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L'histoire de la médecine
La médecine dans le Croissant fertile
Mésopotamie, Israël
La médecine mésopotamienne

La civilisation qui eut pour théâtre les bassins du Tigre et de l'Euphrate présente, malgré son originalité, des analogies. avec celle de la vallée du Nil. Les Babyloniens qui, dit-on, apprirent les premiers à travailler les métaux, qui cultivèrent avec un certain succès l'astronomie, et qui possédaient des bibliothèques 1700 ans av. J.-C., ne durent pas manquer de se créer une science médicale. Le peu que nous savons d'eux sous ce rapport est très analogue à certaines pratiques que nous avons de rencontrées en Egypte. Mais comme, de cette médecine, nous ne connaissons encore que la partie conjuratoire, il n'y a pas lieu de s'étonner de ces ressemblances, parce que les procédés magiques se retrouvent à peu près, chez tous les peuples archaïques. Néanmoins certains indices permettent déjà d'admettre que leur art ne se bornait pas là. Et on ne peut ici accorder de crédit  à Hérodote, selon lequel les Babyloniens n'auraient pas eu de médecine :

" On transporte, dit-il , les malades sur la place du marché. Chaque passant s'approche du malade et le questionne sur le mal dont il est atteint, pour savoir si lui-même en a souffert, ou s'il a vu quelque autre en souffrir. Tous ceux qui vont et viennent confèrent avec lui et lui conseillent le remède qui les a guéris de celle même maladie, ou qui, à leur connaissance, en a guéri d'autres queux-mêmes.
On peut tout d'abord remarquer que cette pratique, que l'on a également attribuée aux Egyptiens, ne s'accorde guère avec celle d'une médecine uniquement conjuratoire et sacerdotale. Ce n'était pas pour se faire dicter des formules magiques qu'on sollicitait les avis des passants.

Les textes cunéiformes nous apprennent au contraire qu'en Assyrie, comme en Babylonie, il y avait une classe des médecins, qui, plus ou moins complètement, faisait partie de celle des prêtres. On ignore s'il y avait à côté d'eux des médecins civils, comme c'était probablement le cas en Egypte. Les médecins babyloniens étaient avant tout des magiciens; et c'était sur leur pouvoir magique que reposait toute la confiance que l'on plaçait en eux. Ils procédaient surtout par des incantations et de véritables exorcismes; ils administraient à leurs clients des préparations dont ils avaient le secret, et qui étaient censées porter avec elles, pour le bénéfice du malade, la puissance curative des formules. Il se mêlait à tout cela une certaine dose de notions de thérapeutique, sinon rationnelles, du moins grossièrement empiriques. Ces médecins avaient cherché à étudier les effets de diverses substances, végétales ou autres, et à les mettre en action, eu égard aux symptômes observés. Mais les renseignements que nous possédons actuellement ne permettent pas de préciser dans quelle proportion ces pratiques basées sur l'observation se mêlaient à la pure magie.

Ces régions étaient par excellence la terre classique des arts occultes. On s'y croyait environné d'une foule d'esprits, les uns bons, les autres mauvais; on en voyait partout, presque dans chaque objet. Il y avait lutte perpétuelle entre les bons et les mauvais esprits. Toutes les maladies étaient considérées comme provenant de ces derniers. Il n'est néanmoins pas très facile de bien saisir l'idée que l'on se faisait de la maladie. Etait-elle due à la pénétration des esprits dans le corps, comme le croyaient les Egyptiens, ou simplement le résultat d'une action hostile du démon, et un effet de son pouvoir? 

« Tantôt, dit Lenormand, la maladie est donnée comme un effet de la méchanceté des différents démons; tantôt elle semble être envisagée comme un être personnel et distinct, qui a étendu sa puissance sur l'homme. » (La Magie chez les Chaldéens, p. 34.) 
Cette idée de personnification pouvait aussi être favorisée par la croyance, qui serait égyptienne aussi bien que mésopotamienne, que certains démons portaient leur action nuisible sur telles parties du corps de préférence, de sorte que le mal se confondait avec son agent. Lenormand cite précisément une formule qui tend à confirmer cette manière de voir. On y lit : le mauvais Utug agit sur le front de l'homme; le mauvais Alal sur la poitrine de l'homme; le mauvais Gigim sur ses entrailles, etc. On possède aujourd'hui un grand nombre de ces formules d'exorcisme; il en est qui ressemblent étrangement à celles que l'on trouve dans l'Atharvavéda et d'autres livres de l'Inde. Les exorcismes babyloniens ont le plus souvent la forme de longues litanies. Il a été dit tout à l'heure que des pratiques plus médicales s'y mêlaient souvent. L'une d'elles, par exemple, comporte la prescription d'applications astringentes pour une maladie des yeux, une conjonctivite probablement. Ailleurs, certaines frictions, certaines pommades sont prescrites avec des indications concernant le régime; une autre ordonne le tamponnement des fosses nasales contre une hémorragie. Une inscription sur brique, publiée par S.-A. Smith, dans la collection des textes cunéiformes d'Assurbanipal, et citée, par Johnson, contient une lettre d'un médecin à son roi qui l'avait chargé d'examiner un malade; c'est un rapport purement médical. L'auteur se contente d'expliquer les pansements opérés lors de ses visites, et l'état du client, pour justifier la date à laquelle il prévoit la guérison. Les plus terribles fléaux du pays étaient la peste et la fièvre, nettement personnifiées sous les noms de Namtar et d'ldpa; c'étaient les démons-maladies les plus redoutés. 

Les exorcismes akkadiens contiennent souvent des énumérations de maladies; mais on ne peut rien tirer de renseignements aussi sommaires. En résumé, nous savons fort peu de chose de la médecine qui se pratiquait dans ces vieilles civilisations chaldéo-babyloniennes, et le peu que nous en savons ne comporte qu'une association de procédés absurdes et d'un peu d'empirisme primitif.

Plus tard, la Mésopotamie, comme la Syrie, à la suite de circonstances qui seront rappelées, reçut la science grecque. Des écoles remarquables y furent instituées où nous verrons à l'oeuvre des savants de haute valeur.

Médecine des Israëlites

La nation hébraïque représentait, dans les premiers temps, du moins, un groupe de population si modeste, sa vie errante devait la mettre si souvent en relations, étroites et forcées, avec les peuples civilisés du vieux monde, que, malgré la tenace énergie avec laquelle elle a toujours lutté pour conserver sa personnalité culturelle, dont elle était si jalouse, on ne peut songer à chercher chez elle les origines d'une évolution scientifique qui lui soit propre. Successivement en contact avec les Babyloniens, les Egyptiens, les Chananéens, les Assyriens, les Phéniciens, les Perses, etc., elle s'est forcément laissé imprégner par des influences de voisinage, parfois même par celles qui n'étaient pas les plus salutaires. La vieille Mésopotamie, d'où sortit la famille quelque peu légendaire des Thérachites, ne pouvait guère alors lui fournir de notions sérieuses concernant l'art de guérir; les grossières superstitions de la magie touranienne y tenaient lieu de médecine. La terre d'Égypte n'était pas exempte de pratiques analogues; néanmoins c'est bien à Babylone et en Egypte que les Juifs firent leur éducation scientifique.

L'assertion de Maïmonide, qui pensait que les coutumes des Sabéens, conformes, au fond, à celles des Juifs, mais encore plus sévères, ne furent pas étrangères à la rédaction du texte biblique, et qui s'en réfère, sur ce point, au livre de l'Agriculture nabatéenne, dont il ne nous reste que des fragments en traduction arabe, pourrait ne pas être sans fondement; mais la médecine biblique en diffère sérieusement, en ce sens que la démonologie n'y occupe qu'une place très restreinte.

Par contre, l'influence des Perses semble bien avoir été plus intense que les historiens de la médecine juive ne l'ont admis jusqu'alors. Certaines particularités des règles de purification, parmi les plus bizarres, assez étranges pour avoir attiré l'attention des talmudistes, et même avoir été modifiées par eux, coïncident exactement avec ce qu'on lit dans le Vendidad, l'un des livres sacrés des sectateurs de Zoroastre. Quant aux notions et aux pratiques médicales juives proprement dites, elles sont bien conformes à celles des Egyptiens, telles que les papyrus nous les ont fait connaître, et les Egyptiens furent certainement, en médecine, les premiers et les vrais maîtres des Hébreux.

On peut considérer, dans l'histoire de la médecine israélite, d'abord une première période biblique, pour laquelle il n'existe guère d'autre document que l'Ancien Testament; elle s'étendrait jusqu'après la dispersion, vers le IIe siècle, puis une période talmudique, dont la fin correspondrait à la codification définitive du Talmud de Babylone et de ses commentaires, vers 550; la dernière période, rabbinique, séparée de la première par un long siècle de guerres et de décadence scientifique, se confondrait chronologiquement avec celle de la médecine arabe, à l'évolution et à la renommée de laquelle elle prit la plus grande part; elle en suivrait la fortune jusqu'à sa fin, mais ne s'éteindrait pas avec elle. Les médecins juifs, à partir de la première renaissance, après avoir été activement mêlés à la fondation des grandes écoles, se répandirent dans tout le monde savant, où comme maîtres et comme praticiens ils ont souvent joui de la réputation la meilleure et la mieux méritée. Mais il est clair que, dans cette troisième période, s'il est possible de faire l'histoire des médecins juifs, il ne peut plus être question d'histoire de la médecine hébraïque.

La période talmudique, pour laquelle les sources principales sont la Mischna et ses commentaires (la Geumara) dont l'ensemble forme le Talmud, ne représente, au point de vue scientifique, que le développement de la médecine et de l'hygiène bibliques, enrichies non seulement des fruits de l'expérience des lévites, des médecins laïques et des rabbins, mais aussi des emprunts faits à la science étrangère, y compris la médecine grecque de la basse époque.

La plus grande partie des documents bibliques est comprise dans le Pentateuque; ces documents ne peuvent être datés exactement. L'exercice de la profession médicale fut, dans l'organisation sociale mosaïque, réservée à la classe sacerdotale. Les fonctions des prêtres comprenaient non seulement tout ce qui concernait le culte proprement dit, mais aussi l'enseignement sous toutes ses formes, la justice civile et la pratique de l'art de guérir. Armés des lois, dont ils étaient les mandataires, les prêtres réglaient entièrement la vie des Hébreux, et veillaient à l'exécution de ces innombrables prescriptions où se trouvent confondues les plus minutieuses exigences du rituel et les meilleurs conseils de diététique, d'hygiène et de prophylaxie. Les choses paraissent être restées ainsi à peu près jusqu'à l'époque de la captivité de Babylone. Mais, déjà à l'époque où s'établit la tradition du séjour en Egypte, la pratique des accouchements était confiée à des sages-femmes. Après la captivité de Babylone, quand les Hébreux, par leur contact avec d'autres nations, purent avoir le désir de secouer quelques-uns de leurs vieux préjugés, la pratique de l'art cessa d'être un monopole sacerdotal. Les prophètes, qui n'étaient pas des lévites, et dans les collèges desquels l'enseignement était assez large, pratiquaient la médecine; peut-être furent-ils les promoteurs de sa laïcisation. Les simples particuliers eurent aussi le droit d'apprendre et d'exercer. Il se fit d'assez bonne heure des sortes de spécialités, comme celle de la chirurgie. A Jérusalem, des médecins spéciaux étaient attachés au collège des prêtres, que l'exécution de certains rites exposait plus particulièrement à compromettre leur santé. Plus tard, chaque communauté un peu importante fut obligée d'entretenir un médecin à ses frais. Dans certains cas . même, des médecins n'appartenant pas à la classe des prêtres furent autorisés, en l'absence de ceux-ci, à pratiquer la circoncision. Les médecins juifs pouvaient réclamer le prix de leurs services; ils jouissaient de l'estime non seulement de leurs concitoyens, mais aussi de celle des autorités qui les appelaient dans leur conseils.

La Bible ne nous apprend rien sur la manière dont la médecine était enseignée à ceux qui voulaient en faire leur profession; le Talmud, pour la période suivante, est un peu plus explicite. On y voit que cet enseignement était à la fois théorique et pratique; des maîtres renommés faisaient des cours suivis par un certain nombre d'auditeurs. Le même maître se chargeait sans doute de tout enseigner. L'étude de l'anatomie, absolument négligée pendant la première période, fut entreprise sur les animaux; on étudia aussi au moins le squelette humain, comme nous le verrons.

Plus tard encore, lorsque la médecine grecque fut entrée dans le domaine intellectuel de tout le monde occidental, ses textes se répandirent et devinrent accessibles aux médecins juifs comme aux autres. C'est alors que se fondèrent les hautes écoles de Tiberias, de Sura, de Pumbeditha, qui servirent de modèles aux écoles arabes de Djondisabour et de Bagdad. Là, comme auparavant dans les collèges des prophètes, mais avec plus de compétence et plus d'extension, la science entière était enseignée. Cet enseignement ne durait qu'une partie de l'année, le reste du temps étant laissé aux disciples, pour leur permettre de se procurer, par le travail manuel ou le commerce, les moyens de subvenir à leur entretien pendant la période scolaire. C'est exactement ce qui se passait à l'école théologique nestorienne de Nisibe, continuation de celle d'Edesse (la Médecine byzantine), et dont les statuts ont été conservés; et pourtant, dans cette école, les médecins ne paraissent pas avoir été tenus en grand honneur. A Nisibe, les vacances duraient trois mois; là, pour une raison de convenance, les disciples ne pouvaient exercer de métiers manuels ou un commerce quelconque qu'en dehors de la ville. L'emprunt des règles fut d'autant plus facile d'une école à l'autre, que, au VIe siècle, d'après Assémani, les Juifs avaient aussi depuis quelque temps une école spéciale à Nisibe même. Dans les derniers temps, la pratique de la médecine, chez les Juifs, était subordonnée à une autorisation en règle des magistrats de la localité; nous ne savons si cette autorisation était précédée d'épreuves quelconques, théoriques ou pratiques.

Connaissances médicales des Hébreux.
Les notions d'anatomie contenues dans la Bible sont à peu près nulles. On ne peut s'en étonner quand on sait que l'aversion des anciens Juifs pour les cadavres était aussi profonde que celle des Egyptiens. Le contact d'un cadavre, même de celui d'un animal quelconque, entraînait l'impureté et devait être suivi d'une purification. Les médecins talmudistes s'affranchirent d'une aussi rigoureuse sévérité. Dans les écoles talmudiques, on pratiquait couramment la dissection des animaux; on se hasarda même plus d'une fois à étudier le cadavre humain. On raconte, par exemple, que les disciples d'Ismaël ben Elisha étudièrent les différents os, et peut-être les organes d'une femme prostituée et condamnée à mort, et que Rabbi Israël fit l'examen de foetus provenant de femmes esclaves à la suite d'avortements spontanés ou provoqués. Néanmoins, il est certain qu'à aucune époque l'anatomie des rabbins ne fut aussi avancée que celle de Galien; il est même bien probable qu'elle lui resta très inférieure. Néanmoins ils en comprenaient toute l'importance. Il est raconté quelque part qu'un médecin talmudiste, à qui on montra des fragments d'un squelette, reconnut tous les os et dressa immédiatement la liste de ceux qui manquaient. Les talmudistes avaient quelques notions assez exactes sur le développement du foetus et la formation des os. La physiologie était toute de fantaisie, aussi nulle chez les Juifs que chez tous les peuples anciens; ils ne durent même pas toujours l'élever à la hauteur de leurs connaissances anatomiques.

Dans les temps mosaïques, on regardait les maladies, et surtout celles qui frappaient un certain nombre de personnes à la fois, comme des punitions de Yahveh. En cas de graves désordres ou de révoltes contre ses prescriptions, c'est d'épidémie et non de damnation qu'on menace les infidèles à la loi. Pourtant, alors déjà, on admettait assez volontiers, surtout dans les cas isolés, des maladies accidentelles, dues surtout aux infractions contre les. règles de diététique et d'hygiène. Dans le Talmud, l'étiologie et la pathogénie sont mieux étudiées, et on y retrouve les influences manifestes des doctrines de l'Occident. Les uns attribuaient les maladies aux variations ou aux accumulations des différentes formes de bile, comme dans certains livres grecs; les autres en voyaient l'origine dans les viciations de l'air, comme les pneumatiques; d'autres attribuaient tout aux oscillations de la température ou aux troubles des fonctions excrétoires. A côté des maladies dues à la colère céleste, et des affections naturelles et accidentelles, trouvaient place, même encore à l'époque talmudique, les maladies qui avaient pour causes des influences démoniaques, et contre lesquelles il convenait d'employer les conjurations et les amulettes. C'étaient là des restes des superstitions empruntées sans doute aux prêtres touraniens de la Chaldée et aux vieilles idées égyptiennes, communes d'ailleurs à tout l'ancien monde.

On trouve dans le Talmud une véritable doctrine sur la marche des maladies et ses divers stades : signes prémonitoires, phénomènes initiaux, périodes d'augment et de déclin, convalescence. Dans la Bible, rien de semblable n'est indiqué, sinon à propos de la lèpre. Les talmudistes n'ignoraient pas la doctrine des crises et des jours critiques. Ils signalent comme annonçant la crise les éternuements, les sueurs profuses, les selles répétées, les pollutions, le sommeil, les rêves. Ils avaient observé l'exaspération vespérale dans les maladies aiguës. Ils admettaient la transformation d'une maladie en une autre, comme solution de la première.

La Bible et le Talmud, si riches en renseignements concernant l'hygiène, ne contiennent à peu près aucune description de maladies, à l'exception de la lèpre; encore est-on obligé de reconnaître que dans la dénomination de Zoraath sont confondues un certain nombre de maladies graves de la peau. Les maladies sont dénommées souvent d'après les organes supposés atteints; on connaissait des maladies du coeur, de l'estomac, des intestins, etc.; tantôt d'après les symptômes prédominants, comme les flux de bile, d'eau, de sang.

Les connaissances chirurgicales et surtout gynécologiques des Juifs furent plus étendues, au moins dans la période talmudique. Les vivisections leur avaient appris que les blessures des reins ne sont pas toujours mortelles pour les animaux, non plus que l'ablation totale de la rate ou de l'utérus; ils pratiquaient des amputations et savaient faire usage des membres artificiels; ils réduisaient les fractures et les luxations, traitaient par la compression les hernies des nouveau-nés, connaissaient les conséquences des lésions de la moelle épinière, de la perforation du poumon, de l'estomac et des bronches, les inconvénients de la rétention des testicules, les polypes de la bouche et du nez, qu'ils regardaient comme des punitions de péchés graves; ils attribuaient les naissances monstrueuses à des relations avec les animaux ou les démons. Ils avaient à leur disposition un arsenal chirurgical considérable; souvent ils pratiquaient les sections avec des instruments d'os ou de pierre, ayant une grande aversion pour le fer. En outre de la circoncision, qui était de règle absolue, ils pratiquaient la saignée contre la pléthore et l'angine, et aussi par mesure hygiénique préventive; ils ne reculaient devant la nécessité ni de l'embryotomie, ni de l'opération césarienne sur la femme morte, et même peut-être pendant la vie de celle-ci; ils avaient étudié les différentes causes de l'avortement.

La thérapeutique des Israélites paraît avoir été assez simple, et le nombre des médicaments assez restreint, d'après ce que nous connaissons. L'usage de quelques plantes est indiqué; celui de la racine de saponaire en applications externes, des dattes contre l'ictère, de l'huile d'olive, du poivre macéré dans le vin, de l'ail comme vermifuge et aussi comme aphrodisiaque. L'action du suc de pavot était connue; il entrait dans une préparation complexe, sorte de thériaque assez fréquemment usitée. Les produits animaux les plus étranges entraient aussi dans la thérapeutique, comme les décoctions de sauterelles, l'urine putréfiée, le sang de chauve-souris, etc.

Hygiène des Israëlites.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans les livres des Israélites, le Talmud comme la Bible, ce sont les prescriptions rituelles, qu'une lecture moderne et en un certain sens anachronique interpète comme des règles hygiéniques; des prescriptions si nombreuses qu'on y rencontre à chaque pas. L'auteur de ces lois ayant toujours uni dans son esprit les devoirs moraux, l'obéissance aux rites religieux et les soins et précautions hygiéniques, on s'explique, par là, d'abord la sévérité extrême avec laquelle ces règles étaient observées et les infractions punies et aussi le caractère irrationnel de quelques-unes de ces règles, dans le cas où le souci du rituel l'emportait sur l'idée hygiénique. Citons par exemple les cas où le contact d'un objet impur ne causait l'impureté que si l'objet avait été touché avec les deux mains, ou bien cette étrangeté, qui semble empruntée au Vendidad, en raison de laquelle le contact impur ne pouvait provenir d'un non-israélite; dans le Vendidad, il est dit que toucher le cadavre d'un non-mazdanéen n'occasionne pas l'impureté. Il est vrai que certains talmudistes ont au contraire déclaré que le non-juif, n'observant pas les règles, était impur, ipso facto. A chaque instant, dans la Bible, il est dit que, par tel contact, on est impur jusqu'au soir. On a beaucoup admiré les règles hygiéniques des lois mosaïques; on en a parfois un peu exalté la valeur. Au lieu de proclamer, suivant le mot si souvent cité de N. Guéneau de Mussy, l'induction prophétique des microbes, il vaut peut-être mieux se contenter de dire que les auteurs bibliques ont agi parfois comme s'ils l'avaient eue. 

La loi mosaïque réglait jusqu'aux moindres circonstances de la vie individuelle et sociale, ce qui était fort sage, dans cette existence nomade, au milieu de populations servent comparativement beaucoup plus grossières que n'étaient les Hébreux. Cette loi comprend à peu près toutes les branches de l'hygiène moderne, c.-à-d. ce qui concerne le sol, l'air, l'eau, l'alimentation, le vêtement, les soins du corps, la prophylaxie des maladies, etc. L'intégrité du sol était garantie par l'obligation relative aux déjections humaines, qui devaient être enfouies sans aucun délai. Les prescriptions contenues dans le Lévitique et le Deutéronome relativement aux aliments sont des plus sévères; elles consistent surtout dans l'exclusion de certains animaux, dont quelques-uns se trouvent être les plus exposés à l'envahissement par les parasites, ou les plus susceptibles de causer des empoisonnements (porcs, crustacés, certains oiseaux, etc.). L'interdiction de la viande de porc paraît avoir été empruntée aux Egyptiens; on l'accusait de donner la lèpre. L'interdiction de l'usage du sang s'explique moins facilement, en termes purement hygiéniques, et c'est à l'anthropologie religieuse, qu'il faut plutôt faire appel pour comprendre le vrai sens de toutes ses prescriptions (Cf. par exemple, la lecture structuraliste qu'en donne Mary Douglas dans De la souillure). Peut-être est-ce en raison de sa putréfaction rapide. La tempérance était exigée; on punissait de mort les alcooliques. Le Talmud compléta ces règles par celles de la Shehita, de la Terepha et de la Meliha, qui comprennent tout ce qui a rapport à l'abatage des animaux, à l'examen des viandes et aux associations d'aliments dans la préparation des mets.

Les prescriptions relatives à la vie conjugale ne sont pas moins précises; elles imposent des périodes de repos, nécessaires dans les régions chaudes plus qu'ailleurs, et des soins de propreté de tous les instants. L'infidélité de la femme était punie de mort; les prostituées étaient poursuivies avec la dernière rigueur. Le législateur paraît bien avoir eu en vue de garantir l'honneur et l'intégrité de la famille, et d'en éloigner l'enfant étranger, ce en quoi il fut loin de réussir toujours. On se faisait gloire du nombre de ses enfants; la stérilité était considérée comme un déshonneur. La circoncision, rituel religieux, n'était une mesure hygiénique que très secondairement. Les relations avec les femmes de nationalité étrangère étaient punies du dernier supplice de celles-ci; on sait quel fut le sort des femmes moabites et madianites. Le Talmud précisa quelques-unes de ces lois et en adoucit d'autres, par exemple en autorisant le mariage avec l'étranger qui embrassait la foi hébraïque.

Les mesures les plus rationnelles étaient prises contre la propagation des maladies contagieuses, et les lévites avaient vraiment la charge d'une véritable police sanitaire. On exigeait la déclaration de tous les cas de lèpre connus; les malades infectés étaient isolés, tenus en observation rigoureuse, pendant plusieurs semaines, et le délai prolongé en cas d'incertitude. Le feu était l'agent de désinfection employé pour les objets métalliques, l'eau pour le reste, avec des indications pour les cas où l'eau courante paraissait nécessaire. La purification, sorte de désinfection élémentaire, se faisait non seulement par le lavage des corps et des vêtements, mais s'étendait à tous les objets touchée, ainsi qu'aux personnes contaminées, jusque, dit le Talmud, au quatrième contact successif. Ce recueil contient un traité tout entier consacré aux bains et à la purification par l'eau. Les talmudistes ne furent pas d'accord sur les causes d'impureté que l'air peut contenir; mais, finalement, on admit qu'il pouvait devenir impur et cause d'infection. (Dr. M. Potel).

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