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Les monnaies d'Athènes
La monnaie antique d'Athènes a une grande importance, non seulement à cause du souvenir de la République qui l'a émise, mais parce qu'elle a été le principal agent des échanges entre les nations commerçantes de l'Antiquité, du VIe au IVe siècle avant notre ère. Aujourd'hui même, il n'y a pas de monnaie antique d'argent plus commune en Orient et plus nombreuse dans les collections que les tétradrachmes d'Athènes. Afin de conserver à sa monnaie la faveur dont elle jouissait sur les marchés asiatiques, Athènes dut s'appliquer à en modifier le moins possible le type. Aussi, sur presque toutes les pièces qu'elle a émises, voit-on la même représentation présentation : au droit, la tête d'Athéna casquée; au revers, la chouette de face. Cette persistance du type donne aux monnaies athéniennes une uniformité qui est plus apparente que réelle. Sur un très grand nombre se trouvent, dans le champ du revers, entre la couronne d'olivier et la chouette, soit les initiales, soit le monogramme des noms des magistrats monétaires, acccompagnés très souvent de symboles qui, avec le secours de ces noms, permettent de déterminer à quelle époque et dans quelles circonstances la monnaie a été émise. 

La forme de la pièce, globuleuse et irrégulière dans les temps anciens, large, régulière et presque sans relief dans les temps postérieurs; son travail et ce qu'on appelle son style; la composition, le dessin, le caractère du sujet représenté, aident beaucoup dans cette recherche. On distingue trois séries dans les monnaies d'Athènes. Ce sont d'abord les archaïques, contemporaines de Solon et des Pisistratides, et dont la Bibliothèque nationale de Paris possède une série unique et incomparable. Elles varient de poids et de mesure; ce sont les divisions d'un même système monétaire. On y a figuré : tantôt la chouette, consacrée à Athéna comme oiseau des nuits; tantôt un cheval, pour rappeler la querelle de la déesse avec Poséidon; tantôt une roue, en souvenir de l'inventeur des chars, Erichtonius; ou encore l'osselet, dont les Athéniens se servaient pour connaître le sort et interroger la déesse; la tête de Gorgone, la pleine lune, représentation d'Athéna identifiée primitivement avec la Nuit; enfin trois jambes qui ont un centre commun et semblent courir les unes après les autres sans pouvoir s'atteindre, emblème de la rotation perpétuelle de la lune, type connu sous le nom de triskèle. Toutes ces pièces portent su revers un carré creux.

A cette série succèdent les tétradrachmes d'ancien style, où s'inaugure le type qu'Athènes conservera pendant la durée de sa fabrication monétaire. Mais le dessin a un caractère tout à fait asiatique. Le casque de la déesse n'a d'abord d'autre ornement qu'une aigrette; les cheveux sont nattés en tresses et couverts de perles; l'oeil est saillant et de face dans une tête vue de profil. Plus tard apparaissent sur le casque des palmettes d'olivier; la tête prend un grand caractère; la largeur du menton, la vaste proportion de l'arcade du sourcil, le front droit et qui forme avec le nez une ligne continue, annoncent le siècle de Périclès. L'oeil est encore de face, mais moins saillant.

Dans la troisième série, on classe les tétradrachmes du nouveau style. Le caractère de la tête casquée d'Athéna y est tout autre, et n'a plus rien d'asiatique. L'oeil, bien qu'un peu saillant, est vertical, et le profil droit, au lieu de s'arrondir en demi-cercle; les cheveux, qui frisent naturellement, flottent sur le cou. Le cimier du casque est bien plus élevé : dix chevaux semblent s'élancer audessus de la visière, et le graveur y a fait figurer aussi le griffon. Quant au sphinx qui, d'après la description de Pausanias, se voyait sur le casque de l'Athéna de Phidias, au Parthénon, il ne se trouve sur aucun tétradrachme. Au revers, la chouette traditionnelle est posée sur l'amphore couchée, amphore panathénaique que l'on donnait aux vainqueurs pleine de l'huile qu'avaient fournie les oliviers sacrés. Une guirlande d'olivier forme un encadrement gracieux. Les initiales des noms de la ville et des magistrats monétaires, et des symboles, remplissent, avec la chouette, le champ de la pièce. On reconnalt les tétradrachmes postérieurs à la mort d'Alexandre le Grand, à l'H qui remplace l'E dans la légende AQE

On ne peut déterminer avec certitude l'époque où Athènes cessa de frapper de la monnaie d'argent, car les Romains lui laissèrent vraisemblablement ce droit de l'autonomie; il est probable que l'émission des tétradrachmes suivit la marche de son commerce, s'étendant et finissant avec lui. Quant à la monnaie d'or, Athènes ne paraît pas en avoir fait grand usage : elle ne chercha pas à entrer en concurrence avec la Macédoine, dont les statères d'or, les Philippes, furent bientôt aussi recherchés que les statères d'argent, les chouettes ou tétradrachmes d'Athènes. 

La monnaie de cuivre, de très peu de valeur, était réservée pour l'usage intérieur. Les plus anciennes pièces qu'on rencontre dans les collections datent du règne d'Alexandre, et presque toutes les antres de l'époque impériale. Mais il ne faut pas que la matière et l'infériorité du travail les fassent dédaigner. Lorsque les villes grecques eurent perdu leur prospérité matérielle et leur grandeur militaire, il leur arriva souvent, pour se recommander aux égards de leur vainqueur, de donner, sur leurs monnaies de cuivre, l'image des grands hommes qu'elles avaient produits, celle des statues et des monuments célèbres qu'elles possédaient. Ainsi, sur un bronze d'Athènes, on voit la citadelle consacrée à Athéna, l'Acropole : bien que l'espace soit extrêmement restreint, puisque la pièce est du module de nos pièces de 5 centimes, la situation respective de l'escalier, des Propylées, de la statue colossale d'Athéna armée de la lance, du Parthénon, de la grotte de Pan, y est parfaitement indiquée. Des sujets fameux dans l'Antiquité, tels qu'Athéna et le silène Marsyas, la lutte de Poséidon et d'Athéna, l'Heraclès de Glycon, le Zeus Olympien de Phidias, Thésée combattant le Minotaure, et d'autres épisodes de la vie du héros national, figurent au revers de plusieurs de ces pièces. Elles offrent donc un grand intérêt pour l'histoire politique et pour l'histoire de l'art. (D.).

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