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Morale
La morale sociale

La morale sociale traite des devoirs de l'humain envers ses semblables. Ces devoirs peuvent être étudiés soit dans la société en général, abstraction faite des rapports particuliers qui peuvent exister entre les humains, soit dans la famille et l'État où ils sont modifiés par l'existence de tels rapports. Les devoirs généraux de la vie sociale sont de deux sortes devoirs de justice et devoirs de charité. La justice se rapporte tout entière au droit : elle peut se définir le respect du droit.

Le droit 

La notion du droit est corrélative de celle du devoir.
« Le droit, a dit Leibniz, est un pouvoir moral comme le devoir est une nécessité morale. »
Ainsi, tout d'abord, le droit est un pouvoir, une liberté, une prérogative, tandis que le devoir est une nécessité, une obligation, une charge. 

Le droit pour l'agent moral, c'est en quelque sorte son actif, ce qui lui est dû, tandis que le devoir, c'est son passif, ce qu'il doit lui-même.

Avoir le droit d'aller, de venir, d'exercer une profession, d'acquérir ou de posséder un objet, c'est pouvoir faire librement toutes ces choses sans qu'il soit permis à personne au monde de nous en empêcher. De là l'équivalence fréquente des mots droit et liberté. Ainsi liberté de conscience, c'est-à-dire droit de penser par soi-même; liberté individuelle, c'est-à-dire droit d'agir à l'abri de toute contrainte et de toute entrave.

Mais le droit est un pouvoir moral, c'est-à-dire idéal, rationnel, qui appartient logiquement à toute personne humaine et qui cependant, en fait, peut ne pas exister, peut être entravé ou contraint.

De même que le devoir est une nécessité qui ne nécessite pas toujours, puisqu'on peut lui désobéir, de même le droit est un pouvoir qui est souvent impuissant, puisqu'il peut être violé. Le droit est donc, en définitive, non une réalité empirique, mais une idée rationnelle.

Cette idée est celle de la liberté qui doit appartenir à toute personne humaine pour qu'elle puisse accomplir sa tâche et poursuivre sa destinée.

On pourrait donc définir le droit comme le pouvoir d'agir en toute liberté qui doit appartenir également à tous les humains en leur qualité de personnes morales, ou, plus brièvement, le droit, c'est la liberté d'agir qui est due à toute personne morale, c'est l'autonomie de la personne.

Caractères du droit. 
Le droit a des caractères analogues à ceux du devoir.

1° En premier lieu, il est inviolable, de même que le devoir est obligatoire. Sans doute, il peut être violé : l'expérience, l'histoire le prouvent assez. Mais il s'agit ici de ce qui doit être, non de ce qui est, de l'idéal, non du réel. Le droit a beau être violé en fait notre raison proteste, elle affirme qu'il ne doit pas être violé.

2° En second lieu, le droit est absolu. Les manifestations du droit peuvent être plus ou moins relatives, mais le droit, considéré dans son essence, n'est assujetti à aucune condition : il est attaché à la seule qualité d'humain ou de personne morale. Par cela seul qu'on est humain, on a des droits, et nulle considération d'intérêt ou de sentiment ne peut prévaloir contre eux. " Il n'y a pas de droit contre le droit, » a dit Bossuet.

3° En troisième lieu, le droit est universel, c'est-à-dire commun à tous les humains. Il existe, il est vrai, des droits particuliers qui varient avec les personnes, par exemple, autre est le droit de l'officier, autre celui du soldat; autre le droit du magistrat, autre celui du citoyen, etc. Mais il s'agit ici du droit fondamental, principe de tous les autres, le droit de s'appartenir, de faire soi-même sa destinée.

Par cela même que le droit est universel, il s'ensuit que les droits des différentes personnes se limitent réciproquement, et que chacun d'eux a pour condition le respect des droits d'autrui.

Le droit, pris en soi, est donc nécessairement égal chez tous les humainss. Aussi pourrait-on le définir encore : le pouvoir de faire tout ce qui n'est pas incompatible avec l'égale liberté d'autrui.

La justice, c'est-à-dire le respect des droits d'autrui, et le droit lui-même sont inséparablement liés : on n'est soi-même dans son droit que si l'on n'empiète pas sur le droit des autres. Là où n'est pas la justice, disait saint Augustin, là ne peut être le droit. Ubi non est justitia, ibi non potest esse jus.

La justice, c'est donc le respect mutuel des personnes, l'égalité des droits, l'équilibre des libertés, et c'est pour cela que les Anciens lui donnaient comme symbole soit le niveau, soit la balance.

Le droit étant égal chez tous les humains, les devoirs de justice sont essentiellement réciproques. Ce que j'ai le droit de faire, les autres ont le droit de le faire aussi, donc je dois respecter leur liberté si je veux qu'ils respectent la mienne. La maxime populaire de la justice : « ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit, » marque bien cette réciprocité.

4° Enfin le droit a un quatrième caractère par lequel il se distingue profondément du devoir : on peut en exiger le respect par la force.

On ne peut me contraindre à être charitable, la justice même le défend; mais on peut me contraindre à être juste, c'est-à-dire à respecter le droit d'autrui.

Tout droit confère à celui qui le possède le pouvoir de le défendre ou de le revendiquer par la force. Ce pouvoir est une sorte de droit complémentaire qui accompagne et garantit tous les autres; ou plutôt c'est un autre aspect du droit lui-même. Si l'une des mains de la justice tient une balance, l'autre tient une épée.

On nomme souvent droit de légitime défense ce droit que Kant appelait droit de contrainte physique. Aussi les devoirs de justice ne sont pas seulement obligatoires comme les autres : ils sont de plus exigibles. Dans l'état social, le droit de contrainte physique n'est pas exercé par l'individu : nul ne s'y fait justice à soi-même. Ce droit est mis aux mains de la société qui l'exerce par l'intermédiaire des juges et des agents de la justice.

En effet, l'exercice direct du droit de légitime défense, en dehors des cas de force majeure, aurait un double inconvénient. D'abord l'individu serait à la fois juge et partie dans sa propre cause. Il n'y aurait donc le plus souvent aucune proportion entre le tort subi et la réparation exigée. Bien plus, toute agression contre le droit se couvrirait du prétexte de la réparation d'une injustice. En outre, la force ne serait pas nécessairement du côté du droit. L'individu lésé, en poursuivant une réparation, ne réussirait peut-être qu'à attirer sur soi une injustice encore plus grave, sinon irréparable.

D'où la nécessité de confier l'exercice de ce droit à un arbitre qui soit à la fois plus impartial et plus fort qu'aucun individu pris isolément. Cet arbitre ne peut être que la société. Inviolable, absolu, universel et égal dans tous les humains, exigible par la force et garanti par la loi sociale, tels sont les principaux caractères du droit.

Le principe du droit. 
Quel est le principe du droit? Cette question a reçu des solutions analogues à celles de la question du principe du devoir.

1° D'après Helvétius, philosophe du XVIIIe siècle, qui est ici l'analogue d'Aristippe, le principe du droit, c'est le désir. On a droit à tout ce qu'on désire. Doctrine favorite de beaucoup de romanciers qui ont prêché la légitimité ou même la sainteté de la passion.

Mais si deux individus désirent en même temps le même objet, comment déterminer le droit de chacun d'eux? Est-ce le désir le plus vif qui confère le plus grand droit? Comment mesurer alors cette vivacité du désir? 

Sans doute par la grandeur des efforts et finalement par leur succès. La doctrine d'Helvétius revient donc à dire : chacun a droit à tout ce qu'il désire sous la condition sine qua non qu'il soit assez fort pour s'en emparer. Le droit, c'est la force.

2° Destutt de Tracy, philosophe du commencement du XIXe siècle, fait dériver le droit du besoin, modification analogue à celle qu'Épicure apporta au cyrénaïsme. Les désirs sont passagers, souvent factices : les besoins sont permanents, naturels, ils sont surtout les mêmes chez tous les humains. Tout humain a besoin de sécurité, de liberté, de propriété : donc sécurité, liberté, propriété sont des droits.

Mais il est impossible de fixer une limite entre le désir et le besoin. Les progrès de la civilisation transforment en besoins ce qui n'était à l'origine que des désirs. D'ailleurs, la même difficulté subsiste quand deux humainss ont un égal besoin d'un même bien, quelle règle déterminera le droit de chacun d'eux? Cette règle ne peut évidemment être tirée des besoins eux-mêmes : si elle n'est pas une idée de la raison, elle ne peut être, comme tout à l'heure, qu'un fait d'expérience, la force.

3° Toutes les théories empiriques du droit reviennent donc à celle de Hobbes, le droit, c'est la force. Vous avez le droit de faire tout ce que vous pouvez faire en effet. Mais la proposition : le droit, c'est la force, est analytique ou synthétique. 

Dans le premier cas, il est évident qu'on peut toujours faire ce qu'on fait, que c'est le plus fort qui l'emporte toujours. Seulement identifier ainsi le droit avec la force, c'est au fond nier le droit. Qu'au lieu de dire : le droit, c'est la force, on dise donc simplement : la force, c'est la force, ou selon le dicton populaire : contre la force point de résistance. 

Si la proposition est synthétique, elle n'est pas évidente. Vous êtes le plus fort, cela ne prouve pas que vous ayez raison, que vous ayez fait légitimement ce que vous avez eu le pouvoir de faire.

Or quelle preuve donner de la légitimité de la force? On n'en voit pas, d'autre, ce semble, que celle-ci : du moment que je réussis, c'est que Dieu est avec moi; la force est une manifestation de la volonté divine, lui résister est donc impie.

Mais rien n'est plus obscur et plus contestable que ce caractère mystique de la force. Dieu n'est pas une puissance aveugle et brutale, il est avant tout raison et sagesse. D'ailleurs, la force dont un humain dispose est toujours limitée et passagère. Au prétendu droit d'aujourd'hui on peut toujours opposer le droit de demain, ce qui revient à dire que la force n'a aucun des caractères du droit, qu'elle est au contraire essentiellement relative et changeante. 

Donc la force en aucun cas ne fonde le droit; elle-même n'est légitime que lorsqu'elle est au service du droit. Contre les triomphes de la force injuste, il est toujours permis d'espérer et de préparer les réparations futures.

4° Cependant Spinoza place le fondement du droit dans l'utilité sociale. Le droit naturel, c'est bien le droit de tout désirer et de tout faire, pourvu qu'on soit le plus fort; mais l'état social n'est possible que si les individus renoncent tous à une partie de leur droit pour jouir plus sûrement de la partie restante. La part de liberté que la société concède et garantit à tous ses membres en vue de l'utilité commune est le droit social.

Cette doctrine confond les formes positives que le droit peut revêtir dans les différents États avec l'essence même du droit.  De là les objections qu'elle soulève.

Tout d'abord, si le droit dérive de l'utilité sociale et des conventions qui la formulent, il varie nécessairement avec ces conventions elles-mêmes. Les droits que la société octroie à l'individu, elle peut toujours les modifier, les retirer, si son intérêt le lui commande; ils sont donc essentiellement précaires.

En outre, la société ne peut, ce semble, être injuste à l'égard de l'individu. Si l'intérêt commun exige qu' « un seul meure pour le peuple tout entier », cet innocent n'aura aucun droit personnel à lui opposer. Salus populi suprema lex esto. Admet-on que la société elle-même doit, dans ses conventions, reconnaître et respecter les droits des individus? on admet par cela même l'existence de droits naturels, antérieurs et supérieurs aux conventions sociales et indépendants de l'intérêt de la société.

D'ailleurs, l'autorité des conventions sociales présuppose le droit et la justice même qu'on prétend leur faire engendrer. En effet, si l'individu n'obéit à ces conventions que par un motif d'intérêt personnel et non par un motif de justice, il ne se croira plus tenu d'obéir dès qu'elles ne lui sembleront plus suffisamment conformes à son intérêt. Despotisme ou anarchie, telle est donc l'alternative dans laquelle cette doctrine enferme à la fois les individus et la société.

D'autre part, elle a encore cette conséquence que celui qui ne fait pas partie d'une société n'a vis-à-vis d'elle aucun droit ni aucun devoir. D'où il suit que tout est permis contre un étranger; et d'autre part, si un individu se refuse à entrer dans une société et à en respecter les conventions, on n'a non plus aucun recours contre lui, aucun autre du moins que la force, et une force qui n'est ni légitimée ni limitée par aucun droit.

La liberté, principe du droit. 
Le principe du droit est le même que le principe du devoir. « Le devoir et le droit sont frères, a dit Victor Cousin, leur mère commune est la liberté. » Cette doctrine demande qu'on ne sépare pas le bien de la liberté.

En effet, l'idéal du bien comprend en soi la liberté comme sa condition nécessaire : la vraie perfection de la personne est une perfection voulue et faite par la personne elle-même.

Non seulement donc nous devons être libres de faire notre devoir, ce qui est évident de soi, mais même nous devons êtres libres de ne pas le faire; car qu'est-ce qu'un devoir qu'on fait malgré soi? Toute la valeur du bien moral est dans sa spontanéité, sa liberté.
Donc, il faut que la personne accomplisse le bien, et c'est là le principe du devoir; mais il faut aussi qu'elle l'accomplisse librement, sans en être empêchée, cela va sans dire, ni même sans y être contrainte, et c'est là le principe du droit.

Bref le droit, c'est le pouvoir de faire son devoir, mais comme il doit être fait, c'est-à-dire librement, ou selon l'expression de Kant, c'est l'autonomie de la personne. De là, la maxime du même philosophe : 

« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité toujours comme une fin, jamais comme un moyen. »
La personne, en effet, a en elle-même sa fin qui est sa perfection; elle ne doit donc pas être subordonnée, sacrifiée à une fin étrangère.

Les rapports du droit et du devoir.
Ces principes permettent de résoudre la question des rapports du droit et du devoir.
Le droit est plus étendu que le devoir. 

« La législation, dit Bentham, a le même centre mais non la même circonférence que la morale.» 
On a donc le droit de faire des choses qu'on a le devoir de ne pas faire. Le droit n'est pas seulement, comme on l'a dit, le pouvoir de faire son devoir, il est le pouvoir de faire tout ce qui n'est pas incompatible avec l'égale liberté d'autrui.

A tout devoir dans une personne correspond nécessairement un droit, le droit nécessaire pour le libre accomplissement de ce devoir. Si j'ai le devoir de travailler, j'en ai donc le droit. Les parents ont le devoir d'élever leurs enfants, ils ont donc le droit de leur donner les conseils et les ordres qu'ils juge utiles à leur éducation, etc. Mais le devoir dans une personne ne correspond pas nécessairement au droit dans une autre personne. Seuls, les devoirs de justice correspondent toujours à des droits.

Les formes particulières du droit. 
Toutes les conditions nécessaires pour que la personne s'appartienne et puisse réaliser librement l'idéal moral sont par cela même autant de droits.
 

Ainsi tout d'abord, la vie : d'où le droit de sécurité;

Ensuite, la liberté de penser : d'où le droit de liberté de conscience;

Ensuite, la liberté d'agir à sa guise : d'où le droit de liberté individuelle;

Enfin l'acquisition et la possession des objets nécessaires à la subsistance-: d'où le droit de propriété.

Mais, outre ces droits naturels, la volonté humaine peut encore créer des droits positifs, et cela par le fait de conventions ou de contrats. Je m'engage à vous rendre un service : ce service devient pour vous un droit, non naturel mais contractuel; pour moi un devoir de justice. La famille, la société reposent sur des droits de cette sorte.

D'où vient que la volonté a ainsi le pouvoir de produire des droits? C'est que la volonté d'une personne influe, par le moyen même du contrat, sur la volonté d'une autre personne. La première pourrait donc empiéter sur la liberté de la seconde, la supprimer pratiquement, si elle n'était pas obligée à remplir la condition sans laquelle l'autre n'aurait pas agi ou consenti. Le devoir d'observer les contrats est donc une simple conséquence du devoir de respecter la liberté d'autrui.

La justice et la charité

Les devoirs de justice. 
Les devoirs de justice se rapportent aux différents droits qu'on vient d'énumérer. On les résume ordinairement dans la maxime populaire : Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît. Les stoïciens avaient une autre formule : Neminem laedere, suum cuique tribuere, ne faire de tort à personne, rendre à chacun le sien.

1° Le premier de tous les droits étant la sûreté personnelle, la justice nous défend d'abord d'attenter à la vie de nos semblables, elle interdit l'homicide sous toutes ses formes : assassinat, duel, homicide par imprudence, exécution sans jugement, etc., et, par voie de conséquence, les mutilations, les blessures, les coups, les mauvais traitements, les menaces de mort, etc.

2° En second lieu, la justice nous commande de respecter la liberté de nos semblables : elle condamne donc, non seulement les institutions de l'esclavage et du servage, mais encore tous les actes de violence ou de fraude qui ont pour but d'entraver, de contraindre on de circonvenir la liberté d'autrui.

3° C'est encore un devoir de justice de respecter la conscience d'autrui : chacun doit être libre de former lui-même ses convictions et d'y conformer sa conduite sous la seule réserve de respecter les droits d'autrui. 

La forme de l'injustice qui consiste à violer la liberté de conscience s'appelle intolérance.

4° Nous devons respecter la propriété d'autrui. Ce devoir exclut le brigandage, le vol, l'escroquerie, l'indélicatesse, en un mot tous les procédés par lesquels on s'approprie, ouvertement ou en cachette, ce qui appartient à autrui. Il entraîne aussi l'obligation
de restituer au propriétaire des biens tombés en notre main et que nous savons lui appartenir. La vertu qui correspond à ce devoir s'appelle probité.

On peut y rattacher le devoir de respecter la réputation et l'honneur d'autrui, qui sont une sorte de propriété morale.

5° Enfin la justice nous commande d'observer fidèlement tous les contrats, soit que nous les ayons expressément consentis, soit qu'ils résultent tacitement de nos paroles ou de nos actes. Le respect des contrats est la loyauté.

Les devoirs de justice sont presque tous négatifs, stricts et déterminés. On peut les exiger par la force. Ils sont imposés et sanctionnés par la loi civile. Les droits naturels, en effet, sont définis et garantis par l'État, et deviennent ainsi des droits civils ou positifs.

Les formes de la justice.
Aristote distinguait la justice commutative, qui s'exerce entre les égaux, se rapporte au droit, et dont la règle est l'égalité, et la justice distributive, qui s'exerce entre inégaux, se rapporte au mérite, et dont la règle est la proportionnalité.

La justice distributive est la vertu du père de famille, du maître, du juge, du magistrat, etc. Sa formule est : à chacun selon son mérite.

Dans la justice pénale, Aristote distingue la justice proprement dite et l'équité, la première appliquant strictement la loi, sans acception de personnes ou de circonstances; la seconde, tenant compte, dans l'application de la loi, de la diversité des circonstances et de l'inégalité des personnes. La première est une règle de fer; la seconde, une règle de plomb, comme celle des architectes lesbiens. C'est de la première qu'on a dit : Summum jus, summa injuria. Une justice extrême est une extrême injure.

La charité. 
La charité est la vertu qui consiste à faire du bien à ses semblables, à traiter les autres humains comme d'autres « soi-même », comme des frères. Aussi la nomme-t-on également bienfaisance ou fraternité.

Les devoirs de charité sont presque tous positifs et indéterminés. Aucune loi civile ne les prescrit et ne les sanctionne. Ils ne correspondent à aucun droit chez celui qui en est l'objet.  On les résume ordinairement dans la maxime populaire : Fais aux autres ce que tu voudrais qu'on te fit.

A cause de leur indétermination même, il est difficile d'en faire une énumération précise et complète.

On peut, soit les rapporter tous à deux fins principales :

1° Le perfectionnement moral de nos semblables : « Travaille à rendre les autres meilleurs » ;

2° Le bonheur de nos semblables : « Travaille à rendre les autres plus heureux » ; 

Soit les rapprocher des devoirs de justice auxquels ils correspondent un à un.

Ainsi la justice nous défend d'attenter à la vie de nos semblables; la charité nous commande de la protéger, de la sauver, dussions-nous pour cela risquer la nôtre.

La justice nous défend de violenter ou de corrompre la conscience d'autrui; la charité nous commande de l'éclairer, de la fortifier par nos conseils et nos exemples.

La justice nous défend de toucher au bien d'autrui; la charité nous commande de lui faire part de notre bien propre, etc.

Mais le plus sûr inspirateur des devoirs de charité est sans doute le coeur, l'amour de l'humanité, le besoin de dévouement et de sacrifice, ce sentiment à la fois tendre et ardent dont saint Paul a dit : 

« Quand je distribuerais tout mon bien pour nourrir les pauvres, et quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien. »
Les rapports de la charité et de la justice. 
La charité est le complément indispensable de la justice. La vraie justice dérive au fond de la même source que la charité : on ne respecte vraiment que ce qu'on aime.

D'autre part, la justice est la condition nécessaire de la charité. On n'a pas le droit d'exiger de moi la charité; je n'ai pas le droit d'imposer ma charité aux autres. La charité doit être libre dans celui qui l'exerce, libre dans celui qui la reçoit. Séparée de la justice, elle n'est plus qu'hypocrisie et oppression. Nul ne doit violer le droit, même avec les meilleures intentions du monde.  (E. Boirac).

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