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Les aqueducs de Rome

Pendant près de quatre siècles et demi, les Romains se contentèrent de l'eau du Tibre, des puits et de quelques sources. Mais le Tibre était souvent trouble, et ses eaux tièdes en été. Appius Claudius et C. Plautius, censeurs en l'an de Rome 441 (312 av. J.-C. ), tirèrent des montagnes de Frascati, à 12 kilomètres de Rome, les eaux nécessaires à la consommation de la ville, et les amenèrent par un aqueduc appelé Aqua Appia, qui, presque entièrement souterrain et construit partie en péperin, partie en briques, entrait dans la ville par la voie Praenestine, alimentait une partie du Coelius et l'Aventin, et finissait aux Salines, près de la porte Trigemina. Il n'en reste plus rien. En 480 (273 av. J.-C.), les censeurs Curius Dentatus et Papirius Cursor construisirent, avec les deniers provenant des dépouilles de Pyrrhus, un second aqueduc, l'Anio vetus; il partait de l'Anio, à 32 kilomètres au-dessus de Tibur, et, sur un développement de 63 kilomètres, n'offrait que 1 kilomètre environ de constructions sur arcades. Il était en blocs de péperin, et on avait revêtu son lit d'une épaisse couche de ciment. On voit encore aujourd'hui des restes importants de l'Anio vetus dans le voisinage de Tivoli et près de la Porta Maggiore à Rome. 

L'eau de cet aqueduc étant peu potable, et la population de Rome exigeant une provision d'eau plus abondante, le préteur Q. Marcius Rex fut chargé par le Sénat, en 607 (146 av. J.-C.), de construire l'Aqua Marcia. Cet aqueduc, dont il existe encore plusieurs arches, et que le pape Urbain VIII a fait restaurer, commençait à Sublaqueum (auj. Subiaco), et avait un parcours de 91 kilomètres, dont 80 kilomètres sous terre. Il fournissait de l'eau à la partie la plus haute du mont Capitolin; aujourd'hui il alimente la fontaine de Moïse, élevée par Ch. Fontana. Les censeurs Servilius Cépion et L. Cassius Longinus bâtirent ensuite l'Aqua Tepula (l'an 626 de Rome, 127 av. J.-C.), qui prit ses eaux près de Frascati, et, pendant son édilité (l'an 718 de Rome, 35 av. J.-C.), Agrippa répara l'Anio vetus et l'Aqua Marcia, construisit l'Aqua Julia, dota Rome de 700 puits, 150 fontaines et 130 réservoirs. Avant d'arriver à Rome, l'Aqua Julia et l'Aqua Tepula, dont les restes subsistent, s'unissaient avec l'Aqua Marcia dans une seule et même ligne de construction, où les trois aqueducs avaient des lits distincts superposés, et ils jetaient leurs eaux dans un réservoir commun. 

L'Aqua Alsietina ou Augusta, dont la prise d'eau était au Nord-Ouest de Rome, dans le lac Alsietinus (auj. Martignano), eut pour but d'alimenter la naumachie d'Auguste; l'aqueduc arrivait près de la porte Aurelia (auj. Saint-Pancrace). Le pape Paul V s'est servi des anciens conduits pour amener les eaux du pays de Bassano et d'Arcolo jusqu'à la fontaine de San-Pietro-in-Montorio. L'Aqua virgo, qu'Agrippa entreprit en 732 (21 av. .J.-C.) pour l'usage de ses bains, avait un développement de 21 kilomètres, dont 19 sous terre. La partie de cet aqueduc construite en substruction était ornée de 400 colonnes et de 300 statues. L'ouvrage d'Agrippa existe tout entier aujourd'hui sous le nom d'Aqua vergine; il a été restauré par les papes Nicolas V et Pie IV. Les eaux de cet aqueduc, provenant d'une source près de Tusculum, traversent sur des arcades la villa Borghèse, passent sous le mont Pincio, et alimentent les fontaines del Popolo, della Barcaccia, Navone, Trevi, celles du Panthéon et de Campo di Fiori, etc. 

L'Aqua Claudia, commencé par l'empereur Caligula, l'an 38 de J.-C., fut achevé sous Claude, son successeur. Ce dernier fit construire l'Anio novus, qui fournit beaucoup plus d'eau que les autres aqueducs, et dont la construction était aussi plus grandiose; car, à 10 kilomètres environ de Rome, il présentait une rangée d'arches qui n'avaient pas moins de 33 mètres de hauteur; son lit était aussi le plus élevé; et, dans une partie de son cours, il était au-dessus de l'Aqua Claudia. Ce bel aqueduc fut achevé par Néron, qui l'amena jusqu'au mont Coelius. L'Aqua Trajana, qu'entreprit l'empeur Trajan, et qui fut achevé en l'an 111, était une branche de l'Anio novus, prenant à Subiaco une eau plus pure que celle de l'Anio, et devait satisfaire aux besoins du Trastevere. On peut encore citer l'Aqua Antoniana (212 de notre ère), l'Aqua Severiana, construit par Septime-Sévère, l'Aqua Alexandrina (l'an 230), l'Aqua Aureliana, oeuvre d'Aurélien, dont la porte Saint-Laurent actuelle est un reste, l'Aqua Jovia (l'an 300), etc. 
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-Aqueduc de Claude.
Aqueduc de Claude, dans la campagne romaine; 
au fond les montagnes de la Sabine.

Ces aqueducs, créés généralement pour le service des thermes, ont été moins importants, et nous ne possédons à leur sujet aucun renseignement particulier. Tous furent mis hors de service par les Barbares au VIe siècle. On estime que les divers aqueducs de Rome portaient par 24 heures une masse d'eau de 3 720 750 mètres cubes, équivalant à une rivière de 10 mètres de largeur sur 2 de profondeur, et coulant avec une vitesse moyenne de 0,81 m par seconde. Une partie de ces eaux se distribuait dans la campagne; mais Rome en recevait 1 320 520 mètres cubes. Le specus ou canal de l'aqueduc était en pierre ou en briques enduites de ciment, et recouvert de voûtes ou de grandes dalles pour que l'eau fût garantie contre le Soleil; on pratiquait, de distance en distance, des regards ou évents (lumina) qui, lorsque deux ou plusieurs aqueducs étaient superposés, s'ouvraient sur les côtés, et qui servaient à les réparer. 

Autant que possible, on construisait les aqueducs en ligne droite; cependant on leur faisait faire de longs détours pour n'avoir pas à percer les montagnes, ou pour éviter les vallées trop profondes et les terrains marécageux. Les canaux avaient de 3 à 5 pieds de large, sur 6 à 8 de profondeur. Les réservoirs formaient une partie importante de la construction d'un aqueduc : outre les deux principaux qui se trouvaient aux extrémités, il y en avait d'intermédiaires (piscinae limosae), où l'eau déposait son sédiment, et qui fournissaient de l'eau pour l'irrigation des champs et des jardins. Le réservoir où finissait l'aqueduc, et d'où les eaux étaient distribuées, au moyen de tuyaux de plomb, de terre cuite et même de bois, entre les fontaines publiques, les thermes, et les maisons des particuliers, était surtout remarquable par la solidité de la construction et la beauté de l'architecture. De ces châteaux d'eau (castelle), il existe encore des ruines, entre autres, sur le mont Esquilin, dans les Nove Sale, réservoirs des thermes de Titus. La pente d'un aqueduc était, suivant Vitruve, de 0,152 m par 30 mètres.

Sous la République, les censeurs et les édiles avaient la surveillance des aqueducs; sous l'Empire, on créa, à cet effet, des officiers spéciaux, curatores ou praefecti aquarum, qui se faisaient accompagner hors de la ville par 2 licteurs, 3 esclaves publics, 1 secrétaire, etc. Au temps de Nerva et de Trajan, 700 architectes et ouvriers étaient employés, sous les ordres des curatores aquarum, à la construction des aqueducs. Les agents chargés de la surveillance de. ces travaux étaient : les villici, qui inspectaient spécialement les cours d'eau; les castellarii, inspecteurs des châteaux d'eau et des réservoirs; les circuitores, qui allaient d'un poste à l'autre pour examiner l'état des travaux et surveiller les ouvriers; les silicarii, paveurs des routes où passaient les aqueducs; les tectores, gardiens des substructions. Tous ces agents paraissent avoir été compris sous la dénomination générale d'aquarii. (B.).

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Dictionnaire Villes et monuments
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