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Histoire de la musique
La musique dans la Grèce ancienne
Le système musical des Grecs s'est développé peu à peu depuis les temps les plus anciens de leur histoire héroïque jusqu'au Ve siècle av. J.-C., époque où, sous l'influence directe de l'École pythagoricienne, il se présenta dans son ensemble et avec tous ses moyens. Les instruments se sont aussi perfectionnés par degrés : depuis la simple flûte de Pan et l'instrument fait d'une écaille de tortue jusqu'à la magadis à vingt cordes, il y a une série de changements dans la théorie et dans la pratique musicales; et ces changements accompagnent le développement parallèle de la poésie lyrique jusqu'au jour où l'instrumentation s'est séparée du chant, et a produit dans les Odéons et les concours musicaux des oeuvres plus compliquées. Comme le système musical des Anciens diffère notablement du nôtre, nous allons l'exposer en nous plaçant au point de vue des Grecs eux-mêmes.

Les sons forment une série continue de l'aigu au grave; on l'obtient en faisant glisser le doigt sur une corde tendue et vibrante; dans cette série l'on ne distingue aucune note particulière. Mais, en arrêtant le doigt à certaines places et en supprimant le glissement intermédiaire, on obtient des sons distincts ou notes. Des lois mathématiques président à la distribution des intervalles de ces notes et en règlent la longueur. L'oreille observe dès lors que les sons s'appellent les uns les autres, et forment des consonnances mélodiques. Toutefois, ces consonnances peuvent être établies sur une partie quelconque de la corde, c.-à-d. de la série indistincte des sons. On peut prendre pour point de départ de la série consonnante soit la note aiguë, soit la grave; on lui donne alors le nom de note du ton (tonos), tension de la corde) : les Grecs prenaient pour note du ton la note la plus aiguë de la série, et solfiaient en descendant.

II n'existe dans la série consonnante que quatre notes fixes, formant trois intervalles : ce sont celles que nous nommons la première, la seconde, la quinte et l'octave. Mais l'octave n'est que la répétition de la première, soit à l'aigu, soit au grave; de sorte que, si l'on continue dans ces deux sens à faire résonner ces notes fondamentales dans toute la portée de l'oreille humaine, an obtient toujours cette même série se répétant elle-même. Les Anciens ont nommé ton l'intervalle qui sépare la première de la seconde; de la seconde à la cinquième, et de la cinquième à l'octave, il y a deux intervalles de quarte. Le ton, partagé en deux, forme des demi-tons; les demi-tons, partagés en deux, forment des quarts de ton, quand les cordes sont entre elles comme 80 et 81, la différence est appelée comma; et le comma exprime aussi la différence du demi-ton majeur et du demi-ton mineur. Les intervalles de quarte, dans la série fondamentale, peuvent être divisés par des notes dont la place n'a rien de fixe par elle-même, et les intervalles plus petits qui en résultent peuvent offrir des demi-tons, des tiers de ton, des quarts de ton, ou des espaces exprimés par d'autres fractions. Tel est le point de départ de la Musique antique et l'origine des écoles musicales chez les Grecs.

L'intervalle de quarte est commun à toutes les musiques humaines, parce qu'il exprime un rapport numérique très simple et quel fait partie des consonnances fondamentales. Les musiciens gréco-asiatiques de Phrygie, de Lydie, etc., ont observé de bonne heure que les mêmes séries consonnantes ou mélodiques se reproduisent sur l'échelle des sons, offrant la même combinaison de tons et de demi-tons : do ré mi fa - sol la si do; ou bien ré mi fa sol - la si do ré; ou encore mi fa sol la - si do ré mi, etc. Telle est l'origine du tétracorde ou série de quatre notes, qui est le fondement de toute la théorie musicale des Anciens. Ces tétracordes, comparés entre eux, par exemple celui de do avec celui de ré ou de mi, diffèrent uniquement par la place du demi-ton, qui est en effet à l'aigu, au milieu ou au grave. Pendant plusieurs siècles, les plus anciens Grecs ne connurent que le tétracorde, et composèrent leurs chants dans quelqu'une de ces courtes séries mélodiques. Mais on finit par s'apercevoir qu'en mettant à la suite l'un de l'autre deux tétracordes semblables, les deux notes extrêmes sont à l'octave l'une de l'autre, et qu'un ton sépare ces deux tétracordes l'un de l'autre. Toutefois, ce ton complémentaire peut se trouver soit au milieu de l'octave, comme ci-dessus, soit au grave, comme dans la double série si - mi, mi - la, soit à l'aigu, comme la série la - ré ré - sol. De toute manière l'octave étant ainsi complétée, l'instrument peut rendre toute la série musicale par une simple répétition des notes de l'octave, et faire entendre ainsi toute la gamme. Réunir deux tétracordes semblables, avec leur ton complémentaire, s'appela : mettre sept cordes à la lyre.

Les modes (en grec armonia) étaient primitivement de simples tétracordes, que l'invention de l'octave transforma en vrais pentacordes. Le mode est déterminé par la place du demi-ton dans le tétracorde, et il se solfie eu descendant; l'air ou mélodie doit toujours finir sur la note extrême du mode soit à l'aigu, soit au grave. Les modes primitifs étaient le dorien (mi ré do si la), le phrygien (ré do si la sol), et le lydien (do si la sol fa). Ils eurent trois modes subordonnés, complétant l'octave à l'aigu : l'hypodorien (la sol fa mi ré), l'hypophrygien (sol fa mi ré do), et l'hypolydien (fa mi ré do si). Enfin un septième mode appelé mixolydien reposait sur le si grave de l'hypolydien, et produisait si la sol fa mi. On doit observer que ce système, le seul complet dont l'histoire fasse mention, permettait de faire reposer une mélodie sur une note quelconque de la gamme, et produisait des airs essentiellement différents entre eux et d'une grande expression. Le plain-chant, qui, n'ayant ni rythme ni mesure, n'est pas proprement de la musique, tire encore de beaux effets de ces débris de la musique grecque dont il est composé.

Nous avons dit qu'il n'y a de fixe parmi les notes que la 1e, la 2e, la 5e et l'octave; les autres peuvent être abaissées de quantités variables à volonté, sans que la mélodie soit troublée. Quand les intervalles obtenus sont tous des tons et des demi-tons, l'octave est appelée diatonique, et, par une légère variation, l'on obtient le diatonique mou, dur ou moyen. Mais si la quantité dont les notes variables sont abaissées dépasse 1/3 de ton, le genre est changé : si, par exemple, on arrive à des intervalles de 1/2 ton à côté d'autres qui soient de 1 ton 1/2, c'est le genre chromatique. Voici, comme modèle, le mode dorien et hypodorien chromatisé : mi, ré b, do, si, la, sol b, fa, mi, ré. Ce qui donne de la couleur à cette gamme, laquelle n'admet aucune autre note que celles-là, c'est que l'accord sur une note y est à volonté majeur ou mineur. Chaque mode a son genre chromatique. 

Le genre enharmonique, entièrement perdu pour nous, fut ajouté aux deux autres par Olympe le Vieux. Composé par la même méthode que le chromatique, il n'admet que des intervalles de 2 tons, 1 ton et 1/4 de ton. Voici le dorien enharmonique, en descendant : la, fa, fa 1/4, mi, do, do 1/4, si, la. Que l'on tente avec le violon d'exécuter cette simple gamme, on verra qu'elle agit de la façon la plus puissante sur la sensibilité, laissant loin derrière elle les modes diatoniques ou chromatiques les plus émouvants. Platon proscrivait le genre enharmonique.

Il y aurait de belles et curieuses recherches à faire sur l'exécution musicale chez les Anciens, sur leurs instruments (Aristote seul en nomme 33 à vent), sur les choeurs tragiques et comiques, sur le chant de la scène, sur les odes, sur les Odéons ou Conservatoires, sur les concerts privés et les grands concours de musique de l'Antiquité. (Em. B.).

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Dictionnaire Musiques et danses
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