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Langue française
Le dialecte bourguignon
Le bourguignon, variante dialectale du français, est une langue qui, avec le normand et le picard, constituait la langue d'oïl. D'après les premiers historiens de la langue française, le dialecte bourguignon comprendrait toute la région située à l'Est de la moyenne Loire et de la moyenne Seine, jusqu'à la Meuse (pays wallon), la Moselle, les Vosges et le Jura; englobant, dans cette extension démesurée, outre les deux Bourgognes proprement dites, les provinces de Nivernais, Berry, Orléanais, Touraine, Bas-Bourbonnais, Île de France, Champagne, Lorraine, Anjou, Poitou, pour rentrer en Bourgogne au travers de la Marche, du Bourbonnais et du Lyonnais (Fallot, p. 21). Burguy (I, p. 46) étend davantage encore le cercle, dans lequel il fait entrer la Suisse romande. Ce trop vaste domaine a été successivement ramené à des limites plus normales, par les progrès de la linguistique qui reconnaît et attribue à chaque centre d'influence politique, à chaque province, son dialecte particulier.

Il suit de là que la critique doit restreindre, dans une proportion considérable, la liste des ouvrages attribués de prime abord au dialecte bourguignon, et d'où les premiers historiens de la langue ont tiré la plupart de leurs paradigmes. C'est aux chartes et aux quelques manuscrits, qui portent une date de lieu, qu'il faut demander de fournir les véritables caractères du dialecte. Dans cet ordre d'idées, Fr. Diez avait déjà recouru aux Noeï de La Monnoye (XVIIe siècle); à cette source féconde, on peut ajouter nombre d'autres publications parues en ces derniers siècles; pour l'état ancien du dialecte, les chartes éditées par Garnier, archiviste de la Côte-d'Or, et l'étude d'un manuscrit de Semur que P. Meyer a publié dans la Romania, fourniront des bases assurées à l'établissement des caractères distinctifs du dialecte bourguignon de  « Bourgogne  ».

Le dialecte bourguignon a quelques particularités grammaticales. Ainsi, I'h aspiré y est inconnu; on écrit comme on parle. Les substantifs ne prennent pas le signe du pluriel, et les adjectifs sont souvent invariables. En revanche, il y a beaucoup de règles euphoniques qui donnent aux mots, surtout aux articles et aux pronoms, des formes très variées, et qui répandent de la mollesse et souvent de la grâce sur le langage. La terminaison des verbes est en ai ou é à l'infinitif pour les verbes français terminés en er; en i, pour ceux en ir; en oi, pour ceux en oir.

Les temps n'ont ordinairement que deux terminaisons, l'une pour les trois personnes du singulier, l'autre pour celles du pluriel. Le verbe auxiliaireète ou ètre se sert d'auxiliaire à lui-même dans tous ses temps composés, et n'a pas recours, comme dans le français, au verbe avoir : je seu (je suis), je seu étai (j'ai été). Les redoublements ou réduplicatifs sont très communs; ainsi l'on dit : gripai (prendre), regripai (saisir de nouveau); resegripai (ressaisir une troisième fois).

La phonétique

Dans ce résumé succinct, c'est le français classique qui servira de terme de comparaison.

Voyelles.
A français devient ai : ai, lai, vaiche, voyaige, saige, airaigne (aragne), jaimâ (jamais), aicor, attirai; devant l, ce même a devient au : mau fém. maule, hopitau, chevau d'où fém. chevaude = jument.

E devient généralement a dans la syllabe accentués : ale (elle), â (est), baie (belle), et de même tale, quale, matre... ; devant r : târre, guarre. Le son a passe quelquefois à o : fome et foume (femme), mâtrôsse (maîresse), soche (sec). - A la voyelle E, il convient ale rattacher la graphie ai, qui n'a d'une diphtongue que la forme; le bourguignon dit donc : fâre, mâre, châr, pâre, jaimâ; froche (fraîche).

I comme en français, sauf le pronom  « il » qui se dit â âl au singulier, â âz au pluriel, sans doute sous l'influence du féminin ale.

O s'assourdit fréquemment en ou : oume (homme; cf. foume, fome), cougnie (cognée), pourte, coûte (côte), toune; par contre, ou devient o: jor, por, tor, cor, sord, lordiâ (lourdaud), borguignon.

U s'affaiblit parfois, en ui, i; mais ce phénomène appartient plutôt à la région du Nord-Est, Franche-Comté, Vôge et Lorraine. Le traitement le plus fréquent en Bourgogne est eu : foteugne (fortune), flaimeusse (flamusse), meusse (de musser), eune, eugne (un, une).

AN EN se confondent au seul son an, sauf devant les gutturales, où l'on a le son in (ain) : blainche, trainche, grainge, maingt, chaingî... Les textes anciens donnent même de nombreux exemples où ain (ein) est devenu oin (estroinge, troinchier); mais nous ne l'avons guère entendu que dans le mot v'doinge v'doingt (vendanges, vendanger), foindre, avoindre et quelques autres.

Diphtongues.
- AI; on a déjà vu que ce signe se réduit à a; c'est le cas notamment de la désinence des deux premières personnes de l'imparfait et du conditionnel, de la première personne du futur : maingeâs, vinrâs (viendrais), frâ (ferai); la troisième personne est en o bref : mainjot, vinrot.

AU EAU se résolvent en aea dans le nord, ia dans le sud : biâ chaitiâ (beau château), coutiâ, gaitiâ, uyâ (oiseau), etc. C'est là un des caractères les plus distinctifs du bourguignon, le lorrain ayant gardé la voyelle è d'origine : bei, coutei, waistei, ojei...

EU, dans les désinences eureux, est remplacé par ou (latin : -orem -osum) : mantou, volou..., et de même quoue (queue); ou pouvant d'ailleurs se résoudre en o : po (peu), crô (creux).

IE se réduit en î : premî (premier), fumîé (fumier), et dans tous les infinitifs terminés en ancien français par ier : maingî, marchî, soingî (songer). Un phénomène du même ordre fait d'ji pour « déjà. »

OI a généralement retenu l'accent sur ò : dans l'ancien dialecte, les infinitifs veor, recevor, savor : dans le dialecte actuel, la troisième personne de l'imparfait et du conditionnel : samblot, panrot (prendrait). La Monnoye a même accentué cette valeur en l'écrivant avec deux oo

Dans ces mêmes temps, la désinence oient de la troisième personne pluriel a été, par un fait d'analogie, assimilée à celle de la première (in). De sorte qu'il n'y a plus que trois désinences pour le temps entier; deux pour le singulier, une seule pour le pluriel : chantâs (Ire et 2e), chantot (3e), - chantins (pluriel); et de même au conditionnel.

UI remplacé par eu : neut, auj'deu (aujourd'hui), pleue (pluie), keusse (cuisse).

Consonnes.
Ce qui caractérise le traitement des consonnes, c'est la mouillure, qui affecte la liquide I précédée d'une labiale ou d'une gutturale : bliaude (blaude, blouse), byan ou plutôt blian, blié (byé), pieuve (pluie), pieuvoir (pleuvoir), plyomb, plyein, glyace, guiaice (glace), souffiè (souffler), Glyaude et pour plus de facilité Diaude, Yaude (les petits couteaux à manche de buis fabriqués à Saint-Claude sont dits yaudots); « mouiller, soulier » se prononcent mouyai, souyé; « panier » panyé; Guyot devient Diot.

C'est aussi la mouillure ou yotacisme qui rend compte des formes comme: mâyon, sâyon, râyon, râyin (maison... raisin), et tous autres mots où il y a un s intervocal, tels que âyi, âyimant (aisé, aisément), suyâ (sureau, anc. français : suseau), se coûyai (se taire, ancien français se coisier). L'introduction du yot a pour effet d'allonger la voyelle précédente. 

L'imparfait en -sait devient ya, yot, yins: fyâs, fyot (faisais - sait); dyot, dyins (disait- sions) ; de même au partait' dyit représente « disit ». - Maufyou est pour le sens « malfaiteur », pour la forme « malfaiseur ». 

Le traitement de l's intervocal est la différence spécifique la plus considérable de celles qui séparent le dialecte bourguignon du dialecte lorrain; il suffit de comparer mâyon et moh'hon, dyot et deh'heut, et ainsi des autres.

La nasale est aussi affectée de la mouillure avec un prolongement de la résonnance (l'anusvara du sanscrit) foteugne (fortune), maigne (mine), ein în (un), beutingn' (butin), jardingn'. A ce même fait doit se rapporter la prononciation des mots comme lain-ne, pain-ne, grain-ne, campain-ne (fr. laine, peine, etc.).

Flexions

Substantifs et Adjectifs. 
Une seule forme pour les deux nombres, la distinction entre le singulier et le pluriel n'étant plus marquée que par l'article in oume, dé-z-oume; lai fome, lé foume; in biâ chevau, dé biâ chevau.

Verbes
En fait, la conjugaison en -ir est la seule vivante, qui absorbe le parfait de l'indicatif des verbes en -er : donni, chanti, airivi... 

L'imparfait du subjonctif est uniformément eusse : mainjeusse, beuveusse, v'neusse, répondeusse

Dans les verbes dits irréguliers, le participe passé est généralement resté à un étiage intermédiaire entre le bas-latin et le français : nassu de « naître »; counassu de « connaître », seugu de « suivre, anc. fr. segre ». Enfin, la troisième personne pluriel de l'indicatif présent transporte l'accent du thème sur la désinence : venant (viennent), mainjant, b'vant (boivent), allant (qui répond à « allent = vont »), fyant (qui suppose « faisent = font »), dyant (disent), etc. Ici, de même qu'à l'imparfait et au conditionnel, l'influence de la première personne (ons, ans) a réagi sur les deux autres. (B. / Fr. Bonnardot).

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