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La langue portugaise
Le portugais est une des langues néolatines, celle peut-être qui a conservé pour le fond, sinon pour l'apparence, le plus de ressemblance avec la mère commune. Elle sort presque intégralement du latin, au point que des érudits ont pu faire de longues pièces de vers latins avec des mots exclusivement portugais : mais c'est un latin très gravement altéré par la prononciation des antiques Lusitaniens. Cette altération consiste principalement dans un système de contraction qui tient sans doute à la dureté de l'idiome antérieurement employé; ainsi, les Portugais font mor pour mayor, ma pour mala, ceo pour cielo, te pour tiene, na pour en la, somente pour solamente, etc.   Ils remplacent l'r par l, et disent regra pour regla, branda pour blanda, branca pour blanca etc.

Un second caractère spécial de la langue portugaise est le son nasal contracté par lequel est rendue avec une seule émission de voix la finale ion, dérivée de l'io latin. Ainsi, pour mencion, ils disent menção; pour resolucion, resolução; pour Camoens, Camioês, etc. Cette contraction est indiquée dans l'orthographe (d'ailleurs conforme à la prononciation) par un trait porté sur les deux dernières lettres, et qui s'appelle til. 

Le portugais n'a aucune des consonnes gutturales que  l'on trouve dans le castillan. Le g guttural castillan se remplace en portugais par lh mouillé : ainsi, pour escoger (choisir), ils disent escolher. Le Il mouillé des Castillans est rendu dans certains cas par lh, dans d'autres par ch : au lieu de llegar (arriver), ils disent chegar; au lieu de hallar ( trouver), ils disent achar , etc. Cette absence de sons gutturaux rend le portugais plus doux à l'oreille que le castillan; il tient, sous le rapport de l'harmonie, le milieu entre le castillan et l'italien. II a gardé la concision énergique du latin, et demeure une langue à la fois riche, noble et gracieuse, qui possède la familiarité aimable du castillan, sans en admettre les tons quelquefois plus libres. La richesse du portugais est telle, qu'un auteur fécond, Frey Luis de Souza, n'use pas d'un seul mot emprunté à une langue étrangère. 

Le portugais doit aussi aux conquérants germains quelques vocables d'origine teutonique, comme bosque, jardim, camisa, alvergar, esgrimir, etc. André de Resende (De Antiquaritus Lusitaniae) a recueilli 500 mots d'origine grecque. On calcule que le portugais renferme environ un tiers de moins de mots arabes que le castillan.
La grammaire portugaise, comme celle des autres langues néolatines, possède les auxiliaires et l'article; mais, par un phénomène qui lui est particulier, elle supplée, dans certains cas, l'auxiliaire du passif par les pronoms. personnels me, te, se, etc. : en latin appellor, appellaris, en portugais chamo me, chamas te; moveor, movo me; vestior, visto me, etc. Le portugais a des superlatifs : bonissimo, christianissimo. II a aussi de nombreux dérivés : on en compte 15 formés du seul mot pedra, là où le latin n'en a que 6. La conjugaison portugaise a cela de particulier qu'elle applique la flexion à son infinitif même, pour distinguer la personne grammaticale à laquelle appartient l'auteur de l'acte qu'exprime le verbe. 

Un autre remarquable phénomène, c'est que le portugais offre plus d'analogie avec l'occitan actuel et l'ancien provençal qu'avec le castillan; ainsi, les Portugais disent pai,  mai, au lieu de padre, madre; eu, pour yo, Ils emploient abrandar, abrazar, ouvir, hums, outros, qui sont du roman pur. Faut-il expliquer cette identité par le lien qu'établissait la mer entre la Lusitanie, la Galice et le Sud-Ouest de la Gaule? Il est reconnu que le galicien et le portugais ne différaient pas à l'origine. Le second n'a dû  ses développements ultérieurs qu'à l'établissement d'une cour et à la formation d'une nationalité.

L'âge "classique" de la langue portugaise s'étend de 1540 à 1626, c.-à-d. de l'époque où fut reconstituée par Jean III l'Université de Coïmbra jusqu'au moment où parut la première partie de l'Histoire de Saint Dominique par Frey Luis de Souza. Plus tard, du moins dans sa forme littéraire, elle subit deux influences : la conquête espagnole, qui entraîna l'oppression de la pensée; puis, l'irruption des idées et de la littérature françaises. La langue évolua d'un côté par l'introduction du gongorisme, de l'autre par l'imitation du français. (E. B.).

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