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Les langues > Indo-européen
La langue arménienne
L'arménien est une langue indo-européenne isolée, mais dans laquelle on reconnaît une origine commune, bien que lointaine, avec le grec et le vieux-perse. Malgré un grand nombre de termes étrangers qui se trouvent dans l'arménien, cette langue a toujours conservé un fonds original très remarquable. On l'appelle également haïcane ou haïcienne, du nom d'Haïks que se donnent les Arméniens. 

L'arménien se divise naturellement en ancien et en moderne, comme le grec. La langue moderne ou vulgaire, mélange de l'ancien arménien et de mots iraniens et turcs, n'a pas de règles fixes; elle se subdivise en plusieursdialectes, dont quelques-uns sont très difficiles à comprendre. Mais la langue ancienne ou littérale a un système grammatical bien établi, et c'est dans cette langue que sont écrits les meilleurs ouvrages anciens et modernes de l'Arménie. Elle compte environ 4 000 racines, qui, dans la composition des mots, se combinent entre elles d'après des lois régulières, et il résulte de ces combinaisons une nomenclature assez riche pour traduire les expressions des autres langues. 

En arménien, a dit  Vaisse (Encyclopédie Didot), la distinction des genres n'existe pas, et il n'y a, dans les noms comme dans les verbes, que deux nombres. La déclinaison offre 10 cas, qui se distinguent par des désinences et par des préfixes : ce sont, outre les six des Latins et des Grecs, l'instrumental du sanscrit et du russe, le locatif du sanscrit, le narratif et le circonférentiel, qui lui sont particuliers. Les grammairiens admettent, 8, 10, et même jusqu'à 20 déclinaisons. Outre les pronoms, qui sont fort irréguliers comme dans toutes les langues, il y a des affixes personnels qui affectent surtout les noms, ordinairement avec le sens possessif, et dont l'un, celui de la 3e personne, fait souvent l'office de notre article défini.

L'adjectif n'occupe pas une place fixe dans la proposition; il peut précéder ou suivre le substantif auquel il se rapporte, concorder ou non avec lui en cas et en nombre. L'article, comme dans les langues du nord de l'Europe, se place à la fin des mots. Le verbe substantif forme la base de toute la conjugaison, et se retrouve, du moins par ses consonnes, dans les désinences de tous les temps. Les verbes ont trois modes personnels, l'indicatif, le subjonctif, l'impératif. L'infinitif s'y décline, et le participe est en outre susceptible des trois temps. On compte 4 conjugaisons régulières : elles se distinguent entre elles par la voyelle de la désinence de l'infinitif, laquelle se retrouve aussi à la 1re personne du présent de l'indicatif. Une de ces conjugaisons forme, à proprement parler, la voix passive et moyenne. Par la construction, l'arménien littéral se rapproche du grec. 

La fréquence des aspirées, des sifflantes et des nasales, plus encore que l'abondance des consonnes de toutes nuances, rend la langue arménienne peu agréable aux Européens; un accent qui tombe uniformément sur la dernière syllabe des mots, lui donne de la monotonie; cependant, prononcée par les indigènes, elle ne manque pas d'une certaine harmonie sonore et variée. Les vers arméniens ont de 5 à 15 syllabes; ils n'étaient pas autrefois rimés, comme ils le sont ordinairement depuis le XIe siècle. Le rythme était fondé plutôt sur le nombre des syllabes que sur la valeur prosodique.

Jusqu'au Ve siècle, les Arméniens se servirent, pour écrire leur langue, de caractères persans, syriens ou grecs. Ils essayèrent ensuite un alphabet inventé par l'évêque Daniel, et qui, comme celui des langues sémitiques, ne se composait que de consonnes. L'alphabet actuellement en usage, dans lequel on trouve quelque rapport avec les caractères persans et coptes, a été inventé par le docteur Mesrob, et se compose de 36 lettres, auxquelles on ajouta, au XIIe siècle, deux caractères destinés à traduire l'w (omega) et le f (phi) des Grecs. Il y a trois sortes de caractères : des majuscules, qui reproduisent le type introduit par Mesrob; des minuscules carrées, qui s'en éloignent beaucoup et sont d'une époque plus récente enfin des lettres cursives. Toutes ces lettres se tracent de gauche à droite, et leur orthographe est en harmonie complète avec la prononciation.

Les anciens manuscrits arméniens offrent un grand nombre d'abréviations, dont quelques-unes étaient d'une nature hiéroglyphique; dans les imprimés modernes, on se borne à supprimer quelques voyelles, ou des finales que le lecteur peut aisément suppléer. Les caractères alphabétiques  sont aussi employés comme chiffres; une barre horizontale placée au-dessus  indique cette fonction. (A19).

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