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Conservatoire
des arts et métiers, à Paris .
- Situé rue Saint-Martin,
le Conservatoire des arts et métiers, autrefois le prieuré
de Saint-Martin-des-Champs. On croit que c'était une abbaye
dont la fondation se perd dans les premiers temps de la monarchie, et qui
fut détruite presque entièrement par les Vikings.
Elle fut réédifiée en 1060 par Henri
Ier
et Philippe Ier,
convertie, en 1079, en prieuré dépendant de l'abbaye
de Cluny ,
et en 1130 fortifiée. Son enclos, qui avait quatorze arpents, s'étendait
de la rue au Maire à la rue du Vert-Bois, en comprenant le marché
Saint-Martin et les rues voisines; il était entouré de murs
très hauts et très épais, crénelés,
garnis de grosses tourelles, qui faisaient ressembler l'abbaye à
une place forte. Son aspect était aussi imposant que pittoresque,
à cause de l'encadrement que lui formaient, au nord, un bois de
chênes (rue du Vert-Bois) et une éminence garnie de moulins
(rue Meslay); au couchant, un ruisseau
(rue du Ponceau), traversant une vaste prairie qui le séparait du
beau couvent des Filles-Dieu;
au midi, les villages de Bourg-l'Abbé et de Beaubourg, couverts
de frais ombrages; enfin, au levant, les champs arrosés de plusieurs
sources, que dominait le manoir des Templiers.
Dans son enceinte
privilégiée, et où les ouvriers pouvaient travailler
sans maîtrise, étaient trois chapelles,
des granges, des moulins, un four, un hôpital, une prison, dont une
tour existe encore près de la rue du Vert-Bois, enfin un champ clos
pour les combats judiciaires. L'église
est l'une des antiquités les plus précieuses de Paris ;
la partie la plus ancienne est le sanctuaire qui date du XIe
siècle; sa nef, aussi belle que hardie,
et qui, malgré sa largeur, n'est soutenue par aucun rang de colonnes,
sert aujourd'hui de salle d'exposition pour les machines. Le réfectoire,
qui est parfaitement conservé et du style
gothique le plus pur, a été construit par Pierre de Montereau.
Les autres bâtiments sont presque tout modernes, principalement l'ancienne
maison claustrale, qui est très belle et date du XVIIIe
siècle. C'est à cette époque que les murailles et
les tours furent détruites, et des maisons bâties sur leur
emplacement; que le clos des duels fut changé en un marché,
qui forme aujourd'hui une place; que le réseau de petites rues,
qui s'étend de cette place à la
rue Saint-Martin, fut construit, etc. Dès la fondation du prieuré,
il s'était formé, à l'ombre de ses murs, un village,
qui devint le quartier Saint-Martin, et qui était placé sous
la juridiction temporelle des religieux.
La rue au Maire a
pris son nom de l'officier qui rendait la justice aux vassaux de Saint-Martin,
et qui avait son tribunal et sa geôle à l'endroit où
se trouve aujourd'hui la porte latérale de Saint-Nicolas-des-Champs.
La puissance spirituelle du prieur s'étendait bien au delà
de ce quartier, car il avait les nominations de vingt-neuf maisons du même
ordre, de cinq cures de la capitale, de vingt-cinq cures du diocèse
de Paris ,
de trente cures dans diverses parties de la France ;
son revenu s'élevait à 45.000 livres : aussi cette dignité
était-elle vivement recherchée, et Richelieu
est compté parmi les prieurs de Saint-Martin-des-Champs. Ce couvent
supprimé en 1790, fut occupé en mars 1792 par un institut
d'éducation, que dirigeait Léonard Bourdon, sous les auspices
de la municipalité, et qu'on appelait l'école des Jeunes
Français : on apprenait gratuitement aux élèves les
langues modernes, les exercices militaires, la fortification et des métiers.
Cette école cessa d'exister en 1795, et alors un décret de
la Convention, rendu sur le rapport de Grégoire,
établit à sa place un conservatoire des arts et métiers,
qui renferme les modèles des machines et outils propres à
l'industrie et à l'agriculture. Cet établissement, négligé
sous l'Empire, a pris une grande extension à partir de la Restauration,
et surtout dans la seconde moitié du XIXe
siècle; on y a attaché des cours publics de mathématiques,
de physique, de chimie, de mécanique
appliquées aux arts, d'économie industrielle, de dessin des
machines, etc. Il occupe l'église,
le réfectoire et les bâtiments claustraux; on lui a ajouté
de vastes annexes et une entrée monumentale près de l'ancienne
prison de l'abbaye. A la place des jardins
se trouve un beau marché, qui fut, pendant les Cent-Jours,
transformé en atelier d'armes. Le 13 juin 1849, le Conservatoire
a été le lieu de refuge du parti de la Montagne, qui essaya
d'y faire un appel aux armes contre le gouvernement et l'Assemblée
législative. (Th. Lavallée). |
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