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Canope

Canope. - Le Canope est l'une des plus importantes parties du vaste ensemble d'édifices que l'empereur Hadrien fit construire vers l'an 130 à Tibur et dont les ruines portent encore le nom de villa Hadrienne. Destiné à rappeler à l'empereur les fêtes qu'il avait vu célébrer en l'honneur de Sérapis dans la ville égyptienne de Canope (ci-dessous), près l'embouchure du Nil, cette partie de la villa, placée entre les Thermes et l'Académie, comprenait un long canal artificiel, alimenté par des sources, entouré de portiques et de chambres de repos, et à l'extrémité méridionale duquel s'élevait un grand édifice, à la fois temple et château d'eau et décoré de niches dont les statues, retrouvées en 1744, forment une salle spéciale au musée du Capitole. D'une niche immense placée au fond de l'édifice jaillissaient de nombreuses cascades, et des marbres, des mosaïques et des peintures ornaient cette partie, l'une des plus riches de la villa d'Hadrien (Ch. L.).
Canope. - Ville célèbre de l'ancienne Égypte, maintenant ruinée. Elle était située à l'embouchure d'une des branches de Nil qui en recevait son nom et s'appelait branche Canopique, non loin du rivage de la mer et sur la rive occidentale du Nil. On ignore à quelle époque elle fut fondée; mais elle est vraisemblablement très ancienne. Elle n'eut pas une très grande importance sous les diverses époques de l'empire pharaonique; elle dut sa grande célébrité au temple que les Ptolémées y construisirent en l'honneur de Sérapis. Les Grecs y affluèrent bientôt et les Égyptiens firent de même, autant sans doute pour le besoin du commerce que par l'envie de prendre part au culte du dieu. 
Les Grecs ont imaginé, pour expliquer le nom de Canope, une curieuse légende. Il n'en était pas besoin, le nom de Canope est formé de deux mots égyptiens qui signifient terre d'or ; l'étymologie était connue des prêtres égyptiens qui la donnèrent au rhéteur Aristide, au témoignage même de ce dernier. Mais cette étymologie était trop simple pour les Grecs, trop éloignée de répondre à leur désir de rehausser partout la preuve de la puissance de leurs héros légendaires et ils racontaient que Ménélas, à son retour de Troie, ayant abordé en Égypte, ainsi qu'il est raconté dans l'Odyssée, l'un des pilotes de ses vaisseaux y fut piqué d'une vipère et mourut. Il s'appelait Canobus, d'où le nom de Canope donné à la ville. 
La ville devint célèbre dans le monde ancien par la dissolution des moeurs qui y régnait. Strabon dit que les moeurs d'Eleusis n'étaient qu'un prélude des usages de Canope. Les moralistes et les satiriques ont souvent fait mention de cette ville pour en détourner les sages et pour la stigmatiser, comma Juvénal. On y célébrait de grandes processions auxquelles accouraient une grande multitude de pèlerins de toutes les parties de l'Égypte et des pays avoisinants, de Grèce et du littoral de la Syrie. 
La branche canopique du Nil

La branche canopique est l'une des sept branches du Nil, la plus occidentale et l'une des plus considérables. Elle se jetait dans la Méditerranée, près de la ville de Canope, raison pour laquelle Hérodote et Strabon la nommèrent Canopique. Ptolémée, au contraire, la nomme Agathodaemon. Ce mot, qui signifie branche du bon génie, est une traduction du nom égyptien donné à cette branche, ainsi que l'a fait voir Champollion dans son ouvrage sur l'Égypte sous les Pharaons. Les Égyptiens la nommaient en effet la bonne branche, Schetnoufi et le nom du village où elle commençait était le même.

Elle commençait à l'extrémité sud, c.-à-d. au sommet, du Delta, se confondait avec la branche Bolbitine jusqu'au village de Deirout, encore existant, où elle s'en séparait pour courir à l'ouest. Aujourd'hui elle n'existe plus que depuis le village de Schetnoufi, maintenant Schatnouf, jusqu'à celui de Deirout. Les eaux de cette branche se sont jetées dans la branche Bolbitine par l'un de ces changements de cours dont le Nil a donné si souvent l'exemple, et peu à peu la branche Canopique cessa d'être remplie par les eaux dans sa partie moyenne. 

A l'embouchure, la mer entra dans les terres et a formé le petit lac de Maâdieh. L'entretien des digues et des canaux avait été considérablement négligé sous l'administration grecque; les Arabes n'apportèrent pas beaucoup plus de soin à la question d'irrigation si importante en Égypte; les Turcs détruisirent tout ce qu'ils purent détruire. Aujourd'hui une partie des terres du district arrosé par la branche Canopique est irriguée par le canal Mahmoudieh, qui porte l'eau douce à la ville d'Alexandrie, depuis la branche de Rosette

Le Nil se couvrait de barques remplies d'hommes et de femmes, chantant, dansant, se livrant sans réserve aucune à toute leur ardeur pour le plaisir. Hérodote nous en a laissé une description qui ne diffère pas beaucoup de ce qui se passe encore en Égypte lors de certaines grandes fêtes populaires, léguées par l'antique Égypte à l'Égypte moderne. A tort ou à raison Canope passa pour la sentine de tous les vices, et, à l'époque de l'ère chrétienne, les patriarches d'Alexandrie résolurent de purger leur pays de cette dissolution en faisant disparaître le temple de Sérapis, qui leur en semblait l'unique cause. Le temple fut détruit au temps de l'archevêque Cyrille en même temps qu'un grand nombre d'autres monuments de l'époque ptolémaïque ou d'époque pharaonique. On ignore à quelle époque la ville de Canope fut ruinée. Vraisemblablement cette ruine fut progressive. Les débris de la ville couvrent encore un grand espace de terrain; ils sont en grande partie d'origine grecque, mais on découvre aussi parfois quelques monuments de style purement égyptien. Ces ruines sont situées à une petite distance d'Aboukir, village connu par la victoire de l'armée française sur les Ottomans, comme par la ruine de la flotte française par les Anglais, peu après la descente de Bonaparte en Égypte. 

Les documents coptes ne mentionnent que très rarement la ville de Canope; ils nous apprennent cependant qu'il y avait un couvent de cénobites près de la ville. Ce couvent était d'origine grecque; il avait vraisemblablement fait partie des dépendances du temple de Sérapis. Quand le temple fut détruit par l'archevêque Cyrille, il y plaça d'abord des moines qui n'y purent rester ; les moines furent remplacés par des cénobites de l'ordre pakhômien qui se montrèrent moins superstitieux et moins accessibles à la peur. Cette ville est également célèbre par la découverte de la pierre sur laquelle était gravé le fameux Décret de Canope. (E. Amélineau).
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Dictionnaire Villes et monuments
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