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Le jeu de l'oie

Le jeu de l'oie, très ancien (il porte pour titre « le noble jeu de l'oie, renouvelé des Grecs ») était pratiqué dans les dernières années du Moyen âge et a été principalement en faveur au XVIIIe siècle, ou il était joué aussi bien par les parents que par les enfants : un dessin de Chardin en fait foi. La vogue du jeu de l'oie est aujourd'hui passée.

Ce jeu se joue avec une feuille de carton (dite le jardin de l'oie), sur laquelle est représentée une ellipse qui tourne deux fois sur elle-même et est divisée en soixante-trois cases. Chaque case numérotée représente une image dessinée d'une manière élémentaire et qui prête à l'hilarité et aux bons mots; l'oie figure à la case 63, but final du jeu, et se répète six fois (de neuf en neuf numéros) dans le courant des cases précédentes. On peut jouer à plusieurs personnes et même à nombre indéterminé de joueurs; les instruments du jeu sont deux dés, un cornet et le tableau ou jardin de l'oie. On tire au sort pour savoir qui commencera, et chaque joueur adopte une marque particulière.

Voici les règles du jeu, dans leur texte original, selon le règlement connu de nos ancêtres : 

« Pour jouer à ce jeu qui est composé de 63 cases, à prendre du n°1 jusqu'au nombre 63, où il faut arriver pour gagner la partie, il faut que chaque joueur ait une marque distinctive pour marquer sur la case le nombre de points qu'il aura amenés. Mais il n'est pas facile d'arriver au bosquet (c'est le n° 63, siège de l'oie finale), car plusieurs empêchements se présentent avant qu'on puisse y aborder. Il faut avoir deux dés que chaque joueur jettera à son tour, et autant de points que les dés amèneront, il les marquera sur le jeu avec sa marque. Il faut faire attention que l'on ne peut pas s'arrêter sur les oies, qui sont disposées de neuf en neuf; ainsi donc, si vous arrivez à une oie, redoublez le nombre de points que vous avez amenés jusqu'à ce que vous n'en rencontriez plus. Si, en marquant les points que vous amenez vers la fin de la partie, vous excédez le nombre 63, vous redoublez vos points et retournez en arrière, et enfin celui qui arrivera juste au nombre 63 gagnera la partie. »
Le règlement est suivi d'observations : 
« Si, du premier coup que l'on tire les dés, on faisait 9, ce qui peut se faire de deux manières, à savoir 5 et 4 ou 6 et 3, il faut que celui qui fera 6 et 3 aille au nombre 26, ou sont représentés deux dés, et celui qui fera 5 et 4 au nombre 53, où sont deux autres dés. Celui qui fera 6, où il y a un pont, paiera le prix convenu et ira au nombre 12 pour se noyer sous le pont. Celui qui ira au nombre 19, où il y a une hôtellerie, s'y reposera jusqu'à ce que les autres joueurs aient tiré chacun deux fois. Celui qui ira au nombre 31, où il y a un puits, paiera le prix convenu et y restera jusqu'à ce qu'un autre, arrivant au même nombre, vienne l'en délivrer. Alors celui qui sortira du puits ira occuper la place qu'avait celui qui est venu le remplacer. Celui qui ira au nombre 42, où il y a un labyrinthe, paiera le prix convenu et retournera ait nombre 30. Qui arrivera au nombre 52, où  il y a une prison, paiera le prix convenu et y restera jusqu'à ce qu'au autre l'en retire. Quand on arrivera au nombre 58, où est représentée la mort (une tête de mort), on paiera encore le prix convenu et on recommencera tout le jeu. Et celui qui sera rencontré par un des joueurs payera le prix convenu et ira se mettre à sa place. »
Les règles du jeu de l'oie sont très simples et à la portée des enfants. La vogue très grande qu'a eue ce jeu s'explique encore par les distractions et les retours philosophiques qu'il offre; l'on a voulu y voir une image de la vie et l'occasion de mille enseignements familiers. Il a donné naissance à de nombreux jeux analogues, jeux plaisants ou instructifs; tels que le jeu des monuments de Paris, le jeu de l'histoire, le jeu de l'hymen, le jeu de la guerre, le jeu du steeple-chase (jeu des Petits-Chevaux), le jeu de géographie. 

Une des plus spirituelles imitations a été le jeu d'oie parlementaire, ou l'on voit représenté le Corps législatif de 1870; il est divisé en droite et gauche, porte des portraits de députés ou des signes symboliques : crédits extraordinaires, applaudissements, murmures, vote de confiance, changement de cabinet, dissolution, etc. Il y avait deux jeux distincts, le jeu de la gauche qui comptait à partir de la case Rochefort, et le jeu de la droite qui commençait à Granier de Cassagnac. Déjà on avait adopté le jeu de l'oie à la fin du XVIIIe siècle en le débaptisant pour l'appeler jeu de la Révolution française. (Ph. B.).

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