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Histoire de la musique
La musique en Scandinavie
jusqu'en 1900
Tout ce qui a trait à l'histoire musicale des populations de l'extrême Nord de l'Europe nous est fort mal connu, du moins si l'on s'éloigne quelque peu des temps voisins du nôtre pour remonter un peu haut dans les premiers siècles du Moyen âge. Ce n'est pas que les traditions poétiques et légendaires fassent ici défaut; mais l'historien ne rencontre presque aucun témoignage solide sur lequel il se puisse appuyer. Les premiers habitants de la Suède, de la Norvège et du Danemark, pas plus que leurs cousins de langue germanique, ne semblent avoir ignoré, dans les temps anciens, le charme de la poésie ni de la musique

Le riche trésor des poèmes primitifs de la Scandinavie en fait foi; examinés comme témoignage de la civilisation des peuples pour qui ils furent écrits, ces poèmes abondent en allusions assez claires pour que nous puissions nous faire une idée de la place que la musique, le chant tout particulièrement, tenait dans cette société primitive. Ces rudes rois de la mer, qui répandirent la terreur de leur nom dans toute l'Europe, sont sensibles à la beauté des hymnes, que chantent pour célébrer leurs exploits, les guerriers ou les scaldes qu'ils entretiennent à leur suite. Eux-mêmes ne dédaignent pas de composer de tels chants, et la légende garde encore le souvenir de celui par lequel Regnar Lodbrog, qui gouvernait le Danemark vers le IXe siècle, charmait les douleurs de sa captivité, dans la lointaine Angleterre, où les hasards de la guerre l'avaient livré aux mains de ses ennemis. J.-J. Rousseau dans son Dictionnaire de musique rapporte encore, après bien d'autres, l'anecdote si souvent répétée de cet Eric, roi du Danemark, sur qui certains chants guerriers faisaient une impression si forte, qu'animé d'une fureur belliqueuse qu'il ne pouvait contenir, il se ruait, l'épée à la main, sur ceux qui l'entouraient. Il est inutile de dire qu'il n'a rien subsisté de cet art primitif.

Si l'Edda et les Sagas, qui célèbrent les dieux et les héros scandinaves, sont venus jusqu'à nous, les mélopées énergiques et barbares sur lesquels se chantaient ces poèmes n'ont pas eu la même fortune. Il semble bien, d'autre part, que les pays scandinaves soient restés un peu à l'écart du mouvement général de la civilisation du Moyen âge. Pour le sujet qui nous occupe en particulier, on ne pourrait citer aucun Scandinave, à côté de ces théoriciens et de ces déchanteurs flamands, italiens, allemands ou français qui ont péniblement édifié les assises de la musique, telle que nous la concevons. Hucbald, Odon de Cluny, Hermann Contract, Guy d'Arezzo ni Francon de Cologne n'ont eu de rivaux, qui nous soient connus, à la cour des rois du Nord. La musique sacrée, le plain-chant devait être, là comme partout ailleurs, plus ou moins cultivé dans les cloîtres et les églises, mais ces chantres obscurs n'ont contribué en rien au progrès de l'art et se sont bornés, sans doute, à suivre sans gloire les traces de leurs maîtres. Quant à la musique profane, à partir de l'établissement du christianisme qui mit en suspicion les vieux chants païens et guerriers d'autrefois, elle paraît avoir été tenue en mince estime.

Danemark.
Le Danemark, plus rapproché de l'Europe centrale, s'ouvrit le premier aux artistes. A partir de la fin du XVe siècle jusqu'à l'époque moderne, nous verrons les princes appeler auprès d'eux des musiciens étrangers, puis envoyer à leur tour de jeunes compositeurs se former auprès des maîtres les plus illustres d'Allemagne ou d'Italie. Un des plus célèbres maîtres-chanteurs d'AIlemagne, Franenlob, est admiré de la cour d'Erik  VIII, dans les premières années du XVIe siècle. Un peu plus tard, deux musiciens danois, que nous connaissons surtout par leurs noms italianisés, Fonteio et Petreio, se fixent pour un temps assez long en Italie; un autre, Borchgrevinck, plus tard, directeur de la musique du roi Christian IV, à qui Orazio Vecchi dédiait en 1604 ses Veilles de Sienne, achevait de se perfectionner dans son art auprès de G. Gabrieli. Quelques années plus tard, un Allemand illustre, disciple lui aussi de ce grand homme, Heinrich Schütz, chassé d'Allemagne par la guerre de Trente Ans, s'en allait à Copenhague diriger pendant plusieurs années la musique royale. 

A partir de ce moment les pays scandinaves, le Danemark tout particulièrement, ont regagné, au point de vue musical, l'avance que les autres contrées d'Europe avaient prise sur eux. Ils n'ont pas encore une musique proprement nationale, c.-à-d. s'inspirant des traditions mêmes du peuple et sachant mettre à profit le précieux trésor des mélodies populaires il faudra attendre pour que les compositeurs s'avisent d'utiliser les richesses qu'ils ont là sous la main, - mais ils auront des artistes estimables, supérieurs même quelquefois, qui tiendraient une place honorable dans les écoles étrangères dont ils suivent les traditions. Il suffira de citer l'admirable organiste Buxtehude (1635-1707), qui ne fut pas seulement un exécutant remarquable, mais dont les compositions ont contribué pour une large part à créer la personnalité du grand Bach; Niels Hansen, qui fut surtout un théoricien; Heinrik Rung, compositeur d'opéras; Kuhlau (1786-1832) le premier qui, bien qu'Allemand de naissance, ait songé, dans ses drames, à s'inspirer des thèmes populaires. (H. Quittard).

Norvège.
En Norvège, les chants populaires sont nombreux aussi et plusieurs sont d'une grande originalité : on les chante à la danse ou à la veillée aux sons du violon de Hardanger ou du langeleik, sorte d'instrument à corde avec caisse de résonnance. L.-M. Lindeman (1812-1887) a le mérite d'avoir, le premier, songé à les recueillir : il a ainsi sauvé de l'oubli des centaines de chants nationaux. A côté de la musique populaire, la musique savante a pris en Norvège, au XIXe siècle, un rang très élevé : le goût du chant et de la musique d'orchestre s'est développé dans les diverses classes de la population, et les choeurs d'étudiants norvégiens sont dignes de leur réputation. Pour ne pas être nombreux, les compositeurs n'occupent pas moins une place importante parmi les musiciens d'Europe. Avant Edvard Grieg (1843-1907), l'illustre auteur de la musique de Peer Gynt et de tant de lieder d'une exquise originalité et le plus national des compositeurs norvégiens, Hafdan Kjerulf (1815-1868) : Lieder; Cortège nuptial de Hardanger, Winter Hjelm (né en 1837) : la Lumière, cantate, Richard Nordraak (1842-1866) : Maria Stuart, de Björnson, Chant national norvégien, avaient produit des oeuvres d'une réelle valeur. 
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Edvard Grieg.
Edvard Grieg (1843-1907).

Les contemporains de Grieg : Johan Svendsen (1840-1911), chef d'orchestre à l'Opéra de Copenhague et Johan Selmer (1844-1910) : l'Année terrible 1870, ont écrit des ouvrages symphoniques, des rhapsodies et des chœurs d'un style très riche et brillamment instrumentés. Comme symphonistes, musiciens dramatiques et auteurs de lieds, se sont distingués de leur temps : Olaus A. Gröndhal (1847-1923), Iver Holter (1850-1941) : Goetz de Berlichingen, Johannes Haarklou (1847-1925) : le Bon vieux temps, opéra, Ole Hansen (né en 1850), Christian Sinding (1856-1941), Gerhard Schjerderup (né en 1859) : la Vigile, suite pour orchestre, Catharinus Elling (1858-1942) : les Cosaques, opéra, Johan Halvorsen (1864-1935) : Vasantasena, Sigurd Lie (1871-1904), etc. Le plus célèbre des virtuoses norvégiens de l'époque est le violoniste Ole Bull (1810-1880), le roi du violon; après lui, les pianistes Thellefsen (1823-1874), Edmund Neupert (1832-1888) et Agathe Gröndahl (1847-1907), qui est aussi compositrice, occupent une place fort honorable. Parmi les cantatrices, on cite Oselio-Björnson (1859-1937) et Ellen Gulbranson (1873-1947).

Suède.
Ce sont les poètes E.-G. Geijer (1783-1847) - excellent musicien aussi - et A. Afzelius (1785-1870), qui, en Suède, eurent les premiers l'idée de réunir les vieilles chansons populaires et de leur rendre, pour le plus grand honneur de la musique suédoise, la place à laquelle elles avaient droit par le charme de la mélodie et la délicatesse du sentiment. C'est grâce à leurs efforts que la musique suédoise qui, avec les O. Ahlström (1756-1855) et J.-E. Nordblom (1788-1848), avait suivi docilement les leçons de l'Allemagne, put acquérir une originalité véritable, sinon dans la symphonie ou l'opéra, du moins dans la romance et dans les choeurs.
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Gluntarna.
Gluntarne (1851, paroles et musique 
de GunnarWernnerberg).

Il serait téméraire, sans doute, de nier toute influence allemande chez eux, mais ils sont surtout Suédois les remarquables compositeurs de chants qui se nomment : A. Söderman (1832-1876). A. et O. Lindblad (1804-1878 et 1809-1864), J.-A. Josephson (1818-1880),Gunnar  Wennerberg (1817-1901) : Gluntarne, le prince Gustave, frère du roi (1827-1852), F. Arlberg (1830-1896), V. Svedbom (1843-1904), E. Sjögren (1853-1918), et, enfin, Ivar Hedenblad (1851-1909), le directeur distingué du choeur d'étudiants, les Orphei Drängar (Serviteurs d'Orphée), qui, à Paris et ailleurs, a remporté de grands et répétés succès. Les opéras suédois sont rares; on peut citer, entre quelques autres : les Frondeurs, de A. Lindblad; Estrella de Soria, de F. Bervald (1796-1868); le Jeune Fille enlevée par le gnome, de Ivar Hallstöm (1826-1901), un disciple de Meyerbeer et de Gounod; Harald Viking, le Trésor de Valdemar, de A. Hallén (1846-1925); Sveagaldrar, de Peterson-Berger (né en 1867), et Tirfing, de W. Stenhammar (né en 1871). Ces derniers, assez nettement wagnériens. Les principaux auteurs de musique symphonique sont L. Norman (1831-1884), Hallén, déjà cité comme auteur d'opéra, R. Henneberg (1853-1925), Tor Aulin (1866-1914), Hugo Alfvén (1872-1960), etc. 

De la Suède sont sorties quelques-unes des cantatrices les plus célèbres du XIXe siècle : Jenny Lind (1820-1887), Louise Michaeli (1830-1875), Christine Nilsson (née en 1843), d'autres encore : Sigrid Arnoldson (1861-1943), Carolina Ostberg (1853-1929), etc. (Th. Cart).
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Louise Michaeli.
La cantatrice d'opéra Louise Michaeli.
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Dictionnaire Musiques et danses
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