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L'Antiquité.
La
sculpure et la peinture.
La sculpture
grecque a dû l'un de ses plus notables progrès à l'étude
du nu faite sur des athlètes, lorsque,
ayant à représenter les vainqueurs des jeux Olympiques,
elle se voit, vers la 60e olympiade, à
exécuter des commandes d'après nature en rendant avec exactitude
les formes et la musculature de ses modèles. Ce fut grâce
à cette pratique que purent sortir des ateliers de ses maîtres
des oeuvres aussi vivantes que le Discobole de Myron.
Les gladiateurs soit au repos, soit en action,
ne mettaient pas sous les yeux des artistes des sujets moins beaux, moins
bien découplés. Aussi quelques musées ont-ils pu recueillir
des statues de gladiateurs, tel le Gaulois
d'Attale au musée de l'Acropole .
Le musée des
Studi de Naples
en possède plusieurs; mais ce sont surtout des terres cuites, des
mosaïques,
des peintures ,
des dessins populaires grossièrement
charbonnés sur les murs, des bas-reliefs
sépulcraux accompagnés d'inscriptions et une foule d'objets
exhumés à Pompéi
ou ailleurs, qui ont permis la reconstitution archéologique des
coutumes, de l'armement, des façons de combattre propres à
chaque catégorie de gladiateurs. De grandes oeuvres sculpturales,
longtemps connues sous la désignation erronée de gladiateurs,
ne représentent en réalité que des soldats combattant
ou succombant sur le champ de bataille; ainsi, le prétendu Gladiateur
mourant du Capitole ,
devant lequel lord Byron a composé ses
deux belles strophes, est un citoyen expirant pour sa patrie. De même,
le Gladiateur combattant du Louvre ,
merveille d'anatomie signée
Agasias, est un guerrier aux prises sans doute avec un cavalier.
Les
lettres.
Si les anciens se
sont montrés sensibles à la beauté plastique de leurs
gladiateurs, ni leurs prosateurs ni leurs poètes n'ont jugé
ces malheureux dignes de leur inspirer quelque oeuvre pathétique.
L'érudition moderne a été réduite, pour se
renseigner dans ses études, à glaner de maigres détails,
de brèves allusions, de rares réflexions dans les historiens
(Tite Live, Tacite,
Suétone,
les écrivains de l'Histoire Auguste ,
etc.), dans les moralistes (Cicéron,
Sénèque,
les deux Pline, etc.), dans les poètes
(Martial, Juvénal,
Prudence,
etc.), dans les écrivains chrétiens (Tertullien,
Lactance,
saint
Augustin, saint Cyprien), et enfin parmi
les sujets que les rhéteurs s'ingéniaient à trouver
comme thèmes de leurs exercices déclamatoires; ainsi, il
en est un où l'on suppose un fils qui a prononcé le serment
gladiatorial afin de subvenir aux funérailles
de son père; dans un autre, il est question d'un service rendu à
un ami à l'aide d'un semblable engagement. Tels sont les matériaux
sur lesquels ont travaillé Juste Lipse (Saturnales, Traité
sur les gladiateurs); Mever (De Gladiatura romana, 1881); Friedlaender
(Moeurs romaines du siècle d'Auguste à la fin des Antonins,
livre Il) ; Rich (Dictionnaire des antiquités); Dezobry (Rome
au siècle d'Auguste), etc.
L'époque
moderne
Il faut arriver
au XIXe siècle pour que les combats
de l'amphithéâtre tentent l'imagination des artistes et
des écrivains en quête de pittoresque ou de pathétique
et désireux de joindre à l'intérêt du drame
celui d'une restitution archéologique. Outre la grande composition
de Gérôme ( Pollice
verso ),
des toiles et des statues, exposées dans les différents Salons,
ont montré avec le talent de leurs auteurs le même souci de
l'exactitude historique et du costume scrupuleusement étudié.
Les
lettres.
Quant aux productions
littéraires, la plus curieuse est le roman
de sir Edward Bulwer Lytton (1834), les Derniers
Jours de Pompéi. L'éruption du Vésuve lui
fournit le dénouement d'une narration dont la catastrophe de l'an
79 surprend les personnages réunis à cette heure suprême
dans l'amphithéâtre,
les uns comme acteurs, les autres comme spectateurs. L'auteur s'est attaché
à peindre les moeurs et les passions du personnel qui combat dans
l'arène; mais bien qu'il se soit inspiré des lieux mêmes
et ait, comme il le dit, composé son histoire au milieu des délices
de la molle Campanie ,
obligé de suppléer par l'imagination à la rareté
des documents antiques, il n'a peut-être pas assez oublié
ses souvenirs anglais. L'antre qui sert pour ainsi dire de coulisses à
son amphithéâtre et ou des brutes aux muscles de fer, à
la carrure athlétique, à la physionomie audacieuse et impudente
se gorgent de viandes à moitié crues et préludent
par une scène de boxe à la tuerie du lendemain, ressemble
quelque peu à une taverne hantée par les héros du
pugilat britannique. Le maître de ce bouge, un gladiateur retiré,
est même comparé par l'auteur à un boule dogue anglais;
les habitués de son cabaret se jettent à la face des gros
mots qui rappellent des scènes populaires de Shakespeare;
les patriciens viennent, en vrais parieurs de la gentry, palper
les biceps de leurs favoris et s'assurer de leur performance. Mais à
la couleur près ces détails sont d'une vraisemblance suffisante
et l'intérêt ne languit pas. Par un procédé
un peu artificiel, la protestation du christianisme
naissant se fait entendre complaisamment en face de la barbarie païenne.
L'intention d'opposer
les deux croyances s'accuse exclusivement dans les Gladiateurs,
tragédie, de Fournel tombée dans un oubli mérité
(1841), où l'on voit un père, plutôt bourreau que gladiateur,
reconnaissant sa fille dans une jeune chrétienne qu'on lui a livrée
pour l'immoler.
Rome et Judée,
roman de Wyte-Melville, qui rappelle celui de sir Bulwer-Lytton, vise surtout
à peindre la décadence romaine; le héros en est un
gladiateur breton et la catastrophe finale est la prise de Jérusalem .
Le Gladiateur
de Ravenne, tragédie allemande représentée à
Vienne
en 1854, sous le pseudonyme de F. Halm (baron von Enünch Bellinghausen),
fait vibrer la corde du patriotisme germanique. Ce n'est pas du reste une
oeuvre sans valeur, quoique l'enthousiasme du premier moment se soit bien
refroidi depuis. Un fils d'Hermann, le vainqueur
de Varus, tombé entre les mains des Romains,
a grandi sous la discipline d'un laniste; il est à la veille de
débuter devant Caligula, lorsque sa
mère Thusnelda pénétrant, jusqu'à lui, lui
révèle sa naissance; elle a tout préparé pour
son évasion; en lui elle voit déjà le vengeur des
siens, le libérateur de son pays; mais elle se heurte contre l'abrutissement
d'un être façonné à la honte. Rejeton dégénéré
d'une grande famille, il n'a plus que l'âme d'un gladiateur. Son
nom est sur l'affiche; il est précédé dans l'amphithéâtre
par sa réputation de courage, de force, de beauté; à
ses yeux, cette femme doit avoir perdu la raison pour venir lui parler
de frustrer l'attente publique, de forfaire à l'honneur professionnel,
le seul qu'il connaisse; les mots de patrie, de liberté, le grand
nom d'Arminius ne réveillent rien en lui. Eperdue, la Germaine tourne
contre son fils l'épée paternelle qu'elle lui apportait,
et l'étend mort à ses pieds, avant qu'il ait mis le comble
à son ignominie.
Après Tacite
dans le Discours de Galgacus, après La
Fontaine dans le Paysan du Danube,
lord Byron avait déjà fait entendre
dans son Gladiateur mourant les revendications et les menaces prophétiques
du monde barbare révolté par les crimes de la civilisation.
(Marcel Charlot). |
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