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Musiques et danses > La danse
Histoire de la danse
La danse en Italie
à la Renaissance
La danse en Italie au XVIe siècle.
La renaissance de la danse (danses scéniques et danses de société) fut une conséquence de la Renaissance qui la remit en honneur avec les autres divertissements antiques. On débuta par la danse scénique ou dramatique, le ballet. La première manifestation fut la grande fête de 1489 offerte par le gentilhomme Bergonza de Botta, à l'occasion du mariage de Galéas Sforza, duc de Milan, avec Isabelle d'Aragon (1489). Le ballet représentant la légende des Argonautes et la conquête de la Toison d'or eut un immense succès et fut admiré dans l'Europe entière. La description nous en a été transmise par Tristano Calco dans son De Nuptiis ducum mediolanensium. A la fin du XVe siècle et au XVIe, les ballets se multiplient; on figure des personnages héroïques ou classiques, bibliques ou allégoriques, Judith et Thamyris, des ombres romaines, des fleuves, etc.; on représente par des danses mimées le Siège de Troie, le Jugement de Pâris, la Conjuration de Cinna, la Naissance de Vénus, la Nuit, les Saisons; des groupes de danseuses, habillées de même (quadrilles) figurent par des pas, des gestes et des expressions, l'action qu'il s'agit de représenter; on varie les instruments musicaux selon le caractère de la danse. A la même époque, les pantomimes et les danses comiques ont un vif succès et les masques ou types de la comédie italienne se dessinent. Les fêtes que prodiguaient à l'envi les fastueuses petites cours d'Italie étaient très favorables à la danse; plus que toute autre dynastie, celle des Médicis la goûte; chez eux, la danse est sans doute un spectacle, mais c'est aussi un plaisir auquel prennent part les seigneurs et les courtisans; après un banquet nuptial des Médicis, on dansa jusqu'à une heure du matin. Soixante-douze jeunes dames, groupées en six cohortes, dansèrent au son des tambourins et des autres instruments. La belle Lucrèce Borgia était une danseuse passionnée. Souvent elle charma son père par la grâce qu'elle déployait à la danse. Lors de son mariage avec le duc Alphonse de Ferrare, elle descendit à plusieurs reprises de la tribune officielle pour se mêler aux danseuses et prendre sa part de leurs plaisirs au son du tambourin.

Les danses de la bonne société, qui ne prirent leur plein développement qu'en France, étaient graves; on les appelle danses basses, parce qu'en s'y livrant on ne quittait pas terre, on glissait sans sauter ni sautiller. Elles étaient graves à ce point qu'on les accompagnait du chant des psaumes; le roi de France Charles IX préférait comme musique de danse la mélodie du psaume 129. Les danseurs avaient le manteau sur l'épaule, mais le rassemblaient sous le bras gauche, l'épée au côté, la barrette à la main; les danseuses étaient vêtues de robes montantes à longue queue traînante; les mouvements étaient donc lents et ne nuisaient en rien à la dignité des personnages officiels, aussi les plus hauts dignitaires ecclésiastiques n'hésitaient pas à figurer dans les bals à côté des dignitaires séculiers; on vit au bal donné par Louis XII à Milan les cardinaux de Narbonne et de Saint-Séverin; le cardinal Hercule d'Este fut un danseur passionné; le sombre Philippe Il, venu à Trente en 1562, y prit part à un bal avec tous les pères du concile.

Au XVIe siècle, la danse est un art italien; ce sont les Italiens qui rédigent les préceptes et les descriptions, qui fournissent des professeurs à toute l'Europe. Fabrizio Caroso de Sermoneta est le principal écrivain chorégraphique; son Ballarino (Venise, 1581), dédié à la belle Bianca Capello, duchesse de Toscane, décrit un grand nombre de danses. A cette époque, les danses de société avec leurs mouvements d'ensemble lents et doux, leurs petits pas de quatre pouces, diffèrent encore très peu du ballet. Il n'y a pas de figures de danse usuelles qu'on puisse comparer à celles de l'époque moderne. Avant chaque fête, on règle l'ordre et les pas comme pour une représentation scénique. Ce qui attire le plus l'attention, ce qu'on règle dans le plus minutieux détail pour les cavaliers accomplis, ce sont les révérences.

Dans chaque ballet ou danse, la révérence comporte huit mesures. Nous reproduisons la description qu'en donne Czernewicz (Tanzkunst,) afin qu'on puisse se rendre compte des habitudes du XVIe siècle et des principes adoptés alors. 

La révérence complète comprend deux parties de quatre mesures chacune; la révérence (riverenza) proprement dite et la contenance (continenza). 

La révérence grave (riverenza grave) a quatre temps le premier temps est la position d'attente, on se tient droit, tourné vers la dame, le pied gauche dépassant de moitié le pied droit distant de quatre pouces environ; au second temps, on retire le pied en arrière, les deux pointes en ligne, les pieds posés à plat sur le sol, on incline légèrement la tête et le corps en tendant les jarrets; au troisième temps, on sépare les pieds et on fléchit les genoux gracieusement ; au quatrième temps on se redresse, ramenant les deux pieds côte à côte et relevant la taille et la tête. La révérence est faite avec le pied gauche, celui du côté du coeur, qu'on offre à sa dame, tandis qu'on s'appuie sur le côté droit le plus fort et ferme du corps. Tout mouvement de danse commence du pied gauche; le droit est immobile dans la révérence et toujours on le remue le moins possible. 

La petite révérence (riverenza minima) est en quatre demi-temps : position d'attente, retrait du pied en arrière et salut, flexion légère des genoux, réunion des deux pieds; l'ordre suivi est le même que pour la révérence grave. 

On en indique une troisième dite des cascardes ou de demi-mesure (riverenza semiminima in balzetto fatta alle cascarde). Dans celles-ci on laisse passer les deux premières mesures en restant les pieds réunis, à la troisième on avance un peu le pied gauche, puis on le ramène, on saute légèrement des deux pieds et on retombe au quatrième temps; ce mouvement de saut doit être accompli en une demi-mesure de musique. On peut encore combiner cette révérence avec la première. 

La révérence achevée, le mouvement se continuait par la contenance correspondante. La contenance grave (continenza grave) occupe quatre mesures; on glisse le pied gauche à quatre pouces vers la gauche et on place parallèlement le pied droit, ou bien encore on place le talon droit à la hauteur du milieu du pied gauche; simultanément on s'incline avec grâce et on se relève comme dans la révérence, puis on se rengorge. 

La contenance simple (continenza minima) est la précédente abrégée en deux mesures. 

A la cascarde en deux temps correspond la puntata grave ou la puntata minima. Au premier temps on avance le pied gauche plaçant son talon vis-à-vis la pointe du pied droit à quatre ou cinq pouces de distance et on se dresse de son air le plus digne ; après une pause au milieu du deuxième temps on ramène le pied droit à côté du gauche et on incline légèrement le corps. La petite puntata s'exécute en un temps et par suite on supprime la pause et on n'a pas le loisir d'incliner le corps.

Les pas graves des ballets étaient tous en un temps; on commençait par avancer le pied gauche, on ramenait le droit, les jarrets devaient être bien tendus et les pointes des pieds parallèles; les inclinaisons du corps accompagnaient tous ces mouvements. La contredanse italienne, dansée en ligne, cavaliers et dames se faisant vis-à-vis, passa en Angleterre, où, combinée avec le rigaudon, elle donna naissance à l'anglaise.

On se ferait une idée très insuffisante de la chorégraphie italienne du XVIe siècle si on ne s'occupait que des danses officielles d'un caractère plus ou moins scénique. Dans le développement des danses de société qui se compléta en France dans la période suivante, les danses populaires ont fourni de nombreux éléments. Nous sommes assez complètement renseignés à ce sujet par les descriptions que nous ont laissées les danseurs Chiarampino et Chiappino; ils nous parlent d'une foule de danses siciliennes, romaines et vénitiennes tombées en désuétude depuis lors. 

Les principales étaient la gigue (giga), la gaillarde (gagliarda), la tarentelle et le passamezzo. Les deux premières étaient d'un caractère gai et d'un mouvement vif; la gaillarde ou romanesque est sur une mesure de trois-deux, trois-huit ou trois-quatre, parfois même deux-quatre ou quatre-quatre et comprend deux parties de douze mesures; la dernière était une atténuation de la gaillarde, d'un mouvement lent, où l'on faisait moitié autant de pas que dans celle-ci: elle était glissée ou sautée selon le local. Les instruments de musique employés étaient la guitare, le tambourin, les castagnettes et le mortello; souvent ils étaient maniés par le danseur lui-même. 

La tarentelle était et est encore la plus caractéristique des danses populaires italiennes. Elle se danse dans l'Italie méridionale, notamment dans la région de Tarente et c'est peut-être de là qu'elle vient. On lui donne une étymologie et une origine plus légendaires et sur laquelle les peuples méridionaux sont d'accord, la morsure d'une araignée venimeuse, la tarentule (lycosa), donnait une maladie nerveuse qui se traduisait par une agitation extrême; forcés de danser, les malades n'étaient soulagés que par la musique qui rythmait leurs pas. On leur faisait ainsi danser la tarentelle dont le caractère particulier est un mouvement musical de plus en plus rapide. Il y a plusieurs formes de cette danse et de sa musique ; on en énumère six, mais nous n'avons pas la musique de toutes. Voici comment se danse encore maintenant la tarentelle à Naples et à Tarente. La mélodie sur une mesure six-huit est très gaie : le chant est accompagné de castagnettes et de tambourins; la danse est exécutée par un couple; le cavalier et la danseuse commencent par se faire vis-à-vis en sautillant en mesure, puis ils tournent, sautent, se poursuivent, changent de place avec la plus extrême rapidité, cherchant à se surpasser l'un et l'autre; la vitesse vertigineuse à laquelle ils atteignent étonne les étrangers. Les Siciliens dansent la tarentelle avec moins de fougue, mais déploient une admirable légèreté, donnent à cette danse une allure et une signification plus tendre; on l'a comparée chez eux au vol de deux papillons; au point de vue technique, la tarentelle, où l'on meut tout le corps, bras et jambes, comporte une grande fantaisie, la seule obligation est de marquer nettement la mesure. 

Une autre danse analogue, où tout le corps est intéressé, est la saltarelle (saltarello), danse populaire des Romains. La musique est sur la mesure deux-quatre, d'une allure de plus en plus rapide. La saltarelle se saute en marquant fortement les temps; les mouvements sont infiniment variés; la danseuse tient son tablier, ou une écharpe, déployant sa grâce surtout dans les mouvements des bras; le danseur joue de la guitare; au XVe et au XVIe siècle, la saltarelle fut introduite dans les cours; depuis elle s'est conservée comme danse populaire, surtout à la campagne.

La sicilienne (siciliano) est une danse nationale de la Sicile, sur la mesure six-huit, d'un mouvement ralenti; elle contraste avec la tarentelle dont elle diffère surtout par la musique. 

La forlane ou furlane, sur la même mesure de six-huit, est une danse vénitienne (plus exactement frioulane) des gondoliers dansée par un couple ou deux et d'un caractère très vif; elle n'a rien de bien original. 

La bergamasque fut d'abord une danse des paysans de la province de Bergame, considérés comme les plus turbulents de l'Italie; la musique qu'on renouvelait encore au XVIIIe siècle est pour violon; elle comprend deux parties de huit mesures chacune. 

La volte est une espèce de gaillarde tombée en désuétude. 

On cite encore la francesca, la monferine, la seccarara, le trescone, la trevisane, etc. (A.-M. B.).

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Dictionnaire Musiques et danses
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