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Paris : XXe arrondissement
Ménilmontant
Les regrets que nous exprimions, dans la page consacrée au  XIXe arrondissement,  sur le fâcheux choix de sa dénomination, nous les repétons avec plus de raisons encore et de force à propos de celui-ci. Couper en deux Belleville, y réunir Charonne, pour composer un arrondissement avec ces deux localités vieilles de huit siècles, puis donner à cet ensemble hétérogène le nom du hameau, longtemps infime, qui dépendait de l'une d'elles, tel a été le résultat des méditations de Haussmann et de ses collaborateurs. Il n'y a pas même d'excuse à cette hérésie topographique lorsqu'elle fut commise, la mairie chef-lieu était. sur le territoire de Belleville; aujourd'hui, elle se trouve sur celui de l'ancien Charonne.

Le XXe arrondissement, dit Ménilmontant, a une superficie de 521 hectares. Il dispute à Montmartre le mérite des sites pittoresques.  A cet égard, la rue des Pyrénées, qui le traverse dans toute sa longueur 3515 m) est bien nommée : les hautes Pyrénées s'étendent de la rue de Belleville à la place Gambetta; les basses Pyrénées commencent à la place Gambetta et viennent, par dénivellations successives, se terminer dans la plaine, au cours de Vincennes. En poursuivant cette comparaison, les Pyrénées occidentales seraient représentées, dans le XIXe arrondissement, par la rue Bolivar et ses abords.

Quartier de Belleville.
 Il faut remonter aux temps mérovingiens pour constater l'existence d'êtres humains habitant sur ces hauteurs, que l'on nommait alors Savies (Savegium, Savegiae) - saw signifiant, paraît-il, dans la langue des Celtes, gazon. Plusieurs établissements religieux s'en partageaient la possession : les abbayes de Saint-Maur et de Saint-Magloire, d'abord; plus tard, l'église Saint-Merri, le prieuré de Saint-Martin-des-Champs, celui de Saint-Lazare, la maison du Temple. Ils y avaient un autre intérêt que d'agrandir leur domaine; l'eau a toujours été rare à Paris, et la colline de Savies offrait l'avantage de contenir plusieurs sources; elles furent captées de bonne heure.

Pourquoi, dès la fin du XIIIe siècle, le nom de Savies tendit-il à disparaître pour faire place à celui de Poitronville, c'est ce que nous ne pouvons expliquer que par hypothèse. Sans doute Poitron était le nom - fort roturier - d'un propriétaire du lieu. Au XVIe siècle, commence à apparaître la dénomination actuelle : Belleville, toujours accompagnée alors du qualificatif : sur sablon, pour la distinguer des vingt-cinq ou trente localités qui se décernaient un pareil brevet de beauté. Belleville - tout court - devient le nom usuel à dater du XVIIIe siècle.

Pendant dix ans, de 1790 à 1800, Belleville fut un chef-lieu de canton, puis redevint simple commune du canton de Pantin jusqu'à l'annexion de 1860, contre laquelle elle ne murmura pas. Nous avons dit, en traitant du XIXe arrondissement, comment cette mesure eut pour effet de diviser par la moitié cette populeuse agglomération. Administrativement, le quartier de Belleville est limité aujourd'hui par l'axe des rues de Belleville, Pixérécourt, de Ménilmontant et du boulevard de Belleville. C'est un quadrilatère allongé où les maisons s'entassent comme si on avait fait une gageure d'y en mettre le plus possible.

Quartier Saint-Fargeau.
Il y a dans le Marais un hôtel Saint-Fargeau. Ce sont ses propriétaires qui ont donné leur nom au 78e quartier de Paris : les Lepeletier de Saint-Fargeau avaient voulu avoir, comme tout seigneur qui se respectait, maison de ville et maison des champs; pour cette dernière, ils firent choix des hauteurs de Ménilmontant, où ils achetèrent un domaine que l'on prit coutume de nommer le château de Saint-Fargeau.

La fin du dernier des Lepeletier fut tragique. Conventionnel, il avait cru devoir voter la mort de Louis XVI. Le même jour, tandis qu'il dînait dans un restaurant du Palais-Égalité (Palais-Royal), un garde du corps, nommé Pâris, le poignarda. Dans l'état où étaient alors les esprits, la victime de ce guet-apens devint plus qu'un martyr, presque un dieu; son corps fut inhumé au Panthéon; dans toutes les fêtes populaires, son buste était promené avec celui de Marat. La réaction suivit de près. Retiré du Panthéon en 1795, le cercueil de Lepeletier fut, presque en cachette, inhumé dans le parc de Saint-Fargeau. On est en peine maintenant de retrouver l'endroit précis de sa sépulture.

Le quartier a l'avantage, au moins au point de vue des perspectives, d'occuper le point culminant de Paris. Il est limité par le Périphérique entre les portes de Bagnolet et de Romainville, les rues de Bagnolet, Pelleport, de Ménilmontant, Pixérécourt et de Belleville. Cette dernière, dans la partie où elle borne le quartier Saint-Fargeau, présente encore des ondulations de terrain peu favorables à la circulation des voitures.

Autant les portes de Paris sont, à l'ordinaire, d'aspect maussade et peu avenant, autant de ce côté elles ouvrent sur la campagne des horizons agréables. De la porte de Romainville, en regardant vers la gauche, on aperçoit l'immense plaine de Pantin, les trains de l'Est lancés à toute vitesse, la haie de peupliers qui ombrage le canal de l'Ourcq, et, tout à fait au fond, le peu de bois qui reste de la forêt de Bondy et les riantes hauteurs du Raincy. De la porte de Ménilmontant, bien peu connue des touristes, on découvre un paysage verdoyant, des sentiers fleuris descendant vers Bagnolet. A la porte de Bagnolet, le cadre s'élargit on domine Montreuil, et dans le lointain, sur la droite, le donjon de Vincennes dresse sa masse vénérable.

Le quartier Saint-Fargeau a besoin de ces charmes, un peu extérieurs, il est vrai, mais auxquels l'avenue Gambetta et la rue des Pyrénées donnent de faciles accès; et pourtant, dans son Paris, Maxime du Camp l'a calomnié en disant que c'est « une colline affreuse, couverte de masures, mal percée de chemins bordés de haies, d'aspect misérable et déplaisant ».

Quartier du Pere-Lachaise
Bien que le point central de ce quartier soit le cimetière dont il tient son nom, ou la place Gambetta, sur laquelle est située la mairie dite de Ménilmontant, nous ne sommes plus ici ni à Belleville, ni à Ménilmontant, mais bien à Charonne. Au temps où les deux communes étaient autonomes, elles avaient pour limite la rue des Partants, qui ne doit pas son nom, comme on l'a cru, au départ des volontaires de 1792, puisque le lieu ainsi nommé figure dans des documents du XVIIe siècle.

Au commencement du XIIe siècle, toute la partie septentrionale de la paroisse de Charonne, à gauche de la grand-rue (rue de Bagnolet) consistait en champs et vignes, possédés parle chapitre de la cathédrale de Paris et par quelques particuliers. Ces cantons de terre s'appelaient la Folie Regnault, les Montibœufs, Dives, les Houzeaux, les Partants, les Noues. En 1626, la maison professe des jésuites, rue Saint-Antoine (aujourd'hui le lycée Charlemagne et l'église Saint-Paul-Saint-Louis) en acheta la majeure partie :

« Comme aussi, disent les lettres patentes confirmant ces acquisitions, comme aussi les Pères Jésuites nous ont faict remontrer qu'estant obligez à l'estude continuelle pour satisfaire à leurs fonctions ordinaires et utiles à nos subjets, il leur a été nécessaire d'un lieu hors la ville pour y prendre l'air; pourquoy ils auroient acquis la maison qu'ils y possèdent, hors la porte SaintAntoine, appelée Montlouis, au lieu dict la Folye Regnault. »
Le Montlouis existait donc sous ce nom au temps de Louis XIII, en l'honneur duquel, sans doute, il avait été baptisé, bien que nous l'ayons rencontré une fois dénommé mont Saint-louis. En tous cas, il ne faudra plus répéter qu'on l'appela ainsi après que Louis XIV y fut venu, en 1612, suivre, de loin, les péripéties du combat du faubourg Saint-Antoine.

Ainsi devenus propriétaires à Charonne, les jésuites firent, plus tard, reconstruire la maison du Montlouis pour qu'elle devint la maison de campagne d'un de leurs confrères les plus célèbres, le P. Lachaise, confesseur de Louis XIV. Le roi contribua beaucoup aux dépenses de cette réfection et de la création de vastes jardins environnant la propriété. Désormais, pour la population, le MontLouis s'appela le Père-Lachaise, même après la suppression de l'ordre des jésuites, même pendant la Révolution. Il semble que la fatalité de l'histoire ait voulu garder en réserve le nom de cet implacable proscripteur de protestants pour désigner un futur cimetière.

Charonne.
En 998 ou 999, le roi Robert le Pieux donnait à une abbaye de paris, Saint-Magloire, quelques terres situés dans le lieu que la charte royale nomme Cadorona: on n'a rien trouvé de plus ancien concernant Charonne, et l'explication de ce nom, unique en France, reste encore un problème. Nous avons déjà dit qu'au XIIe siècle le chapitre de la cathédrale de Paris acquit la seigneurie du village qu'avait constitué un groupe de cultivateurs, où les vignerons étaient en majorité. Une église paroissiale, mise sous le vocable de Saint-Germain-d'Auxerre s'y construisit peu après; c'est celle qui est encore debout. Les siècles passèrent, longs et monotones, sur cette colonie de travailleurs. Quand la Révolution en fit enfin des citoyens, ils s'en montrèrent tout surpris, et pour témoigner leur reconnaissance, demandèrent, le 15 avril 1789, trois mois avant la journée du 14 juillet, que a Bastille fût démolie et qu'une statue de Louis XVI s'élevât sur son emplacement.

Enfin , la loi d'annexion de 1859 incorpora la commune à Paris; le conseil municipal et les plus imposés s'étaient déclarés très favorables à cette mesure. Charonne se composait alors de deux parties distinctes, séparées par des champs auxquels des maisons ont succédé : le Grand et le Petit-Charonne, reliés par la rue de la Réunion. Le premier - de beaucoup le plus ancien - bordait la rue de Bagnolet, alors rue de Paris; le second consistait surtout en cabarets s'alignant le long de la rue d'Avron, qu'on aurait bien dû continuer d'appeler rue de Montreuil. La vie administrative et commerciale était tout entière au Grand-Charonne; le Petit-Charonne n'est devenu habité qu'à partir de 1830. (F. Bournon).

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Dictionnaire Villes et monuments
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