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L'influence de
la Révolution française
s'est fait sentir en Espagne
comme dans tout le reste de l'Europe
: la liberté politique y a ressuscité le mouvement de la
pensée. La renaissance littéraire a été servie
principalement par des réfugiés de l'île de Léon,
qui, bannis par Ferdinand VII, en
1823, pour leurs idées libérales, ont rapporté en
Espagne quelque chose des pays où ils passèrent leur exil.
L'Espagne ressemble alors un peu à l'Italie ,
un peu à l'Allemagne ,
et beaucoup à la France
: ce qui lui manque, c'est moins l'originalité que l'initiative.
La régence de Marie-Christine a ouvert une ère de renaissance
dont les premiers symptômes datent de 1836. Le mouvement littéraire
est moins remarquable par les productions de la prose que par celles de
la poésie.
Prose.
Les productions en prose les plus estimables
appartiennent à l'érudition. Même avant 1836, l'Espagne
a vu naître en ce genre des ouvrages remarquables, tels que le Théâtre
critique de l'éloquence espagnole, de Capmany de Monpalau; le
Dictionnaire
critique des auteurs catalans, par Amatt; et surtout les Mémoires
sur la municipalié de Barcelone, par Bofarull. Tous ces ouvrages
ont pour caractère singulier d'avoir été écrits
par des Catalans. Amador de los Rios, doyen
de là Faculté des lettres à l'Université centrale
de Madrid ,
a donné un Essai remarquable sur l'histoire politique et
littéraire des Juifs d'Espagne;
Don Manuel Quintana, une Biographie
des Espagnols célèbres; Don Eugenio Ochoa, une Notice
sur les manuscrits espagnols que possède la Bibliothèque
Nationale de Paris .
La Bibliothèque des auteurs espagnols, publiée sous
les auspices du gouvernement, par Rivadeneyra, prouve que l'érudition
espagnole est devenue plus rigoureuse, plus méthodique, et ne procède
plus par hypothèses. Cette publication a fait naître des dissertations,
des recherches, des études de documents, dont les plus remarquables
sont en tête des éditions du Romancero général
par Agostin Duran, des oeuvres du marquis de Santillana
par Amador de los Rios, du Cancionero de Baena par le marquis de
Pidal, de Quevedo par Guerra y Orbe, d'Alarcon
par Don Gayetano Rosell, etc.
Dans le genre historique, nous trouvons
: l'Histoire du soulèvement, de la guerre et de la révolution.
d'Espagne, par le comte de Toreno, Madrid, 1835, 5 vol. ; l'Histoire
des Arabes d'Espagne, par Conde; l'Histoire de la civilisation en
Espagne, par Gonzalo Moron; l'Espagne sous les Bourbons, par
Carvajal; l'Histoire des dynasties mahométanes d'Espagne,
par Don Pascual de Gayangos.
En philosophie ,
les ouvrages estimés de Jaime Balmès
et de Donoso Cortès.
Le roman a
pris un développement considérable avec Humara y Salamanca,
Escosura, Martinez de La Rosa, Espronceda,
José de Villalta, etc.
N'oublions pas, dans le genre de la critique
et de la polémique, Mariano de Larra, mort en 1837 à l'âge
de 28 ans. Publiciste distingué, l'un des plus ardents et des plus
intelligents propagateurs de la révolution littéraire qui
prétendait concilier l'originalité espagnole avec l'imitation
de la France, Larra écrivit
successivement, sous le pseudonyme de Figaro, dans le Pobrecito hablador,
dans la Revista et dans l'Observador : moeurs, politique,
littérature, beaux-arts, il passait tout en revue dans ses charmantes
conversations, écrites avec tout l'entrain et la vivacité
de la jeunesse.
Poésie.
L'Espagne
a retrouvé un poète dans le duc de Rivas, auteur du Moro
exposito, qu'il rapporta de l'exil en 1834; dans Zorrilla,
auquel on doit Granada, poème qui tient à la fois
de l'ode et de l'épopée
et dont l'apparition produisit une vive sensation même en France.
Théâtre.
La portion la plus riche de la poésie
espagnole au XIXe siècle est celle
du théâtre : certains auteurs,
qui ne sont pas encore au bout de leur carrière, comptent
leurs pièces par centaines. Ce sont des Lope
de Vega, le génie en moins. Toutefois, l'exemple et les doctrines
des Luzan et des Moratin
n'ont pas été inutiles aux poètes de la génération
nouvelle. Dans leurs ouvrages, l'inspiration est plus contenue, l'essor
de l'esprit mieux réglé; il y a plus d'art. Le duc de Rivas,
déjà célèbre par le poème du Moro
exposito, mit le comble à sa réputation par son drame
de Don Alvaro o la fuerza del sino, qui tenait le milieu entre l'école
de Moratin et les nouvelles théories nées des dramatiques
français. A côté du duc de Rivas se place Martinez
de La Rosa, homme de lettres et homme politique, qui fit représenter,
en 1834, son drame de la Conjuration de Venise.
La génération suivante, qui
annonce la prétention de créer un théâtre national,
quoique tout imbue des traditions de Scribe, de Victor
Hugo, d'Alexandre Dumas, de Bayard, et des
meilleurs vaudevillistes, voit à sa tête Breton de les Herreros,
Gil y Zarate, Hartzembusch et Zorrilla.
Les débuts du premier remontent
à 1824; il a donné environ 150 ouvrages, drames
ou comédies, traductions ou pièces
originales. Il passe pour le meilleur peintre de la classe moyenne en Espagne ,
excelle à mettre en scène les individualités comiques.
Don Antonio Gil y Zarate, plus âgé de quelques années
que Breton, débuta, en 1835, par une tragédie purement classique,
Blanca
de Bourbon. L'année suivante, il devint un partisan déclaré
des idées nouvelles, et commença la série de ses drames
par Carlos Il el Hechizado, un de ses meilleurs ouvrages; on s'aperçoit
que l'auteur avait lu Notre-Dame de Paris. Gil Zarate continua à
déployer les qualités dramatiques les plus brillantes dans
Rosmunda, Don Alvaro de Luna, El gran capitan, Guzman el Bueno.
Il se distingue des autres poètes de l'époque par une connaissance
plus profonde du coeur humain et par une tendance marquée à
chercher l'effet dramatique dans les sentiments généreux
de l'humanité. II a écrit pour la jeunesse un élégant
manuel de la littérature espagnole, remarquable par le choix et
par le goût.
Zorrilla et Hartsembusch s'adressent principalement
à la fibre nationale; leur ambition est de faire revivre le prestige
de la vieille Espagne .
Mais Hartzembusch procède dans cet objet par l'érudition,
Zorrilla
par l'intuition : l'un est plus vrai et plus froid, l'autre toujours saisissant
quand il rencontre juste. Hartzembusch débuta brillamment par ses
Amants de Teruel, suivis de Doña Mencia ou le Mariage
à l'Inquisition, et d'Alfonso el Casto, peinture naïve
et pleine de charme de la royauté naissante d'Oviedo ,
mais où le parti pris en ce qui concerne le Cid
nuit un peu à la vérité historique. Le premier ouvrage
vraiment remarquable de Zorilla est intitulé El Rapatero y el
Rey, Pierre le Cruel en est le héros;
c'est la pièce où se montre le mieux le caractère
du poète, l'inspiration soudaine.
Parmi les continuateurs de cette école
moderne, on mentionnera d'abord Don Manuel Tamayo y Baus, le plus
distingué d'entre eux, outre une tragédie
fort applaudie, a donné des drames historiques
: la Rica hembra et la Locura de Amor, suivis, en 1857, de
la
Bola de Nieve. Vient ensuite Don Luis de Eguilaz, qui a produit un
drame en 5 actes, el Patriarca del Turia. Nous citerons encore Fiorentino
Sanz et Lope de Ayala. En 1857, on a représenté du premier
un drame intitulé Achaques de la Vejez; du second une comédie
en 4 actes, el Tejado de Vidrio. Par la suite, une femme, Doña
Cecilia Böhl, sous le pseudonyme de Fernan
Caballero, a composé des nouvelles
où elle introduit avec le plus grand charme les romances
et les traditions poétiques de l'Andalousie .
(E.
Baret). |
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