustales, sont des chefs-d'oeuvre de gravure. Les républiques italiennes, fières de leurs libertés, inscrivaient alors sur leurs monnaies leurs titres de gloire : Bologne rappelait, par la légende BONONIA DOCET, sa célèbre Université; Mantoue mettait sur ses deniers le nom de Virgile. Les florins de Florence et les ducats de Venise étaient imités dans toute l'Europe; à Chypre et en Morée on copiait les types de Gênes. A Naples, la maison d'Anjou introduisit un système moitié français, moitié italien; on trouve le nom du roi Charles le Boiteux, qui eut le titre de sénateur à Rome sur des pièces purement romaines et qui portent la vieille légende ROMA CAPVT MVNDI. 

Au XIVe siècle, quand les papes résidèrent à Avignon, ils y eurent un atelier monétaire fort actif, où furent frappées des espèces d'or et d'argent. Au XVe, les types monétaires de la France ou de l'Espagne prévalurent dans le royaume de Naples, suivant que la maison d'Anjou ou la maison d'Aragon l'emporta. Charles VIII, pendant son expédition en Italie, fit frapper à Aquila, en Calabre, des espèces avec cette légende CITÉ DE L'AIGLE, tandis que le duc d'Orléans, maître d'Asti, répandait des monnaies à titre de duc de Milan. Le système français était adopté, à la même époque, par les ducs de Savoie, et les Génois, selon la domination qu'ils subissaient, associaient sur leurs pièces au nom de Conrad II, qui leur avait jadis accordé le droit de monnayer, ceux de Galéas Sforza, de Ludovic le More, de Louis XII, ou de François Ier.

Au XVIe siècle, l'Italie, tout en perdant son indépendance, influait sur le reste de l'Europe par la supériorité de ses arts. Jamais la fabrication monétaire n'y atteignit une plus grande perfection. On peut citer comme exemples les monnaies d'or et d'argent frappées par les ducs de Savoie, celles de Florence, de Venise, de Ferrare et de Rome, enfin les magnifiques testons fabriqués à Milan, et qui portent d'un coté l'effigie de Charles-Quint ou de Philippe II, de l'autre l'image de Saint Ambroise.

Avec le XVIIe siècle la décadence de l'art monétaire commence. Si les ducs de Savoie continuent de frapper de belles et bonnes monnaies, une foule de petits souverains, comme ceux de Monaco, de Mantoue, de Piombino, de Massa et de Carrare, se font faux-monnayeurs. La Corse offre, pendant le XVIIIe siècle, un fait monétaire curieux : c'est la fabrication de pièces au nom de son roi charlatan, Théodore. Depuis la Révolution française de 1789, c'est surtout au système français que l'Italie a fait des emprunts : non seulement ou a pris presque partout pour base le système décimal, mais les ateliers de France ont souvent fabriqué pour les princes italiens les pièces métalliques, aussi bien que les billets de banque. (D.).

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