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| Les Maîtres
chanteurs de Nuremberg, Die Meistersinger von Nürnberg.
- Opéra en trois actes de Richard
Wagner, terminé en octobre 1867 (la première esquisse
date de 1845), est représenté pour la première fois
à Munich
le 21 juin 1868. Cette oeuvre, qui occupe une place à part parmi
les créations du maître, est, à proprement parler,
une comédie, tour à tour spirituelle, bouffonne, rêveuse
ou tendre, qui, en outre, résume toute une époque de l'histoire
poétique et musicale de l'Allemagne Le brave Pogner, orfèvre dans la
bonne ville de Nuremberg Le lourd et prétentieux Beckmesser s'est avisé de venir, dès la nuit suivante, chanter sous les fenêtres d'Eva, en guise de sérénade, le morceau qu'il a préparé pour la Saint-Jean. Mais le malicieux Hans Sachs, protecteur de Walther et d'Eva, prend plaisir à interrompre l'aubade en frappant du marteau sur les souliers qu'il raccommode à l'instar du marqueur signalant les fautes. Beckmesser troublé perd le fil de sa chanson; les voisins, peu à peu éveillés, ouvrent leurs fenêtres, - des incidents surgissent et amènent une bagarre générale que vient calmer l'arrivée du veilleur de nuit. Hans Sachs, qui a su comprendre Walther et voir en lui un véritable poète plein de sève et de jeune originalité, lui enseigne l'utilité des règles de la science, dont l'inspiration a besoin pour s'affirmer et se développer. Il l'engage à se mettre au travail et à composer le morceau qu'il doit présenter au concours. Sur ces entrefaites, le greffier, qui a mis la main sur les vers de Walther rapidement griffonnés par Hans Sachs, est charmé de voir ce dernier les lui abandonner en toute propriété. Précisément ces vers, si généreusement cédés par le savetier-poète, vont décider de la victoire de Walther et de la défaite de son burlesque rival. En présence des corporations assemblées et de toute la population de Nurenberg, Beckmesser chante le poème de Walther, mais si étrangement défiguré par une musique absurde, que le greffier ne peut parvenir à l'achever, interrompu qu'il est par les murmures des assistants. C'est alors que le chevalier, sur l'invitation de Sachs, chante le Récit du songe, célébrant l'amour et la poésie, incarnés par lui en Eva. Le peuple et les Maîtres chanteurs accordent unanimement à Walther de Stolzing la couronne et la chaîne portant l'effigie du roi David, et la pièce se termine sur un discours de Hans Sachs qui rend justice aux maîtres de l'art allemand et fait appel au patriotisme de ses concitoyens, gardiens des nobles et antiques traditions. Dans cette rapide narration nous n'avons pu retracer nombre d'épisodes charmants ou amusants, ni même nommer maints personnages secondaires. Mais surtout nous n'avons pu donner le moindre aperçu du coloris pittoresque, de l'intensité de vie et d'action qui font de ce chef-d'oeuvre une résurrection véritable de la vieille ville allemande au temps des Meistersinger. Quant à la musique, nous devons nous borner à constater que jamais Wagner n'a été plus richement ni plus constamment inspire que dans cette merveilleuse comédie. On peut sans doute citer particulièrement l'ouverture, qui résume toute l'action, en mettant en oeuvre les thèmes principaux; le chant de Walther au premier acte, et son chant de maîtrise au troisième; la rêverie de Sachs, - le prélude du troisième acte; - mais comment ne pas citer aussi les merveilleux ensembles des maîtres chanteurs, les choeurs des corporations, ou plutôt comment ne pas reconnaître que l'oeuvre entière doit être étudiée et entendue dans son intégrité? Les Maîtres chanteurs ne comportent pas moins de dix-sept rôles (dont deux rôles de femmes). L'orchestre est ainsi composé : 1er et 2e violons, altos, violoncelles et contrebasses, 2 flûtes, 1 petite flûte, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, 4 tuba-basse, 1 harpe, 1 luth, timbales, grosse caisse, cymbales, triangle et gloekenspiel.On sait que les Minnesinger avaient déjà inspiré à Wagner son Tarnnhäuser. Les Maîtres chanteurs de Nurenberg peuvent donc être considérés, au point de vue historique, comme une sorte de pendant à ce premier opéra. En l'un comme en l'autre, l'art est glorifié dans les termes les plus hauts et les plus purs. Relativement aux Maîtres chanteurs, on remarquera que Wagner, tout en combattant avec la plus grande énergie la routine et les préjugés, rend hommage aux saines traditions, et préconise l'acquisition des connaissances nécessaires à l'enfantement de l'oeuvre d'art. Il respecte et honore le glorieux passé, tout en laissant au présent la liberté nécessaire et en demandant que le champ soit ouvert à l'essor des pensées neuves et des virils enthousiasmes. Enfin il nous montre, dans le mariage d'Eva, fille du peuple, avec le chevalier Walther de Stolzing, l'union symbolique de l'art savant et du chant populaire, d'où doit naître la musique vivante et complète, apte à exprimer toutes les manifestations de l'âme et de la vie humaines. (René Brancour). |
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