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Rue Vivienne, à Paris (IIe arrondissement). - La rue Vivienne, qui va de la rue des Petits-Champs au boulevard Montmartre était jadis une voie romaine qui menait à Saint-Denis et qui était bordée, selon l'usage des anciens, de sépultures dont on a retrouvé de nombreux débris : parmi ces débris on a découvert des cuirasses de femme, à l'origine énigmatique. La plus curieuse de ces antiquités est une urne carrée en marbre, dont la face principale est ornée d'une guirlande de fleurs et de fruits, laquelle entoure cette inscription si simple et si touchante :
ampudiae amandae.
vixit annis xvii.
pithusa mater fecit.
Et voilà les premières Parisiennes dont l'histoire ait conservé  les noms : une jeune fille morte à dix-sept ans, et une mère désolée.

La rue Vivienne resta une route à travers champs pendant tout le Moyen âge. Quelques maisons y furent construites dans le XVIe siècle, et elle prit alors son nom de la famille Vivien, qui y possédait de grands terrains; mais ce n'est qu'à l'époque où la construction du Palais-Royal recula les remparts de Paris jusqu'aux boulevards actuels qu'elle commença réellement à être habitée. Le cardinal Mazarin y fit construire un immense et magnifique palais, qui occupait l'espace compris entre les rues des-Petits-Champs, Richelieu, Colbert et Vivienne, et il y rassembla d'incroyables richesses, cinq cents tableaux des plus grands peintres, quatre cents statues de marbre, de bronze, de porphyre, « tout ce que la Grèce et l'ancienne Rome avaient eu de plus précieux »,  une bibliothèque de quarante mille volumes rares, etc. C'est dans la grande galerie où étaient entassées ces richesses, qui lui valurent tant de malédictions, que, dans les dernières années de sa vie, il se promenait enveloppé dans sa robe de camelot, en disant : « Il faut quitter tout cela! » 


Panorama de la rue Vivienne, à Paris.

A la mort de Mazarin, ce palais fut partagé en deux hôtels, qui existent encore. Le premier, qui prit le nom de Mazarin (auj. Hôtel Tubeuf), avait son entrée principale rue des Petits-Champs : il fut donné au duc de la Meilleraye, époux d'une nièce du cardinal, et devint en 1719 l'hôtel de la Compagnie des Indes. Quelques années après, on y établit la Bourse, plus tard le contrôle général des finances, et enfin, pendant la révolution, les bureaux du trésor public. Après que le ministère des finances eût été transféré rue de Rivoli (avant de rejoindre le quai de Bercy), cet hôtel fit partie de la Bibliothèque impériale (auj. Bibliothèque Nationale). Le deuxième hôtel, formé du palais Mazarin, prit le nom de Nevers et fut donné au marquis de Mancini; il devint sous la Régence le siège de la banque de Law et avait alors sa principale entrée rue Vivienne : il fut acheté par le régent en 1721 et destiné à la bibliothèque du roi. En face du palais Mazarin étaient, dans la rue Vivienne, outre l'hôtel Colbert, deux autres hôtels appartenant au frère et au neveu du grand ministre, Croissy et Torcy.
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Rue Vivienne, à Paris.
La rue Vivienne.

Sous la Régence, et grâce au contact de Law, de sa banque, de ses actions, la rue Vivienne commença à être habitée par le commerce. Sur la fin du règne de Louis XV, elle était devenue une rue alerte et galante, pleine de colifichets et de jolies femmes, s'étant fait du maniement des rubans et des dentelles l'industrie la plus active; elle était aussi une des rues de la finance, des parvenus, des turcarets. Aussi la révolution fut-elle vue d'un mauvais oeil dans cette rue d'aristocrates en jupon ou à collet vert, et la section des Filles-Saint-Thomas, dont elle était le centre, se signala par son royalisme pendant toutes les journées révolutionnaires; c'est elle qui défendit le trône au 10 août et les girondins au 31 mai, qui marcha contre Robespierre au 9 thermidor, qui tira la Convention des mains des faubourgs au 1er prairial, enfin qui fit le 13 vendémiaire.

Sous l'Empire, la rue Vivienne parvint à conquérir deux maisons de la rue des Petits-Champs (qui se nommait encore  Neuve-des-Petits-Champs), qui lui barraient l'entrée du Palais-Royal, et alors au moyen du triste et utile passage du Perron, elle vit le mouvement et le commerce, concentrés jusque-là dans le royal bazar, s'écouler chez elle. Sous la Restauration, elle perça l'emplacement du couvent des Filles-Saint-Thomas, sur lequel l'on élevait la Bourse (Palais Brongniart), puis celui de l'hôtel Montmorency-Luxembourg, dans la rue Saint-Marc, et elle s'en alla atteindre les boulevards dans leur partie la plus brillante et la plus active. Naître au Palais-Royal, non loin du Théâtre-Français, toucher à la Bourse, finir aux boulevards, c'est une destinée unique dans les fastes des rues de Paris. Aussi la rue Vivienne, cette rue étroite, bordée en partie de constructions mesquines, et qui ne prend d'air que par le nord, est-elle parmi les plus connue de la capitale. (Th. Lavallée).
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Paris : le rue Vivienne au 19e siècle.
La rue Vivienne au XIXe s., par David Cox.
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Dictionnaire Villes et monuments
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