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For-L'Évêque,
Forum
episcopi (Ier'arrondissement).
- On a donné ce nom à un bâtiment situé
rue
Saint-Germain-l'Auxerrois (à Paris),
qui existait dès le temps de Louis VI.
L'évêque, qui avait une entrée sur le quai
de la Mégisserie, y faisait exercer sa justice par un prévôt
ou juge nommé par lui. Les peines qu'on infligeait au nom du prélat
étaient, suivant la gravité des délits, subies dans
des endroits différents. Les criminels qui devaient être brûlés
vifs ou pendus étaient conduits hors de la banlieue de Paris. Lorsqu'il
ne s'agissait que de couper les oreilles, cette exécution avait
lieu sur la place du Trahoir, à l'endroit où la rue
de l'Arbre-Sec se confond avec la rue
Saint-Honoré. Le For-l'Évêque fut en partie reconstruit
en 1652. A partir de l'édit de 1674, qui détruisit dans Paris
toutes les justices particulières, le For-l'Évêque
devint une prison « où l'on retient, dit un contemporain,
plus de malheureux que de coupables, étant particulièrement
affectée à ceux qui sont arrêtés pour dettes
». C'était aussi le lieu de détention des
acteurs
qui avaient fait quelque scandale ou désobéi à l'autorité.
La célèbre
tragédienne Clairon y fut enfermée
en 1765; voici à quelle occasion : un nommé Dubois, comédien
d'un talent médiocre, avait refusé de solder un salaire légitimement
dû. Excité par la demoiselle Clairon, tout l'aréopage
comique en parut violemment indigné. Au mois d'avril, on jouait
la tragédie du Siège de
Calais, par Dubelloi; cette pièce, qui obtint une grande faveur,
était annoncée sur l'affiche. Les principaux acteurs arrivent
au théâtre; bientôt on leur apprend que, par ordre du
roi, Dubois devait remplir le rôle de Mauni; tous refusent alors
de jouer avec lui et font connaître leur résolution aux spectateurs
qui déjà remplissaient la salle. Un tumulte effroyable éclate
aussitôt; au milieu des cris de : Calais!... Calais!... on
distingue ceux de : Frétillon à l'hôpital!... la
Clairon au For-l'Évêque!... Il n'y eut pas de spectacle,
et l'argent fut rendu à la porte. Tout Paris fut ému de cette
affaire, plus ému que si l'ennemi eût été à
vingt lieues seulement de la capitale. Plusieurs gentilshommes se formèrent
en comité chez le lieutenant de police. Après une discussion
assez longue dans laquelle la reine tragique trouva de chaleureux défenseurs,
il fut décidé néanmoins que les acteurs seraient conduits
en prison. Le 7 avril 1765, Brisard, Dauberval, Molé, Lekain,
et plusieurs autres furent arrêtés et conduits au For-l'Évêque.
Un exempt se présenta au domicile de la demoiselle Clairon et la
pria fort poliment de le suivre. Après quelques difficultés,
l'actrice se soumit en disant :
Mon
honneur reste intact, le roi lui-même n'y peut rien. -Vous avez raison,
répartit l'exempt, où il n'y a rien, le roi perd ses droits.
La demoiselle Clairon
monta dans la voiture de madame de Sauvigny, épouse de l'intendant
de Paris. Pour marquer tout l'intérêt qu'elle prenait au sort
de cette pauvre actrice, cette vertueuse dame tint la demoiselle Clairon
constamment sur ses genoux et chercha durant le trajet à la consoler
par de douces paroles. La reine tragique fut visitée par la cour
et la ville. On faisait sortir les prisonniers pour aller jouer leurs rôles;
le spectacle terminé, on les reconduisait au For-l'Évêque.
Le dénomment de cette comédie fut joué par l'auteur
lui-même. Le poète Dubelloi, pour plaire à mademoiselle
Clairon, retira humblement sa tragédie
du Siège de Calais. Le comédien
Dubois demanda sa retraite, et les acteurs furent mis en liberté.
Bellecour, au nom de tous ses camarades, fit à la Comédie
Française un discours rempli d'excuses humiliantes et déplora
le malheur d'avoir manqué au public.
En 1780, le ministre
Necker engagea Louis XVI à supprimer
les prisons du For-l'Évêque et du petit Châtelet.
Une ordonnance du roi, du 30 août de la même année,
porte que les prisonniers seront transférés dans l'hôtel
de la Force ( Hôtel
de Brienne), dont le vaste emplacement promettait plus de salubrité
aux détenus et facilitait les moyens d'établir entre eux
des séparations et distinctions nécessaires. |
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