 |
Aménophium.
- On nomme ainsi l'immense temple funéraire qu'Aménophis
III s'était fait bâtir vers 1380 av. J.-C, sur la rive
gauche de Thèbes .
Ce temple immense est tellement délabré aujourd'hui qu'on
ne peut même plus en distinguer le plan général. Les
endroits où l'on a pratiqué des fouilles ont mis à
jour le dallage et les bases de colonnes d'une vaste salle hypostyle de
calcaire, comparable à celle de Karnak .
Les colosses de Memnon, si réputés
dans l'Antiquité, faisaient partie de l'Aménophium dont ils
étaient la principale curiosité, et ce sont les seules parties
de l'édifice qui soient demeurées à peu près
intactes. Entre les colosses et la salle hypostyle, s'étend un vaste
espace nu de 500 m². environ, dans lequel on trouve les débris
de trois colosses de calcaire, et deux stèles en grès brèche
mesurant 10 m de haut sur 4 mètres de large. Ces stèles étaient
certainement gravées sur les dossiers de deux colosses assis, tombés
aujourd'hui sur la face. Ces colosses, placés dans le grand axe
du temple, devaient évidemment orner les deux côtés
de la porte d'un vaste pylone précédant la salle hypostyle.
Au milieu des colonnes de cette salle se trouvent cinq colosses, dont deux
en calcaire, deux en granit rose, et un en granit gris.
-
Fragment
d'un des colosses de Mnemnon, à Thèbes.
Plus loin, derrière la salle hypostyle,
on rencontre un groupe colossal représentant Aménophis
III assis auprès de la déesse Aseb. Enfin, dans l'enceinte
générale de l'Aménophium, presque au pied de la colline
de Gournet-Mourraï, se dessine une enceinte secondaire d'environ 80
m sur 160, dans laquelle était construit un petit temple tout en
calcaire, agrandi plus tard, ou restauré par Séti
Il (vers 1300 av. J.-C). Telles sont les seules traces que l'on trouve
aujourd'hui de l'Aménophium.
Les documents égyptiens, qui nomment
ce temple Hâ-Râ-mâneb, « demeure d'Aménophis
», ou Hâ-heh-n-renpitou, « temple de millions d'années
», nous permettent d'ajouter quelques détails à ceux
que nous avons donnés déjà. Ainsi, on sait que les
matériaux de ce temple furent extraits, pendant les deux ou trois
premières années du règne d'Aménophis, des
carrières de calcaire de Tourali, l'ancienne Troja, en face de Memphis.
D'autre part, les inscriptions gravées sur les colosses de Memnon
nous apprennent que ces statues furent taillées à Héliopolis ,
dans les carrières de grès brèche connues aujourd'hui
sous le nom de Gébel-el-Ahmar. Enfin, les légendes inscrites
sur les deux stèles tombées nous décrivent, d'une
manière générale, l'ensemble du temple. Nous apprenons
que sa face était tournée vers le Midi et qu'à son
extrémité occidentale se trouvait un vaste lac; que les parois
de l'édifice étaient en calcaire, en granit rose et en basalte;
que deux obélisques en décoraient l'entrée, que des
statues nombreuses, ornées d'or et de pierres précieuses,
y étaient disséminées, qu'une chapelle spéciale
se trouvait à droite de la salle hypostyle, que le sanctuaire renfermait
les statues des principales divinités de Thèbes
( Religion égyptienne ).
Enfin, nous y trouvons même la description de quelques tableaux dans
lesquels était représentée la course du Soleil
aux différentes heures du jour. D'autre part, ces stèles
nous montrent qu'Aménophis institua des offrandes à faire
trois fois par jour, des fêtes à célébrer à
différentes époques de l'année, et que, parmi les
prêtres du temple,
«
il n'y en eut pas un seul qui ne fût noble de père en père,
de fils en fils, jusqu'à lui ».
On sait qu'un tremblement de terre brisa,
au commencement de l'ère chrétienne, la plupart des monuments
de Thèbes et que c'est à cette époque que la statue
de Memnon, cassée en deux, cessa de chanter. Dès ce moment,
le temple ne fit que poursuivre sa ruine. Philostrate, dans sa Vie d'Apollonius
de Tyane ,
le compare au forum en ruine d'une ancienne cité romaine.
Pline,
qui le nomme Delubrum Serapis, le cite comme un temple disparu.
Les voyageurs du XVe et du XVIe
siècle le décrivent comme un monument dont il ne reste presque
plus rien. (V. Loret). |
|