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Musiques et danses > La danse
Histoire de la danse
La danse au Moyen Âge
L'Eglise et la danse.
L'Église chrétienne accueillit bon gré mal gré et renouvela dans ses fêtes les représentations et les danses qui tenaient une si grande place dans les cérémonies païennes; elle conserva particulièrement à la danse une importance considérable. On se fondait pour la favoriser sur des textes de la Bible et les coutumes hébraïques. Sans remonter jusqu'à David, on soutint que saint Paul avait déclaré la danse utile dans le culte. Grégoire le Thaumaturge l'y introduisit. Toutefois, tant que les cérémonies chrétiennes furent célébrées à l'écart, la danse y eut peu de développement. Les choses changèrent lorsque le christianisme ayant été adopté à Rome put célébrer ses solennités au grand jour et dans tout l'éclat d'une religion officielle; les danses servirent à les rehausser. Il est vrai qu'on ne les accepta pas partout; ainsi elles furent proscrites dans les mariages, mais on les multiplia dans le culte public. Le choeur des églises de cette époque était aménagé comme une sorte de théâtre où se donnaient les danses religieuses conduites par les prêtres à toutes les grandes fêtes, parfois même tous les dimanches; on voyait même des évêques diriger le choeur sacré. Théodose nous apprend qu'à Antioche les premiers chrétiens dansaient non seulement à l'église, mais aussi devant les tombeaux des martyrs. Les progrès de ces usages sont attestés par ce fait que chaque jour eut ses hymnes et ses danses propres. La veille des grandes fêtes, les plus zélés fidèles se rassemblaient de nuit à la porte de l'église, chantaient et dansaient. Les pères de l'Eglise font l'éloge de la danse. Saint Basile (Epist.I, Ad Greg.) dit que c'est par excellence l'occupation des anges dans le ciel. Cette organisation aimable des fêtes chrétiennes facilita beaucoup la conversion des païens. D'ailleurs, plusieurs dates des grandes fêtes de la religion romaine officielle, de celle de Mithra, etc., avaient été adoptées par les chrétiens qui se contentèrent d'en changer l'étiquette.

Telle était la situation au IVe siècle ap. J.-C. Elle dura peu. Les danses nocturnes devinrent suspectes, non sans motif, car elles donnaient lieu à des abus, à des débauches; les chefs de l'Eglise les interdirent. Ils ne réussirent pas à les supprimer. Le concile de 692, qui interdit de célébrer les anciennes fêtes païennes des calendes de janvier (premier de l'an), des Brumalia, des Vota, les anciennes Dionysiaques de la fin de février (carnaval), prohiba expressément les danses publiques et provocantes des femmes et accusa ces fêtes et ces danses d'être célébrées en l'honneur des faux dieux. Rien n'y fit dans les églises, dans les cimetières, les divertissements, les chants et les danses continuèrent. Les papes Grégoire III, Zacharie (en 744) les interdirent; une foule d'écrivains les blâmèrent. La danse religieuse conservait trop son caractère païen; de plus, elle avait été un élément essentiel des cultes celtiques et germaniques, s'était maintenue dans les usages populaires, se liant à ces superstitions vivaces que le christianisme n'a pu déraciner, aux légendes des elfes et de ces démons, sorciers et sorcières, que l'imagination populaire opposait aux saints et aux personnages divins du christianisme. Plus s'accuse au VIIIe siècle en Occident l'antagonisme entre le paganisme et le christianisme de plus en plus obscurantiste, plus la danse est considérée comme occupation et cérémonie caractéristique des démons et du diable, patron des sorcières dont il préside les ébats nocturnes. On maudit la danse, on en lit la condamnation dans la Bible; on évoque le souvenir d'Hérodiade qui dansa pour faire couper la tête de saint Jean-Baptiste

« Quand tu vois danser, disait-on, songe à la tête sanglante de saint Jean, tu te préserveras de la tentation diabolique. » 
Éliminée graduellement de l'église et des fêtes ecclésiastiques, la danse religieuse disparaît. La danse séculière a beaucoup perdu aussi, mais n'a pas disparu. Sans doute, les danses de société ont été oubliées; il n'y a plus ce qu'on appelle « le monde »; dans les cours féodales, les danses graves et nobles ne se retrouvent pas. Les autres, vives ou lascives, subsistent, mais sont mal vues; on les juge corruptrices; on recommande de n'y jamais laisser aller sa femme ou sa fille. Les danses les plus curieuses de cette époque sont évidemment les danses populaires sur lesquelles nous sommes peu renseignés et qui devaient avoir dès lors dans chaque pays le caractère original ou composite que nous retrouverons plus tard ; quant aux danses des sorcières, il en sera parlé ailleurs. (E.-H. Vollet).

Les danses profanes.
Malgré les fléaux qui le décimaient, les guerres, les luttes sanglantes qui le torturaient, le Moyen âge, époque de souffrances et de craintes, ne négligea pas la danse; on pourrait même dire qu'elle lui fit mépriser un moment les affres de la peur : car, à côté des danses religieuses dont vient d'être question et qui s'exécutaient dans les églises et les cloîtres, ou dans leur voisinage, à côté du défi jeté à la religion par les danses impies et démoniaques du sabbat, l'humanité, cherchant l'oubli de ses misères dans l'excitation passagère de ses sens énervés, dansait dans le palais voisin du monastère, aussi bien que sur les places publiques où les cathédrales s'élevaient. Et cette exaspération du geste n'était-elle pas en son lieu parmi tant de gestes héroïques? Le paysan du village, comme le seigneur du château féodal, avait besoin de cette ivresse pour ne pas voir sa faiblesse; car dans le bouleversement universel des choses, personne, même le prince le plus grand, n'osait avouer en s'endormant le soir, que le lendemain, au réveil, il ne pourrait trouver plus puissant que lui. Or, la force de l'un, à cette époque, se traduisait par l'asservissement de l'autre. 

Qu'étaient ces danses au milieu desquelles le Moyen âge se convulsait? Leurs formes en restent confuses, et les historiens ont oublié souvent de les décrire: ils se sont bornés à constater simplement ce fait, à savoir que les peuples dansaient.

La danse religieuse des chrétiens dérivait des danses sacrées de l'Antiquité. La danse profane, au Moyen âge, provient à son tour des danses plastiques anciennes, augmentées de l'apport que les incursions des peuples germaniques laissaient parmi les ruines de l'ancien monde où s'élevait un monde nouveau, croissant mécaniquement au milieu des troubles les plus affreux.

La conception de l'Europe moderne avait été longue et pénible. Prenons, par exemple, la France, où les populations les plus diverses s'amalgamaient dans un travail latent. Michelet a merveilleusement expliqué cette formation artistique : 

« Toutes les poésies du monde, dit-il, ont coulé chez nous en ruisseaux, en torrents. Tandis que les collines de Galles et de Bretagne distillaient les traditions celtiques comme la pluie murmurante sur les chênes verts de nos Ardennes, la cataracte du roman carolingien tombait des Pyrénées. Il n'est pas jusqu'aux monts de la Souabe et de l'Alsace qui ne nous aient versé par l'Ostrasie un flot des Niebelungen. La poésie érudite d'Alexandrie et de Troie débordait, malgré les Alpes, du vieux monde classique. Et cependant du lointain Orient, ouvert par les Croisades, coulaient vers nous en fable, en conte, en parabole les fleuves retrouvés du Paradis. »
Tous les peuples connus avaient donc contribué à l'éclosion d'une nouvelle existence artistique partout en Europe. L'histoire va nous donner dans toute leur brutalité les faits qu'elle a consignés dans les récits des chroniqueurs.

Jusqu'aux Croisades on ne connaît que des exemples de danses sacrées. Le peuple dansait seulement dans les grandes fêtes religieuses, à l'occasion des cérémonies solennelles du culte. Les récits des Croisades nous apprennent que le camp des chrétiens, à Acre, était devenu une grande ville fréquentée par les marchands des religions chrétienne et musulmane :

« Ils se voient volontiers, dansent ensemble, et les ménestrels chrétiens associent leurs voix aux sons des instruments arabes. » (Michelet, Histoire de France).
Nous savions déjà, à la lecture du cycle arthurien, que les jeunes filles d'Angleterre dansaient au son de la lyre. La Flandre célébrait ses réjouissances populaires par des fêtes « où des hommes au teint hâlé et des femmes aux carnations opulentes dansaient lourdement en une gaieté parfois grossière ».

L'influence musulmane ne se faisait pas sentir seulement en Palestine. Plus tard, « le Midi se révèle au Nord avec son élégance et sa légèreté moqueuse, ses danses et costumes mauresques, ses figures sarrasines », répandant le goût des fêtes et des réjouissances. Tous les princes cependant ne s'adonnent pas à ce genre de distractions, et tandis que, d'après Villani, Charles d'Anjou ne prit jamais de plaisir aux mimes et aux troubadours, le premier dauphin, fils de Charles VI, « chantait, dansait et ballait la nuit comme le jour, ce que lui reprochaient tant les bouchers et cela, l'année des Cabochiens, pendant qu'on lui massacrait ses amis. Il se tua lui aussi à force de chanter et de danser ». Ce prince avait d'ailleurs de qui tenir. Lors du séjour du roi Charles VI chez le pape, à Avignon, il y eut de grandes fêtes et des bals et les seigneurs de la suite royale s'en donnaient à coeur joie : 

« Quoiqu'ils fussent logés de lez le pape et les cardinaux, si ne pouvaient-ils tenir [...] que toutes nuits ne fussent en danses, en caroles, et en esbattement avec les dames et les demoiselles d'Avignon. » (Froissart, Chroniques).
Le 13 juin 1392, jour et fête du Saint-Sacrement, les gens de Pierre de Craon tentèrent d'assassiner Clisson au sortir d'un grand gala qui eut lieu en l'hôtel Saint-Paul et qui se composa de joutes, de soupers et de danses après minuit. 
« Les noces des veuves étaient des charivaris, des fêtes folles où l'on disait et faisait tout.-» (Michelet).
Dans un de ces bals, donné à l'occasion du mariage d'une dame d'honneur d'Isabeau de Bavière, faillit périr le roi Charles VI.

C'est de la première partie du règne de ce prince que datent ces sortes de fêtes. Déjà, dans leurs sermons, les moines les attaquaient et les blâmaient vigoureusement; l'Église élevait la voix contre ces orgies, et un moine augustin osait dire, en présence, de la reine Isabeau, que la cour était le domicile de dame Vénus. A la même époque naît le goût des danses, des mystères « pieusement burlesques, des farces de la Basoche », ainsi que l'organisation du corps des ménétriers. 

« Cette corporation, tout à fait nécessaire, sans doute, dans une si joyeuse époque, était devenue importante et respectable. Les traités de paix se criaient dans les rues à grand renfort de violons, et il ne se passait guère six mois qu'il n'y eût une paix criée et chantée.-» 
Michelet aurait pu ajouter « et dansée », car c'était l'ère des réjouissances. 
« Les fols, patentés par les villes, jouaient, chantaient et ballaient, quand on proclamait un traité de paix ou qu'on faisait quelque autre acte public. »
Ces fêtes continuèrent malgré les guerres, les pestes et autres calamités.

Mais ce n'était pas uniquement la France qui avait le privilège des bals. La danse était favorisée par Soliman, sultan de Constantinople, et par son vizir Ibrahim, qui répandaient en Europe l'influence byzantine. Les danses mauresques étaient déjà très florissantes en Espagne, et, lorsque les Maures furent chassés, « on ôta, aux malheureux qui restaient esclaves, leur langue et leurs danses nationales » ; mais elles étaient déjà profondément entrées dans la culture espagnole, et l'on en retrouve des traces dans les fandangos et les cachuchas de Séville et de Grenade.

L'illustre maison de Bourgogne avec son faste et sa magnificence donna un essor considérable aux fêtes, principalement dans les provinces septentrionales.

« Ces grandes fêtes flamandes de la maison de Bourgogne, dit Michelet, ne ressemblaient guère à nos froides solennités modernes. On ne savait pas encore ce que c'était que de cacher les préparatifs, les moyens de jouissance pour ne montrer que les résultats. On montrait tout nature et art, et tout art mêlé, tout plaisir [...]. Dans ces prodigieux galas les intervalles des services étaient remplis par d'étranges spectacles, représentations fictives mêlées de réalités [...]. Alors commença un bal où dansèrent avec les chevaliers douze Vertus en satin cramoisi : c'étaient les princesses elles-mêmes, les plus hautes dames. »
En Italie, les fêtes d'Alexandre VI étaient renouvelées des orgies d'Héliogabale, témoin celles qui furent célébrées aux noces de Lucrèce Borgia avec Alphonse de Ferrare. Le peuple italien, dans ses plaisirs, imitait les princes et les rois. 
« Après les supplices, on dansait sur les places publiques bien nettoyées de sang. »
La danse, on l'a vu, n'était donc pas l'apanage des grands de la terre, des seigneurs et des puissants. Le peuple, le paysan surtout, dansait, ainsi que le démontrent les anciens poèmes ou romans en vers. 
« Les Rondeaux, Ballettes, Estampies, Virelis étaient de petites chansons destinées à accompagner la danse. L'estampie s'appliquait originairement, comme son nom l'indique, à une danse où l'on frappait du pied pour marquer le rythme. » (Gaston Paris, La Littérature française au Moyen âge). 
Ajoutons que le rondeau était un diminutif de la ronde.

Partout donc, au palais des rois, au château féodal, sur la place du hameau, on dansait au Moyen âge : la diversité des termes employés par Thoinot-Arbeau pour définir la danse en indique clairement les différents caractères à cette époque.

« Dancer, écrit-il, c'est-à-dire saulter, saultelotter, caroler, baler, tréper, trépiner, mouvoir et remuer les pieds, mains et corps de certaines cadances, mesures et mouvements, consistant en saultz, pliements de corps, divarications, claudications, ingéniculations, élévations, jactations de pieds et aultres contenances. » (Thoinot-Arbeau, Orchésographie).
C'était, on le voit, d'excellents exercices gymnastiques. L'utilité supposée de la danse a donc été revendiquée de tout temps
« La danse ou saltation, dit Thoinot-Arbeau, est un art plaisant et profitable qui rend et conserve la santé; convenable aux jeunes, agréable aux vieux et bien séant à tous, pourvu qu'on en use modestement en temps et lieux et sans affectation vicieuse. »
Aussi le Moyen âge dansa, léguant aux siècles qui suivirent un grand nombre de danses dont l'origine se perd dans la nuit de l'Antiquité. Les premiers auteurs qui ont écrit sur la danse, en ont fait, il y a longtemps, l'observation :
 « Il est vrai que nous pouvons comparer l'emmelie à nos pavanes et basses danses, dit l'auteur de l'Orchésographie; la cordace aux gaillardes, tordions, voltes, courantes, gavottes, bransles de Champaigne ou de Bourgoigne, bransles gays et bransles couppez; le siccinis aux bransles doubles et bransles simples, la pirrichie (Pyrrhique) à la danse que nous appelons bouffons ou matachins. »

« La cordace, dit Bonnet, répond à nos gaillardes, voltes, passe-pieds et gavottes. La cycinnis répond à nos danses entremêlées de gravité et de gaieté comme la bourrée, la duchesse, et nos bransles, et l'emmelie répond à nos danses graves et sérieuses comme la pavane, la courante, la sarabande qui expriment la noblesse de la danse. »

Ces danses antiques ont dû, néanmoins, subir des modifications dans la suite si leur point d'origine est unique. En tout cas, ces deux assertions évidemment empruntées l'une à l'autre renferment des erreurs, ainsi que le fait observer Laure Fonta.
« L'emmelie, dit-elle, se composait sur la rythmopée et non sur la valeur du temps musical. La cordace contenait des mouvements plus que libres, ce qui n'est pas le cas des charmantes gavottes; quant au sicinnis, nous le considérons bien autrement ingénieux et vif que les branles. »
Malgré ces quelques restrictions, on peut admettre que, dans le principe, ces danses du Moyen age, découlent des danses anciennes.

Ce fut seulement vers le milieu du XVe siècle que la danse commença à devenir un art, d'agrément. Au XIIIe siècle elle avait pourtant certaines règles, ainsi que l'on peut s'en rendre compte, par le Jeu de Robin et de Marion. La bergère demande à son ami qui lui offre de la faire danser, s'il sait « bien aller du pied », accomplir « les tours de tête et de bras ainsi que le touret »? C'étaient fort probablement les pas et mouvements de la treske (tresche), danse villageoise qui s'exécutait au son du tambour, de la musette, du bourdon, des cornets et du chant. Car on dansait les chansons ou seulement leur refrain : c'étaient les vaduries, les reverdies ou raverdies, sortes de chansons n'ayant pas le caractère épique et rentrant dans la catégorie des rotrouenges, dont la Chanson de Richard Coeur de Lion donne un exemple. La danse de ces chansons était conduite par un meneur et une meneuse, ainsi qu'on l'apprend par le Roman de la Rose et le Jeu de Robin et de Marion.
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Danse illustrant le Roman de la Rose.
Représentation d'un branle, sur une miniature du Roman de la Rose.

Pourtant un certain nombre de danses en usage au XVIe siècle étaient déjà connues au Moyen âge. Nous allons en dire quelques mots.

Une des plus anciennes fut la karole, le prototype des basses danses et qui disparut au milieu du XVe siècle pour faire place aux pavanes et à la passe-mezze. La karole était la danse noble des cours plénières.

En même temps florissaient les bransles ou rondes, danses populaires par excellence. Chaque province avait son branle, ainsi qu'on le verra plus loin. La tresche était une sorte de branle « sauté légèrement avec des gestes enjoués. » (Laure Fonta, Notices sur les danses du XVIe siècle).

D'après Thoinot-Arbeau, les branles étaient de quatre sortes : 

« bransles doubles, bransles simples, bransles gays, bransles de Bourgoigne ou de Champaigne ». 
Ces quatre sortes de branles étaient appropriées aux caractères des personnes qui peuvent se livrer à cet exercice : 
« Les anciens dansent gravement les bransles doubles ou simples, les jeunes mariés le bransle gay, et les plus jeunes dansent légèrement les bransles de Bourgoigne; et, néanmoins, ajoute le bon chanoine de Langres, tous ceux de la danse s'acquittent du tout comme ils peuvent, chacun selon son âge, ses dispositions et sa dextérité. »
Les branles, bien que comprenant des sauts, étaient des danses graves, et notre vieil auteur conseille de les danser posément. Ces branles se subdivisaient en une foule d'autres. En voici la liste d'après l'Orchésographie : branles dit Haut-Barrois, du Camp, du Hénault, d'Avignon; branle du Poitou qui ressemblait à une sabotière, et duquel sortit plus tard le menuet; branles de Cassandre, de Pinagay, de la guerre, d'Aridan, de Charlotte; branle de Malte (sorte de ballet en costume à la turque); branle des lavandières, où l'on imitait avec les mains le bruit du battoir des laveuses; branles des pois, des hermites, du chandelier ou de la torche dont parle Brantôme dans ses Dames illustres, et qui était très à la mode à la cour de Bourgogne; branles des sabots, des chevaux; branles de la moutarde, de la haye (haie) de l'Official, qui rappelle les figures du cotillon, etc.

Tous ces branles dérivent du branle double, du branle simple et du branle de Bourgogne. Le branle de Champagne portait aussi le nom de bransle couppé, c'est-à-dire composé de fragments des autres branles. Les poèmes du Moyen âge (manuscrit de Renault de Montauban, les Plaisirs des champs de Gauchet) parlent aussi du bransle de la serviette.

Précédemment, à propos des karoles, nous avons évoqué les basses danses. On appelait ainsi les danses que l'on exécutait sans sauter, pour les distinguer des danses par en haut qui comprenaient des sauts plus ou moins élevés :

« Elles étaient, dit Arbeau, bien séantes aux personnes honnestes, principalement aux dames et aux demoiselles. »
Faisaient partie des basses danses : la pavane, les branles et les courantes. Leur vogue diminua pendant une cinquantaine d'années au XVIe siècle. Mais, selon le voeu d'Arbeau, les matrones sages et modestes les remirent en usage « comme étant une sorte de danse pleine d'honneur et de modestie ». Elles seront très florissantes au siècle suivant.

Il y avait deux sortes de basses danses : les unes communes et régulières, les autres irrégulières. Les régulières étaient appropriées aux chansons régulières, c'est-à-dire composées de phrases de seize mesures; lorsqu'elles dépassaient ce nombre, on les appelait irrégulières. Les basses danses étaient de mesure ternaire. Elles se divisaient en trois parties : la première était appelée basse danse proprement dite; la seconde retour de la basse danse, la troisième tordion. Le retour de la basse danse ne comprenait pas la révérence initiale. 

« Le tordion, dit le Dictionnaire de Trevoux, était une sorte de gaillarde assez semblable avec elle, sinon que le tordion se dansait par bas et terre à terre, d'une manière légère, tandis que la gaillarde se dansait en s'élevant de terre. »
A côté des danses sacrées, interdites plus tard par les pontifes et les conciles, la danse profane se développait donc, et commençait même à prendre une place prépondérante dans les moeurs. Les rondes enfantines et naïves du Moyen âge vont, à présent, se transformer en une chorégraphie plus savante. A côté de la licence des sauteries populaires, la danse noble prendra une allure plus affectée, plus pompeuse, plus spirituelle, selon que les cours, à la suite des rois, s'inspireront des traditions chorégraphiques forgées en Italie, en Espagne ou en France, et qui caractériseront les danses du XVIe, du XVIIe et du XVIIIe siècle. (F. de Ménil).
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Dictionnaire Musiques et danses
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