 |
La nuit
est, par opposition au jour, dont elle forme le
complément, l'espace de temps compris entre le coucher et le lever
du Soleil. Pourtant, il ne fait réellement
nuit, au sens propre du mot, qu'assez longtemps après le coucher
du Soleil, et il cesse de faire nuit bien avant son lever; la lumière
indécise, intermédiaire entre le jour et la nuit, qu'on observe
le soir et le matin, alors que le soleil est entre l'horizon
et un cercle situé à 18° au-dessous de cet horizon, constitue,
le soir, le crépuscule, et le matin,
l'aurore. A Paris, au moment du solstice d'été,
il n'y a pas de nuit absolue, le Soleil ne descendant pas au-dessous du
cercle précité. Dans les régions polaires, au contraire,
il y a de longues nuits de plusieurs mois.
 |
Alain
Cabantous, Histoire
de la nuit : XVIIIe - XVIIIe siècle, Fayard, 2009.
- Dans l'Europe des Temps modernes, la nuit, c'est une absence de lumière
qui a (très) partiellement partie liée avec l'horloge biologique.
En effet, c'est surtout en s'ajustant à nos rythmes internes que
le jour s'apparente à la veille et la nuit au sommeil. Et c'est
pourtant elle qui resta longtemps la mesure du temps quotidien, de la Scandinavie
à la péninsule italienne. Simultanément, cette noirceur
des paysages se peuple de présences innombrables, s'investit de
lieux mythiques, se remplit de croyances et d'imaginaires, induit une autre
manière d'être au monde, une autre façon d'appréhender
le sensible, proche ou lointain. Absence-présence, tel quel, ce
couple constitue l'une des contradictions qui surgissent lorsque l'on tente
d'appréhender la nuit. Espace et temps, la nuit l'est tout ensemble.
Certains l'assimilent à une frontière, voire à une
" dernière frontière " à conquérir. Notion
éminemment spatiale qui renvoie à la fois à cette
volonté humaine de remplir la totalité d'un environnement
et à des perceptions inconnues de l'espace qu'impose l'effacement
de la lumière. La nuit induit encore un système de représentations
et de pratiques qui peuvent aussi bien s'affronter que se soutenir. Ainsi
les visions négatives de la dangereuse et angoissante " nocturnité
" conduisent-elles à la prise de mesures successives pour assurer
l'ordre urbain. En tout cas, la relation complexe et la confrontation de
ces deux éléments font de la nuit un objet en construction
permanente, loin d'une image où les rôles seraient définitivement
édictés entre l'action diurne et le repos nocturne. Ainsi,
la nuit n'est sûrement pas l'envers du jour. Elle est un autre temps
qui possède des particularités essentielles non transposables.
(couv.). |
|
|