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Saint-Ouen

Saint-Ouen. - Ville de la Seine-Saint-Denis, entre Paris, au Sud, Clichy à l'Ouest, Saint-Denis à l'Est et la Seine au Nord; 39 700 habitants. Cet ancien village, prisé des peintres pour ses paysages qui s'ouvraient jadis de la butte de Montmartre aux hauteurs de Sannois, et devenu 1830, autour des bassins de son port  sur la Seine, très actif, une agglomération importante d'usines et d'entrepôts, tout ayant su se conserver un centre ville particulièrement, auquel s'ajoute l'animation, les samedis et dimanches et lundi, de son célèbre Marché aux Puces. 

Saint-Ouen a une origine ancienne. Ce fut, comme Clichy, une résidence royale du temps des Mérovingiens. Dagobert, qui affectionnait ce séjour (on donne comme probable que sa villa dite Clippiacum, s'y trouvait plutôt qu'à Clichy), s'y réconcilia, dit-on, avec saint Amand, un honnête évêque qu'il avait banni de son royaume pour le punir de lui avoir adressé de sages remontrances. En 683, un évêque de Rouen, appelé Oedenus (Ouen), y mourut, et du nom de ce saint dériva par la suite celui que porte actuellement la commune.

Saint-Ouen ne fut d'abord, à ce qu'il paraît, qu'une chapelle, entourée d'un terrain où les moines de Saint-Denis avaient le droit de déposer et de raccommoder leurs filets. Plus tard cette chapelle devint une église, qui échut aux moines de Marmoutier, et dont héritèrent, au XIe siècle, les chanoines de Saint-Benoît de Paris. Cette église attira jusqu'au XVIIe siècle un grand nombre de pèlerins. 

« Le pèlerinage, dit en effet l'abbé Leboeuf, y est fort fréquenté contre le mal de surdité; on y conserve un doigt du saint évêque qui est enchâssé, et on le fait poser près de l'oreille des personnes sourdes, dont un grand nombre de pèlerins se sont très bien trouvés. » 
Cette église consolidée et agrandie à diverses époques fut restaurée en 1840. On a plaqué alors devant ses restes, lézardés, une façade ornée de statuettes, qui ont été trouvées enfouies dans le sol où l'on creusait ses fondations. La terrasse sur la quelle elle s'élève offre de charmants points de vue.

La seigneurie de Saint-Ouen étant tombée en la possession de Jean (le futur Jean II le Bon), le fils de Philippe VI; ce monarque fit de grands embellissements et fonda, en 1351, l'ordre des Chevaliers de l'Étoile ou de la Noble-Maison. Ces chevaliers, au nombre de 500, avaient pour insignes une bague, sur laquelle étaient gravée leurs noms et surnoms. On remarquait sur cette bague un cercle d'émail, au centre duquel brillait une étoile, et cette étoile renfermait un autre cercle d'azur, qui enchâssait un soleil d'or. Ils portaient, en outre, à un chaperon de leur manteau, une étoile d'argent avec cette devise : 

« Monstrant regibus astra viam, « les astres montrent le chemin aux rois. » 
Cet ordre, qui comptait parmi ses membres des gentils hommes des premières maisons de France, et même des princes, tomba en discrédit sous Louis XI, qui fit don de la Noble Maison aux moines de Saint-Denis (1482), à la seule condition «-qu'ils priassent Dieu pour la conservation de sa personne » . Saint-Ouen adopta cependant par la suite, la devise et le blason des chevaliers de la Noble Maison (un semé d'étoiles). Depuis cette époque jusqu'au XVIIIe siècle, l'histoire est pratiquement muette sur Saint-Ouen. Le premier document qui fasse mention des maires de Saint-Ouen est de 1498. En 1745, il n'y restait plus aucune trace de la Noble Maison. Le duc de Gèvres , qui était le seigneur du village, y possédait un magnifique château, bâti en 1660 par Lepautre. Il le vendit à la marquise de Pompadour, qui y fit des dépenses considérables.
La Déclaration de Saint-Ouen. - Louis XVIII s'arrêta dans le château de Saint-Ouen le 2 mai 1814, la veille de sa rentrée à Paris.Talleyrand vint le soir même lui présenter un projet de déclaration qu'il avait soumis, après l'avoir rédigé, à une réunion de sénateurs et à l'empereur Alexandre. Louis XVIII avait déjà déclaré à Compiègne qu'il tiendrait la parole donnée en son nom, mais à trois conditions : il conserverait le titre de roi de France et de Navarre; il se conformerait à la vieille loi monarchique, en continuant à faire remonter la date de son règne la mort de Louis XVII; enfin, il ne recevrait pas la constitution des mains du Sénat, il la promulguerait .comme un acte de sa propre volonté. La lecture du projet de Talleyrand souleva un véritable orage dans le conseil privé de Louis XVIII. Chaque phrase, chaque mot des paragraphes les plus importants parurent aux membres de ce conseil une atteinte ou une injure aux droits de la couronne. Talleyrand essaya vainement de les défendre; il insista principalement sur la nécessité de l'acceptation. Louis XVIII se montra inébranlable.
« Si je jurais la constitution , lui dit-il en lui jetant un regard de hauteur, vous seriez assis et je serais debout. »
Cependant les heures s'écoulaient; la nuit arrivait; Talleyrand, inquiet, fit avertir Alexandre. Le tsar, voyant une injure pour ainsi dire personnelle dans cette résistance à l'adoption d'un acte sur la rédaction duquel on l'avait consulté, et dont il avait approuvé tous les termes, transmit, assure-t-on, au prince de Bénévent, un billet ainsi conçu : 
« Si la déclaration n'est pas publiée ce soir, telle qu'elle a été convenue, on n'entrera pas demain dans Paris. »
Ce billet fut communiqué confidentiellement à  Blacas et Montesquiou. Il amena une transaction, et le lendemain parut dans le Moniteur la Déclaration de Saint-Ouen, qui, affichée sur tous les murs de Paris, fut, dit Vaulabelle, pour l'immense majorité de la classe éclairée et des classes moyennes, la promesse d'un long avenir de paix et de liberté. Cet avenir dura cent jours...
En 1816, Louis XVIII, ayant acheté le château de Saint-Ouen, le fit démolir, puis reconstruire à l'italienne, pour l'offrir à Mme la comtesse du Cayla, son amie, sa confidente, sa conseillère. En 1823, Mme du Cayla y convia la cour à une fête splendide, où fut inauguré le portrait du roi, peint par Gérard. Ce portrait inspira au chansonnier Désaugiers les vers suivants, fort loués à cette époque par un journal célèbre :
Du roi qui sut aimer, boire et combattre,
Ton art divin, aux François réjouis,
A rappelé tes traits épanouis...
Le château de Saint-Ouen était une habitation charmante, entourée d'un beau parc et agréablement située sur la rive droite de la Seine, en face du pont qui la relie à l'île Saint-Ouen, et qui, construit dans le système Vergniais, fut terminé au milieu du XIXe siècle. En 1881 ses propriétaire autorisèrent l'établissement d'un champ de courses dans le parc. Ajoutons que le prince de Rohan avait fait bâtir à Saint-Ouen, en 1743, une maison de campagne, qui appartint plus tard à Necker, et qui depuis a souvent changé de propriétaire, comme toutes les villas des environs de Paris. Le duc de Nivernais y a possédé aussi une agréable habitation, aujourd'hui détruite en partie. Enfin, sous la Restauration, Ternaux y éleva dans son beau parc, ce troupeau de chèvres du Tibet dont la laine lui servit à fabriquer les premiers cachemires français.

La glacière artificielle de Saint-Ouen, établie dans la plaine entre Montmartre et Saint-Ouen, fournissait autrefois à Paris une grande partie de la glace qui s'y consommait; elle consistait en un puits de 10 mètres de profondeur et de 33 mètres de diamètre. On y fabriquait de la glace par des procédés artificiels. Aujourd'hui, c'est dans ce secteur, dans l'espace qui jadis était laissé libre au-delà des fortifications de Paris, que se trouve, depuis la destruction de ses fortifications, au début du XXe siècle, à l'angle de la rue Michelet et du Périphérique Nord de Paris, la principale attraction de Saint-Ouen, son Marché aux Puces, considéré comme le plus grand du monde. (A. Joanne).

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Dictionnaire Villes et monuments
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