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Grille

On appelle grille une clôture de métal ajouré. Dans l'Antiquité, les grilles semblent avoir été le plus souvent en bronze coulé, et avoir affecté, comme les balustrades de pierre, une forme empruntée à des ouvrages de bois : elles formaient un réseau rectiligne de montants, de traverses et de pièces diagonales, avec, parfois, des rosaces appliquées sur les points d'intersection. C'est à ce type qu'appartiennent encore les balustrades de cuivre fondues par ordre de Charlemagne pour les tribunes de l'église palatine d'Aix-la-Chapelle.

Bien que Suger ait fait employer le même procédé de travail à Saint-Denis, c'est en fer forgé que furent exécutées la plupart des grilles du Moyen âge. Les procédés de fabrication ne permettant pas encore de produire de longues barres de fer, on cherchait à y suppléer par des combinaisons d'assemblage. Les grilles des XIIe et XIIIe siècles se composent d'un châssis dans lequel s'espacent quelques montants et peu, parfois pas, de traverses. Des brindilles et des faisceaux de brindilles de longueurs diverses tournées en volutes sont fixées aux montants et attachées entre elles par des embrasses, de façon à former une contexture serrée et solide de rinceaux et de palmettes. Le cloître du Puy-en-Velay a gardé de l'époque romane de fort belles grilles de ce genre, où des coups de poinçon appliqués à froid enrichissent le travail et en dissimulent les défauts.

Une grille de l'an 1200 environ, conservée dans l'abbatiale de Conques (Aveyron), et celles du cloître de Pampelune, que l'on croit forgées en 1212 avec les chaînes prises aux Maures par Sanche le Fort, sont composées également de brindilles soudées entre elles, assemblées aux montants par des embrasses, et dessinant des palmettes et des losanges. Les montants se terminent en pointes de chardons. Des fleurs et des feuilles en fer aplati au marteau et découpé s'ajoutent à cette décoration défensive. A Conques, des pointes obliques défendent l'escalade, et les extrémités supérieures de leurs tiges recourbées sont modelées au marteau en têtes de dragon.

Dès la fin du XIIe siècle, des feuilles, fleurs ou fruits étampés à chaud dans une matrice en fer trempé furent ajoutés aux extrémités des rinceaux (Saint-Denis, Saint-Germer, Westminster, etc.). Souvent aussi dès lors les brindilles sont assemblées en rinceaux devant l'armature au lieu d'être maintenues entre ses pièces. Viollet-le-Duc remarque aussi que dans les grilles destinées à offrir de la résistance, le plat des brindilles s'applique au montant tandis qu'elles y sont fixées par la tranche dans les ouvrages où l'on a cherché un effet de légèreté.
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Paris : grille du Palais de Justice.
Grille du Palais de Justice de Paris. 

Toute ampleur de dessin se perd dans la serrurerie du XIVe siècle. La décoration simple et économique qui consiste à aplatir et à découper en ornements les extrémités des brindilles et des montants paraît alors avoir joui d'assez de faveur. Un nouveau type de grille qui apparaît alors présenta un nombre égal de montants et de traverses, dont les intervalles carrés réguliers sont souvent meublés de brindilles contournées en quatrefeuilles fixés par des embrasses. On en voit dans l'église de Langeac (Haute-Loire), dans la cathédrale de Sienne, ou le dessin dut en être donné par le serrurier Bertin, fils de Pierre de Rouen, appelé de France en 1388; dans la cathédrale d'Orvieto, etc. Ce type persiste au XVe siècle, comme en fait foi une jolie grille du musée de Douai. Un autre exemple de même date et de la même collection montre des rosaces appliquées sur toutes les intersections des barreaux. 

Mais plus souvent, à la fin du XIVe et au XVe siècle, les montants et traverses sont posés sur l'angle et se pénètrent. La décoration consiste alors en tôles découpées et parfois repoussées, embrevées, soudées ou rivées à la membrure de la grille, et en fleurons, têtes de chardons et de dragons qui amortissent les montants. Des exemples remarquables se voient à Saint-Ouen (Rouen), Saint-André et Saint-Sernin (Toulouse), etc., et d'autres plus nombreux en Espagne et en Allemagne. A Semur-en-Auxois, une belle grille de chapelle du XVe siècle présente, sous une crête de chardons, des brindilles contournées en remplages flamboyants. La Renaissance allemande a créé un type de grille original et remarquable, qui s'étend dans l'Est de la France et dans les pays scandinaves, ou il persiste au XVIIe siècle. Ce sont de longues tiges de fer tressées en entrelacs et se pénétrant aux intersections; l'effet en est agréable, mais l'exécution compliquée et difficile. Un magnifique exemple du début du XVIIe siècle se voit dans la cathédrale danoise de Roskilde : les tiges en rinceaux y sont ornées de grandes et belles fleurs de tôle.
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Amiens : grille de la cathédrale d'Amiens.
Grille de la clôture du  choeur de la cathédrale d'Amiens. 
© Photos : Serge Jodra, 2009.

Trop souvent aussi les grilles de la Renaissance se surchargent de tôles et d'ornements parasites empruntés à des ouvrages de pierre ou de bois. En Espagne surtout, les montants se transforment en balustres galbés. Le XVIIIe siècle accentue ces défauts; la fonte vient alors de concert avec la tôle alourdir des grilles dont la construction devient majestueuse, mais perd tout esprit. La grille devient un monument dans le monument, ou bien, par une innovation qui acquiert aussitôt une grande vogue, elle devient une clôture extérieure, de cour, de parc ou de place. On peut citer entre mille les grilles extérieures du Palais de Justice de Paris, de Versailles, de l'hôpital de Troyes, de la place Stanislas à Nancy, oeuvre du célèbre Lamour; les grilles intérieures de la cathédrale d'Amiens, etc. L'époque de Louis XV a produit les plus belles et les mieux comprises de ces grilles. A partir de l'époque de Louis XVI, leur dessin appauvri s'est de plus en plus borné aux monotones alignements de piques en fonte. (L. K.).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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