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Musique descriptive.
- La description était trop populaire parmi les poètes pour
ne pas tenter les musiciens; les plus grands compositeurs ont eu l'ambition
d'être peintres, et ils ont appliqué leur génie à
des tentatives célèbres, souvent renouvelées par les
imitateurs. La Création et les Saisons de Haydn, la
Symphonie
pastorale de Beethoven montrent à
la fois la portée et les bornes de l'imitation musicale en ce genre.
Elle éveille des impressions plus qu'elle ne donne des idées;
elle reproduit certains grands effets; elle fait aisément penser
à la guerre, à la chasse, à la tempête, au calme
des éléments; mais elle n'arrive point à les décrire.
Haydn s'exagéra l'étendue
de son art, quand il prétendit faire exprimer à l'orchestre
la confusion du chaos et les merveilles des six jours, les replis onduleux
du serpent et le fourmillement des insectes, quand il essaya de mettre
en musique le Soleil, la chaleur et la neige. Dans ces oeuvres, si remarquables
d'ailleurs, les instruments ne suffisent plus à traduire la pensée
du compositeur; il faut qu'il emprunte le secours de la parole; encore
le récitatif et le chant ne le mènent-ils pas tout à
fait à son but. Les sensations musicales sont tellement arbitraires,
qu'un admirateur de Beethoven a pu, dans son imagination, faire de la Symphonie
pastorale "un poème dans le goût de Milton,
et placer la chute de l'ange rebelle où le compositeur
fait chanter la caille et le rossignol." Cet aveu naïf d'une méprise
singulière donne l'idée des mécomptes auxquels s'exposerait
la musique si elle avait la prétention de décrire.
Nous accorderons cependant au même
juge, mieux inspiré cette fois, que cette célèbre
symphonie, a plus exquise et plus vaste que les plus « beaux paysages
en peinture, ouvre a l'imagination des perspectives enchantées,
des horizons sans limites, des tableaux où l'orage gronde, où
l'oiseau chante, où la tempête naît, éclate
et s'apaise, où le soleil boit la pluie sur les feuilles, où
l'esprit et le corps se raniment "et retombent dans un repos délicieux."
C'est la gloire de la musique instrumentale, qui laisse à l'imagination
toute la liberté de ses rêveries. Mais, dans les oeuvres essentiellement
descriptives, le génie de Haydn, même avec le secours de la
parole, n'a pas toujours évité la monotonie, la froideur
et l'ennui, et ses élèves n'ont réussi qu'à
la condition de ne pas excéder les limites d'un art tout de sentiment
et de passion. (A. D.). |
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