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Dictionnaire
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| Prison
de l'Abbaye, à Paris C'est en 1631 suivant les uns, en 1635 suivant les autres, et probablement de 1631 à 1635, que fut construite par les soins de l'architecte Gamart la prison devenue célèbre sous le nom de prison de l'Abbaye. Elle était située à l'extrémité sud-est de l'enclos du monastère; une de ses faces, la face sud, était en bordure sur la rue Sainte Marguerite, aujourd'hui rue Gozlin; l'autre, la face est, formait en retour d'équerre un des côtés de la place Sainte-Marguerite. L'emplacement de la construction est occupé de nos jours par le boulevard Saint-Germain; on peut le retrouver sans peine sur un plan en prolongeant l'axe de la rue Gozlin et celui de la rue de Furstemberg; c'est à peu près au point d'intersection de ces deux lignes que se trouvait autrefois la prison. Une Vue septentrionale [cavalière] de l'abbaye de Saint-Germain des Prés [...] au commencement du XVIIIe siècle reproduite dans l'Histoire générale de Paris (Topographie historique du vieux Paris, par Berty et Tisserand; Paris, 1876, in-4, p. 129) permet de se rendre compte de la position de cet édifice par rapport aux autres bâtiments de l'abbaye. C'était une construction carrée, massive et basse : dans le principe elle devait avoir deux étages au plus, mais elle fut considérablement surélevée au XVIIIe siècle, ainsi qu'en témoignent les dessins contemporains. A chaque angle se trouvait une tourelle en échauguette : c'est d'une de ces tourelles, sans doute celle du sud-est, que le prisonnier Jourgniac de Saint-Méard assista aux massacres des 2 et 3 septembre 1792. Une vue de l'édifice
est reproduite dans Paris à travers les âges (Paris,
1875-1882 in-fol.), d'après Manesson Mallet (1702), Il, 5e
liv., p. 7), une autre dans Paris historique, par Charles Nodier
(Paris, 1839, in-8), II, p. 2; une autre enfin, mais très médiocre,
dans les Révolutions de Paris, de Prudhomme,
n° des 2-8 août 1789.
Plan du rez-de-chaussée de la Prison de l'Abbaye. L'édit de
février 1674, qui supprima les seize justices ecclésiastiques
existant dans Paris Lorsque le décret
du 2 novembre 1789 mit une partie des biens du clergé à la
disposition de la nation, la prison de l'Abbaye, vendue par l'Etat à
la ville de Paris, passa sous l'autorité de la Commune. Dans la
soirée du 10 août 1792, la municipalité y fit interner
une partie des officiers et soldats suisses faits prisonniers au château
des Tuileries La municipalité
dut prendre des mesures pour les protéger. Bientôt la fermentation
augmenta : certaines sections demandèrent ouvertement le massacre
des prisonniers. Le 30 août, la Commune, craignant de ne pouvoir
empêcher l'effet de cette menace, arrêta que les détenus
seraient jugés sommairement et sans appel par les comités
des sections. Le 2 septembre au matin, le bruit se répand que Verdun
a ouvert ses portes aux Prussiens; on tire
le canon d'alarme; on bat la générale; en même temps
circule la nouvelle qu'une conspiration vient d'éclater dans les
prisons. Aussitôt des bandes se forment criant : A l'Abbaye! A
la Force! Vers deux heures, quatre voitures, conduisant de l'Hôtel
de Ville L'Assemblée
envoya en vain Chabot, Bazire, Isnard, François de Neufchâteau
pour le faire cesser. Caron et Nouet, commissaires de la Commune, furent
impuissants. La municipalité d'ailleurs était divisée
: tandis que Manuel, le procureur-syndic, essayait à la Force de
sauver quelques personnes, à l'Abbaye, son substitut Billaud-Varenne
félicitait les meurtriers et, a-t-on dit, leur promettait un salaire.
Le nombre des victimes à l'Abbaye fut de cent soixante et onze.
Parmi les morts se trouvait Montmorin, l'ancien ministre. Il y eut quatre-vingt-dix-sept
personnes relâchées : de ce nombre étaient Sombreuil,
l'ancien gouverneur des Invalides Après les événements de septembre, l'Abbaye perdit complètement le caractère de prison militaire, qui jusque-là lui avait été assez exactement maintenu. Elle reçut indistinctement tous les détenus politiques. C'est là que Clavière, l'ancien ministre des contributions, se poignarda, que Mme Roland écrivit ses Mémoires, que Charlotte Corday attendit sa condamnation et son supplice. Comme la place manquait, on convertit en prison d'autres bâtiments du monastère, entre autres le réfectoire, dont une partie servait déjà de fabrique de salpêtre. Mais cette construction fut détruite par une explosion le 2 fructidor an II (19 août 1794). Sous l'Empire, la Restauration, le gouvernement de Juillet, l'Abbaye reprit et conserva son ancienne destination de prison militaire. Après le retour des Bourbons en 1815, les généraux victimes de la réaction royaliste, Beiliard, Decaen, Thiard, y furent internés. Le général Bonnaire y mourut de désespoir après sa dégradation. La prison a été démolie en 1854. (Ch. Grandjean). |
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.