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| La découverte de la matière | ||
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La métallurgie antique |
| Avant la découverte
des métaux, il était fait usage de pierres siliceuses, tranchantes
ou pointues, soit à la chasse, soit à la guerre, comme armes
d'attaque ou de défense. On y substitua plus tard le bronze et le
fer. Mais, malgré ces perfectionnements apportés à
la fabrication d'instruments indispensables, on continua pendant longtemps
encore à se servir des silex. C'est pourquoi l'ancienne division
historique de l'humanité, en âge de pierre, âge de bronze
et âge de fer, quelque séduisante qu'elle soit en théorie,
présente des difficultés insurmontables dans son application.
L'or
et l'argent.
L'argent devait être également connu de bonne heure; car on le trouve aussi à l'état natif, moins souvent cependant que l'or. Son nom primitif est emprunté à la couleur du métal : khesef, qui signifie argent dans les langues sémitiques, dérive du verbe khasaf, être pâle, de même que le grec argyros vient d'argos, blanc, d'où le mot argentum, etc. Les plus anciennes monnaies d'or et d'argent
d'Athènes Après l'or et l'argent viennent, dans l'ordre d'ancienneté, le plomb, l'étain, le cuivre, le mercure, et le fer. Ces métaux existent dans la nature le plus ordinairement à l'état de minerais. C'est-à-dire combinés avec le soufre, l'oxygène, le phosphore et d'autres éléments minéralisateurs, qui en altèrent complètement l'aspect. Le
plomb et l'étain.
Le blanc de plomb (cerusa des Romains,
psimnmythion
des Grecs) se fabriquait en grand
à Rhodes Dioscoride, Pline et Galien connaissaient les propriétés toxiques des préparations de plomb. L'étain, auquel Homère donne l'épithète de brillant (Kassiterosfaeinos) servait déjà, du temps de ce poète, à la fabrication des boucliers et d'autres ustensiles. C'est aux Gaulois que revient l'honneur de l'utile invention de l'étamage. « Les Gaulois se servaient, dit Pline, de l'étain pour recouvrir les vases de cuivre, qui acquièrent ainsi le double avantage d'être exempts d'une saveur désagréable et d'être préservés d'une rouille nuisible. »Les vases étamés des Gaulois, vasa incoctilia, étaient fort estimés des Romains. Les habitants d'Alise En faisant fondre les minerais de cuivre avec l'étain on obtenait directement l'airain. Ce n'est que sous la forme de cet alliage que le cuivre fut d'abord connu. Le
bronze.
Mais si le nom était le même,
la substance à laquelle il s'appliquait était loin d'avoir
toujours la même composition : l'oerugo, préparé à
l'aide du soufre, était le sulfate de cuivre (couperose bleue);
l'oerugo obtenu au moyen du vinaigre était l'acétate de cuivre,
et celui qui se produit naturellement était le carbonate de cuivre
(vert-de-gris). Cette distinction est importante pour l'interprétation
exacte du texte des anciens, d'autant plus que l'oerugo a longtemps été
traduit par verdet ou vert-de-gris.
« On falsifie, dit Pline, l'oerugo de Rhodes avec du marbre pilé. D'autres le sophistiquent avec de la pierre-ponce ou de la gomme pulvérisée. Mais la fraude qui trompe le plus, c'est celle qui se fait avec l'atramentum sutorium. »Ainsi, il y a deux mille ans, on était aussi habile à frauder qu'aujourd hui. Mais, si le mal est prompt à l'attaque, on songe aussi promptement à se défendre. A près avoir signalé la fraude, Pline indique immédialement le moyen de la reconnaître. Pour s'assurer si la couperose bleue (oerugo) est mêlée avec de la couperose verte (atramentum sutorium), il recommande d'appliquer l'oerugo sur une feuille de papyrus, préalablement trempé dans du suc de noix de galle. « Sil y a, ajoute-t-il, fraude, le papier noircit aussitôt. »Tel est le premier papier réactif dont il soit fait mention dans l'histoire. Ce même réactif n'a jamais cessé depuis lors de servir à déceler la présonce d'un sel de fer dans un mélange quelconque; nouvelle preuve que le vrai levier du progrès est bien moins l'amour du bien que le génie du mal, contre lequel on cherche à se défendre. Le
fer.
Un fait certain, c'est que du temps d'Homère,
environ huit cent ans avant notre ère, les outils du forgeron, l'enclume,
le marteau et les tenailles, étaient en airain (Odyssée,
III, 432-434). Avec un pareil outillage il aurait été impossible
de travailler le fer. Cependant le même poète paraît
avoir connu la trempe du fer; car, à propos du cyclope « Et il se fit entendre un sifflement pareil à celui que produit une hache rougie au feu et trempée dans l'eau froide; car c est-là ce qui donne au fer la force et la dureté. »On sait que les Grecs attribuaient aux Cyclopes, aide-forgerons de Héphaïstos Dans la Bible Que conclure de là? C'est que plus
de mille ans avant l'ère chrétienne, un employait le fer,
concurremment avec le bronze ou l'airain; le premier était sans
doute encore rare, tandis que le second était fort commun. Quoi
qu'il en soit, au commencement de l'empire romain, l'usage du fer était
déjà très répandu. On savait que les aciers
ne sont pas tous de même qualité, et qu'ils diffèrent
entre eux suivant la trempe et le minerai d'où il, proviennent.
Les espèce les plus recherchées s'appelaient stricturae,
de stringere aciem, tirer l'épée; elles provenaient
principalement des mines de fer de l'île d'Elbe. Côme Le fer a le défaut de se rouiller, de s'oxyder, très promptement au contact de l'air et de l'eau. Les anciens ne l'ignoraient pas, et ils cherchaient comme nous, à y remédier. Le moyen dont ils se servaient le plus souvent était une sorte de vernis, nommé antipathie; c'était un mélange de poix liquide, de plâtre et de céruse (Pline). La rouille et l'eau ferrée (qu'on préparait en éteignant dans l'eau des clous rougis au feu) étaient employées, bien avant Galien, dans le traitement des pâles couleurs, de l'anémie et de la dysenterie. Les
autres métaux.
Les Anciens ne connaissaient l'antimoine et l'arsenic qu'à l'état de sulfures naturels. Le stimmi ou sulfure d'antimoine, qui s'appelait aussi stibi, stibium, barbason, platyophthalmon (oeil large), albastrurn (contraction d'album astrum), était employé dans le traitement des plaies récentes et pour noircir les cils. La sandaraque de Vitruve, de Pline, de Dioscoride, etc., était un sulfure arsenical, qui portait aussi les noms d'orpiment (auripigmentum) et d'arsenic. On l'employait dans la pommade épilatoire. Les Mysiens et les Cappadociens en faisaient un commerce spécial. Les « métaux » des Égyptiens dans la perspective alchimique Venons-en maintenant avec plus de détails aux connaissances qu'avaient les anciens Egyptiens. Non pas que ceux-ci aient eu des connaissances spéciales, ou du moins supérieures à celles de leurs voisins, mais parce que le savoir-faire métallurgique qui s'est développé dans la Vallée du Nil pendant plusieurs millénaires, a joué à partir du IIIe siècle de notre ère, en association avec les conceptions astrologiqueset néo-platoniciennes, un rôle particulier dans l'élaboration de la philosophie hermétique, elle-même socle théorique de l'art sacré et, partant, de l'alchimie. Sur les monuments de l'ancienne Egypte on voit figurer les métaux, soit comme butin de guerre, soit comme tribut des peuples vaincus; on en reconnaît l'image dans les tombeaux, dans les chambres du trésor des temples, dans les offrandes faites aux dieux. D'après Lepsius, les Egyptiens distinguent dans leurs inscriptions huit produits minéraux particulièrement précieux, qu'ils rangent dans l'ordre suivant : l'or, ou nub; l'argent, ou hat; l'asem, ou electrum, alliage d'or et d'argent; le chesteb, ou minéral bleu, tel que le lapis-lazuli; le mafek, ou minéral vert, tel que l'émeraude; le chomt, airain, bronze, ou cuivre; le men, ou fer (d'après Lepsius); enfin le taht, autrement dit plomb. Les diverses matières que l'on vient
d'énumérer comprennent à la fois des métaux
véritables et des pierres précieuses, naturelles on artificielles.
Entrons dans quelques détails : les Egyptiens
distinguent d'abord le bon or, puis l'or de roche, c.-à-d. brut,
non affiné, enfin certains alliages. L'argent se préparait
avec des degrés de pureté très inégaux. Il
était allié non seulement à l'or, dans l'électrum,
mais au plomb, dans le produit du traitement de certains minerais argentifères.
Ces degrés inégaux de pureté avaient été
remarqués de bonne heure et ils avaient donné lieu chez les
Anciens à la distinction entre l'argent sans marque, sans titre,
asemon, et l'argent pur, monétaire, dont le titre était garanti
par la marque ou effigie imprimée à sa surface. Le mot grec
asemon s'est confondu d'ailleurs avec l'asem, nom égyptien de l'électrum,
l'asem étant aussi une variété d'argent impur. Dans
l'extraction de l'argent de ses minerais, c'était d'abord l'argent
sans titre que l'on obtenait. Son impureté favorisait l'opinion
que l'on pouvait réussir à doubler le poids de l'argent par
des mélanges et des tours de main convenables. C'était en
effet l'argent sans titre que les alchimistes prétendaient fabriquer
par leurs procédés, sauf à le purifier ensuite. Dans
les Papyrus de Leyde L'électros, on electrum, en égyptien
asem, alliage d'or et d'argent, se voit à côté de l'or
sur les monuments; il a été confondu à tort par quelques-uns
avec ce que nous appelons le vermeil, aujourd'hui argent doré, lequel
est seulement teint à la surface. Plus dur et plus léger
que l'or pur, cet alliage se prêtait mieux à la fabrication
des objets travaillés. Il était regardé autrefois
comme un métal du même ordre que l'or et l'argent : La planète
Jupiter Les trois métaux précédents présentent le fait caractéristique d'un alliage compris par les Egyptiens dans la liste des métaux purs; association que l'airain et le laiton ont reproduite également chez les Anciens. En outre, cet alliage peut être obtenu du premier jet, au moyen des minerais naturels; et il peut être reproduit par la fusion des deux métaux composants, pris en proportion convenable. C'est donc à la fois un métal naturel et un métal factice : ce rapprochement met sur la trace des idées qui ont conduit les alchimistes à tâcher de fabriquer artificiellement l'or et l'argent. En effet, l'assimilation de l'électrum à l'or et à l'argent explique comment ces derniers corps ont pu être envisagés comme des alliages, susceptibles d'être reproduits par des associations de matières et par des tours de main; comment surtout, en partant de l'or véritable, on pouvait espérer en augmenter le poids (diplosis) par certains mélanges, et par certaines additions d'ingrédients, qui en laissaient subsister la nature fondamentale. Le chesteb et le mafek vont
nous révéler des assimilations plus étendues. Ce sont
deux substances précieuses, qui accompagnent l'or et l'argent dans
les inscriptions et qui sont étroitement liées entre elles.
Ainsi, les quatre prophètes à Denderah On rencontre ici plusieurs notions capitales au point de vue qui nous occupe. D'abord l'assimilation d'une matière colorée, pierre précieuse, émail, couleur vitrifiée, avec les métaux; les uns et les autres se trouvant compris sous une même désignation générale. Cette assimilation, qui nous paraît étrange, s'explique à la fois par l'éclat et la rareté qui caractérisent les deux ordres de substances, et aussi par ce fait que leur préparation était également effectuée au moyen du feu, à l'aide d'opérations de voie sèche, accomplies sans doute par les mêmes ouvriers. Remarquons également l'imitation d'un minéral naturel par l'art, qui met en regard le produit naturel et le produit artificiel: cette imitation offre des degrés inégaux dans les qualités et la perfection du produit. Enfin nous y apercevons une nouvelle notion, celle de la teinture car l'imitation du saphir naturel repose sur la coloration d'une grande masse, incolore par elle-même, mais constituant le fond vitrifiable, que l'on teint à l'aide d'une petite quantité de substance colorée. Avec les émaux et les verres colorés ainsi préparés, on reproduisait les pierres précieuses naturelles; on recouvrait des figures, des objets en terre au en pierre; on incrustait les objets métalliques. Le mafek, ou minéral vert,
désigne l'émeraude, le jaspe vert, l'émail vert, les
cendres vertes, le verre de couleur verte, etc. Il est figuré dans
les tombeaux de Thèbes C'est au contraire à une substance
vitrifiée que se rapportent les célèbres plats d'émeraudes,
regardés comme d'un prix infini, dont il est question au moment
de la chute de l'empire romain et au Moyen âge Les détails qui précèdent montrent de nouveau une même dénomination applique à un grand nombre de substances différentes, assimilées d'ailleurs aux métaux: les unes naturelles, ou susceptibles parfois d'être produites dans les mines, en y provoquant certaines transformations lentes, telle est la malachite; d'autres sont purement artificielles. On conçoit dès lors le vague et la confusion des idées des Anciens, ainsi que l'espérance que l'on pouvait avoir de procéder à une imitation de plus en plus parfaite des substances minérales et des métaux, par l'art aidé du concours du temps et des actions naturelles. Après le chesbet et le mafek, la
liste des métaux égyptiens se poursuit par un vrai métal,
le chomt, nom traduit, d'après Lepsius,
par cuivre, bronze, airain, et qui se reconnaît à sa couleur
rouge sur les monuments. Champollion traduisait
le même mot par fer. Cette confusion entre l'airain et le fer est
ancienne. Déjà le mot latinoes,
airain, répond au sanscritayas,
qui signifie le fer. Ici encore, les Egyptiens
comprenaient sous une même dénomination un métal pur,
le cuivre, et ses alliages, obtenus plus facilement que lui par les traitements
métallurgiques des minerais. Le cuivre pur, en effet, s'est rencontré
rarement autrefois, bien qu'il existe à l'état natif : par
exemple, dans les dépôts du lac Supérieur en Amérique On voit dans les musées des miroirs
de bronze (alliage de cuivre et d'étain), des serrures, clefs, cuillers,
clous, poignards, haches, couteaux, coupes et objets de toute nature en
bronze. Ici vient se ranger l'orichalque, mot qui semble avoir représenté
chez les Grecs tous les alliages métalliques
jaunes, rappelant l'or par leur brillant. Il a d'abord été
employé par Hésiode et par Platon.
Ce dernier parle dans son Atlantide « la teinture le rend brillant et inodore. »Ainsi, il semblait aux métallurgistes du temps qu'il n'y eût qu'un pas à faire, un tour de main à réaliser, une ou deux propriétés à modifier pour obtenir la transmutation complète et la fabrication artificielle de l'or et de l'argent. Après la chomt, vient le
men,
plus tard tehset, que Lepsius traduit
par fer. Il y a quelque incertitude sur cette interprétation, le
nom du fer ne paraissant pas sur les monuments vis-à-vis des figures
des objets qui semblent formés par ce métal. Il semble que
ce soit là une preuve d'un caractère récent. Le fer,
en effet, est rare et relativement moderne dans les tombeaux égyptiens.
Les peintures Le taht ou plomb, le plus vulgaire de tous, termine la liste des métaux figurés par les Egyptiens. On doit entendre sous ce nom, non seulement le plomb pur, mais aussi certains de ses alliages. D'après les alchimistes grecs, tels que le pseudo-Démocrite, le plomb était le générateur des autres métaux; c'était lui qui servait à produire, par l'intermédiaire de l'un de ses dérivés, appelé magnésie par les auteurs, les trois autres corps métalliques congénères, à savoir : le cuivre, l'étain et le fer. Avec le plomb, on fabriquait aussi l'argent. Cette idée devait paraître toute naturelle aux métallurgistes d'autrefois, qui retiraient l'argent du plomb argentifère par coupellation. L'étain, circonstance singulière,
ne figure pas dans la liste de Lepsius, bien
qu'il entre dans la composition du bronze des vieux Egyptiens.
Peut-être ne savaient-ils pas le préparer à l'état
isolé. Il n'a été connu à l'état de
pureté que plus tard; à l'époque des Grecs
et des Romains. Mais il était d'usage
courant au temps des alchimistes, comme en témoignent les recettes
des Papyrus de Leyde Le mercure, qui joue un si grand rôle
chez les alchimistes, est ignoré dans
l'ancienne Egypte Ainsi les Egyptiens réunissaient dans une même liste et dans un même groupe les métaux vrais, leurs alliages et certains minéraux colorés ou brillants; les uns naturels, les autres artificiels. Les mêmes ouvriers, d'ailleurs, traitaient les uns et les autres par les procédés de la cuisson, c. -à-d. de la voie sèche. Les industries du verre, des émaux, des alliages étaient très développées en Egypte et en Assyrie, comme le montrent les récits des Anciens et l'examen des débris de leurs monuments. Cette assimilation entre les métaux et les pierres précieuses reposait à la fois sur les pratiques industrielles et sur les propriétés mêmes des corps. Elle parait tirer son origine de l'éclat de la couleur, de l'inaltérabilité, commune à ces diverses substances. Les noms mêmes de certains métaux en grec et en latin, tels que l'électros, c.-à-d. le brillant; l'argent appelé argyrion, c.-à-d. le blanc, en hébreu le pâle; le nom de l'or, qui est aussi dit le brillant en hébreu, rappellent l'aspect sous lequel les métaux rares apparaissent d'abord aux humains et excitent leur avidité. Les Egyptiens n'avaient, pas plus que les Anciens en général, cette notion d'espèces définies, de corps doués de propriétés invariables, qui caractérise la science moderne; une telle notion ne remonte pas au-delà du XIXe siècle en chimie. De là, la signification multiple et variable des noms de substances employés dans le monde antique. Ceci étant admis, ainsi que la possibilité d'imiter plus ou moins parfaitement certains corps, d'après les expériences courantes sur les matières vitreuses et les alliages on étendait cette possibilité à toutes, par une induction légitime en apparence. Les extractions de la plupart des métaux et les reproductions effectives des verres et des alliages ayant lieu en général par l'action du feu, à la suite de pulvérisations, fusions, calcinations, coctions plus ou moins prolongées, on conçoit qu'on ait essayé d'opérer de même pour reproduire tous les autres métaux. Ce n'est pas tout : l'imitation des pierres
précieuses par les émaux et les verres présente des
degrés fort divers. De même, les alliages varient dans leurs
propriétés et sont plus ou moins ressemblants aux vrais métaux.
Nous avons vu qu'il en était ainsi pour l'airain, qui a fini par
devenir notre cuivre, mais qui signifiait aussi le bronze; pour le cassiteros,
qui a fini par devenir notre étain, mais qui signifiait aussi le
laiton et les alliages plombifères. On conçoit, dès
lors, l'origine de cette notion des métaux imparfaits et artificiels,
possédant la couleur, la dureté, un certain nombre des propriétés
des métaux naturels parfaits, sans y atteindre complètement.
Ainsi, la fabrication du bronze couleur d'or figure dans les Papyrus
de Leyde « En observant toutes les qualités de l'or, on trouve qu'il est de couleur jaune, fort pesant et d'une telle pesanteur spécifique, malléable et ductile à tel degré, etc. [...] et celui qui connaîtra les formules et les procédés nécessaires pour produire à volonté la couleur jaune, la grande pesanteur spécifique, la ductilité, etc. ; celui qui connaîtra ensuite les moyens de produire ces qualités à différents degrés, verra les moyens et pourra prendre les mesuresnécessaires pour réunir ces qualités dans tel ou tel corps :- d'où résultera sa transmutation en or. »Les Egyptiens opposent continuellement la substance naturelle et la substance produite par l'art : précisément comme il arrive dans les synthèses de la chimie organique de nos jours, où l'identité des deux ordres de matières exige constamment une démonstration spéciale. L'idée principale des alchimistes grecs, dans les opuscules qu'ils nous ont laissés, c'est de modifier les propriétés des métaux par des traitements convenables, pour les teindre en or et en argent; et cela, non superficiellement à la façon des peintres, mais d'une façon intime et complète : procédés congénères de la formation d'alliages. Ils étaient guidés dans cette recherche par l'analogie des pratiques usitées de leur temps pour teindre le verre et les étoffes. Les pratiques pour teindre les étoffes et les verres en pourpre, pour colorer le bronze en or et pour opérer la transmutation, sont, en effet, rapprochées dans les Papyrus de Leyde Ce n'en est pas moins une chose étrange
et difficile à comprendre aujourd'hui, qu'un tel mélange
de recettes réelles et positives, pour la préparation des
alliages et des vitrifications, et de procédés chimériques,
pour la transmutation des métaux. Les uns et les autres sont exposés
au même titre et souvent avec la même naïveté dépouillée
de tout attirail charlatanesque, comme on le voit dans les Papyrus de
Leyde et dans certaines parties des manuscrits grecs de la Bibliothèque
nationale. Si les fourbes et les imposteurs ont souvent exploité
ces croyances, il n'en est pas moins certain qu'elles étaient sincères
chez la plupart des adeptes. Ici s'élève une question singulière.
Comment cette expérience, qui prétendait à un résultat
positif et tangible et qui échouait toujours, en définitive,
a-t-elle pu rencontrer une crédulité si persistante et si
prolongée? C'est ce que l'on s'expliquerait difficilement, si l'on
ne savait avec quelle promptitude l'esprit humain embrasse tout préjugé
qui flatte ses espérances de puissance ou de richesse, et avec quelle
ardeur crédule il y demeure obstinément attaché. Les
prestiges de la magie |
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.