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Les combats de gladiateurs Profession : gladiateur |
| Aperçu | Profession : gladiateur | Les gladiateurs dans les arts et la littérature |
| Recrutement
et éducation des gladiateurs
Le recrutement des
gladiateurs
se faisait soit parmi les esclaves, les criminels et les prisonniers de
guerre, soit parmi les hommes libres volontairement engagés. Rome L'élevage
et le dressage des gladiateurs, leur engraissement, comme on disait (sagina),
était un luxe que s'offraient de riches particuliers, qui avaient
une école, un ludus, où ils entretenaient une bande
de gladiateurs (familia). Les empereurs
firent de grands frais pour leurs écoles de gladiateurs fiscaux
ou impériaux; mais l'élevage et l'entraînement se faisaient
surtout dans les écoles de lanistes, à la fois maîtres
d'escrime et vendeurs de chair humaine, qui fournissaient des sujets tout
dressés aux magistrats ou aux particuliers. Comme ces industriels
avaient intérêt à ce que leur marchandise se présentât
sous une bonne apparence, ils servaient à leurs pensionnaires des
aliments, grossiers sans doute, mais substantiels, de façon à
entretenir leur embonpoint et leur vigueur physique et morale. L'alimentation
et le régime étaient même rationnellement dirigés
par des médecins expérimentés - des diététiciens,
dirait-on aujourd'hui -, qui ordonnaient certains mets pour leurs propriétés
nutritives, tels que l'orge mondé, la farine de haricots, etc.,
indiquaient les localités les plus saines pour l'installation des
jeux ou écoles; c'est pour sa salubrité que Capoue L'éducation professionnelle consistait en leçons d'escrime semblables à celles que, dans les camps, donnaient les maîtres d'armes; le maniement du glaive s'enseignait à l'aide d'un bâton terminé par une boule de bois, qui tenait lieu du fleuret moucheté. L'élève s'exerçait contre des mannequins bourrés de paille, contre des poteaux, et maniait des armes beaucoup plus lourdes que les armes de combat, pour que celles-ci ne lui pesassent plus lorsqu'il passerait de l'escrime à l'engagement réel. Après des progrès sérieux, il était admis à faire, comme novice, ses preuves devant le public; on lui délivrait une plaque rectangulaire sur laquelle était gravée la date de son début et qu'il portait sans doute suspendue à son cou; il pouvait ensuite, grâce à une sorte d'organisation militaire de la familia, monter en grade, avoir un commandement; au bout de trois ans, il obtenait sa libération, dont le symbole était le bâton avec lequel il s'était exercé (rudis); il devenait rudiarius; enfin, après deux années de vétérance et d'éméritat, il était complètement affranchi, s'élevait à la dignité de citoyen, avait droit au chapeau (pileus). Le gladiateur qui, après son congé, restait dans le ludus ou y rentrait, servait comme gagiste ou comme professeur. Les lanistes n'étaient pas tous sédentaires; il y en avait d'ambulants qui se livraient à divers trafics, vendant, louant, prêtant des gladiateurs, faisant le métier d'impresarii, montant des représentations payantes, soit à leur compte, soit de compte à demi, soit à prix débattu; ils formaient des élèves même dans les écoles qui ne leur appartenaient pas. La condition du gladiateur Officiellement, et
au point de vue social, il n'y avait pas de condition plus méprisée
que celle de gladiateur, mais elle avait aussi des avantages et des dédommagements,
et les distances finirent par singulièrement se rapprocher; en dehors
même de la séduction que pouvait exercer sur des braves l'attrait
du danger, la carrière n'était pas sans promettre profit
en même temps que gloire. Les rhéteurs comme Florus
s'indignent de ce que la république romaine ait eu à compter
avec un gladiateur, un Spartacus, La guerre
civile, passe encore, s'écrie-t-il, mais toutes les forces de Rome « Le gladiateur au spoliarium! que le gladiateur soit traîné avec le croc! "Se borner à le traiter de parricide et de sacrilège eût paru une invective insuffisante. Cette pièce officielle, recueillie par Lampride, et curieuse à plus d'un titre, nous transporte en réalité moins dans la Curie que dans le Colisée Sans doute, pour
en venir à se faire gladiateur, à accepter, en guise d'initiation
et d'avant-goût, l'épreuve préliminaire des verges,
il fallait y être réduit par de cruelles nécessités,
avoir toute honte bue. Aussi les engagés sortaient-ils pour une
bonne partie de la plus basse classe. Tant s'en faut, cependant, que tous
fussent des gens aux abois, des désespérés, des brutes
abjectes. Il y en avait, et beaucoup même, qui s'éprenaient
de la profession, soit à cause des joies, soit à cause des
bénéfices qu'elle procurait. Les risques mêmes étaient
un stimulant. Pour qui se sentait la vocation, ce n'était rien d'exposer
sa vie. Le gladiateur que le laniste ménageait l'accusait de lui
faire perdre les belles années de sa jeunesse; c'était une
humiliation de n'être pas mis en face d'un adversaire dangereux et
très haut coté. Tibère,
qui ne marchandait pas les services des gladiateurs, envoya un jour, sur
un plateau de prix, cent mille sesterces à chacun des rudiarii
qui avaient consenti à rehausser l'éclat d'une représentation
en reparaissant sur l'arène. Pour quelques-uns la carrière
était des plus fructueuses; une fois leur congé obtenu, si
certains devenaient des mendiants et des vagabonds, on en vit d'autres
qui achetèrent des villas et dont les fils purent, dans les théâtres,
s'asseoir aux places des chevaliers. Pour chatouiller agréablement
leur vanité, ils avaient les applaudissements, les palmes, les chaînes
d'honneur, les panaches, les armes magnifiques; ils prenaient des noms
sonores, déjà illustrés par leurs prédécesseurs
: le Triomphus, le Carpophora, le Pacidejanus; ils étaient populaires;
on les adulait, on les courtisait; ls poètes, comme Martial,
les chantaient; les bonnes fortunes ne leur manquaient pas, même
hors de leur caste. Hippia, femme d'un sénateur, quitta son mari,
ses enfants, sa patrie, pour s'attacher aux pas de Sergius. Sergius n'était
ni jeune, ni beau; le casque lui avait déformé le nez; ses
yeux suintaient de l'humeur; il était manchot. Mais c'était
un gladiateur, donc un Adonis N'avaient-ils pas d'ailleurs des émules dans les plus hauts rangs? L'escrime gladiatoriale faisait fureur et passionnait les plus fiers patriciens; Titus, Hadrien et d'autres empereurs s'y rendirent fort habiles; Commode fit publiquement ses preuves; enfin, les femmes elles-mêmes se mettaient sous la discipline des maîtres d'armes, et se montraient plus infatigables que les hommes. Mais ce ne fut pas assez de frayer avec les gladiateurs. Les dilettanti de la gladiature trouvèrent que des assauts inoffensifs étaient un plaisir trop platonique, auquel manquaient le piquant du danger et l'enivrement de la gloire. L'honneur d'un noble nom fut compté pour rien au prix des émotions procurées par les péripéties d'une lutte à mort et les applaudissements frénétiques des spectateurs. Sans doute, les premiers nobles qui descendirent dans l'arène y furent en partie contraints par un caprice impérial, en partie décidés par leur désir de faire leur cour au prince; d'autres encore y furent réduits par le désespoir et la nécessité de gagner un salaire; mais ce fut bientôt une sorte de fascination qui s'exerça sur une population blasée. César et Auguste avaient dû interdire l'arène aux sénateurs et aux chevaliers. Sous Néron, 400 sénateurs, 600 chevaliers y descendent, les uns par contrainte, les autres volontairement; on ne les çompte plus par la suite. Les femmes sont gagnées par la même fièvre, à ce point que sous Sévère il fallut élargir l'enceinte pour qu'elle pût contenir les femmes gladiateurs. Le tour des empereurs vint aussi. C'était le danger seul qui avait retenu Caligula; mais lorsque, dans l'une de ses écoles impériales, il s'escrimait contre des mirmillons et que ceux-ci avaient la délicate attention de simuler une chute, leur maître, qui voyait aisément rouge, prenait au sérieux son rôle de vainqueur, et ensuite faisait main basse sur le prétendu vaincu, pour le plaisir de tuer et de parader avec une palme. Commode, plus aguerri, à partir du jour où il fut empereur, combattit 735 fois en public comme sécateur et tua ou vainquit 1000 rétiaires, exigeant son salaire à chaque victoire. L'acclamation de «-premier des sécateurs » 620 fois répétée le flatta plus que les surnoms, moins mérités, il est vrai, de Germanique, de Britannique, de Pieux, décernés par le Sénat. Cette supériorité rehaussait à ses yeux son caractère divin, mais sa vanité ombrageuse n'admettait qu'un enthousiasme de bon aloi; un jour qu'il crut saisir une nuance de dérision, il menaça les gradins d'un massacre en masse. L'orgueil romain,
on le voit, ne fut pas intransigeant à l'égard des gladiateurs;
quant aux sentiments d'humanité, il ne faut pas s'attendre à
les rencontrer avant longtemps. Une seule voix, celle de Sénèque,
exprime la pitié, l'horreur, le dégoût ; mais nulle
autre ne se fait entendre. Par une étrange aberration des consciences,
il ne s'élève pas, au nom du droit des gens, un doute sur
la légitimité du procédé qui consiste à
prélever sur des vaincus la dîme du sang, ou même à
les supprimer en masse. Le luxe inouï déployé dans les
jeux
de l'amphithéâtre empêchait aussi d'en voir à
nu toute l'horreur. Objet de la vanité nationale, on les montrait
aux étrangers comme une preuve de la grandeur romaine, et le patriotisme
latin n'eût jamais consenti à avouer que les jeux
Olympiques de la Grèce « Quelles plaies ils supportent! Ils aiment mieux recevoir la blessure que s'y dérober lâchement. Le plus médiocre gladiateur a-t-il jamais poussé un gémissement? Un seul a-t-il changé de visage? pris une attitude honteuse soit debout, soit à terre Une fois renversé et l'ordre de mort donné, a-t-il refusé de tendre sa gorge? »Purs sophismes. La vertu militaire chez les Grecs n'avait pas été moindre que chez les Romains, et cependant elle avait grandi à une autre école. Sur le courage des
gladiateurs, l'Antiquité |
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.