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La littérature
italienne ne procède pas immédiatement de la littérature
latine : les lettres romaines, tombées en décadence dès
l'époque des empereurs, allèrent en déclinant jusqu'à
Constantin,
qui, en délaissant Rome
pour Byzance ,
donna le coup mortel aux lettres et aux arts
en Italie .
A dater du l'imposition de la religion chrétienne
sous cet empereur, la littérature ecclésiastique seule fournit
des ouvrages remarquables. Mais bientôt l'invasion des Germains
anéantit toute culture, et, si elle introduisit un élément
nouveau dans le sol épuisé de la vieille Italie, elle ne
l'en rendit pas moins pour longtemps stérile. Toutefois l'état
de Italie sous les rois goths et lombards
ne fut pas aussi affreux qu'on serait tenté de le croire : les vainqueurs
prirent quelque chose de la civilisation des peuples conquis, et il suffit
de citer Théodoric pour prouver que
les rois goths tinrent à honneur de protéger les lettres.
A l'époque de Charlemagne, l'Italie
était plus avancée que les autres contrées de l'Europe ;
on voit ce prince attirer à sa cour des littérateurs et des
artistes italiens, entre autres Théodulfe,
Goth d'origine, qu'il fit évêque d'Orléans .
Sous les successeurs de Charlemagne, les ténèbres vont s'épaississant
de plus en plus : les seules études de ces âges reculés
sont la jurisprudence et la théologie;
et encore de misérables disputes d'école absorbent-elles
le petit nombre d'esprits qui se préoccupent encore de ces sciences.
Les mots se substituent aux idées; la subtilité et le sophisme
prennent la place de la simplicité des beaux siècles.
Le pontificat de Grégoire
VII (1073-9055) vit apparaître les premières lueurs de
la renaissance des lettres en Italie .
Ce pape donna ordre aux évêques d'entretenir chacun près
de son église une école pour
l'enseignement des lettres. Dans le même temps, la comtesse Mathilde
fondait l'université de Bologne ,
où l'on se mit à étudier le Code Justinien.
Tous les grands hommes de cette époque sont des hommes d'église,
et les deux plus célèbres, nés en Italie, passèrent
leur vie loin de leur pays; ce sont : Lanfranc,
de Pavie ,
qui fit de l'abbaye du Bec ,
en Normandie ,
une école fameuse, et combattit l'hérésie de Béranger;
et Saint Anselme d'Aoste, son disciple, comme lui abbé du Bec et
archevêque de Canterbury .
Leur plus grand titre de gloire est l'admiration de leur siècle;
leurs ouvrages sont oubliés, comme les disputes théologiques
qui y avaient donné lieu.
Le XIIe
siècle.
Le XIIe
siècle fit entrer dans la civilisation européenne un élément
nouveau : les Croisades
établirent des communications entre Constantinople
et l'Italie, et les évêques italiens fréquemment envoyés
en ambassade dans l'empire d'Orient
s'initièrent à la connaissance de la langue et de la littérature
des Grecs.
Malheureusement, l'Eglise
et l'Italie
étaient souvent troublées : les élections des papes
amenaient des conflits dont les empereurs d'Allemagne
décidaient; plusieurs antipapes provoquaient des schismes; Arnaud
de Brescia cherchait à établir à Rome
une république, que le pape Adrien
IV ne renversa qu'avec l'aide de l'empereur Frédéric
Barberousse. Pendant ces troubles, les lettres languissaient, et l'Italie
ne fournissait d'autre homme célèbre que Pierre
Lombard, le maître des sentences, qui alla tenir école
à Paris .
C'était l'époque de la grande autorité d'Aristote.
Les lettres se réduisaient à la grammaire
et à la dialectique. La querelle des
Réalistes
et des Nominalistes envahissait les écoles.
L'italien n'existait pas encore, ou,
si une langue vulgaire se parlait communément, elle ne s'écrivait
pas. Le latin, déjà passé
à l'état de langue morte, était la langue des auteurs,
et il avait bien perdu de sa pureté sous leur plume. Ce qu'il y
a de plus intéressant à cette époque, ce sont les
Chroniques locales, qui abondent, et dont Muratori
a fait l'analyse. Pise ,
Gênes ,
Milan ,
avaient leur historien officiel, racontant les événements
dont il avait été témoin, avec partialité sans
doute, mais non sans intérêt.
Mais pendant que la langue
italienne s'élaborait lentement et obscurément, il existait
déjà dans le midi de la France
une langue toute formée et une école de poésie florissante.
Les Troubadours, appelés en Italie,
ne pouvaient manquer d'y avoir des imitateurs. Le premier Italien signalé
comme poète provençal
est Alberto Malaspina, qui florissait à la fin du XIIe
siècle. On cite encore Sordello de Mantoue ,
auquel Dante a consacré, dans le Purgatoire,
quelques-uns de ses plus beaux vers; Lanfranco Cicala de Gênes ,
Bartolomeo Zorri de Venise ,
Lambertin de Bologne ,
Lanfranchi de Pise ,
etc.
Le XIIIe
siècle.
Mais l'influence des Troubadours
ne produisit pas seulement des poètes provençaux en Italie ,
elle fit naître les premiers poètes italiens qui se servirent
de la langue de leur pays. A partir de l'année 1220, Frédéric
II tint en Sicile
une cour brillante où l'on cultiva la poésie nationale, et
cette école fut si célèbre, qu'au dire de Dante
on donnait de son temps à tout ouvrage en vers le nom de Sicilien.
Entre autres poètes, l'école sicilienne compta Ciullo d'Alcamo,
Frédéric Il lui-même, son chancelier Pierre des Vignes,
Jacopo da Lentino les deux Colonna (Guido
et Odo), Ranieri et Ruggiere de Palerme. De 1250 à 1270, il se forma
à Bologne
une nouvelle école de poésie,
dont le chef fut Guide Guinicelli. Quand on compare les oeuvres de cet
auteur à celles de ses devanciers, on y trouve plus de suite et
plus d'art dans l'ensemble, plus d'imagination et de traits infénieux
dans les détails, plus d'élévation de sentiments et
d'idées, une langue plus souple, plus polie, plus originale; mais
à peu d'exceptions près, les pièces de Guido sont
aussi dans le goût et le système provençal; elles roulent
sur l'amour chevaleresque.
A l'école de Bologne appartient
aussi Guidotto, remarquable par une exquise sensibilité. Puis fleurirent
en Toscane
ou dans les pays voisins un assez grand nombre de poètes qui l'avaient,
à ce qu'il semble, reconnu pour leur maître : le plus célèbre
fut Guittone d'Arezzo, qui composa non seulement des canzone, mais
des Lettres en prose remarquables par l'énergie et la chaleur
du sentiment. Citons encore le franciscain
Jacopo da Todi, Buonagiunta de Lucques, Guido Lapo de Mantoue, Folcalchiero
de Sienne ,
et, à Florence ,
Ugolino Ubaldini et Dante da Majano. Vint ensuite Brunetto
Latini, le maître de Dante, qui fit quelques
vers amoureux, parce qu'il fallait en faire pour être réputé
un homme bien né et de belles manières; mais il n'y avait
en lui rien de bien poétique.
La science, la
philosophie
et la littérature ancienne furent ce qu'il cultiva de préférence.
Il traduisit, dit-on, en italien la Rhétorique
et divers fragments des harangues de Cicéron,
et répandit de la sorte des principes de goût et de composition
littéraire plus généraux et plus relevés que
ceux qui avaient jusque-là dominé. Le principal ouvrage de
Brunetto, intitulé le Trésor, est le résumé
de toute la science de son temps, qu'il avait recueillie dans de nombreux
voyages. Par le double effet des préceptes et des exemples de Brunetto
Latini, la tendance vers les études et les spéculations
philosophiques se fortifia; elle se lit sentir jusque dans la nouvelle
école de poésie qui venait de se former à Florence ,
et où l'on se piqua moins exprimer amour que de le définir
subtilement dans le sens des opinions d'Aristote.
Guido Cavalcanti, le poète de cette école qui, grâce
aux éloges de Dante, en est généralement
regardé comme le chef, est du moins celui qui en représente
le mieux le côté savant, philosophique : il composa des ballades
et des canzones, où il introduisit
assez mal, à propos ses dissertations pilosophiques et ses souvenirs
de l'Antiquité .
Le XIVe
siècle.
Dante.
Dante inaugure
magnifiquement une civilisation nouvelle. Outre le poème épique
par lequel il est surtout connu ( La
Divine
Comédie ),
il a laissé d'autres ouvrages importants. Le premier est la Vita
Nuova (Vie nouvelle), qu'il, écrivit en 1291, à
l'âge de 21 ans. II y réunit toutes les pièces de poésie
qu'il avait faites pour Béatrix, morte
depuis un ou deux ans, et les lia entre elles par un commentaire historique
ou psychologique, dans lequel entra tout ce que sa mémoire lui rappelait
des motifs qui l'avaient porté à composer ces poésies,
et des impressions au milieu desquelles il les avait écrites.
Le traité latin De Eloquio vulgari
(De la langue et de l'éloquence vulgaire) est divisé
en deux parties. La première est consacrée à l'histoire
des dialectes italiens. Dante les classe avec méthode, et de manière
à rattacher leurs rapports intrinsèques à leur position
géographique; il donne de plusieurs des échantillons curieux.
Selon lui, le dialecte dans lequel écrivaient les poètes
du XIIIe n'est le dialecte particulier
d'aucune des provinces ni des villes de l'Italie ,
mais un dialecte de cour, un dialecte idéal, modèle, formé
indistinctement de ce qu'il y avait de plus parfait dans les dialectes
locaux, et il lui donne le nom de dialecte cardinal ou illustre. Dans la
deuxième partie du Traité de l'éloquence vulgaire,
Dante
a posé les principes d'une théorie de la poésie. Après
avoir parlé de la poésie en général, il traite
de sa forme, et de ses divers styles, qui sont le tragique, le comique
et l'élégiaque, mais il prend ces termes dans un sens tout
différent de leur sens classique et convenu. Par tragique, il entend
le style noble et élevé; par comique, le style bas et médiocre;
par élégiaque, le style bas à l'exclusion de tout
autre. Il n'entre dans aucune explication particulière relativement
aux styles élégiaque et comique; quant au tragique, il ne
trouve que trois sujets auxquels il convienne, a bravoure guerrière
l'amour, la vertu.
Un troisième ouvrage de Dante,
le
Banquet (Il convito) ,
est un commentaire scientifique et philosophique de 14 canzones
des plus belles qu'il eût faites jusqu'alors. Enfin on a de lui,
un traité latin De monarchia, écrit pour soutenir
le parti de l'empereur Henri VII. Dans
cet ouvrage divisé en trois livres, Dante examine : 1° si la
monarchie
universelle est nécessaire an bonheur du monde; 2° si le peuple
romain avait eu le droit d'exercer cette monarchie; 3° si l'autorité
du monarque dépend de Dieu
ou d'un autre, ministre ou vicaire de Dieu. II résout affirmativement
les deux premières questions; il s'attache, surtout dans la 3°
partie, à démontrer que l'empereur est indépendant
du pouvoir du pape, soutient que les souverains dépendent directement
de Dieu, et tend à ne reconnaître l'autorité du pape
qu'en matière spirituelle.
Les
contemporains de Dante.
La renommée de Dante
domine son siècle; mais ce serait une injustice que de ne pas noter
le mouvement littéraire qui se produisait en même temps. C'était
l'époque où Robert d'Anjou,
roi de Naples
et comte de Provence ,
protégeait les savants et même avait la noble émulation
de les égaler. La plupart des princes de l'Italie ,
et, à leur exemple, les riches citoyens, se faisaient, une gloire
de protéger les écrivains et les artistes, à qui l'on
ne donna peut-être jamais plus d'encouragements et d'honneurs. Les
universités
de Bologne
et de Padoue
contribuèrent à propager et à étendre le goût
des lettres en Italie : leurs professeurs étaient, pour la plupart,
des hommes de grand talent, tels que Pierre d'Albano et Cecco
d'Ascoli. Cino da Pistoia, professeur de jurisprudence,
était également connu comme poète, et Pétrarque
lui fit l'honneur de l'imiter. Giovanni d'Andrea, de Bologne, était
un canoniste célèbre, et sa fille Novella était assez
savante pour le suppléer souvent. L'Histoire,
genre dans lequel les Italiens se sont le plus distingués, commençait
à avoir des interprètes, qui font autorité pour la
langue et pour les faits. Dino Compagni, florentin,
écrivit une Chronique qui s'étend de 1280 à
1312. Jean Villani rédigea aussi, mais
avec plus d'étendue et de talent, avec une sorte de dignité,
quoique dans un style naïf et simple, une Histoire de Florence
depuis sa fondation jusqu'à l'an 1348, ouvrage que Matteo Villani,
son frère, et Philippe, fils de Matteo, continuèrent jusqu'a
l'an 1364, et qui est rangé parmi les classiques italiens. Venise
eut aussi son historien, le doge André Dandolo,
dont le livre, écrit en latin, comprend
depuis les premières années de l'ère chrétienne
jusqu'à l'an 1342. Albertino Mussato, de Padoue, fut historien et
poète. II a laissé une histoire sous le titre d'Augusta,
parce qu'elle contient en 16 livres la vie de l'empereur Henri
VII. Dans 8 autres livres, il raconte les événements
qui suivirent la mort de ce prince, jusqu'en 1317; 3 livres en vers héroïques
ont pour sujet le siège de Padoue par Can Grande de la Scala, et,
dans un dernier livre en prose, Mussato décrit les troubles qui
déchirèrent cette ville et la firent passer sous la domination
des seigneurs de Vérone. Les poésies de Mussato, épîtres,
élégies,
églogues, sont en latin d'un style
abondant et facile. II composa aussi deux tragédies
latines, les premières qui aient été écrites
en Italie : l'une, Eccerinus, dont le fameux Ezzelino est le héros;
l'autre, Achilles, qui a pour sujet la mort d'Achille .
Pétrarque.
Pétrarque
partage avec Dante l'honneur d'avoir formé
la poésie italienne. Ses oeuvres latines,
sur lesquelles il fondait tout l'espoir de sa renommée, et qu'on
a complétement oubliées, ne sont pas sans mérite :
il sentit, le premier, qu'il fallait oublier le langage barbare de l'école,
et remonter à Cicéron et à
Virgile.
Ce furent les deux modèles qu'il se proposa dans sa prose et dans
ses vers. Les principaux de ces ouvrages sont : un Traité de
l'une et de l'autre fortune, où il a développé
l'idée philosophique, qu'il est souvent plus difficile de soutenir
la bonne que la mauvaise fortune; des Traités De la vie solitaire,
et Sur le loisir des religieux; un Traité Du mépris
du monde en forme de dialogue entre l'auteur et Saint
Augustin; un écrit singulièrement original, intitulé
: De sa propre ignorance et de celle de beaucoup d'autres, en réponse
à des jeunes gens qui l'avaient traité d'ignorant parce qu'il
ne partageait pas leur exclusive admiration pour Aristote;
un poème inachevé l'Afrique, en l'honneur de Scipion
l'Africain; douze églogues, ont quelques-unes sont de vraies
satires contre les papes et les abus de l'Église ;
une Correspondance avec tous les grands hommes d'alors, où
l'on retrouve l'histoire politique et littéraire de l'époque.
Le Canzioniere, recueil de poésies
en langue vulgaire, et que pour cette raison Pétrarque
regardait presque comme une erreur de son génie, est cependant ce
qui a fait de lui un des premiers poètes de l'Italie .
Un seul objet remplit cette suite de petits poèmes, la passion toute
platonique de Pétrarque pour Laure de Sades, dame vertueuse autant
que belle; mais la monotonie du sujet est rachetée par le coloris
de l'imagination et la magie du style. La rudesse sublime de Dante
n'existe plus; tout est châtié, élégant, correct
; la langue poétique vulgaire est fixée en Italie, et restera
ce que l'a faite Pétrarque.
Boccace.
Boccace fut
pour la prose ce que Dante et Pétrarque
furent pour la poésie; ses écrits sont le type du langage
correct et élégant; son style pittoresque et gracieux, libre
dans ses allures, mais toujours châtié dans ses termes, est
demeuré le modèle des prosateurs italiens. L'oeuvre principale
de Boccace, le Décaméron ,
a été appréciée ailleurs. Parmi ses ouvrages
latins, nous citerons : un Traité de la généalogie
des Dieux, où il a réuni tout ce que ses études
lui avaient appris sur le système mythologique des Anciens; un petit
Traité
sur les montagnes, les forêts, les fontaines, les lacs, les fleuves,
les étangs et les différents noms de la mer, lequel put
être alors très utile pour l'étude de la géographie
ancienne, dont les notions étaient aussi confuses que celles de
la mythologie; un Traité des infortunes
des hommes et des femmes illustres : un livre Des femmes célèbres;
16 églogues, roulant presque toutes
sur des faits qui lui sont particuliers ou des traits de l'histoire de
son temps, ce qui, joint à la dureté et à l'obscurité
du style, les rend souvent difficiles à entendre. Boccace avait
composé des sonnets et des poésies amoureuses en langue vulgaire
: il les brûla quand il connut les vers de Pétrarque, mais
il conserva les grands poèmes; il en retira la gloire d'avoir inventé
l'ottava rima, forme portique si heureuse, qu'un seul poète
excepté (le Trissin), elle fut ensuite adoptée par
tous les épiques italiens. La
Théséide fut
le premier poème où, renonçant aux fictions et aux
songes, qui étaient devenus comme un cadre universel, Boccace, à
l'exemple des anciens poètes, imagina une action bien tissue et
intéressante. Le Filostrato, poème en dix parties,
a pour sujet l'amour de Troïle ,
fils de Priam ,
pour Chryséis ,
la trahison de celle-ci, et le désespoir de l'amant trompé;
l'Académie de la Crusca a mis ce poème
au nombre des ouvrages qui font autorité pour la langue
italienne. Le Ninfale fiesolano est un petit poème sans
division de chants, où sont racontées les amours du berger
Africo et de la nymphe Mensola. l'Amorosa visione, selon l'usage alors
très commun, est écrite en tercets, et forme un grand acrostiche
: en prenant la première lettre du premier vers de chaque tercet,
depuis le commencement jusqu'à la fin, on en compose deux sonnets
et une canzone, en vers très réguliers, que le poète
adresse à sa maîtresse, et dans lesquels se trouvent cachés
leurs deux noms, Madama Maria et Giovanni di Boccacio da Certaldo; Boccace
avait pris cette singulière idée aux Provençaux.
Le
Filocopo paraît être son premier ouvrage en prose
italienne; c'est un roman de chevalerie avec
toutes les aventures et les invraisemblances d'usage. La Fiammetta,
autre roman divisé en 7 livres, est d'un style plus naturel; l'héroïne,
qui n'est autre que la princesse Marie de Naples, y raconte ses amours
avec Pamphile, qui représente Boccace. Le Corbaccio ou Laberinto
d'amore est une satire violente et souvent cynique contre une veuve
dont Boccace était devenu amoureux, et dont il avait été
dédaigné. Citons enfin l'Ameto ou Admète,
pastorale mêlée de prose et de vers, premier essai d'une invention
nouvelle, et l'Urbano, court roman dont l'empereur Frédéric
Barberousse est le héros.
L'habitude d'écrire des romans
fit qu'en composant son Origine, vita e costumi di Dante Alighieri,
Boccace
en fit, plutôt un roman qu'une histoire : il passe légèrement
sur les actions, les infortunes et les ouvrages du grand homme, et parle
fort au long de ses amours. Les leçons que Boccace donna dans ses
dernières années sur la Divine comédie
sont beaucoup plus estimées; imprimées Seulement en 1724,
elles ne s'étendent que jusqu'au, 17e
chant de l'Enfer; c'est le premier modèle italien de la prose
didactique.
La
seconde moitié du XIVe
siècle.
La seconde moitié du XIVe
siècle se ressentit de l'impulsion donnée par Dante,
Pétrarque
et Boccace ; ce fut une époque de grande
activité intellectuelle. Les universités fournissaient des
hommes remarquables dans toutes les branches du savoir. Louis
Marsigli, Louis Donato et beaucoup d'autres occupaient avec honneur
les chaires de théologie. L'astrologie ,
art
divinatoire cher au Moyen âge ,
était cultivée par Andolone del Nero,
Génois, et par Thomas de Pisan, que
sa renommée fit appeler en France
par Charles V, et dont le plus beau titre est
d'être le père de Christine de Pisan.
Paul le géomètre ne se borna pas, comme l'indique son surnom,
aux vaines recherches de l'astrologie. Pierre Crescenzio
écrivit sur l'agriculture. La jurisprudence, cultivée de
tout temps avec succès dans l'université de Bologne ,
reçut un nouveau lustre des ouvrages et de l'enseignement de Bartole,
auteur des Traités Des Guelfes et des Gibelins, De l'administration
de la république, De la tyrannie, etc., et dont Balde, son élève,
partagea la réputation. Pierre Villani écrivit les Vies
des hommes Illustres de Florence, et eut la gloire d'être choisi
en 1401 pour remplacer Boccace dans l'interprétation de la Divine
comédie, que commentait vers le même temps Benvenuto da
Imola, auteur d'une Histoire des Empereurs. Marino Sanuto, noble
Vénitien, écrivit une relation remarquable de ses voyages
en Orient.
Pétrarque
se plaignait d'avoir créé une foule de poètes qui
l'accablaient de leurs poésies latines : l'exemple d'un grand poète
et le goût du temps avaient causé cette épidémie.
Un poète aujourd'hui oublié, Zanoli da Strada, n'en obtint
pas mains les honneurs du triomphe. Landino, poète et musicien,
laissa des poésies latines qui égalent celles de Pétrarque.
Enfin Coluccio Salutato écrivit en vers et en prose, et ses contemporains
le comparent à Cicéron et à
Virgile.
Le nombre des versificateurs en langue vulgaire était encore plus
grand, et parmi eux on compte des femmes : Sainte Catherine de Sienne est
restée célèbre par la pureté et la vivacité
de son style, et fait autorité pour la langue. Federigo Frezzi voulut
imiter, dans son Quadriregio ou Quadriregno, la Divine
Comédie
de Dante; Fazio degli Uberti fut moins heureux
encore dans le Ditia Mondo (Dicta Mundi). Buonacorso de Montemagno
égala presque Pétrarque dans ses poésies, et ce même
poète eut encore pour imitateurs Antonio da Ferrara, Francesco degli
Albizzi, Sennuccio del-Bene, Zenone de Zenoni. Franco Sacchetti fut en
même temps poète et prosateur : il a laissé des nouvelles
dans le genre du Décaméron, mais moins lestes. En
1378 parut un autre recueil de contes supérieurs à ceux de
Sacchetti, et que l'on peut placer à côté de ceux de
Boccace : c'est Il Pecorone (la Pécore); l'auteur
est Giovanni Fiorentino. De ce recueil, connu dans toute l'Europe
du Moyen âge ,
Shakespeare
a tiré plusieurs détails de ses ouvrages, en particulier
l'histoire du
Marchand de Venise. On a enfin d'Antonio Pucci un
capitolo satirique sur Florence ,
où, prenant tour à tour le style comique et le style grave,
il signale les abus de son temps avec force et avec esprit.
(E.
B.). |
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