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Littérature italienne
La littérature italienne au Moyen âge
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Le Moyen Âge
 La Renaissance. Le XVIIe s Le XVIIIe s. Le XIXe s.
La littérature italienne ne procède pas immédiatement de la littérature latine : les lettres romaines, tombées en décadence dès l'époque des empereurs, allèrent en déclinant jusqu'à Constantin, qui, en délaissant Rome pour Byzance, donna le coup mortel aux lettres et aux arts en Italie. A dater du l'imposition de la religion chrétienne sous cet empereur, la littérature ecclésiastique seule fournit des ouvrages remarquables. Mais bientôt l'invasion des Germains anéantit toute culture, et, si elle introduisit un élément nouveau dans le sol épuisé de la vieille Italie, elle ne l'en rendit pas moins pour longtemps stérile. Toutefois l'état de Italie sous les rois goths et lombards ne fut pas aussi affreux qu'on serait tenté de le croire : les vainqueurs prirent quelque chose de la civilisation des peuples conquis, et il suffit de citer Théodoric pour prouver que les rois goths tinrent à honneur de protéger les lettres. A l'époque de Charlemagne, l'Italie était plus avancée que les autres contrées de l'Europe; on voit ce prince attirer à sa cour des littérateurs et des artistes italiens, entre autres Théodulfe, Goth d'origine, qu'il fit évêque d'Orléans. Sous les successeurs de Charlemagne, les ténèbres vont s'épaississant de plus en plus : les seules études de ces âges reculés sont la jurisprudence et la théologie; et encore de misérables disputes d'école absorbent-elles le petit nombre d'esprits qui se préoccupent encore de ces sciences. Les mots se substituent aux idées; la subtilité et le sophismeprennent la place de la simplicité des beaux siècles.

Le pontificat de Grégoire VII (1073-9055) vit apparaître les premières lueurs de la renaissance des lettres en Italie. Ce pape donna ordre aux évêques d'entretenir chacun près de son église une école pour l'enseignement des lettres. Dans le même temps, la comtesse Mathilde fondait l'université de Bologne, où l'on se mit à étudier le Code Justinien. Tous les grands hommes de cette époque sont des hommes d'église, et les deux plus célèbres, nés en Italie, passèrent leur vie loin de leur pays; ce sont : Lanfranc, de Pavie, qui fit de l'abbaye du Bec, en Normandie, une école fameuse, et combattit l'hérésie de Béranger; et Saint Anselme d'Aoste, son disciple, comme lui abbé du Bec et archevêque de Canterbury. Leur plus grand titre de gloire est l'admiration de leur siècle; leurs ouvrages sont oubliés, comme les disputes théologiques qui y avaient donné lieu. 

Le XIIe siècle.
Le XIIe siècle fit entrer dans la civilisation européenne un élément nouveau : les Croisades établirent des communications entre Constantinople et l'Italie, et les évêques italiens fréquemment envoyés en ambassade dans l'empire d'Orient s'initièrent à la connaissance de la langue et de la littérature des Grecs

Malheureusement, l'Eglise et l'Italie étaient souvent troublées : les élections des papes amenaient des conflits dont les empereurs d'Allemagne décidaient; plusieurs antipapes provoquaient des schismes; Arnaud de Brescia cherchait à établir à Rome une république, que le pape Adrien IV ne renversa qu'avec l'aide de l'empereur Frédéric Barberousse. Pendant ces troubles, les lettres languissaient, et l'Italie ne fournissait d'autre homme célèbre que Pierre Lombard, le maître des sentences, qui alla tenir école à Paris. C'était l'époque de la grande autorité d'Aristote. Les lettres se réduisaient à la grammaire et à la dialectique. La querelle des Réalistes et des Nominalistes envahissait les écoles. L'italien n'existait pas encore, ou, si une langue vulgaire se parlait communément, elle ne s'écrivait pas. Le latin, déjà passé à l'état de langue morte, était la langue des auteurs, et il avait bien perdu de sa pureté sous leur plume. Ce qu'il y a de plus intéressant à cette époque, ce sont les Chroniques locales, qui abondent, et dont Muratori a fait l'analyse. Pise, Gênes, Milan, avaient leur historien officiel, racontant les événements dont il avait été témoin, avec partialité sans doute, mais non sans intérêt.

Mais pendant que la langue italienne s'élaborait lentement et obscurément, il existait déjà dans le midi de la France une langue toute formée et une école de poésie florissante. Les Troubadours, appelés en Italie, ne pouvaient manquer d'y avoir des imitateurs. Le premier Italien signalé comme poète provençal est Alberto Malaspina, qui florissait à la fin du XIIe siècle. On cite encore Sordello de Mantoue, auquel Dante a consacré, dans le Purgatoire, quelques-uns de ses plus beaux vers; Lanfranco Cicala de Gênes, Bartolomeo Zorri de Venise, Lambertin de Bologne, Lanfranchi de Pise, etc. 

Le XIIIe siècle.
Mais l'influence des Troubadours ne produisit pas seulement des poètes provençaux en Italie, elle fit naître les premiers poètes italiens qui se servirent de la langue de leur pays. A partir de l'année 1220, Frédéric II tint en Sicile une cour brillante où l'on cultiva la poésie nationale, et cette école fut si célèbre, qu'au dire de Dante on donnait de son temps à tout ouvrage en vers le nom de Sicilien. Entre autres poètes, l'école sicilienne compta Ciullo d'Alcamo, Frédéric Il lui-même, son chancelier Pierre des Vignes, Jacopo da Lentino les deux Colonna (Guido et Odo), Ranieri et Ruggiere de Palerme. De 1250 à 1270, il se forma à Bologne une nouvelle école de poésie, dont le chef fut Guide Guinicelli. Quand on compare les oeuvres de cet auteur à celles de ses devanciers, on y trouve plus de suite et plus d'art dans l'ensemble, plus d'imagination et de traits infénieux dans les détails, plus d'élévation de sentiments et d'idées, une langue plus souple, plus polie, plus originale; mais à peu d'exceptions près, les pièces de Guido sont aussi dans le goût et le système provençal; elles roulent sur l'amour chevaleresque. 

A l'école de Bologne appartient aussi Guidotto, remarquable par une exquise sensibilité. Puis fleurirent en Toscane ou dans les pays voisins un assez grand nombre de poètes qui l'avaient, à ce qu'il semble, reconnu pour leur maître : le plus célèbre fut Guittone d'Arezzo, qui composa non seulement des canzone, mais des Lettres en prose remarquables par l'énergie et la chaleur du sentiment. Citons encore le franciscain Jacopo da Todi, Buonagiunta de Lucques, Guido Lapo de Mantoue, Folcalchiero de Sienne, et, à Florence, Ugolino Ubaldini et Dante da Majano. Vint ensuite Brunetto Latini, le maître de Dante, qui fit quelques vers amoureux, parce qu'il fallait en faire pour être réputé un homme bien né et de belles manières; mais il n'y avait en lui rien de bien poétique. 

La science, la philosophie et la littérature ancienne furent ce qu'il cultiva de préférence. Il traduisit, dit-on, en italien la Rhétorique et divers fragments des harangues de Cicéron, et répandit de la sorte des principes de goût et de composition littéraire plus généraux et plus relevés que ceux qui avaient jusque-là dominé. Le principal ouvrage de Brunetto, intitulé le Trésor, est le résumé de toute la science de son temps, qu'il avait recueillie dans de nombreux voyages. Par le double effet des préceptes et des exemples de Brunetto Latini, la tendance vers les études et les spéculations philosophiques se fortifia; elle se lit sentir jusque dans la nouvelle école de poésie qui venait de se former à Florence, et où l'on se piqua moins exprimer amour que de le définir subtilement dans le sens des opinions d'Aristote. Guido Cavalcanti, le poète de cette école qui, grâce aux éloges de Dante, en est généralement regardé comme le chef, est du moins celui qui en représente le mieux le côté savant, philosophique : il composa des ballades et des canzones, où il introduisit assez mal, à propos ses dissertations pilosophiques et ses souvenirs de l'Antiquité.

Le XIVe siècle. 
Dante.
Dante inaugure magnifiquement une civilisation nouvelle. Outre le poème épique par lequel il est surtout connu (La Divine Comédie), il a laissé d'autres ouvrages importants. Le premier est la Vita Nuova (Vie nouvelle), qu'il, écrivit en 1291, à l'âge de 21 ans. II y réunit toutes les pièces de poésie qu'il avait faites pour Béatrix, morte depuis un ou deux ans, et les lia entre elles par un commentaire historique ou psychologique, dans lequel entra tout ce que sa mémoire lui rappelait des motifs qui l'avaient porté à composer ces poésies, et des impressions au milieu desquelles il les avait écrites. 

Le traité latin De Eloquio vulgari (De la langue et de l'éloquence vulgaire) est divisé en deux parties. La première est consacrée à l'histoire des dialectes italiens. Dante les classe avec méthode, et de manière à rattacher leurs rapports intrinsèques à leur position géographique; il donne de plusieurs des échantillons curieux. Selon lui, le dialecte dans lequel écrivaient les poètes du XIIIe n'est le dialecte particulier d'aucune des provinces ni des villes de l'Italie, mais un dialecte de cour, un dialecte idéal, modèle, formé indistinctement de ce qu'il y avait de plus parfait dans les dialectes locaux, et il lui donne le nom de dialecte cardinal ou illustre. Dans la deuxième partie du Traité de l'éloquence vulgaire, Dante a posé les principes d'une théorie de la poésie. Après avoir parlé de la poésie en général, il traite de sa forme, et de ses divers styles, qui sont le tragique, le comique et l'élégiaque, mais il prend ces termes dans un sens tout différent de leur sens classique et convenu. Par tragique, il entend le style noble et élevé; par comique, le style bas et médiocre; par élégiaque, le style bas à l'exclusion de tout autre. Il n'entre dans aucune explication particulière relativement aux styles élégiaque et comique; quant au tragique, il ne trouve que trois sujets auxquels il convienne, a bravoure guerrière l'amour, la vertu. 

Un troisième ouvrage de Dante, le Banquet (Il convito), est un commentaire scientifique et philosophique de 14 canzones des plus belles qu'il eût faites jusqu'alors. Enfin on a de lui, un traité latin De monarchia, écrit pour soutenir le parti de l'empereur Henri VII. Dans cet ouvrage divisé en trois livres, Dante examine : 1° si la monarchie universelle est nécessaire an bonheur du monde; 2° si le peuple romain avait eu le droit d'exercer cette monarchie; 3° si l'autorité du monarque dépend de Dieu ou d'un autre, ministre ou vicaire de Dieu. II résout affirmativement les deux premières questions; il s'attache, surtout dans la 3° partie, à démontrer que l'empereur est indépendant du pouvoir du pape, soutient que les souverains dépendent directement de Dieu, et tend à ne reconnaître l'autorité du pape qu'en matière spirituelle.

Les contemporains de Dante.
La renommée de Dante domine son siècle; mais ce serait une injustice que de ne pas noter le mouvement littéraire qui se produisait en même temps. C'était l'époque où Robert d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence, protégeait les savants et même avait la noble émulation de les égaler. La plupart des princes de l'Italie, et, à leur exemple, les riches citoyens, se faisaient, une gloire de protéger les écrivains et les artistes, à qui l'on ne donna peut-être jamais plus d'encouragements et d'honneurs. Les universités de Bologne et de Padoue contribuèrent à propager et à étendre le goût des lettres en Italie : leurs professeurs étaient, pour la plupart, des hommes de grand talent, tels que Pierre d'Albano et Cecco d'Ascoli. Cino da Pistoia, professeur de jurisprudence, était également connu comme poète, et Pétrarque lui fit l'honneur de l'imiter. Giovanni d'Andrea, de Bologne, était un canoniste célèbre, et sa fille Novella était assez savante pour le suppléer souvent. L'Histoire, genre dans lequel les Italiens se sont le plus distingués, commençait à avoir des interprètes, qui font autorité pour la langue et pour les faits. Dino Compagni, florentin, écrivit une Chronique qui s'étend de 1280 à 1312. Jean Villani rédigea aussi, mais avec plus d'étendue et de talent, avec une sorte de dignité, quoique dans un style naïf et simple, une Histoire de Florence depuis sa fondation jusqu'à l'an 1348, ouvrage que Matteo Villani, son frère, et Philippe, fils de Matteo, continuèrent jusqu'a l'an 1364, et qui est rangé parmi les classiques italiens. Venise eut aussi son historien, le doge André Dandolo, dont le livre, écrit en latin, comprend depuis les premières années de l'ère chrétienne jusqu'à l'an 1342. Albertino Mussato, de Padoue, fut historien et poète. II a laissé une histoire sous le titre d'Augusta, parce qu'elle contient en 16 livres la vie de l'empereur Henri VII. Dans 8 autres livres, il raconte les événements qui suivirent la mort de ce prince, jusqu'en 1317; 3 livres en vers héroïques ont pour sujet le siège de Padoue par Can Grande de la Scala, et, dans un dernier livre en prose, Mussato décrit les troubles qui déchirèrent cette ville et la firent passer sous la domination des seigneurs de Vérone. Les poésies de Mussato, épîtres, élégies, églogues, sont en latin d'un style abondant et facile. II composa aussi deux tragédies latines, les premières qui aient été écrites en Italie : l'une, Eccerinus, dont le fameux Ezzelino est le héros; l'autre, Achilles, qui a pour sujet la mort d'Achille.

Pétrarque.
Pétrarque partage avec Dante l'honneur d'avoir formé la poésie italienne. Ses oeuvres latines, sur lesquelles il fondait tout l'espoir de sa renommée, et qu'on a complétement oubliées, ne sont pas sans mérite : il sentit, le premier, qu'il fallait oublier le langage barbare de l'école, et remonter à Cicéron et à Virgile. Ce furent les deux modèles qu'il se proposa dans sa prose et dans ses vers. Les principaux de ces ouvrages sont : un Traité de l'une et de l'autre fortune, où il a développé l'idée philosophique, qu'il est souvent plus difficile de soutenir la bonne que la mauvaise fortune; des Traités De la vie solitaire, et Sur le loisir des religieux; un Traité Du mépris du monde en forme de dialogue entre l'auteur et Saint Augustin; un écrit singulièrement original, intitulé : De sa propre ignorance et de celle de beaucoup d'autres, en réponse à des jeunes gens qui l'avaient traité d'ignorant parce qu'il ne partageait pas leur exclusive admiration pour Aristote; un poème inachevé l'Afrique, en l'honneur de Scipion l'Africain; douze églogues, ont quelques-unes sont de vraies satires contre les papes et les abus de l'Église; une Correspondance avec tous les grands hommes d'alors, où l'on retrouve l'histoire politique et littéraire de l'époque. 

Le Canzioniere, recueil de poésies en langue vulgaire, et que pour cette raison Pétrarque regardait presque comme une erreur de son génie, est cependant ce qui a fait de lui un des premiers poètes de l'Italie. Un seul objet remplit cette suite de petits poèmes, la passion toute platonique de Pétrarque pour Laure de Sades, dame vertueuse autant que belle; mais la monotonie du sujet est rachetée par le coloris de l'imagination et la magie du style. La rudesse sublime de Dante n'existe plus; tout est châtié, élégant, correct ; la langue poétique vulgaire est fixée en Italie, et restera ce que l'a faite Pétrarque.

Boccace.
Boccace fut pour la prose ce que Dante et Pétrarque furent pour la poésie; ses écrits sont le type du langage correct et élégant; son style pittoresque et gracieux, libre dans ses allures, mais toujours châtié dans ses termes, est demeuré le modèle des prosateurs italiens. L'oeuvre principale de Boccace, le Décaméron, a été appréciée ailleurs. Parmi ses ouvrages latins, nous citerons : un Traité de la généalogie des Dieux, où il a réuni tout ce que ses études lui avaient appris sur le système mythologique des Anciens; un petit Traité sur les montagnes, les forêts, les fontaines, les lacs, les fleuves, les étangs et les différents noms de la mer, lequel put être alors très utile pour l'étude de la géographie ancienne, dont les notions étaient aussi confuses que celles de la mythologie; un Traité des infortunes des hommes et des femmes illustres : un livre Des femmes célèbres; 16 églogues, roulant presque toutes sur des faits qui lui sont particuliers ou des traits de l'histoire de son temps, ce qui, joint à la dureté et à l'obscurité du style, les rend souvent difficiles à entendre. Boccace avait composé des sonnets et des poésies amoureuses en langue vulgaire : il les brûla quand il connut les vers de Pétrarque, mais il conserva les grands poèmes; il en retira la gloire d'avoir inventé l'ottava rima, forme portique si heureuse, qu'un seul poète excepté (le Trissin), elle fut ensuite adoptée par tous les épiques italiens. La Théséide fut le premier poème où, renonçant aux fictions et aux songes, qui étaient devenus comme un cadre universel, Boccace, à l'exemple des anciens poètes, imagina une action bien tissue et intéressante. Le Filostrato, poème en dix parties, a pour sujet l'amour de Troïle, fils de Priam, pour Chryséis, la trahison de celle-ci, et le désespoir de l'amant trompé; l'Académie de la Crusca a mis ce poème au nombre des ouvrages qui font autorité pour la langue italienne. Le Ninfale fiesolano est un petit poème sans division de chants, où sont racontées les amours du berger Africo et de la nymphe Mensola. l'Amorosa visione, selon l'usage alors très commun, est écrite en tercets, et forme un grand acrostiche : en prenant la première lettre du premier vers de chaque tercet, depuis le commencement jusqu'à la fin, on en compose deux sonnets et une canzone, en vers très réguliers, que le poète adresse à sa maîtresse, et dans lesquels se trouvent cachés leurs deux noms, Madama Maria et Giovanni di Boccacio da Certaldo; Boccace avait pris cette singulière idée aux Provençaux. Le Filocopo paraît être son premier ouvrage en prose italienne; c'est un roman de chevalerie avec toutes les aventures et les invraisemblances d'usage. La Fiammetta, autre roman divisé en 7 livres, est d'un style plus naturel; l'héroïne, qui n'est autre que la princesse Marie de Naples, y raconte ses amours avec Pamphile, qui représente Boccace. Le Corbaccio ou Laberinto d'amore est une satire violente et souvent cynique contre une veuve dont Boccace était devenu amoureux, et dont il avait été dédaigné. Citons enfin l'Ameto ou Admète, pastorale mêlée de prose et de vers, premier essai d'une invention nouvelle, et l'Urbano, court roman dont l'empereur Frédéric Barberousse est le héros.

L'habitude d'écrire des romans fit qu'en composant son Origine, vita e costumi di Dante Alighieri, Boccace en fit, plutôt un roman qu'une histoire : il passe légèrement sur les actions, les infortunes et les ouvrages du grand homme, et parle fort au long de ses amours. Les leçons que Boccace donna dans ses dernières années sur la Divine comédie sont beaucoup plus estimées; imprimées Seulement en 1724, elles ne s'étendent que jusqu'au, 17e chant de l'Enfer; c'est le premier modèle italien de la prose didactique.

La seconde moitié du XIVe siècle.
La seconde moitié du XIVe siècle se ressentit de l'impulsion donnée par Dante, Pétrarque et Boccace ; ce fut une époque de grande activité intellectuelle. Les universités fournissaient des hommes remarquables dans toutes les branches du savoir. Louis Marsigli, Louis Donato et beaucoup d'autres occupaient avec honneur les chaires de théologie. L'astrologie, art divinatoire cher au Moyen âge, était cultivée par Andolone del Nero, Génois, et par Thomas de Pisan, que sa renommée fit appeler en France par Charles V, et dont le plus beau titre est d'être le père de Christine de Pisan. Paul le géomètre ne se borna pas, comme l'indique son surnom, aux vaines recherches de l'astrologie. Pierre Crescenzio écrivit sur l'agriculture. La jurisprudence, cultivée de tout temps avec succès dans l'université de Bologne, reçut un nouveau lustre des ouvrages et de l'enseignement de Bartole, auteur des Traités Des Guelfes et des Gibelins, De l'administration de la république, De la tyrannie, etc., et dont Balde, son élève, partagea la réputation. Pierre Villani écrivit les Vies des hommes Illustres de Florence, et eut la gloire d'être choisi en 1401 pour remplacer Boccace dans l'interprétation de la Divine comédie, que commentait vers le même temps Benvenuto da Imola, auteur d'une Histoire des Empereurs. Marino Sanuto, noble Vénitien, écrivit une relation remarquable de ses voyages en Orient. 

Pétrarque se plaignait d'avoir créé une foule de poètes qui l'accablaient de leurs poésies latines : l'exemple d'un grand poète et le goût du temps avaient causé cette épidémie. Un poète aujourd'hui oublié, Zanoli da Strada, n'en obtint pas mains les honneurs du triomphe. Landino, poète et musicien, laissa des poésies latines qui égalent celles de Pétrarque. Enfin Coluccio Salutato écrivit en vers et en prose, et ses contemporains le comparent à Cicéron et à Virgile. Le nombre des versificateurs en langue vulgaire était encore plus grand, et parmi eux on compte des femmes : Sainte Catherine de Sienne est restée célèbre par la pureté et la vivacité de son style, et fait autorité pour la langue. Federigo Frezzi voulut imiter, dans son Quadriregio ou Quadriregno, la Divine Comédie de Dante; Fazio degli Uberti fut moins heureux encore dans le Ditia Mondo (Dicta Mundi). Buonacorso de Montemagno égala presque Pétrarque dans ses poésies, et ce même poète eut encore pour imitateurs Antonio da Ferrara, Francesco degli Albizzi, Sennuccio del-Bene, Zenone de Zenoni. Franco Sacchetti fut en même temps poète et prosateur : il a laissé des nouvelles dans le genre du Décaméron, mais moins lestes. En 1378 parut un autre recueil de contes supérieurs à ceux de Sacchetti, et que l'on peut placer à côté de ceux de Boccace : c'est Il Pecorone (la Pécore); l'auteur est Giovanni Fiorentino. De ce recueil, connu dans toute l'Europe du Moyen âge, Shakespeare a tiré plusieurs détails de ses ouvrages, en particulier l'histoire du Marchand de Venise. On a enfin d'Antonio Pucci un capitolo satirique sur Florence, où, prenant tour à tour le style comique et le style grave, il signale les abus de son temps avec force et avec esprit. (E. B.).

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