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Littérature allemande
La littérature allemande au XVIe siècle
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Le Moyen Âge
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Jean Tauler, dès le XIVe siècle, par ses mystiques aspirations; au XVe, Geiler de Keisersberg par ses prédications burlesques, Sébastien Brandt par la hardiesse de ses satires, avaient annoncé le travail secret des esprits et fait pressentir une lutte imminente contre l'Église catholique. Cette lutte fut tout ensemble religieuse et nationale. Ce ne furent pas seulement des sentiments religieux, qui protestèrent contre ces abus de la cour de Rome tant de fois stigmatisés depuis Saint Bernard; c'est aussi au nom des sentiments nationaux, au nom des inspirations germaniques tout à coup ressuscitées, que de belliqueux esprits se révoltèrent contre les Romanistes. Et ces adversaires des Romanistes n'étaient pas les adversaires de la culture latine et de l'esprit de la Renaissance; c'étaient, au contraire, des gens passionnés pour les lettres. Humanistes en même temps que germanistes, ils voyaient dans les moines de leur époque les défenseurs intéressés du Moyen âge. Un des précurseurs, un des plus hardis soutiens de l'entreprise de Luther, c'est Ulrich de Hutten (1488-1523), érudit, poète pamphlétaire, qui maniant aussi vaillamment la plume que l'épée, écrivant le latin ou l'allemand avec la même vigueur, nous offre une des plus dramatiques figures du XVIe siècle. Ses Epistolae obscurorum virorum ont pu être comparées aux Provinciales.

Luther lui-même (1483-1545) occupe une place, et une place considérable, dans l'histoire de la littérature, non seulement par le mouvement d'idées qu'il a ouvert, mais par son rôle personnel comme orateur, controversiste et poète. "Luther triomphait de vive voix", dit Bossuet; cette vive et impétueuse éloquence se retrouve dans ses écrits de polémique, dans sa traduction de la Bible (1523-1534), et jusque dans ces beaux chorals (il y en a trente-sept) où sa foi ardente se reposait des violences et des grossièretés de la lutte. Nous n'avons pas à indiquer ici tous les hommes qui, de la plume ou de la parole, ont pris part à ce grand combat du XVIe siècle; ne confondons pas l'histoire de la théologie avec l'histoire des lettres. De tous les éminents personnages de la Réforme en Allemagne, il n'en est que deux, avec Luther, dont l'histoire littéraire doive conserver le souvenir; c'est Philippe Mélanchthon et Huldrych Zwingli. Ecrivain autant que théologien, Mélanchthon était dévoué à l'étude des lettres antiques, et, à travers les passions de son époque, il a servi admirablement les plus nobles intérêts de l'humanité. Zwingli, qui appartient, quoique fils de la Suisse, à l'histoire de la littérature allemande, a laissé des écrits où brillent des qualités du premier ordre. 

Il y avait, dit Bossuet, beaucoup de netteté dans son discours, et aucun des prétendus réformateurs n'a expliqué ses pensées d'une manière plus précise.
A cette netteté des idées, à cette précision du langage, ajoutez une imagination vraiment libérale et chrétienne : rien de plus opposé à la rigidité du calvinisme que l'enthousiasme de Zwingli pour les beaux génies du monde antique. Quand on a cité Luther, Melanchthon et Zwingli, on a indiqué, pour ainsi dire, toute l'histoire littéraire des théologiens de la Réforme.

La poésie est surtout représentée par Hans Sachs (1494-1576), fils d'un tailleur de Nuremberg, et lui-même cordonnier dans sa ville. Agé de 21 ans quand éclata la Réforme, il en embrassa la cause avec ferveur. Poète lyrique et dramatique, sa fécondité est inépuisable. Il a vécu 82 ans, et l'on pourrait presque dire qu'il a écrit et chanté toute sa vie. On a de lui 208 comédies et tragédies, 1 700 bouffonneries (les sotties du vieux théâtre français), 4 200 morceaux de poésie,chants de guerre, cantiques religieux, chansons de compagnonnage, etc. Hans Sachs n'est pas un poète de haut vol; ne cherchez pas chez lui la flamme créatrice; mais quelle verve, et quel talent populaire! Naïf, sensé, joyeux, il a exercé une salutaire action dans une époque de violences. Les poètes qu'il faut nommer après lui sont : Jean Fischart, auteur d'un poème moral intitulé le Fortuné navire, et d'un grand nombre d'allégories et de satires dirigées contre les Jésuites; Thomas Murner (1475-1536), moine franciscain, esprit fougueux et mobile, qui, cinq ans avant la Réforme, avait écrit contre l'Église romaine un poème violemment satirique, la Conjuration des fous (imité de la Nef des fous de Sébastien Brandt), et qui, après 1517, dans maints écrits en prose et en vers, devint un des plus mordants adversaires des réformateurs; George Rollenhagen auteur d'un poème allégorique, les Rats et les Grenouilles, où sont discutées d'une façon piquante et libre les questions politiques aussi bien que les problèmes religieux du XVIe siècle; Bartholomé Ringwald (né en 1530), qui a composé des poésies morales, des méditations sur la mort, une poétique vision du Paradis et de l'Enfer; Burkhard Waldis, à qui l'on doit un recueil de fables et de moralités excellentes; Ayrer (mort en 1605), poète dramatique, successeur de Hans Sachs, qui imita plus d'une fois le théâtre anglais contemporain, et dont l'Opus theatricum, sans révéler un poète, fournit cependant une curieuse peinture de l'Allemagne; le duc Henri-Jules de Brunswick, qui entretenait à sa cour une troupe de comédiens, et qui écrivit des comédies et des drames à la façon d'Ayrer et de Hans Sachs; enfin, les poètes religieux, tous ceux qui ont écrit, sous l'inspiration de Luther, des chorals et des cantiques, dont plus d'un est resté dans la mémoire du peuple : Michel Weiss, Erasmus Alberus, Nicolas Hermann, Louis Helmbold, Lobwasser, Martin Schalling, Philippe Nicolai, le prince Jean-Frédéric de Saxe, et le prince Albert de Brandebourg.

Réformée et fixée par la Bible de Luther, la prose allemande est maniée au XVIe siècle par un grand nombre d'écrivains intéressants. Ici, c'est le traducteur du Gargantua de Rabelais, Jean Fischart, que nous avons déjà rencontré parmi les poètes; les auteurs inconnus des récits populaires, les rédacteurs de la légende de Faust, de la légende du Juif errant, etc.; là, ce sont les historiens Jean Thurnmeier, Sébastien Frank, Tschudi, Theobald, Kantzow, et le hardi chevalier Goetz de Berlichingen, le vieux héros à la main de fer, qui, traçant lui-même l'histoire de ses aventures et de ses combats, nous donne le tableau le plus vif des bouleversements de son époque. Citons encore le grand peintre Albrecht Dürer, à qui l'on doit de belles et simples pages, les unes sur le dessin, sur les proportions du corps humain, les autres sur l'art de fortifier les villes et les châteaux; citons le moraliste Jean Agricola, le pieux et tendre prédicateur Jean Arndt, et l'on verra qu'en Allemagne, comme en Italie et en France, le XVIe siècle a vaillamment rempli sa tâche. (SRT).

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