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Aspects de la littérature américaine jusqu'en 1900
Histoire, philosophie, sciences, voyages
Aperçu
La poésie
Le roman Genres divers
Histoire et Biographie. 
L'histoire est un des chapitres les plus brillants de la littérature américaine du XIXe siècle. 

On y trouve, tout d'abord, un des premiers prosateurs des Etats-Unis, comme date et comme talent, Washington Irving (1783-1859). Son Christophe Colomb (1828) a été l'un des livres populaires du siècle, roman historique plutôt qu'histoire, mais oeuvre littéraire des plus remarquables, modèle de narration captivante écrite dans le plus pur et le plus classique style anglais. L'Espagne, pays adoptif, bien que persécuteur de Christophe Colomb, a été fouillée en tous sens par les historiens américains et Washington Irving fut le premier à étudier ce règne si rempli de Ferdinand et d'Isabelle, en écrivant sa Chronique de la conquête de Grenade

C'est sur le même terrain que William Hickling Prescott (1796-1859) a élevé son monument : Histoire de Ferdinand et d'Isabelle (1838), de la Conquête du Mexique(1843), de la Conquête du Pérou (1847), du Règne de Philippe II (1855). Prescott est un historien de premier ordre, sagace, bien informé, un esprit critique et sûr. Ses ouvrages sont faciles à lire, savants sans pédantisme, clairs, son jugement logique et impartial. On peut dire de lui qu'il fut un Mignet plus abondant et plus fécond. 

En 1824, le juge Marshall publia une Histoire des colonies établies par les Anglais dans l'Amérique du Nord, et un avocat écossais, Grahame, commença à écrire une Histoire des Etats-Unis, qui n'a été terminée qu'en 1836; ces ouvrages contiennent des recherches consciencieuses, et ont relativement un grand mérite, comme le résumé de la Guerre de la Révolution publié par Botta; mais quoique ce dernier soit devenu classique en Amérique, on sent partout dans son livre que l'auteur est étranger. 

Signalons encore : l'Histoire de l'Etat du Maine par W. Williamson, qui traite la période de 1602 à 1820; les Esquisses historiques du Michigan, série de discours prononcés devant la Société historique de cet État par Lewis Cass, Henry Whiting, John Biddle et Henry Schoolcraft; les Collections de la Société historique de New-York; l'Histoire de la Louisiane, écrite en français par Gayarré; une Introduction à l'histoire de la colonie de la Virginie, par Charles Campbell; une Histoire de la Géorgie, par W.-B. Stewens; une Histoire de la république du Kentucky, mal rédigée, mais pleine de recherches, par Mann Butler; l'Histoire de la Pensylvanie, de Robert Proud.

Les livres sur l'histoire des États-Unis ne manquaient donc pas : mais il fallait corriger les erreurs, donner de l'unité à l'ensemble, sans négliger chacun des États; telle fut la tâche réservée à  Bancroft. Né en 1800, à Worcester (Massachusetts), d'un ministre qui publia en 1807 une Vie de Washington, il fit en Europe un voyage, pendant lequel il devint en Allemagne le disciple de Heeren et l'ami de Schlosser. De 1834 à 1855, il, a publié une Histoire des Etats-Unis, dans laquelle, puisant aux documents originaux, il a corrigé beaucoup d'erreurs accréditées par les ouvrages antérieurs. Il semble quelquefois être plutôt un avocat qu'un historien; il célèbre avec enthousiasme les institutions de son pays, et les glorifie à l'occasion. Son style, quand il parle des hommes qui sont pour lui les héros de la liberté et de la civilisation, est si animé et respire une si vive sympathie, que l'on peut croire qu'il s'identifie avec les personnages qu'il représente. II a beaucoup de pénétration, de force de raisonnement, et ses descriptions révèlent le poète; enfin il a une émotion si vraie, qu'il est impossible de rester froid devant elle. 

John Lothrop Motley, né et mort à Dorchester (Massachusetts) [1814-1677], avait  voyagé en Europe, ocupant divers postes diplomatiques à Saint-Pétersbourg, à Vienne, à Londres. Après avoir publié quelques romans, il trouva sa voie dans l'histoire et donna les ouvrages justement renommés : History of the Rise of the Dutch Republic (1856); History of the United Nelherlands front the death of William the Silent to the synod of Dort (1860-1864) et the Life of John of Barneveld (1873), etc. Le défaut de Motley, c'est d'avoir trop étudié Carlyle. Sa manière s'en ressent et son style, c.-a-d. qu'en cherchant la profondeur il n'atteint souvent que l'obscur. C'est un artiste par la recherche de l'effet et de la couleur historique; c'est un philosophe par son penchant pour l'hypothèse. Sa franchise va jusqu'à la partialité et son ardeur jusqu'à l'emportement. 

Jared Sparks (né vers 1794), professeur d'histoire à l'Université de Harvard, est l'éditeur de la Biographie américaine. Après avoir dirigé de 1823 à 1830 la Revue de l'Amérique du Nord, il commença une série de biographies : la première, la Vie de John Ledyard (le voyageur), fut suivie de la Vie de Gouverneur Morris, et de la Correspondance diplomatique de la Révolution américaine, 12 vol., 1829-1831. En 1833, il entreprit la Vie et les écrits de Washington, dont le 12e et dernier volume parut en 1840, et où tout la monde a puisé, entre autres Guizot. Par la suite, Sparks a donné une édition complète (moins quelques lettres, qui sont à Londres) de Benjamin Franklin, avec une suite de ses Mémoires et des notes explicatives. Ce laborieux écrivain a laissé au total plus de cinquante volumes de documents historiques. Parmi les collaborateurs de sa Bibliothèque de Biographie américaine figurent les frères Everett, Prescott Wheaton, Charles Hoffman, Henry Reed, et George Hillard. 

Francis Parkman a écrit une Histoire de la conspiration de Pontiac, et de la Guerre des tribus américaines du Nord contre les colonies anglaises, dans laquelle on trouve un excellent résumé de l'histoire des Indiens, et une exacte exposition de leur manière de faire la guerre. On remarque encore une Histoire des hommes du Nord par Henry Wheaton, et l'Histoire navale des États-Unis par Fenimore Cooper

Richard Hildreth est un philosophe qui choisit tantôt la forme du roman, comme dans l'Esclave blanc, tantôt celle de l'histoire, pour exprimer ses idées sur le développement de l'esclavage ou sur les institutions américaines : on sent trop chez lui le raisonnement et l'absence de passion. Dans  la France et l'Angleterre dans l'Amérique du Nord, remarquable par la précision et l'ordre, il veut prouver que tous ceux qui ont figuré aux premiers rangs de la Révolution n'étaient pas des héros; il montre des fautes et des lâchetés dissimulées jusqu'à présent et raconte parfois les événements avec tant de froideur, qu'il ne semble prendre aucun intérêt à la lutte. La dernière partie qui, sous le titre de Montcalm et Wolfe, présente le tableau impartial des luttes héroïques et stériles des Français au Canada, est une oeuvre rare pour l'importance des documents et l'excellence du style. 

Parmi les historiens de moindre valeur, on peut nommer : George Ticknor, qui a donné un tableau juste et vivant de l'histoire de la littérature expagnole; les deux Lowell, Edward Stanford, avec son Histoire des présidents depuis Washinnton jusqu'à Mac-Kinley, et Justin Winsor qui a donné, en huit volumes, une bonne Histoire narrative et critique de l'Amérique; G. T. Curtis, auteur de l'Histoire constitutionnelle des Elats-Unis; H. M. Baird qui a réparé ce qui avait été longtemps un oubli des historiens français avec son excellente Histoire de l'insurrection des Huguenots en France (1880).

Les historiens américains se sont aussi appliqués à recueillir et à conserver les traditions et les souvenirs des tribus d'Indiens qu'ils voyaient forcées d'abandonner les pays de leurs ancêtres. La Biographie des Indiens de Thatcher est écrite avec une vive sympathie pour ces peuples, sans aucune prédisposition facheuse contre les premiers colons. Dans l'Histoire des tribus indiennes de l'Amérique du Nord publiée par Mac-Kenney et Hall, les portraits donnés sont ceux des chefs indiens qui vinrent faire des traités avec les États. Mais de tous les auteurs qui ont étudié ce sujet, aucun n'a plus d'autorité que Henry Rowe Schoolcraft, né en 1793; il a vécu parmi les Indiens; il a appris plusieur de leurs langues et traduit leurs légendes. En 1839, il fit paraître un recueil de légendes indiennes sous le titre de Recherches algiques; il commença en 1844 la publication périodique de Oneola ou la Race rouge en Amérique. En 1846, il présenta à la législature de son État natal un rapport consistant en Documents pour la statistique, l'histoire indigène et l'ethnologie générale de la partie occidentale de l'État de New York. Quant aux hypothèses sur l'origine des Indiens de l'Amérique du Nord, ont les trouvera exposées dans les ouvrages de Gallatin et de Drake (Biographie et Histoire des Indiens de l'Amérique du Nord), de Bradford (Antiquités américaines), de Squier et de Davis (Anciens monuments de l'Amérique).

Les ouvrages biographiques sont, aux États-Unis, très nombreux et généralement faits avec beaucoup de soin. Tous les missionnaires, les ministres et les personnages importants des différentes Églises, si multipliées dans ce pays-là, ont trouvé des biographes. Nous avons déjà mentionné quelques biographies; nous y ajouterons : Sabine, pour ses Portraits des Loyalistes américains; Rayner, pour sa Vie de Jefferson; Ellis, pour la Vie de Penn; Ticknor, pour la Vie de Daniel Webster. Les Lettres de Mrs Adams, femme du second président de l'Union, offrent un intérêt véritable. Parmi les biographies religieuses; il est juste de mentionner l'ouvrage de Gurley, Vie d'Ashmun, hommage rendu à la mémoire de l'homme de bien qui consacra sa vie à la colonie des Noirs transportés en Afrique, au Libéria; la Vie de Roger Williams par Gammel; les Vies des Pères de la Nouvelle-Angleterre par Mac-Lure.

A la fin du XIXe siècle il s'est publié aux Etats-Unis quantité de monographies touchant divers épisodes de la Guerre de sécession, parmi lesquelles il y a des oeuvres remarquables, mais la plupart gâtées par la passion politique. C'est un mouvement à signaler et qui témoigne de la vitalité de la sève historique dans la littérature américaine. Après l'histoire écrite, l'histoire vécue, les orateurs : Webster, Clay, Calhoun, John Quincy Adams, Edward Everett, Ugo L. Legare, Tristram Burgess, Dana, Philips; l'appréciation de leur rôle, qui n'est que la conséquence de leur talent, appartient à l'histoire politique. A la suite des historiens se placent encore les économistes : Alexandre Everett qui a laissé un excellent Tableau politique de l'Europe en 1822, où il prédit aux Etats-Unis une suprématie universelle; Wheaton (1785-1848), dont les Eléments de droit international sont un des meilleurs ouvrages de ce genre; Carey, ce grand économiste dont on n'a pas ici à apprécier les théories, mais dont on peut dire qu'il fut un esprit de premier ordre. Ses Principes d'économie politique et ses Principes de science sociale ont en eux-mêmes une vraie valeur littéraire, tout comme par les Harmonies de Bastiat.

Voyages. Sciences. 
Les Américains sont aussi voyageurs au moins que les Anglais. Bornons-nous aux ouvrages qui ont un certain mérite littéraire Compte-rendu de l'expédition d'exploration des Etats-Unis (1838-1842), 5 vol., par Charles Wilkes, officier de marine; Une visite aux mers du Sud, par Charles Stewart, chapelain dans la marine; Journal de voyages dans différentes parties de l'Europe, par le professeur Silliman; Une année en Europe, par John Griscom; Lettres d'Europe, par Carter; Feuilles d'un journal de voyages dans la Bretagne du Nord et en Irlande, par Andrew Bigelow; Souvenirs d'Espagne, par Caleb Cushing; Une visite à Constantinople et à Athènes, par Walter Colton; Lettres d'Italie, des Alpes et du Rhin (1844), Esquisses et excursions par J.-T. Headley; Un tour en Arménie, par Eli Smith et G.-O. Dwight ; Récit de voyages et d'entreprises commerciales, par Richard Cleveland; Deux ans devant le mât, chronique bien écrite de la vie d'un marin, dont l'auteur est le fils de Richard Dana; Incidents de voyages en Égypte, en Arabie, en Palestine, dans le Yucatan et dans l'Amérique centrale, par John Lloyd Stephens (1805-1852), dont les livres, écrits sans prétention, sont pleins de détails utiles et de traits amusants: Bayard Taylor, né en 1825 en Pensylvanie, a publié : Vues à pied, ou l'Europe parcourue avec un sac et un bâton, l'Eldorado; Vie et paysages en Egypte; Tableaux de la Palestine; Japon, Inde et Chine; Voyage dans l'Afrique centrale. Le colonel Frémont, né en 1813, a exploré les Montagnes Rocheuses, la région de l'Oregon et la Californie : on trouve dans ses livres, qui portent tous le simple titre de Reports ou Narratives, son ardeur, sa résolution, sa ténacité, sa science, son esprit, son honnêteté.

Les écrivains scientifiques.
II est deux autres voyageurs dont les ouvrages intéressent surtout l'histoire naturelle, Alexandre Wilson, auteur d'une Ornithologie américaine, et John James Audubon, qui a publié une Biographie ornithologique. Pourtant, la science rentre parfois dans le domaine littéraire, car pour se vulgariser il faut qu'elle prenne une forme, et cette forme, qu'elle la demande à l'art. Benjamin Franklin l'avait déjà montré, et si l'on a appelé Audubon le Buffon américain, c'est aussi qu'il savait écrire. Cuvier a pu dire de son Ornithological biography « que c'était le plus étonnant monument élevé par L'art à la nature ».  S'il n'a pas, d'ailleurs le génie littéraire de Buffon, il n'a pas ses défauts scientifiques, car l'exactitude et la précision sont ses qualités dominantes. 

Chimiste, physicien, naturaliste de premier ordre et l'un des grands synthétistes de ce temps, William Draper pourrait être classé aussi bien parmi les historiens que parmi les savants et c'est encore un esprit philosophique d'une rare élévation. Son Histoire du développement intellectuel en Europe (1862) l'a mis a côté de Buckle et de Guizot; dans les Conflits de la science et de la religion, il donne un exposé sobre, ferme, un peu trop condensé, peut-être, du progrès de l'esprit philosophique. 

Théologie et philosophie morale. 
Les ouvrages en ce genre sont très nombreux. Parmi les livres de théologie qui ont un caractère moral ou métaphysique, nous citerons : une Dissertation Sur la liberté et la nécessité, de Jonathan Edwards (1745-1801); les écrits du docteur Charles Chauncey,  de Joseph Bellamy, de Samuel Hopkins, de John Witherspoon, de Timothy Dwight (1752-1817); des Esquisses de la science morale, par le Dr Alexander; les Eléments de science morale et mentale, par George Payne; la Philosophie mentale, de Thomas Upham; les écrits de Tappan et de Hickok. Le plus important reste cependant Channing (1780-1847),  moraliste et sutout théologien. 

Channing.
Avant Emerson, William Ellery Channing fut un éducateur. Ne lui demandez pas l'originalité, il répondrait que son principe est tout bonnement l'idée du devoir. Il a le coeur bon et l'esprit juste. Il s'indigne, mais il console, il déteste avec une égale conviction Napoléon Ier, la guerre et l'esclavage, mais il ouvrira ses bras aux victimes. Bien qu'il rejette plus d'un article de l'ancienne foi, Channing est profondément religieux. Sa vie était toute puritaine, mais sans intolérance. Il aimait le beau et l'art comme une de ses formes. Dans ses études littéraires il montra une grande largeur de vues : il veut qu'on juge par soi-même, il préconise la self-culture. Comme écrivain, Channing a deux qualités souvent bien opposées, la force et la grâce. C'est un esprit d'une rare élévation; le mot de Southey lui convient à merveille : 

C'était un de ces hommes qui sont une bénédiction et un honneur pour leur génération et leur pays.
Emmerson.
Un mot qui pourrait encore s'appliquer à Ralph Waldo Emerson qui fut un des plus grands bienfaiteurs intellectuels que puisse désirer un peuple en gésine de civilisation. Non qu'avant lui les Américains fussent des barbares, mais il leur manquait celui qui met au monde les idées en formation, qui les recueille, les féconde à nouveau et les sème. 

En philosophie et en morale, il fut ce qu'avait été Longfellow, en poésie, un éclectique : tout lui est bon, tout est nourriture à son esprit avide d'apprendre, avide d'enseigner. Il puise dans Carlyle et dans Swedenborg, dans le bouddhisme et dans le christianisme, dans Platon et dans Goethe. Le magazine philosophique qu'il fonda avec Margaret Fuller, le Dial, en est le témoin. C'est moins une revue que le panthéon des hommes qu'il devait appeler les représentants de l'humanité. Prendre les parties supérieures et exquises de chaque doctrine, les fondre en une sorte de panthéisme mystique, où la règle morale sera la recherche des plus hautes émotions, dont l'idéal sera le beau sous toutes ses formes, tel est à peu près ce qu'a fait Emerson. 

On a appelé ce scepticisme d'une nature particulière, transcendantalisme. Le mot obscurcit encore la chose, et pourtant il est juste s'il signifie que tout ce que touche Emerson, il l'idéalise au delà des bornes de là nature humaine. Aimer le beau, le comprendre, le pénétrer, c'est, selon lui, le but de la vie, et atteindre ce but sera la récompense de l'effort. Ces idées, si elles ont quelque vague, ont de l'élévation : c'est Platon renaissant en Amérique, un Platon moderne, se partageant entre le culte des idées et le culte de la nature. Emerson a résumé ses théories dans une suite d'essais sur différents sujets de morale, de haute psychologie et dans la série de lectures qu'il réunit sous la titre de Representative Men.

Comme dernière preuve d'éclectisme, il empruntait au positivisme d'A. Comte le culte des grands hommes, que Carlyle, en le popularisant, avait appelé Hero Worship. Emerson est un grand écrivain, malgré son style heurté, que gâte parfois un abus de la recherche, un penchant pour l'épigramme, un goût vulgaire des proverbes, un pédantisme de citations multipliées. Ses idées sont comme des salles immenses pavées de mosaïques minutieuses, dont le détail fatigue, dont l'ensemble est grandiose. Le sujet se pliant mieux à sa forme ordinaire, il s'ensuit que son chef-d'oeuvre est peut-être ce petit livre où il raconte un séjour en Angleterre, English Traits. L'observation y est d'une justesse rare et l'ouvrage dépasse en plus d'un sens les puissantes mais trop hâtives Notes sur l'Angleterre.

Emerson est le grand penseur des Etats-Unis; quand il correspondait avec Carlyle, c'était sur un pied d'égalité parfaite : le disciple était au niveau du maître. Son rôle a été plus grand : de lui est née la plus belle génération des écrivains américains. Il fut le point de départ d'un superbe mouvement littéraire : aujourd'hui tout écrivain américain, qu'il le veuille ou non, procède d'Emerson. Par lui la philosophie est entrée dans la littérature de son pays. Du premier groupe qui se rallie autour d'Emerson et du Dial, quelques noms méritent d'être retenus : Alcott, le Pestalozzi de l'Amérique, Margaret Fuller (1850) et Thoreau, le philosophe de la nature. 

Thoreau.
Henry Thoreau (1817-1862) est un des esprits les plus libres et les plus originaux de l'Amérique, le Walt Whitman de la philosophie. Misanthrope mystique à la fois et railleur, il prit dans son plus large sens le mot de self culture et alla vivre pendant deux ans dans les forêts du Canada, pour prouver que l'humain peut, tout seul, se suffire à lui-même. Son esprit était partagé entre la haine et l'amour, l'amour de la nature, la haine de la civilisation. Il lui fallait la vie libre, dégagée de tout esclavage social, et quant à la nature il l'adorait en ses moindres détails avec une ferveur de naturaliste dévot. Ses descriptions de la vie forestière sont de purs chefs-d'oeuvre; il connaît si bien les choses qu'on dirait un voyant. C'était surtout un esprit d'essence raffinée, facile à blesser, prompt à l'enthousiasme et prompt au dédain. Tel il se montre dans A Week on the Concord and Merrimac rivers (1849), Walden (1854) et dans les Excursions, réimprimées après sa mort, du Dial, où elles avaient paru pour la première fois. (R. de Gourmont.).

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