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Littérature espagnole
La littérature espagnole au XIXe siècle
Aperçu
Le Moyen Âge
L'âge d'or : XVIe s.; XVIIe s. Le XVIIIe s. Le XIXe s.
L'influence de la Révolution française s'est fait sentir en Espagne comme dans tout le reste de l'Europe : la liberté politique y a ressuscité le mouvement de la pensée. La renaissance littéraire a été servie principalement par des réfugiés de l'île de Léon, qui, bannis par Ferdinand VII, en 1823, pour leurs idées libérales, ont rapporté en Espagne quelque chose des pays où ils passèrent leur exil. L'Espagne ressemble alors un peu à l'Italie, un peu à l'Allemagne, et beaucoup à la France : ce qui lui manque, c'est moins l'originalité que l'initiative. La régence de Marie-Christine a ouvert une ère de renaissance dont les premiers symptômes datent de 1836. Le mouvement littéraire est moins remarquable par les productions de la prose que par celles de la poésie

Prose.
Les productions en prose les plus estimables appartiennent à l'érudition. Même avant 1836, l'Espagne a vu naître en ce genre des ouvrages remarquables, tels que le Théâtre critique de l'éloquence espagnole, de Capmany de Monpalau; le Dictionnaire critique des auteurs catalans, par Amatt; et surtout les Mémoires sur la municipalié de Barcelone, par Bofarull. Tous ces ouvrages ont pour caractère singulier d'avoir été écrits par des Catalans. Amador de los Rios, doyen de là Faculté des lettres à l'Université centrale de Madrid, a donné un Essai remarquable sur l'histoire politique et littéraire des Juifs d'Espagne; Don Manuel Quintana, une Biographie des Espagnols célèbres; Don Eugenio Ochoa, une Notice sur les manuscrits espagnols que possède la Bibliothèque Nationale de Paris. La Bibliothèque des auteurs espagnols, publiée sous les auspices du gouvernement, par Rivadeneyra, prouve que l'érudition espagnole est devenue plus rigoureuse, plus méthodique, et ne procède plus par hypothèses. Cette publication a fait naître des dissertations, des recherches, des études de documents, dont les plus remarquables sont en tête des éditions du Romancero général par Agostin Duran, des oeuvres du marquis de Santillana par Amador de los Rios, du Cancionero de Baena par le marquis de Pidal, de Quevedo par Guerra y Orbe, d'Alarcon par Don Gayetano Rosell, etc.

Dans le genre historique, nous trouvons : l'Histoire du soulèvement, de la guerre et de la révolution. d'Espagne, par le comte de Toreno, Madrid, 1835, 5 vol. ; l'Histoire des Arabes d'Espagne, par Conde; l'Histoire de la civilisation en Espagne, par Gonzalo Moron; l'Espagne sous les Bourbons, par Carvajal; l'Histoire des dynasties mahométanes d'Espagne, par Don Pascual de Gayangos.

En philosophie, les ouvrages estimés de Jaime Balmès et de Donoso Cortès. 

Le roman a pris un développement considérable avec Humara y Salamanca, Escosura, Martinez de La Rosa, Espronceda, José de Villalta, etc.

N'oublions pas, dans le genre de la critique et de la polémique, Mariano de Larra, mort en 1837 à l'âge de 28 ans. Publiciste distingué, l'un des plus ardents et des plus intelligents propagateurs de la révolution littéraire qui prétendait concilier l'originalité espagnole avec l'imitation de la France, Larra écrivit successivement, sous le pseudonyme de Figaro, dans le Pobrecito hablador, dans la Revista et dans l'Observador : moeurs, politique, littérature, beaux-arts, il passait tout en revue dans ses charmantes conversations, écrites avec tout l'entrain et la vivacité de la jeunesse. 

Poésie.
L'Espagne a retrouvé un poète dans le duc de Rivas, auteur du Moro exposito, qu'il rapporta de l'exil en 1834; dans Zorrilla, auquel on doit Granada, poème qui tient à la fois de l'ode et de l'épopée et dont l'apparition produisit une vive sensation même en France

Théâtre.
La portion la plus riche de la poésie espagnole au XIXe siècle est celle du théâtre : certains auteurs, qui ne sont pas encore au bout de leur carrière, comptent  leurs pièces par centaines. Ce sont des Lope de Vega, le génie en moins. Toutefois, l'exemple et les doctrines des Luzan et des Moratin n'ont pas été inutiles aux poètes de la génération nouvelle. Dans leurs ouvrages, l'inspiration est plus contenue, l'essor de l'esprit mieux réglé; il y a plus d'art. Le duc de Rivas, déjà célèbre par le poème du Moro exposito, mit le comble à sa réputation par son drame de Don Alvaro o la fuerza del sino, qui tenait le milieu entre l'école de Moratin et les nouvelles théories nées des dramatiques français. A côté du duc de Rivas se place Martinez de La Rosa, homme de lettres et homme politique, qui fit représenter, en 1834, son drame de la Conjuration de Venise

La génération suivante, qui annonce la prétention de créer un théâtre national, quoique tout imbue des traditions de Scribe, de Victor Hugo, d'Alexandre Dumas, de Bayard, et des meilleurs vaudevillistes, voit à sa tête Breton de les Herreros, Gil y Zarate, Hartzembusch et Zorrilla.

Les débuts du premier remontent à 1824; il a donné environ 150 ouvrages, drames ou comédies, traductions ou pièces originales. Il passe pour le meilleur peintre de la classe moyenne en Espagne, excelle à mettre en scène les individualités comiques. Don Antonio Gil y Zarate, plus âgé de quelques années que Breton, débuta, en 1835, par une tragédie purement classique, Blanca de Bourbon. L'année suivante, il devint un partisan déclaré des idées nouvelles, et commença la série de ses drames par Carlos Il el Hechizado, un de ses meilleurs ouvrages; on s'aperçoit que l'auteur avait lu Notre-Dame de Paris. Gil Zarate continua à déployer les qualités dramatiques les plus brillantes dans Rosmunda, Don Alvaro de Luna, El gran capitan, Guzman el Bueno. Il se distingue des autres poètes de l'époque par une connaissance plus profonde du coeur humain et par une tendance marquée à chercher l'effet dramatique dans les sentiments généreux de l'humanité. II a écrit pour la jeunesse un élégant manuel de la littérature espagnole, remarquable par le choix et par le goût.

Zorrilla et Hartsembusch s'adressent principalement à la fibre nationale; leur ambition est de faire revivre le prestige de la vieille Espagne. Mais Hartzembusch procède dans cet objet par l'érudition, Zorrilla par l'intuition : l'un est plus vrai et plus froid, l'autre toujours saisissant quand il rencontre juste. Hartzembusch débuta brillamment par ses Amants de Teruel, suivis de Doña Mencia ou le Mariage à l'Inquisition, et d'Alfonso el Casto, peinture naïve et pleine de charme de la royauté naissante d'Oviedo, mais où le parti pris en ce qui concerne le Cid nuit un peu à la vérité historique. Le premier ouvrage vraiment remarquable de Zorilla est intitulé El Rapatero y el Rey, Pierre le Cruel en est le héros; c'est la pièce où se montre le mieux le caractère du poète, l'inspiration soudaine.

Parmi les continuateurs de cette école moderne, on mentionnera d'abord  Don Manuel Tamayo y Baus, le plus distingué d'entre eux, outre une tragédie fort applaudie, a donné des drames historiques : la Rica hembra et la Locura de Amor, suivis, en 1857, de la Bola de Nieve. Vient ensuite Don Luis de Eguilaz, qui a produit un drame en 5 actes, el Patriarca del Turia. Nous citerons encore Fiorentino Sanz et Lope de Ayala. En 1857, on a représenté du premier un drame intitulé Achaques de la Vejez; du second une comédie en 4 actes, el Tejado de Vidrio. Par la suite, une femme, Doña Cecilia Böhl, sous le pseudonyme de Fernan Caballero, a composé des nouvelles où elle introduit avec le plus grand charme les romances et les traditions poétiques de l'Andalousie. (E. Baret).

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