|
|
|
|
Encyclopédie
|
|
|
La littérature espagnole au XVIIIe siècle |
| Aperçu |
|
L'âge d'or : XVIe s.; XVIIe s. | Le XVIIIe s. | Le XIXe s. |
| L'âge d'or
de la littérature espagnole
finit avec la dynastie royale autrichienne. Pendant l'espace d'un siècle,
ce n'est pas seulement la médiocrité, c'est le néant;
et lorsque, vers le milieu du XVIIIe siècle,
l'esprit semble se réveiller de sa longue léthargie, la sève
est desséchée. L'avènement de la maison de Bourbon,
en introduisant en Espagne Poésie.
Les théories du Luzan
rencontrèrent un adversaire passionné en Don Vicente Garcia
de La Huerta, personnage orgueilleux autant qu'atrabilaire, qui employa
à la défense des vieux poètes nationaux le même
zèle que mettait la nouvelle école à faire ressortir
leurs défauts. Mais, dans l'imitation de la vieille poésie
espagnole, La Huerta fit paraître plus de bonne volonté que
de talent. Le principal antagoniste de La Huerta était Don Thomas
de Iriarte ou Yriarte. II était neveu de Don Juan de Iriarte, bibliothécaire
de Ferdinand VI, lequel avait fait
ses études au collège Louis-le-Grand, de Paris Un contemporain d'Iriarte, Samaniego, a composé des fables imitées de La Fontaine, où la naïveté, l'abandon, la pointe de malignité du modèle se retrouvent souvent; malgré ces qualités, il n'occupe qu'une place subalterne dans la littérature générale. En résumé, toute l'influence de l'école française se borna à faire gagner le style en correction, en simplicité, en clarté, sans lui rendre ni l'enthousiasme, ni la vigueur antiques. La poésie était morte. Les Luzan, les Cadalso, les Iriarte, sont des hommes de talent, des esprits élégants qui prennent la lyre de propos délibéré, et se font poètes parce qu'il y a eu des poésies; mais ils ne font, comme tant d'autres écrivains de décadence, que regratter du vieux. A la suite des guerres et des révolutions qui agitèrent la fin du XVIIIe siècle et le commencement du XIXe, le goût est devenu plus sévère : cela explique l'oubli où sont tombés les vers anacréontiques et bucoliques de Melendez, accueillis avec enthousiasme en 1785. Ces poésies ont de la douceur et de l'harmonie, qualités faciles à acquérir, mais qui ne font pas un poète, si elles ne sont accompagnées de la force de la pensée, et de la hauteur de l'inspiration. L'Ode aux Beaux-Arts, l'Ode aux étoiles, ne sont que des amplifications assez communes et beaucoup trop développées. Melendez a néanmoins le premier rang parmi les poètes espagnols du XVIIIe siècle, et une place distinguée dans la littérature européenne. Don Nicasio Alvarez de Cienfuegos, disciple favori de Melendez, eut un talent ardent; il s'exerça dans l'ode, l'épître et la poésie pastorale. La passion du grand et de l'honnête anime ses vers lyriques. L'original et facétieux José de Iglesias, connu par ses épigrammes et ses letrillas satiriques, fut ami et rival de Melendez. Deux pièces de ces auteurs, faites concurremment, la Fleur du gurzuen et la Rose d'Avril, réalisèrent ces combats de bergers que se plaît à décrire l'Églogue antique. Le comte de Norona, Don Melchior
de Jovellanos, Fray Diego Gonzalès, le digne émule de
Luis
de Léon, cultivèrent aussi la
poésie
lyrique. Le premier se fit connaître par une belle Ode à
la Paix, à l'occasion de la paix conclue entre la France Nous clorons cette liste par le nom de Don Alberto Lista, également célèbre comme poète et comme critique. Poésie
dramatique.
L'introduction de la littérature française à la suite du petit-fils de Louis XIV amena dans l'art dramatique, comme dans les autres genres poétiques, une réaction qui favorisa le retour du bon sens aux dépens de l'originalité et de la vie. On commença par traduire les chefs-d'oeuvre de Corneille, de Racine, et de Molière; on essaya ensuite de les imiter. Le code poétique de Boileau fut adopté comme base de la jurisprudence dramatique : les drames et le système poétique de Calderon et de Lope de Vega tombèrent dans le mépris. Le premier écrivain qui composa dans les principes de l'école française fut Don Agustin Montiano y Luyando, auteur d'Ataulfe et de Virginie. L'essai ne fut pas heureux; Ie style de Luyando parut froid, comme dans toute poésie d'imitation. Les essais de Luyando furent suivis de Guzman el Bueno, par Don Nicolas de Moratin; de Sancho Garcia, par Cadalso; de Muñuza, par Jovellanos; de la Numancia, par Don Ignacio Lopez de Ayala. Toutes ces tentatives furent également malheureuses. A l'exception de la Numancia, qui, réduite dans ses proportions et corrigée, s'est soutenue jusqu'à nos jours, il n'est aucune de ces compositions qui pût affronter l'épreuve du théâtre, sans succomber sous les sifflets. Alors le champion de l'ancienne littérature, La Huerta, prétendit s'opposer à l'invasion de l'influence française, en publiant une collection assez mal entendue des meilleures pièces du vieux théâtre. II voulut joindre l'exemple au précepte; mais telle était la force du torrent des idées françaises, qu'il y céda malgré lui. Il dut à cette violence salutaire de produire des oeuvres qui ont assuré sa renommée, la traduction de Zaïre, et une tragédie de Rachel. Un plan assez bien ordonné, une action intéressante, des caractères vigoureusement tracés, joints à l'attrait d'un style plein d'éclat, procurèrent à la Rachel une popularité immense. Cette tragédie laisse en effet bien loin derrière elle l'Idoménée et la Comtesse de Castille de Cienfuegos. Il fallut attendre pour l'égaler, Maiquez, et surtout Quintana, dont le Pelayo, écrit vers 1808, vivra autant que la langue espagnole. Dans cette phase où l'influence
de la littérature française
fit entrer le théâtre espagnol,
la comédie conserva une originalité
plus véritable que le drame, grâce
au talent d'un homme supérieur, Don Leandro
Fernandez Moratin. Après plusieurs essais malheureux de Don
Nico!as son père, du caustique Forner, d'Iriarte, traducteur du
Philosophe
marié de Destouches, de Jovellanos,
auteur de l'Honnête criminel, où il donna le premier
exemple de la prose appliquée à la poésie dramatique,
Moratin trouva la comédie de moeurs selon les règles françaises,
et, dès son début (El viejo y la niña), devança
tous ses rivaux. Sa comédie le Café, dirigée
contre les fades rapsodies qui régnaient sur la scène, produisit
une véritable révolution dans l'art. Les observations critiqués
dont il appuya cette pièce achevèrent d'opérer le
mouvement. Moratin essaya de lutter contre Molière
dans la Mogigata (Tartufe femelle); mais son chef-d'oeuvre
est le Oui des jeunes filles, qui a été traduit en
français,
et joué vers 1825 sur l'un des théâtres
de Paris Prose.
Un imitateur de Quevedo, Don Diego de Torres Villaroel, a donné, sous le titre de Visions, un livre écrit dans le mauvais goût du temps, et qui est complètement oublié, malgré un véritable talent. Vers 1730 parut un écrivain qui
commença en Espagne Esprit plus élégant, quoique
non moins hardi, le P. Isla, jésuite,
a rempli de son nom la seconde moitié du XVIIIe
siècle. II a revendiqué pour sa patrie, avec plus de zèle
que d'à-propos, la création du roman Gil Blas Le XVIIIe
siècle vit aussi naître en Espagne des travaux d'érudition
très estimables, parmi lesquels tiennent le premier rang la Bibliothèque
des auteurs espagnols anciens et modernes, par Nicolas Antonio, et
l'Espagne
sacrée de Florès. Les Origenes de Mayans y Siscar,
les Mémoires pour servir à l'histoire de la poésie
par le P. Sarmiento, l'Histoire critique du P. Masdeu, la Censura
de Historias fabulosas de Don Joseph Pellicer, et ses Commentaires
à l'Histoire de Don Quichotte. Mais le plus illustre écrivain
de ce siècle, c'est Don Gaspar Melchior
de Jovellanos, qui passe pour avoir écrit en histoire,
en politique et en philosophie |
|
|
© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.