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Sous le règne
de Henri VIII, le célèbre
Thomas
More, l'auteur d'Utopie
et de plusieurs écrits religieux où l'on trouve les premiers
modèles de la belle prose anglaise.
Quoiqu'il fût très instruit, il règne dans ses ouvrages
une gaieté et une bonne humeur qui contrastent avec la gravité
de ses fonctions de chancelier d'Angleterre .
Pendant que Thomas More défendait le catholicisme ,
un homme de talent, Hugh Latimer, combattait en faveur des protestants.
L'écrivain le plus savant du commencement du XVIe
siècle fut peut-être Leland, élève des universités
de Cambridge
et d'Oxford ,
aussi familier avec les langues anciennes et modernes qu'avec la sienne
propre. Le mouvement littéraire qui se produisit sous le règne
de Henri VIII eut un caractère essentiellement religieux, et le
résultat le plus important en fut la publication de plusieurs traductions
de la Bible ,
dont la meilleure, due à la plume de William Tyndale, parut à
Wittemberg, sous l'inspiration directe de Luther.
Parmi les écrivains de cette époque, nous ne pouvons oublier
Roger
Ascham, le précepteur de la reine
Élisabeth,
qui, dans son Maître d'école, a exprimé des
idées élevées sur l'éducation.
La renaissance
des lettres.
A partir de 1558,
commence l'âge d'or, le siècle d'Auguste de la littérature
anglaise. L'étude des littératures classiques, l'invention
de l'imprimerie ,
la liberté avec laquelle on discute sur les questions religieuses,
et la prédominance de la philosophie de Platon
sur celle d'Aristote, donnent aux esprits une
force et une activité singulières. La langue s'enrichit de
mots empruntés à l'Antiquité .
La Renaissance
passe d'Italie
et de France
en Angleterre .
Des écrivains anglais traduisent, non seulement les chefs-d'oeuvre
des Grecs et des Latins,
mais les ouvrages des Italiens modernes et des Français. La lecture
de la Bible ,
traduite en langue vulgaire et répandue à profusion dans
toutes les classes de la nation, contribue à ce mouvement littéraire,
en échauffant les imaginations et en leur proposant pour modèles
les beauté de la poésie
hébraïque. Les souverains eux-mêmes encouragèrent
les tendances littéraires de leur temps : Élisabeth
I, par la protection qu'elle accorda aux lettres et surtout au théâtre,
mérita de donner son nom au siècle tout entier. Ses successeurs,
Jacques
Ier et
Charles
Ier, princes
plus lettrés que politiques, continuèrent son oeuvre et servirent
à leur tour les progrès de la littérature
anglaise.
Hors de la scène, le nom le plus
notable dans la poésie fut alors celui
de Spenser (né en 1553, mort en 1599), auteur de la Reine des
Fées, poème chevaleresque et allégorique, dans
lequel le roi Arthur
joue le principal rôle. Le poète y mêle l'allusion à
l'allégorie, et désigne sous
des noms de convention quelques-uns des personnages les plus connus de
son temps. La Reine des Fées fut accueillie avec enthousiasme
par le public, qui y admirait le luxe des images et la mélodie du
rythme. Spenser est, en effet, le plus harmonieux et le plus abondant des
poète descriptif de l'Angleterre .
Son imagination n'est pas moins puissante que celle d'Arioste
et du Tasse, ses modèles; mais la continuité
de l'allégorie rend son oeuvre plus difficile à comprendre
et moins agréable à lire que la Jérusalem délivrée
ou le Roland furieux .
Dans un rang bien inférieur à celui de Spenser, se placent
: Robert Southwell, prêtre catholique, persécuté, emprisonné
et mis à mort, à cause de sa croyance; Daniell, auteur de
tragédies
et de poèmes ennuyeux, mais qui a laissé de jolies pièces
légères; Thomas Carew, poète de cour, voué
aux compliments officiels et aux panégyriques;
et enfin
Fairfax, le brillant traducteur du Tasse.
Mais c'est surtout dans les oeuvres dramatiques
que la poésie anglaise jeta le plus vif éclat au XVIe
siècle. Le théâtre sortit,
en Angleterre
comme dans le reste de l'Europe ,
des Mystères et des Moralités
du Moyen âge .
La première production dramatique qui ne soit ni un Mystère
ni une Moralité est une pièce très simple, et même
très grossière, les Quatre P de John Heywood, dans
laquelle l'auteur tourne en ridicule les moeurs du clergé. La première
comédie
proprement dite est intitulée
Ralph Royster Doyster, par
N. Udall, et date du règne de
Henri
VIII. La première tragédie
est celle de Gorboduc ou Ferrex et Porrex, oeuvre de Sackville et
de Norton, jouée en 1561 à Whitehall, devant la reine Élisabeth.
Avant Shakespeare, plusieurs poètes
avaient obtenu des succès sur la scène. Parmi eux on comptait
: Lyly, auteur de l'Euphues ou de l'Anatomie de l'esprit,
qui avait mis à la mode le jargon prétentieux et raffiné
de l'euphuisme; Peele; Kyd, auteur de la Tragédie
espagnole, d'abord si populaire, et plus tard si ridiculisée
par les écrivains dramatiques; le satirique Nash, le spirituel Greene,
et Lodge, acteur, poète et médecin. Le plus célèbre
de ces prédécesseurs de Shakespeare est Christopher Marlowe,
qui a atteint plus d'une fois, avant le grand tragique, les accents les
plus élevés de la tragédie. Trois de ses pièces,
Edouard
II, tragédie historique, le Juif de Malte, et surtout
la
Vie et la Mort du docteur Faustus, renferment, au milieu de beaucoup
d'invraisemblances, d'exagérations et de bouffonneries,
des beautés supérieures.
William Shakespeare
(né en 1564, mort en 1616) suffirait seul à la gloire littéraire
du siècle d'Élisabeth. C'est
le poète dramatique dont la renommée est aujourd'hui la plus
réandue et la moins contestée dans le monde. II a pris ses
sujets chez les conteurs italiens,
dans les légendes du Moyen âge ,
dans de vieilles pièces anglaises, dans les Vies
de Plutarque traduites par North, ou dans les
chroniques nationales d'Holinshed. Il a fait des tragédies,
des comédies, et des pièces
pleines d'imagination et de fantaisie, qui ne peuvent se classer dans aucun
genre déterminé. Ses plus belles tragédies sont :
le Roi Lear, Hamlet, remanié trois fois, Othello,
Macbeth,
Jules
César, Richard II et Richard III. Parmi ses comédies,
citons on première ligne le Marchand de Venise, les joyeuses
commères de Windsor, et Comme il vous plaira; parmi les
pièces purement fantastiques, le Songe d'une nuit d'été
et la Tempête.
Le grand mérite de Shakespeare,
c'est la variété et la profondeur philosophique de ses conceptions.
Il y a des oeuvres plus achevées que les siennes, il n'y en a pas
de plus puissantes. Son style, souvent inégal, trop mêlé
de grossièretés et d'affectation, rachète ces défauts
par l'abondance des images et par l'éclat d'une poésie qui
n'a pas été surpassée en Angleterre .
Cette période si brillante de la
littérature anglaise ne produisit pas moins de prosateurs que de
poètes. Le premier en date, Philippe Sidney, a composé, trente
ans avant que d'Urfé publiât l'Astrée ,
la célèbre pastorale de l'Arcadie .
Hooker, peu connu en France ,
est considéré en Grande-Bretagne comme un des esprits les
plus vigoureux qui aient écrit sur la théologie. Francis
Bacon a posé, dans le Novum Organum ,
les règles de la méthode expérimentale, et ouvert
à la science moderne une route qui n'avait pas été
suivie depuis Aristote. Mais l'esprit de Bacon
était universel : ce n'est pas seulement comme philosophe, c'est
comme homme d'État, comme publiciste, comme orateur, comme jurisconsulte,
comme historien et comme moraliste, qu'il mérite d'être cité.
Il est le premier qui ait fait de la prose anglaise une langue aussi concise
et aussi compréhensive que le latin.
Sir Walter Raleigh, si connu par ses aventures
et par sa haute fortune suivie d'une terrible disgrâce et d'une triste
mort, a créé, dans son Histoire du Monde, le genre
et le style historiques qui devaient plus tard inspirer de si remarquables
travaux. Nous trouvons à la même époque un grand nombre
de chroniqueurs savants et consciencieux, des voyageurs tels que Howell
et sir Thomas Herbert, des archéologues tels que William Camden,
et des philosophes tels que Hobbes, qui réduit
la philosophie
à l'observation des phénomènes sensibles et la politique
au droit du plus fort.
Terminons en disant deux mots de la littérature
écossaise qui, au XVIe siècle,
termine pratiquement sa course en tant que littérature distincte
de la littérature anglaise
proprement dite : on mentionne ainsi quelques ballades de Jacques
V, père de la malheureuse Marie Stuart,
qui cultiva elle-même les lettres, mais en latin
et en français. Jacques VI, fils
de cette princesse, porta chez les Anglais, sur lesquels il régna
depuis 1603, le goût des discussions théologiques et les arguties
scolastiques. Depuis ce temps, l'Écosse ,
ayant été réunie à l'Angleterre ,
cessa de posséder une littérature particulière. (Seul
un grand poète de la seconde moitié du XVIIIe
siècle, Robert Burns, composera ses oeuvres
dans la langue anglo-écossaise). (AM). |
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