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Une croix ,
en architecture, est un petit édifice
isolé, partie d'édifice ou même motif d'ornement rappelant,
par sa forme, l'instrument de la passion du
Christ.
En dehors de la matière qui les compose ou de l'ornementation peinte
et sculptée qu'elles peuvent recevoir, deux sortes de croix sont
à considérer au point de vue de l'architecture : celles constituant
de petits monuments isolés et celles faisant corps avec l'architecture
des églises et des autres édifices
religieux.
Croix
isolées.
Les croix isolées, fort répandues
au Moyen âge ,
mais dont les plus anciennes, probablement faites de bois, ne sont pas
venues jusqu'à nous, avaient, quoique le plus souvent inspiré
par un sentiment religieux, les attributions les plus diverses. C'est ainsi
qu'on élevait des croix commémoratives destinées à
rappeler le souvenir d'un événement heureux ou malheureux,
levée d'un siège, affranchissement d'une cité, bataille
gagnée ou perdue, épidémie, forfait abominable, etc.;
des croix de marché, qui surmontaient les fontaines
ou bassins élevés au milieu des places
publiques consacrées à la vente de telle ou telle denrée;
des croix de carrefour, dressées à la rencontre de plusieurs
routes et qui, parfois, comme les croix de bornage, marquaient la limite
de fiefs contigus; enfin, des croix de cimetières, celles-là
d'importance bien diverse, suivant le motif qui les avait fait élever;
les unes, placées autrefois à l'entrée ou au centre
des cimetières et dans un sentiment de consécration de tout
l'ensemble de l'enclos funéraire, et les autres, dressées
depuis deux siècles et surtout de nos jours pour marquer la sépulture
d'une famille ou d'un individu. De beaucoup moins importantes que les premières,
dont elles ne sont guère qu'une sorte de diminutif, ces dernières
croix, de bois, de fer, de pierre, de marbre
ou de granit, soit isolées, soit formant stèle au-dessus
de la cuve d'un tombeau, sont les plus nombreuses de toutes.
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Croix
devant l'église Saint-Jacques, à Dieppe.
Les soulèvements populaires et la
révolution
de 1792 détruisirent en France
beaucoup de croix commémoratives et de croix de marché et,
parmi les premières, les croix que Philippe
le Hardi avait fait élever sur la route qu'il suivit, de Paris
à Saint-Denis,
en portant les restes du roi saint Louis sur
ses épaules, croix qui étaient de pierre de liais et posées
sur de hauts emmarchements. Cependant, nombre de villes de provinces conservent
encore des croix qui, sans attribution positive et peut-être provenant
de cimetières abandonnés, donnent une idée de ces
monuments de l'art à diverses époques. Ainsi, à Limoges,
devant la porte de la chapelle
Saint-Aurélien, on voit une croix du XVesiècle,
haute de 5 m, faite d'un seul bloc de granit et sur laquelle sont représentés,
deux par deux, les douze apôtres avec
leurs attributs.
Il reste également peu de croix
de carrefour ou de bornage autres que des croix modernes, dites croix de
mission, élevées en grande partie, sous la Restauration,
à l'état de stations processionnelles, et peu intéressantes
au point de vue de l'art. A. de Caumont reproduit pourtant, dans sa Statistique
monumentale du Calvados, une des plus anciennes de ces croix de carrefour
et de bornage, celle de Grisy, placée sur le bord d'une voie
romaine, à la limite de deux communes et remontant au XIIe
siècle. Ce petit monument se compose de deux parties : une croix
grecque, très trapue, décorée d'étoiles
et de fleurons et reposant sur un faisceau
de quatre colonnettes romanes, le tout
taillé dans un seul bloc de pierre calcaire.
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Croix
de carrefour, à Mauran (Haute-Garonne).
Les croix de cimetière étaient,
en revanche, fort nombreuses et, en dehors de celles si célèbres
et si historiées qui sont plutôt des calvaires et que l'on
rencontre dans beaucoup de localités de Bretagne ,
on en trou vait naguère dans presque tous les enclos funéraires.
Une des plus anciennes et des mieux conservées, datant du XIIIe
siècle, se voit dans le cimetière de Jouarre
(Seine-et-Marne). Elle est faite de pierre dure et se compose d'un socle
portant une colonnette mince avec base
et chapiteau, et de ce dernier s'élève
une croix dont les bras fleuronnés sont entourés d'un encadrement
quadrilobé au centre duquel sont représentés, d'un
côté, le Christ, et de l'autre,
la Vierge tenant l'enfant Jésus. D'après
Viollet-le-Duc,
il existait à Troyes,
proche de l'église Saint-Jean, une
croix de confrérie des plus curieuses en ce sens qu'elle était,
sauf le socle, entièrement de bronze.
Cette croix, élevée en 1495 et fondue en 1793, était
ornée de nombreuses figures, parmi lesquelles la Vierge, la Madeleine
et saint Jean, des prophètes et des saints,
Mahomet,
Simon
le Magicien et Satan. On trouve encore dans
les campagnes de nombreuses croix de métal, généralement
en fer forgé et souvent décorées d'ornements de cuivre
repoussé, croix qui remontent au XVIIIe
siècle et sur lesquelles sont gravées en creux les noms des
personnes qui les ont fait élever.
Croix
faisant corps avec des édifices religieux.
Les croix faisant corps avec des édifices
religieux, dont les plus intéressantes à examiner, au point
de vue de l'architecture ,
sont celles qui se voient à l'extérieur des édifices,
peuvent être réparties en deux divisions : celles sculptées
sur les murs et celles se détachant du sommet des pignons
ou au haut des clochers.
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Croix
incrustée dans la maçonnerie de la Basse-Oeuvre, à
Beauvais.
De très anciennes croix de pierre,
à branches égales, incrustées dans la maçonnerie
sur laquelle elles font saillie, se voient encore dans le pignon de l'église
de la Basse-Oeuvre, à Beauvais,
dans le pignon de l'église du prieuré
de Montmille, près de Beauvais, et à la cathédrale
de Paris sur le dais qui protège
la Vierge assise du tympan
de la porte Sainte-Anne. Depuis ce temps reculé
et encore de nos jours, on a fréquemment sculpté des croix,
et le plus souvent des croix grecques, aux quatre branches égales,
sur les pignons ou le long des murs des édifices religieux, de même
que, à l'intérieur des églises ou des chapelles,
on a peint ou doré des croix en signe ou en souvenir de consécration,
croix qui ont affecté les formes les plus diverses. C'est surtout
depuis le XIe siècle et dans le
centre de la France
(Berry ,
Nivernais
et Auvergne )
que des croix, pleines ou ajourées, assez souvent à branches
égales, mais rectilignes, perpendiculaires ou obliques ou curvilignes,
furent sculptées comme couronnement des pignons des églises;
et nous figurons l'une des croix des pignons du transept de l'église
Saint-Urbain de Troyes,
croix taillée et sculptée dans la pierre dure, dont les morceaux
sont reliés par des crampons de cuivre scellés au plomb et
dont deux tètes saillantes d'évêques, ajoutant du poids
à la branche médiane de la croix, contribuent à la
solidité et à la résistance de l'ensemble.
Mais bien plus nombreuses et élevées
sans interruption, depuis le Moyen âge
jusqu'à nos jours, sont les croix de fer forgé placées
au sommet des clochers ou des flèches de pierre, de bois ou de métal,
terminant et couronnant les tours des églises. Ces croix, la plupart
d'un riche dessin, d'assez grande dimension, surmontées d'une boule
ou d'un dragon au-dessus desquels tournent un
coq ou une girouette, et parfois dorées, sont des plus curieuses
à étudier au point de vue de la construction métallique
et aussi de la façon toute idéale et aérienne dont
elles prolongent la pointe de ces aiguilles.
Croix
de clocher, surmontée d'une girouette en forme de coq. ©
Photos : Serge Jodra, 2010.
On distingue encore, au sujet du plan des
églises,
celles dont le plan imite la croix grecque et celles dont le plan imite
la croix latine. Dans les premières, qui appartiennent pour la plus
grande partie à la religion grecque
et au style byzantin, le transept
et la nef se coupent de façon à
former en plan une croix à branches égales, tandis que, dans
les secondes, qui appartiennent pour la plus grande partie à la
religion
catholique ou à la religion protestante
et aux divers styles de l'Antiquité
ou du Moyen âge, la croisée du transept ou de la nef est placée
aux deux tiers environ de la longueur de l'axe de l'église. Un certain
nombre des églises chrétiennes, construites pendant le Moyen
âge dans l'Europe
occidentale, présentent même cette particularité que,
soit imitation voulue de la position du Christ
sur la croix, soit défaut de plantation de certaines parties de
l'édifice, par suite de reconstructions partielles successives,
le choeur, que l'on considère comme
la tête de l'église, a son axe infléchi sur le croisillon
de gauche du transept. (Ch. Lucas). |
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