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Rue Saint-Antoine, à Paris (IVe'arrondissement). - Avec le faubourg du même nom, la rue saint-Antoine, qui prolonge la rue François-Miron et la rue de Rivoli jusqu'à la Place de la Bastille, est une de ces rues populeuses qui sont des villes entières : c'est celle qui donne la vie à toute cette partie de Paris. Cette rue doit son nom à l'abbaye Saint-Antoine des Champs, vers laquelle elle conduisait; mais elle existait avant la fondation de cette abbaye, qui date de 1198, et s'appela d'abord rue de la Porte-Baudet, à cause d'une porte de l'enceinte de Philippe-Auguste, qui était située près de la rue de Sévigné, puis rue du Pont-Perrin, à cause d'un pont construit sur un égout, vers la rue du Petit-Musc. Comme elle joignait la place de Grève à l'hôtel Saint-Paul, au palais des Tournelles, à la Bastille, elle a été le théâtre de fêtes, de joutes, de combats, enfin de tous les événements qui ont réjoui ou attristé ces demeures royales.
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Paris : spectacle rue Saint-Antoine.
Le Carnaval de la rue Saint-Antoine au XVIIe s.

C'est à la porte Saint-Antoine, au lieu même où l'on éleva la Bastille, qu'Étienne Marcel fut tué; c'est par la rue Saint-Antoine que les Parisiens envahirent trois fois l'hôtel Saint-Paul sous Charles VI; c'est dans la rue Saint-Antoine que se livra la bataille entre les Bourguignons et les Armagnacs, après que Perrinet-Leclerc eut livré aux premiers l'entrée de Paris; c'est là que les Anglais engagèrent leur dernier combat avant d'être chassés de la capitale; c'est là, devant le palais des Tournelles, que Henri II fut tué dans un tournoi; c'est là, à l'entrée de la rue des Tournelles, que les mignons de Henri III, Quélus, Maugirou et Livarot se battirent en duel contre d'Entragues, Riberac et Schomberg; c'est par la porte Saint-Antoine que le duc de Guise fit sortir les Suisses désarmés et tremblants après les barricades de 1588; c'est à la porte Saint-Antoine que les ligueurs firent leur dernière résistance aux troupes de Henri IV; c'est par la porte Saint-Antoine que Condé, battu par Turenne, se réfugia dans Paris. 
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Rue Saint-Antoine, à Paris (4e arrondissement).
La rue Saint-Antoine, à Paris.

Plus tard, la rue Saint-Antoine, rue de grands hôtels et de grands seigneurs au XVIIe siècle, rue industrielle et marchande le début du XIXe siècle, a été le théâtre de rassemblements non moins formidables, d'événements non moins sanglants : c'est à la porte Saint-Antoine que tonna, au 14 juillet 1789, le premier coup de canon qui devait ébranler tous les trônes; c'est dans la rue Saint-Antoine que, le 28 juillet 1830, se livra un combat acharné entre le peuple et la garde royale, qui, venant des boulevards, cherchait à gagner l'Hôtel-de-Ville; c'est à la porte Saint-Antoine que commença la grande émeute de 1832. C'est dans la rue Saint-Antoine que l'insurrection de juin 1848 se montra la plus redoutable et la plus furieuse : pendant trois jours, elle fut maîtresse de tout le quartier, cernant l'Hôtel-de-Ville et s'efforçant de l'enlever; et, quand elle se mit en retraite, le canon dut battre en brèche ses maisons, dont quelques-unes portent encore les traces de la lutte.
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Hôtel de Mayenne, à Paris (4e arrondissement).
L'Hôtel de Mayenne, à Paris.  (© Photo : Serge. Jodra, 2009).-

La rue Saint-Antoine doit sa principale illustration aux hôtels Saint-Paul et des Tournelles, séjours des rois de France pendant deux siècles. Outre les hôtels Saint-Paul et des Tournelles, la rue Saint-Antoine renfermait de nombreux hôtels de seigneurs, dont quelques-uns existent encore : l'hôtel de Mayenne (reconverti en école) ou encore l'hôtel de Sully, bâti par Ducerceau pour le ministre de Henri IV, etc.  (Th. Lavallée).

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Dictionnaire Villes et monuments
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