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Tout ce qui a trait à
l'histoire musicale des populations de
l'extrême Nord de l'Europe
nous est fort mal connu, du moins si l'on s'éloigne quelque peu
des temps voisins du nôtre pour remonter un peu haut dans les premiers
siècles du Moyen âge .
Ce n'est pas que les traditions poétiques et légendaires
fassent ici défaut; mais l'historien ne rencontre presque aucun
témoignage solide sur lequel il se puisse appuyer. Les premiers
habitants de la Suède ,
de la Norvège
et du Danemark ,
pas plus que leurs cousins de langue germanique,
ne semblent avoir ignoré, dans les temps anciens, le charme de la
poésie
ni de la musique.
Le riche trésor des poèmes
primitifs de la Scandinavie
en fait foi; examinés comme témoignage de la civilisation
des peuples pour qui ils furent écrits, ces poèmes abondent
en allusions assez claires pour que nous puissions nous faire une idée
de la place que la musique, le chant tout particulièrement,
tenait dans cette société primitive. Ces rudes rois de la
mer, qui répandirent la terreur de leur nom dans toute l'Europe,
sont sensibles à la beauté des hymnes,
que chantent pour célébrer leurs exploits, les guerriers
ou les scaldes qu'ils entretiennent à
leur suite. Eux-mêmes ne dédaignent pas de composer de tels
chants, et la légende garde encore le souvenir de celui par lequel
Regnar Lodbrog, qui gouvernait le Danemark vers le
IXe siècle, charmait
les douleurs de sa captivité, dans la lointaine Angleterre ,
où les hasards de la guerre l'avaient livré aux mains de
ses ennemis. J.-J. Rousseau dans son Dictionnaire
de musique rapporte encore, après bien d'autres, l'anecdote
si souvent répétée de cet Eric, roi du Danemark, sur
qui certains chants guerriers faisaient une impression si forte, qu'animé
d'une fureur belliqueuse qu'il ne pouvait contenir, il se ruait, l'épée
à la main, sur ceux qui l'entouraient. Il est inutile de dire qu'il
n'a rien subsisté de cet art primitif.
Si l'Edda
et les Sagas ,
qui célèbrent les dieux et
les héros scandinaves, sont venus jusqu'à nous, les mélopées
énergiques et barbares sur lesquels se chantaient ces poèmes
n'ont pas eu la même fortune. Il semble bien, d'autre part, que les
pays scandinaves soient restés un peu à l'écart du
mouvement général de la civilisation du Moyen âge .
Pour le sujet qui nous occupe en particulier, on ne pourrait citer aucun
Scandinave, à côté de ces théoriciens et de
ces déchanteurs flamands, italiens,
allemands
ou français qui ont péniblement
édifié les assises de la musique, telle que nous la concevons.
Hucbald, Odon de Cluny,
Hermann
Contract, Guy d'Arezzo ni Francon de Cologne
n'ont eu de rivaux, qui nous soient connus, à la cour des rois du
Nord. La musique sacrée, le plain-chant
devait être, là comme partout ailleurs, plus ou moins cultivé
dans les cloîtres et les églises,
mais ces chantres obscurs n'ont contribué en rien au progrès
de l'art et se sont bornés, sans doute, à suivre sans gloire
les traces de leurs maîtres. Quant à la musique profane, à
partir de l'établissement du christianisme
qui mit en suspicion les vieux chants païens et guerriers d'autrefois,
elle paraît avoir été tenue en mince estime.
Le Danemark ,
plus rapproché de l'Europe
centrale, s'ouvrit le premier aux artistes. A partir de la fin du XVe
siècle jusqu'à l'époque moderne, nous verrons
les princes appeler auprès d'eux des musiciens étrangers,
puis envoyer à leur tour de jeunes compositeurs se former auprès
des maîtres les plus illustres d'Allemagne
ou d'Italie. Un des plus célèbres
maîtres-chanteurs d'AI lemagne, Franenlob, est admiré de la
cour d'Erik VIII, dans les premières années du XVIe
siècle. Un peu plus tard, deux musiciens danois, que
nous connaissons surtout par leurs noms italianisés, Fonteio et
Petreio, se fixent pour un temps assez long en Italie; un autre, Borchgrevinck,
plus tard, directeur de la musique du roi Christian
IV, à qui Orazio Vecchi dédiait en 1604
ses Veilles de Sienne, achevait de se perfectionner dans son art
auprès de G. Gabrieli. Quelques années plus tard, un Allemand
illustre, disciple lui aussi de ce grand homme, Heinrich Schütz, chassé
d'Allemagne par la guerre de Trente ans, s'en allait à Copenhague
diriger pendant plusieurs années la musique royale.
A partir de ce moment les pays scandinaves,
le Danemark tout particulièrement, ont regagné, au point
de vue musical, l'avance que les autres contrées d'Europe avaient
prise sur eux. Ils n'ont pas encore une musique proprement nationale, c.-à-d.
s'inspirant des traditions mêmes du peuple et sachant mettre à
profit le précieux trésor des mélodies populaires
il faudra attendre pour que les compositeurs s'avisent d'utiliser les richesses
qu'ils ont là sous la main, - mais ils auront des artistes estimables,
supérieurs même quelquefois, qui tiendraient une place honorable
dans les écoles étrangères dont ils suivent les traditions.
Il suffira de citer l'admirable organiste Buxtehude (1635-1707),
qui ne fut pas seulement un exécutant remarquable, mais dont les
compositions ont contribué pour une large part à créer
la personnalité du grand Bach; Niels Hansen,
qui fut surtout un théoricien; Heinrik Rung, compositeur d'opéras;
Kuhlau (1786-1832) le premier qui,
bien qu'Allemand de naissance, ait songé, dans ses drames, à
s'inspirer des thèmes populaires. (H. Quittard).
Norvège.
En Norvège ,
les chants populaires sont nombreux aussi et
plusieurs sont d'une grande originalité : on les chante à
la danse ou à la veillée aux sons du violon de Hardanger
ou du langeleik, sorte d'instrument à corde avec caisse de résonnance.
L.-M. Lindeman (1812-1887) a le mérite
d'avoir, le premier, songé à les recueillir : il a ainsi
sauvé de l'oubli des centaines de chants nationaux. A côté
de la musique populaire, la musique savante a pris en Norvège, au
XIXe
siècle, un rang très élevé : le
goût du chant et de la musique d'orchestre s'est développé
dans les diverses classes de la population, et les choeurs d'étudiants
norvégiens sont dignes de leur réputation. Pour ne pas être
nombreux, les compositeurs n'occupent pas moins une place importante parmi
les musiciens d'Europe. Avant Edvard Grieg (1843-1907),
l'illustre auteur de la musique de Peer Gynt
et de tant de lieder d'une exquise originalité et le plus national
des compositeurs norvégiens, Hafdan Kjerulf (1815-1868)
: Lieder; Cortège nuptial de Hardanger, Winter Hjelm
(né en 1837) :
la Lumière, cantate, Richard Nordraak
(1842-1866) : Maria Stuart,
de Björnson, Chant national norvégien, avaient produit
des oeuvres d'une réelle valeur.
-
Edvard
Grieg (1843-1907).
Les contemporains de Grieg : Johan Svendsen
(1840-1911), chef d'orchestre à
l'Opéra de Copenhague
et Johan Selmer (1844-1910) : l'Année
terrible 1870, ont écrit des
ouvrages symphoniques, des rhapsodies et des chœurs d'un style très
riche et brillamment instrumentés. Comme symphonistes, musiciens
dramatiques et auteurs de lieds, se sont distingués
de leur temps : Olaus A. Gröndhal (1847-1923),
Iver Holter (1850-1941) : Goetz
de Berlichingen, Johannes Haarklou (1847-1925)
: le Bon vieux temps, opéra,
Ole Hansen (né en 1850), Christian
Sinding (1856-1941), Gerhard Schjerderup
(né en 1859) : la Vigile,
suite pour orchestre, Catharinus Elling (1858-1942)
: les Cosaques, opéra, Johan
Halvorsen (1864-1935) : Vasantasena,
Sigurd Lie (1871-1904), etc. Le plus
célèbre des virtuoses norvégiens de l'époque
est le violoniste Ole Bull (1810-1880),
le roi du violon; après lui, les pianistes Thellefsen (1823-1874),
Edmund Neupert (1832-1888) et Agathe
Gröndahl (1847-1907), qui est
aussi compositrice, occupent une place fort honorable. Parmi les cantatrices,
on cite Oselio-Björnson (1859-1937)
et Ellen Gulbranson (1873-1947).
Suède.
Ce sont les poètes E.-G. Geijer
(1783-1847)
- excellent musicien aussi - et A. Afzelius (1785-1870),
qui, en Suède ,
eurent les premiers l'idée de réunir les vieilles chansons
populaires et de leur rendre, pour le plus grand honneur de la musique
suédoise, la place à laquelle elles avaient droit par le
charme de la mélodie et la délicatesse du sentiment. C'est
grâce à leurs efforts que la musique suédoise qui,
avec les O. Ahlström (1756-1855)
et J.-E. Nordblom (1788-1848), avait
suivi docilement les leçons de l'Allemagne,
put acquérir une originalité véritable, sinon dans
la symphonie ou l'opéra,
du moins dans la romance et dans les choeurs.
-
Gluntarne
(1851, paroles et musique
de
GunnarWernnerberg).
Il serait téméraire, sans
doute, de nier toute influence allemande chez eux, mais ils sont surtout
Suédois les remarquables compositeurs de chants qui se nomment :
A. Söderman (1832-1876). A. et
O. Lindblad (1804-1878 et 1809-1864),
J.-A. Josephson (1818-1880),Gunnar
Wennerberg (1817-1901) : Gluntarne,
le prince Gustave, frère du roi (1827-1852),
F. Arlberg (1830-1896), V. Svedbom
(1843-1904), E. Sjögren (1853-1918),
et, enfin, Ivar Hedenblad (1851-1909),
le directeur distingué du choeur d'étudiants, les Orphei
Drängar (Serviteurs d'Orphée), qui, à Paris
et ailleurs, a remporté de grands et répétés
succès. Les opéras suédois sont rares; on peut citer,
entre quelques autres : les Frondeurs, de A. Lindblad; Estrella
de Soria, de F. Bervald (1796-1868);
le Jeune Fille enlevée par le gnome, de Ivar Hallstöm (1826-1901),
un disciple de Meyerbeer et de Gounod; Harald
Viking, le Trésor de Valdemar, de A. Hallén (1846-1925);
Sveagaldrar,
de Peterson-Berger (né en 1867),
et Tirfing, de W. Stenhammar (né en 1871).
Ces derniers, assez nettement wagnériens. Les principaux auteurs
de musique symphonique sont L. Norman (1831-1884),
Hallén, déjà cité comme auteur d'opéra,
R. Henneberg (1853-1925), Tor Aulin
(1866-1914), Hugo Alfvén (1872-1960),
etc.
De la Suède sont sorties quelques-unes
des cantatrices les plus célèbres du XIXe
siècle : Jenny Lind (1820-1887),
Louise Michaeli (1830-1875), Christine
Nilsson (née en 1843), d'autres
encore : Sigrid Arnoldson (1861-1943),
Carolina Ostberg (1853-1929), etc.
(Th. Cart).
-
La
cantatrice d'opéra Louise Michaeli.
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