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Asclépion

Asclépion ou Asclépéion. - Nom par lequel les Grecs désignaient les sanctuaires du dieu de la médecine, Asclépios. Ces sanctuaires étaient fort répandus en Grèce et en Asie Mineure. Les plus célèbres étaient ceux de Cos, de Pergame et surtout d'Epidaure. Des fouilles exécutées à Athènes à la fin du XIXe siècle sur la pente méridionale de l'Acropole, ont mis au jour les restes d'un asclépion qui, sans égaler ceux que nous venons de nommer, avait une certaine importance. Plus tard, des recherches habilement dirigées ont amené la découverte des substructions de l'asclépion d'Epidaure. Grâce à ces trouvailles, aux inscriptions, aux monuments de toute sorte qu'elles ont fait connaître, grâce aussi aux témoignages des auteurs anciens, on peut aujourd'hui se rendre compte assez exactement de la disposition de ces temples et du culte qui y était pratiqué (La religion et la mythologie grecques). 

Les asclépions étaient en général situés sur des hauteurs; souvent, d'épais bouquets d'arbres (Bois sacré) les abritaient. L'air y était salubre et vivifiant. C'est que non seulement ils servaient de demeure au dieu de la médecine, mais ils jouaient le rôle d'hôpitaux religieux. On y portait les malades pour les placer sous la protection directe du dieu guérisseur; on leur y faisait passer la nuit pour qu'Asclépios leur apparût en songe et leur révélât le remède qui convenait à leur mal. De là, la nécessité d'aménagements spéciaux qui distinguaient les asclépions des autres temples. Par exemple à Athènes l'enceinte de l'asclépion contenait des portiques évidemment destinés à loger les suppliants qui venaient demander au dieu la guérison. Comme les ablutions tenaient une place considérable dans les traitements ordonnés par Asclépios, tout asclépion était pourvu d'une ou de plusieurs sources.

Aristophane, dans son Plutus, nous a transmis une amusante parodie des guérisons miraculeuses qui avaient lieu dans les asclépions. Deux campagnards athéniens, que le hasard a mis en rapport avec Plutus, le dieu de la richesse, entreprennent de lui faire recouvrer la vue, car Plutus est aveugle et distribue ses faveurs à des indignes. Ils le conduisent dans l'asclépion et s'y installent avec lui pour la nuit. Tout à coup, Asclépios apparaît avec ses deux filles Iaso et Panacée. Il prend la tête de Plutus et lui frotte les paupières avec un linge, après quoi Panacée lui couvre le visage d'un voile rouge. Alors le dieu fait entendre un sifflement et deux serpents d'une taille prodigieuse viennent à son appel lécher doucement les yeux du malade. Plutus se dresse : il est guéri (Plutus, vers 653-748). Il y a là, naturellement, beaucoup de fantaisie, mais le fond de la scène est vrai. C'est bien ainsi que les malades se rendaient le soir à l'asclépion, pour y recevoir les révélations du dieu. 

Dans la réalité, Asclépios ne guérissait guère séance tenante : il se bornait, le plus souvent, à prescrire tel ou tel remède. Aux uns, il ordonnait de boire de l'eau de chaux, aux autres, du jus de ciguë; il conseillait à d'autres la gymnastique et les ablutions d'eau froide. Monter à cheval, marcher les pieds nus, étaient de faciles traitements qu'il aimait à indiquer. Une ordonnance de l'Asclépios de Pergame consistait à manger une perdrix à l'encens. Dans une curieuse inscription latine, provenant, semble-t-il, de l'île du Tibre, où se trouvait un asclépion, dédié ici au dieu romain de la médecine, Esculape, on voit que le dieu a guéri d'une pleurésie le fils d'un certain Lucius en lui faisant appliquer sur le côté malade un cataplasme de cendre humectée de vin. Une autre inscription, qui semble avoir la même origine, mentionne le traitement suivant, prescrit à un malade pour le guérir d'un crachement de sang : se nourrir pendant trois jours de pépins de pommes de pin assaisonnées de miel. A un aveugle, le dieu ordonne de fabriquer un collyre avec le sang d'un coq blanc et de s'en frotter les yeux pendant trois jours, etc. 

Quand les malades guérissaient, ils consacraient dans le temple une plaque commémorative contenant le récit de leurs souffrances et la description du traitement qui y avait mis fin. Pausanias affirme qu'il existait de ces plaques dans le sanctuaire d'Epidaure et les fouilles en ont, en effet, exhumé quelques-unes qui sont d'un intérêt capital pour l'histoire des superstitions populaires dans la Grèce antique. On y voit, par exemple, qu'une femme, après cinq ans de grossesse, vint se coucher dans le dortoir de l'asclépion et que le lendemain, à peine eut-elle franchi la limite de l'enceinte sacrée (qu'eût souillée un accouchement), elle mit au monde un garçon, lequel immédiatement se lava lui-même à la fontaine et marcha à côté de sa mère. Ailleurs, c'est un homme dont les doigts étaient paralysés et qui en a recouvré l'usage; ailleurs encore, c'est un enfant muet qui s'est mis à parler. Un Mytilénien du nom d'Héraeus était chauve et fort barbu. Honteux des railleries dont il était l'objet, il se rend auprès du dieu et s'endort dans le temple; le dieu lui frotte la tête avec un onguent qui fait repousser ses cheveux. Dans son universelle bienveillance, Asclépios ne se contente pas de guérir les humains : il étend sa miséricorde aux objets inanimés. Témoin la piquante histoire de cet esclave qui, se rendant à Epidaure, fait une chute et brise la coupe dans laquelle son maître avait l'habitude de boire. Comme il se désolait et essayait de rapprocher les morceaux, un voyageur vient à passer et lui dit : 

« Pourquoi, malheureux, t'efforces-tu en vain de raccommoder ta coupe? Le dieu même d'Epidaure ne pourrait pas la réparer. »
Frappé par ces paroles, l'homme remet les fragments dans son sac et se dirige vers le temple; en arrivant, il ouvre le sac et trouve la coupe raccommodée. On pourrait allonger la liste de ces miracles : les inscriptions d'Epidaure en racontent beaucoup d'autres; mais ces exemples suffisent.

Une autre originalité des asclépions leur venait des innombrables ex-voto de toute nature dont ils étaient remplis, offrandes destinées soit à gagner les bonnes grâces du dieu, soit à reconnaître ses bienfaits. En dehors du temple, c'étaient des statues d'Asclépios ou de sa fille Hygie (la Santé), consacrées par de riches suppliants; c'étaient de petits bas-reliefs représentant des scènes d'adoration, de sacrifices, etc. A l'intérieur, les ex-voto étaient plus nombreux encore et plus variés. C'étaient, le plus souvent, des reproductions plus ou moins fidèles des membres malades : yeux, bouches, nez, mâchoires, dents, oreilles, mains, doigts, genoux, jambes, pieds, poitrines, coeurs, etc. Beaucoup de ces offrandes étaient en or ou en argent. Il faut y joindre des instruments de chirurgie, consacrés par des médecins pour appeler sur leurs clients la protection d'Asclépios, ou, ce qui est plus vraisemblable, pour le remercier de cures heureuses. 

Les inscriptions trouvées à Athènes, lors des fouilles exécutées sur la
pente Sud de l'Acropole, nous signalent d'autres ex-voto qui ont avec le culte d'Asclépios un rapport moins évident. Tels sont les vases de différentes formes, les cassettes, les miroirs, les éventails, les chaussures, les pierres précieuses, les objets d'un usage fréquent dans les cérémonies du culte : cassolettes, encensoirs, trépieds, etc. C'était là le mobilier ordinaire de tous les temples. On comprend, dans tous les cas, quel singulier aspect présentaient les asclépions avec ce bizarre mélange d'objets divers qui en tapissaient les parois, pendaient de la toiture ou se groupaient autour de la statue du dieu, dressée au fond du sanctuaire. Ainsi décorés, les sanctuaires du dieu médecin, tout en étant des lieux de recueillement et de prière, offraient l'apparence de véritables musées où la curiosité,. comme la piété, trouvait à se satisfaire. (Paul Girard).



En bibliothèque - Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, art. Asklepeion. - P. Girard, l'Asclépieion d'Athènes d'après de récentes découvertes; Paris, Thorin, 1831. - S. Reinach, Chronique d'Orient, Rev. arch., 1884, t.1, pp. 70 et suiv.
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