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En architecture ,
on donne le nom de clef (clé) à un claveau
du milieu d'un arc ou d'une plate-bande qui,
mis en place le dernier, sert à fermer, pour ainsi dire, le vide
laissé dans la construction de cet arc ou de cette plate-bande.
Dans la voûte en berceau, la clef est
la série de claveaux qui occupent le milieu de la voûte en
prolongement et en raccordement des clefs des arcs extrêmes limitant
cette voûte. Dans la voûte d'arête, la clef forme une
croix ou une étoile d'autant de branches il y a de côtés
ou de lunettes et dans la voûte en arc de cloître et dans les
différents systèmes de voûtes sphéroïdes,
les clausoirs de chaque rang de voussoirs
forment clef indépendamment de la clef principale placée
au sommet de la voûte et dont elle rappelle par sa disposition le
plan.
Les arcs et les voûtes, connus dès
la plus haute antiquité égyptienne
et assyrienne, ainsi que dès les constructions archaïques de
la Grèce ,
eurent pendant plusieurs siècles leur cintre
régulièrement tracé sans que, pour cela, on se préoccupât
toujours, dans l'appareil, du rôle que joua plus tard la clef, et
cette dernière n'apparut guère que dans les constructions
étrusques (la cloaca maxima et
quelques portes antiques de villes) jusqu'à
l'époque où les Romains,
ces héritiers des Etrusques, lui
donnèrent une grande importance au double point de vue de la construction
et de la décoration. Les clefs d'arcs et les clefs de voûtes
ont en effet reçu, à différentes époques, dans
l'antiquité romaine ,
au Moyen âge ,
à la Renaissance
et de nos jours, une décoration spéciale qui mérite
de fixer l'attention.
Clef
de voûte (Porte au Prêtre, Mantes-la-Jolie).
Clef
d'archivolte.
Ce sont les Etrusques les premiers et
ensuite les Romains, à leur imitation, qui ont orné de diverses
manières les clefs des archivoltes,
surtout lorsque ces archivoltes surmontaient une porte d'entrée
de ville ou d'un édifice ou encore la baie d'un arc
de triomphe. C'est ainsi que l'archivolte de la porte percée
dans la partie orientale de l'enceinte de l'ancienne ville étrusque
de Falérie a ses moulures coupées
au-dessus de la clef de l'arcade par une tête
d'homme barbue saillante en ronde-bosse et qu'à la porte tiburtine,
à Rome,
du côté de la ville, la clef de l'arc est décorée
d'une sorte de bucrâne; de même
des clefs sculptées décorent les arcades des entrées
principales des arènes de Nîmes,
et les arcs de triomphe de Titus et
de Septime-Sévère à Rome, et de Trajan à
Bénévent
offrent non seulement des clefs en forme de consoles
saillantes et décorées de moulures et d'ornements, mais encore
des figures allégoriques sculptées au-devant de ces clefs.
Le Moyen âge ,
au moins dans les premiers temps, ne semble plus avoir continué
cette tradition antique et Viollet-le-Duc
(Dictionnaire de l'Architecture) cite, presque comme une exception,
les clefs ornées de sculptures des
archivoltes
du cloître de la cathédrale
du Puy-en-Velay .
Cependant si, dans les arcs en tiers-point, il n'y a pas de clef à
proprement parler et si quelquefois un joint la remplace, les architectes
de l'époque gothique ont parfois
terminé les demi-archivoltes des portails
d'église par deux demi-clefs prises
dans une seule pierre et sur laquelle ils ont sculpté, comme à
une place d'honneur, le buste du Christ ou du Père éternel.
Avec la Renaissance ,
les clef d'archivolte reprirent faveur et, à côté de
bossages, de pointes de diamant et d'autres motifs demandés à
la seule taille de la pierre, les sculpteurs de cette époque décorèrent
les clefs et les contre-clefs d'archivolte de cartouches portant des armes,
des chiffres, des devises enrubannées, des attributs et des têtes
de divinités ou des mascarons dans
le sentiment antique, mode qui s'est, à de rares exceptions près,
continuée jusqu'à nos jours.
Les clefs, soit pour offrir la surface
nécessaire à de tels motifs, soit seulement pour accentuer
la partie milieu de l'arc, se prolongent souvent
au travers de la première assise de niveau ou dans le bandeau qui
est au-dessus d'elles et s'y détachent souvent par deux crossettes
: on les appelle alors des clefs passantes, tandis qu'on appelle
clefs
pendantes celles qui descendent en contre-bas de l'arc et qui sont
généralement maintenues à leur place par des redents
ou des crossettes nécessaires pour lutter contre la poussée
de cette clef ainsi surchargée. On peut voir, dans la seconde cour
de l'Ecole nationale des beaux-arts,
à Paris,
au côté droit donnant sur le jardin, un fragment d'une galerie
élevée au commencement du XVIe
siècle dans le château de Gaillon
pour le cardinal Georges d'Amboise et dont les arcades portent une clef
pendante très ornée.
Clef
d'arc ogive.
Lorsque, à partir du XIIe
siècle, les constructeurs des grandes cathédrales
du Moyen âge
eurent inventé la voûte en arcs
d'ogive, ils se préoccupèrent
aussitôt de décorer d'une façon spéciale la
clef placée à la rencontre des arcs
formant les nervures et les soutiens de la
voûte et, dans le porche de l'église
de Vézelay, dont la construction remonte vers 1130, on voit une
voûte qui présentait, à l'intersection de deux arcs,
une clef ornée de figures d'anges et
de feuillages, clef malheureusement brisée
en plusieurs morceaux, mais que Viollet-le-Duc,
a fait scrupuleusement reproduire dans sa belle restauration de cet édifice.
Cependant cet exemple n'est pas le plus
ancien de clef de voûte ornée et si les Romains,
dans leur décoration sculptée et peinte de la surface des
voûtes, ne se sont pas appliqués à en détacher
spécialement la clef, on trouve, dans la catacombe
de Sainte-Cyriaque à Rome,
à la rencontre des quatre arêtes d'une voûte taillée
dans le tuf, de larges feuilles sculptées formant une rosace
décagonale accentuant, sinon la clef réelle, puisque la voûte
est monolithe, mais la place que cette clef occuperait dans une voûte
appareillée.
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Clefs
pendantes de l'église Saint-Eustache, à Paris. ©
Photos : Serge Jodra, 2008 - 2009.
L'exemple de clef de voûte ornée
retrouvée à Vézelay semble avoir été
suivi par les architectes du Moyen âge
pendant tout le XIIe siècle; on
en peut voir une intéressante application à l'église
Saint-Julien-le-Pauvre, à Paris,
mais bientôt, à cette époque de ferveur religieuse,
non seulement les clefs, mais encore les sommiers et quelquefois toute
l'étendue des arcs ogives reçurent des figures sculptées,
parfois même, comme à l'église
Notre-Dame d'Etampes ,
et dans l'exemple cité précédemment, des figures furent
rapportées dans les rangs de moellons formant remplissage entre
les arcs d'ogive des voûtes. Cette application de la sculpture
fut continuée pour les clefs jusqu'à la fin de la période
gothique
et même parfois il arriva, comme à la Sainte-Chapelle
de Paris, que des feuillages sculptés sur bois furent ajustés
sur la face restée nue de la pierre de la clef lors de la pose.
Mais, à partir du XVe siècle,
soit exagération du système de construction et de décoration,
soit imitation des arts de l'Italie ,
les architectes gothiques imaginèrent de suspendre aux clefs reliant
les nervures des voûtes
des pièces de rapport prolongeant la clef véritable et rattachées
à celle-ci et parfois aussi à des entraits en charpente par
de longs boulons en fer. Ce système, vicieux au point de vue de
la construction et difficilement justifiable au point de vue d'une décoration
rationnelle, a cependant fourni d'intéressants motifs parmi lesquels
on peut citer la clef pendante de la chapelle
de la Vierge de l'église
Saint-Gervais et Saint-Protais à Paris et celles de l'église
Saint-Eustache à Paris dont une représente de gracieuses
figures portées sur un cul-de-lampe
entourant le bois de la croix. (Charles Lucas).
En
charpente, on appelle clef un petit coin en bois qui relie deux
moises entre elles en passant au travers des deux mortaises qui v sont
pratiquées. La clef est maintenue à la place qui convient
par la saillie de sa tête d'une part et de l'autre par une clavette.
Ce système d'assemblage fut pratiqué pendant tout le Moyen
âge lorsque, voulant décharger les entraits des fermes
des combles d'une partie du poids qu'ils avaient à supporter, on
les reliait de place en place par des moises suspendues aux arbalétriers,
ainsi qu'on a pu le voir dans d'anciennes charpentes de la cathédrale
de Paris remontant au XIIIe siècle et dans l'assemblage des
pièces supportant la flèche de la cathédrale
d'Amiens (XVIe siècle).
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