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Lourdes
Lourdes est une ville du département des Hautes-Pyrénées, sur la rive droite du gave de Pau, au confluent de la Geune; population : 15 200 habitants. Cette ville est devenue célèbre par sa grotte lieu, pour les catholiques d'un culte à Vierge Marie et destination d'un pèlerinage (V. ci-dessous). Les environs de Lourdes possèdent des carrières de marbre et des carrières d'ardoises. Près de Lourdes se trouve le lac du même nom qui a 4 km de circonférence. 
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Lourdes : le château
Le château fort de Lourdes.

L'histoire de la ville se confond avec celle du château fort (mon. hist.) qui la domine du côté Ouest. Il aurait existé du temps de Charlemagne sous le nom de Mirambel et aurait été occupé par le prince sarrasin Mira qui y fut assiégé par les Francs et dut se rendre. En 1218, Simon de Montfort échoua devant Lourdes, mais son successeur, le comte de Leicester, en devint possesseur. Simon, fils de Leicester, vendit ses droits au comte de Champagne'Thibaut Ier. Après cette cession, le château appartint à Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel (1293); mais le traité de Brétigny, en 1360, en dépouilla la France.

Le prince Noir lui donna pour commandant Pierre Arnaud de Berne, parent du comte Gaston Phébus. Celui-ci chercha à s'emparer de Lourdes pour le compte du duc d'Anjou. Il mit à mort le commandant Arnaud qui refusait de le lui livrer; mais le château résista et la garnison fit des sorties qui obligèrent le duc d'Anjou à battre en retraite. La citadelle ne capitula que plus tard, en 1418, après un blocus de dix-huit mois. Pendant les Guerres de religion, Montgomery prit la ville, mais ne put s'emparer du château. Le fort de Lourdes a été prison d'Etat à partir du règne de Louis XV jusqu'à la Révolution, puis sous le Consulat; il a cessé depuis d'avoir cette destination. (G. Regelsperger).

La légende de Bernadette Soubirous.
Bernadette Soubirous, née à Lourdes le 7 janvier 1844 (morte en 1879), était la fille aînée d'un meunier. Elle fut élevée à Bartrès, dans la famille Lagües qui, ayant perdu un nouveau-né, s'en était chargée, à cause de la pauvreté de ses parents. Dès qu'elle en eut la force, on l'employa à garder les brebis. Pour toute instruction on lui enseigna le chapelet, qu'elle apprit avec beaucoup de peine; mais, quand elle le sut, elle passait toutes ses journées à le réciter, en menant son troupeau dans la solitude des pâturages. Elle portait aussi fort dévotement toutes les médailles qu'elle pouvait se procurer. Lorsqu'elle eut quatorze ans, ses parents la reprirent chez eux, à Lourdes, afin qu'elle se préparât à la première communion, en suivant assidûment le catéchisme. Bernadette n'était alors qu'une enfant chétive, paraissant beaucoup plus jeune que les filles de son âge, ne sachant ni lire ni écrire, souffrant constamment d'un asthme nerveux, et ne présentant aucune autre particularité remarquable que l'animation fiévreuse de ses yeux et la gourme qui affligeait sa tête en ces semaines-là. 
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Lourdes : la basilique du Rosaire.
La basilique du Rosaire, à Lourdes. Images : The World Factbook.

Le 11 février 1858, un jeudi, quinze jours environ après son retour, elle s'en alla avec sa soeur Marie et une petite voisine, nommée Jeanne Abadie, pour recueillir des débris de bois mort sur les bords du Gave, ruisseau torrentueux qui traverse Lourdes. En cherchant ainsi, elles se trouvèrent en face d'une cavité obstruée de ronces et d'églantiers, creusée dans un grand rocher que les gens du pays appellent Massabielle. C'était vers midi. Bernadette entendit soudainement un immense bruit, comme le retentissement d'un ouragan descendant des montagnes. Elle regarda, mais aucune feuille ne remuait aux arbres. Bientôt elle ne vit plus les arbres, car ses yeux furent éblouis par une blancheur éclatante, qui lui sembla se fixer contre le rocher, au haut de la grotte, dans une fente mince et haute.

Bernadette tomba à genoux, et peu à peu une image lui apparut, vaguement dessinée, mais habillée de blanc. Le dimanche suivant, 14 février, elle revint à la grotte, apportant une bouteille d'eau bénite, pour dissiper les artifices du diable, s'il en était besoin. Or, l'apparition ne redoutait pas l'eau bénite; ses traits se précisèrent assez pour que Bernadette la vit lui sourire. Le jeudi 18 février, l'enfant revint encore, mais avec d'autres personnes. Cette fois, la dame céleste parla; elle dit à l'enfant, en patois du pays, mais en termes singulièrement polis : Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours? Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l'autre. Je désire qu'on amène du monde. Pour des raisons mystérieuses, la dame manqua deux fois (22 et 26 février) au rendez-vous qu'elle avait ainsi donné durant toute une quinzaine.

Le vendredi 19 février le lendemain, l'apparition se contenta de sourire et de saluer, sans prononcer une parole. Le dimanche, elle pleura et dit : Vous prierez pour les pécheurs; vous baiserez la terre pour les pécheurs. Le lundi, elle déçut l'espoir de l'enfant, et ne se montra pas. Mais, le mardi, elle lui confia un secret qui ne devait être révélé à personne, et elle la chargea d'aller dire aux prêtres : Il faut bâtir ici une chapelle. Je veux qu'on y vienne en procession. Le mercredi, elle murmura ces mots : Pénitence! pénitence! pénitence! que Bernadette répéta en baisant la terre. Le jeudi, la dame dit : Allez boire à la fontaine et vous y laver, et vous mangerez de l'herbe qui est à côté. Comme l'enfant se disposait à aller au Gave, pour y trouver de l'eau, la dame lui montra par signe, au fond de la grotte, la petite source qui, dégagée et approfondie, est devenue la fontaine miraculeuse. Vendredi, 26 février, deuxième absence de la dame. Les cinq jours suivants, elle répéta les recommandations qu'elle avait déjà faites, souriant à l'enfant, qui récitait son chapelet, baisait la terre set montait sur les genoux jusqu'à la source pour boire et se laver.
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Lourdes.
Lourdes et son site, entre les monts et le Gave de Pau. (Photo du début du XXe s.).

Enfin, le 4 mars, elle demanda plus instamment la construction d'une chapelle, afin que les peuples s'y rendissent en procession de tous les points de la Terre. Le curé de Lourdes, à qui Bernadette avait porté cet ordre, lui avait répondu qu'il fallait au moins savoir le nom de la dame qui l'avait donné, mais la dame avait refusé de le faire connaître. Cependant le 25 mars (fête de l'Annonciation), elle apparut de nouveau; levant les yeux au ciel et joignant les mains sur sa poitrine, elle dit : Je suis l'Immaculée Conception. Les deux dernières apparitions eurent lieu le 7 avril et le 16 juillet. On en compte dix-huit. 

Il semble que l'image de la dame ne s'est formée que lentement devant l'extase de Bernadette, et que ce fut seulement dans les dernières apparitions qu'elle reçut définitivement tous les traits sous lesquels on la présente aujourd'hui au culte des croyants : long voile blanc, descendant jusqu'aux pieds et encadrant le front de manière à ne laisser paraître que quelques minces boucles de chevelure blonde; visage ovale, bouche rose et souriante; yeux bleus, reflétant une céleste douceur; robe d'une suave blancheur; ceinture bleue (un ruban du ciel, comme dit le Cantique) nouée mollement et laissant pendre deux longs bouts flottants; passé au bras droit, un rosaire, dont les grains étaient blancs comme du lait, les chaînons et la croix en or pur; sur chaque pied une rose d'or fleurie.

Bernadette se rendait ordinairement à la grotte, tenant un cierge allumé qu'elle ne quittait pas. Elle y était accompagnée par une foule qui grandissait chaque jour, émerveillée en assistant aux extases qui la transfiguraient. Le 4 mars, il y avait déjà plus de vingt mille personnes devant le rocher de Massabielle. Des miracles se firent : l'affluence augmenta et les miracles se multiplièrent. Les autorités civiles crurent devoir intervenir, et elles intervinrent brutalement. Bernadette, qu'on s'était efforcé vainement de surprendre et de confondre par des interrogatoires perfides, fut accusée d'imposture et de folie, et menacée d'emprisonnement. Des mesures violentes furent prises pour interdire l'accès de la grotte; et on sévit contre ceux qui s'obstinaient à demander au miracle l'espérance et la guérison. Cette persécution produisit l'effet ordinaire : elle activa le feu qu'on voulait étouffer. Le gouvernement impérial dut enfin céder à la foi populaire; il déplaça les fonctionnaires qui s'étaient compromis dans la répression, et consentit au culte qui avait pris à Lourdes un essor irrésistible. 
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Grotte de Lourdes.
La grotte de Lourdes sur une ancienne photographie.

Le culte marial et le pèlerinage.
Quand le succès fut assuré, les autorités ecclésiastiques, qui s'étaient prudemment abstenues jusqu'alors, annoncèrent leur approbation. Le 28 juillet 1858, l'évêque de Tarbes avait institué une commission chargée de s'enquérir des faits; il ne sanctionna les conclusions de cette commission que trois ans après. Il le fit par un mandement déclarant que « l'immaculée Marie, mère de Dieu, a réellement apparu dix-huit fois à Bernadette depuis le 14 février 1858, et que cette apparition ayant les caractères de la vérité, les fidèles sont fondés à la croire certaine ». Le mot fondés exprime une nuance du style ecclésiastique, permettant de croire, mais n'y obligeant pas. Une église, dont la construction a coûté plus de 2 millions de francs, s'élève aujourd'hui sur le rocher qui domine la grotte. Pie IX l'a honorée, en 1874, du titre de basilique mineure, de saintes indulgences et d'une archiconfrérie. Il a voulu aussi faire couronner solennellement, par son nonce apostolique en France, la statue de la Vierge Marie, qu'on y vénère. Léon XIII a concédé des indulgences, sous forme de jubilé, lors du 25e anniversaire de l'apparition, et fait procéder en son nom à la dédicace d'une église nouvellement édifiée à Lourdes sous le vocable du Rosaire. Enfin, sur la demande d'un grand nombre d'évêques, il a autorisé la célébration d'une fête solennelle, sous le titre d'Apparition de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, par un office et une messe propres (double-majeure). Ces faveurs étaient méritées, car les apparitions de Lourdes sont venues apporter une consécration fort à propos au dogme nouvellement défini de l'Immaculée Conception.

Les pèlerins de Lourdes professent d'ailleurs une dévotion absolue au pape. Le Conseil général des pèlerinages déclare :

« qu'il réprouve et condamne tout ce que le Saint-Siège réprouve et condamne. Ses membres n'ont qu'une ambition : croire, obéir et travailler, pour concourir au salut de la France et à la délivrance du Saint-Siège. » 
La Prière et profession de foi prescrite pour le Pèlerinage national contient ceci : 
« Et parce que le Souverain Pontife, chef et docteur infaillible de l'Eglise, tient sur la terre la place de Jésus-Christ, nous soumettons entièrement, dans l'ordre moral comme dans l'ordre de la foi, à ses décrets et à ses enseignements, non seulement toute notre vie privée, mais toute notre vie publique et sociale. » 
D'autre part, ce pèlerinage n'a pas des titres moindres au concours zélé de ce qu'on appelle les anciens partis : il leur a permis d'organiser et d'entretenir une incessante croisade contre les institutions et les lois que la République a données à la France. L'Amende honorable, récitée par les pèlerins, déplorait « tous les oublis, tous les mensonges, tous les blasphèmes, tous les sacrilèges par lesquels Jésus-Christ a été chassé des lois et des institutions de notre pays »; elle suppliait « Marie, reine de la France, de sauver son royaume », ce qui ne se peut vraisemblablement qu'en renversant ceux qui l'ont usurpé et le perdent. Dans le Salut d'arrivée, on chantait :
C'est notre Vendée 
Qui vient à son tour 
A l'Immaculée
Dire son amour.
Notre-Dame de Lourdes a porté un coup funeste à Notre-Dame de la Salette; mais elle a doté la France d'un pèlerinage qui n'a rien à envier aux plus fameux, ni à Notre-Dame d'Einsiedeln, ni même à Notre-Dame de Lorette. Des centaines de milliers de pèlerins se rendent à Lourdes chaque année. La ligne du chemin de fer a été tracée très tôt de manière à leur faciliter l'accès de la grotte :
Heureux qui voyage
En ces lieux bénis !
On y prend passage Pour le paradis.
Ave, Ave Maria!
(59, verset du Cantique.)
A côté de l'ancienne ville s'est formée une ville nouvelle. Les bouteilles de l'eau supposée miraculeuse sont expédiées dans toutes les parties du monde. On fait même servir cette eau, sans qu'elle perde sa vertu, à la fabrication de l'immortelle liqueur de Lourdes, qui permet d'abreuver dans le même verre la piété et la sensualité. 

Bernadette s'était retirée chez les ursulines de Nevers attachées à l'hospice de Lourdes; elles lui apprirent à lire et à écrire quelque peu, et l'employèrent, autant que sa santé le permettait, au service de la maison. Douze ans avant sa mort, on la transféra dans le couvent de Saint-Gildard à Nevers. Elle y mourut en sa trente-cinquième année. (E.-H. Vollet).

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Dictionnaire Villes et monuments
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