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Le jeu d'échecs
Histoire du jeu d'échecs

 On ne sait rien de précis sur l'origine du jeu des échecs. Tout au plus est-il permis de dire que les Anciens avaient divers jeux de table dont les règles ne nous sont pas parvenues : tels sont ceux qu'on trouve figurés sur les monuments égyptiens et mésopotamiens. Tels sont encore le ludus latrunculorum ou le ludus calculorum des Romains. Au Moyen âge, alors que le latin était la langue écrite de l'Europe, les auteurs qui avaient à parler des échecs les désignaient sous le nom de ludus latrunculorum; mais cette assimilation n'avait rien de rigoureux. 

Mentionnons la légende d'après laquelle Palamède aurait inventé le jeu pendant le siège de Troie : d'où le nom de Palamède donné autrefois au journal des joueurs d'échecs du café de la Régence, à Paris. Rappelons également que certains auteurs font dériver le mot échec de l'arabe cheikh et d'autres du persan shah

Laissant de côté la question des origines, nous diviserons l'histoire des échecs en trois périodes distinctes : la première est celle de l'ancien jeu des Indiens, nommé çaturanga (chaturanga); la seconde, qui commence au VIe siècle de notre ère, est celle du shatranj ou jeu du Moyen âge; la dernière période ou période moderne commence au XVIe siècle.

Le çaturanga des Indiens et sa diffusion dans l'Ancien monde

Bien qu'il soit probable que l'origine du jeu d'échecs soit à rechercher en Chine, c'est en Inde, vers 570 apr. J.-C., que l'on rencontre la plus ancienne mention du jeu dont dérive l'actuel jeu d'échecs. Il s'agissait du çaturanga ou « jeu des quatre rois». L'échiquier se composait de soixante-quatre cases. Le jeu était joué par quatre personnes, chacun ayant un roi, une tour, un cavalier, un fou et quatre pions. Les deux joueurs vis-à-vis (jaunes et rouges) étaient alliés contre les deux autres (verts et noirs). 

Dans le çaturanga les points se décidaient en jetant les dés. Les pièces se plaçaient dans l'ordre suivant : dans le coin le fou, puis le cavalier, la tour et la roi. Les quatre pions étaient devant les pièces, comme dans le jeu actuel. Les pièces se mouvaient comme aujourd'hui, sauf les pions, qui n'avançaient que d'un pas au premier coup, et sauf les fous, qui sautaient diagonalement à chaque troisième case, en passant par-dessus la case avoisinante, sur laquelle ils n'avaient pas d'action. Il en résultait qu'ils ne pouvaient atteindre que sept cases sur l'échiquier outre celle qu'ils occupaient, et qu'aucun des quatre fous ne pouvait attaquer aucune des cases des trois autres. Les pions parvenus à la dernière ligne de l'échiquier se transformaient en tours ou en cavaliers. Un objet important pour chaque joueur était de diriger avec adresse son roi vers la case du roi allié. S'il réussissait à atteindre cette case avant que son allié lui eût joué le même tour, il prenait le commandement des deux armées. Après quoi son objet essentiel était de prendre les rois ennemis, gagnant ainsi la çaturaji, c.-à-d. remportant la victoire. 

Tel fut le primitif jeu des échecs, qui connut aussi en Inde ses plus grandes évolutions : abandon des dés (le seul recours hasard désormais se réduisit au choix de celui qui commencerait la partie); passage de quatre à deux joueurs. 
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La légende de Sissa

La plupart des écrivains persans et arabes, sur la foi de légendes indiennes, rapportent l'honneur de l'invention du jeu d'échecs à un brahmane nommé Sissa ou Sassa, fils de Dahir. Selon une de ces légende, qui est d'ailleurs plutôt un jeu mathématique, le roi de son pays avait demandé à Sissa d'imaginer un jeu capable d'occuper ses longues journées oisives en exaltant ses propres qualités morales et politiques.

Le roi fut tellement satisfait du résultat, qu'il proposa à Sissa de choisir lui-même sa récompense. Sissa, qui était un homme simple mais rusé, demanda qu'on lui offre autant de grains de blé que l'on en compterait en appliquant la règle suivante : sur la première case de l'échiquier ont mettrait un grain de blé, sur la seconde deux grains, sur la troisième quatre grains, et en doublant ainsi de suite le nombre de grains jusqu'à la soixante-quatrième case. 

Le souverain souscrit bien  volontiers à cette demande qui lui parut bien modeste... mais il ne put jamais la satisfaire, car ce que demandait en réalité Sissa s'avéra aller bien au-delà des possibilités du royaume. De fait, pour satisfaire Sissa, il aurait fallu 

soit de quoi remplir un grenier dont la base aurait 25 km de côté et la hauteur dépasserait 2 kilomètres. Même de nos jours, notre planète ne produit pas autant de blé!

Depuis l'Inde, le jeu se propagea selon plusieurs routes :  la première le fait revenir en Chine d'où, sous différentes variantes, il se diffuse en Corée et au Japon; une autre route, qui pourrait remonter au XIIIe siècle, le conduit jusqu'en Russie, via l'Empire mongol ou, peut-être, l'Empire byzantin, et ensuite en Europe du Nord (Scandinavie, Allemagne, Ecosse); selon une dernière route, qui finira par absorber les précédentes, le jeu arrive au VIe siècle (sous le règne de Khosroès Ier) en Perse, puis dans l'Empire arabe (VIIe siècle) et enfin, de là, en Europe du Sud (Espagne, Italie, France).

Firdousi rapporte dans le Shah Nameh ou Livre des Rois (XIe s.) que le roi de Hind envoya au roi Kisra Naushirwan un ambassadeur porteur d'un échiquier et s'engagea à se reconnaître son tributaire s'il parvenait à trouver le secret du jeu. Le premier conseiller du roi, Buzursmihr, après avoir réfléchi un jour et une nuit sur la probabilité de la marche des pièces, expliqua solennellement les règles devant la cour et l'envoyé stupéfaits.
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Joueurs d'échecs en Algérie.
Joueurs d'échecs en Algérie (vers 1900).

Le chatranj du Moyen âge et le jeu d'échecs dans l'Europe latine

Le jeu d'échecs persan et arabe.
Dans le jeu d'échecs que connaissent les Persans et les Arabes, l'échiquier et la marche des pièces restent les mêmes que dans le jeu indien, mais, outre que les forces alliées sont réunies d'un même côté, un des rois alliés se transforme en dame. La tour est transportée au coin de l'échiquier, et le fou placé comme aujourd'hui. La puissance des fous reste la même que dans le jeu indien. Quant à la dame, elle atteint seulement la case oblique la plus proche. Sa puissance s'étend lentement sur les cases de sa couleur. Les deux dames étant sur des cases de couleurs différentes ne peuvent entrer en lutte. Quand un pion atteint le bord opposé de l'échiquier, il se transforme en dame et non en une autre pièce. Dans ce jeu, la tour vaut environ deux fous, autant que la dame et le fou; le cavalier a une valeur intermédiaire. Il y avait deux manières de gagner la partie; la première était de donner l'échec et mat; la seconde consistait à prendre toutes les forces de son adversaire pourvu que l'on conservât soi-même une force, si petite qu'elle fût. 

Les Arabes et les Persans distinguaient les joueurs en cinq classes d'après les avantages qu'ils pouvaient s'accorder : le plus petit degré des avantages était de céder à son adversaire le trait; le second, de lui donner un demi-pion, c.-à-d. d'enlever le pion du cavalier de sa ligne et de le placer sur la troisième de la ligne de la tour; le troisième degré était de rendre le pion de la tour; le quatrième, celui du cavalier, etc. Les plus forts joueurs formaient la classe des Alujat ou des grandeurs. Il en existait rarement trois à la même époque. Ils pouvaient faire aux joueurs de seconde classe l'avantage d'un pion; à ceux de troisième classe, l'avantage de la dame, à ceux de quatrième, l'avantage du cavalier; à ceux de cinquième, l'avantage de la tour.

Plusieurs noms de grands joueurs de cette période nous sont parvenus, tels Al-Suli (Xe siècle) ou, Alaadin al-Tabrizi (XIVe s.). On sait aussi que les califes Haroun al-Rachid (VIIIe-IXe s.)et son fils Moutasim Billah étaient des amateurs éclairés.

Le jeu d'échecs dans l'Europe latine.
Vers l'an 800, Haroun al-Rachid offrit un jeu d'échecs en ivoire à Charlemagne; vers 1250, un prince bédouin offrit à saint Louis un autre jeu d'échecs, celui-ci en cristal de roche. Ces épisodes montrent l'ancienneté de l'introduction du jeu d'échecs en occident, et aussi la très haute estime dans laquelle il était tenu.

Les premier traités du jeu d'échecs en Europe remontent au XIIIe siècle. L'un fut rédigé à la demande du roi de Castille, Alphonse X le Savant, un autre est dû au moine Jacobus de Coesolis (Jacob de Cessoles), mais  son traité, divisé en vingt-quatre chapitres, paraît n'être qu'une compilation de divers manuscrits espagnols. Il est des plus médiocres. 

Pour en trouver de meilleurs, il faut attendre la fin du XVe siècle, époque où parurent les traités des deux premiers théoriciens des échecs connus, Francisco Vincent (Cent fins de parties) et Lucena; on trouve parmi les recommandations de ce dernier des préceptes comme celui-ci : 

" Si vous jouez le soir, à la chandelle, mettez-la du côté gauche; dans le jour, placez votre adversaire en face de la lumière, peur que sa vue en soit gênée. » 
C'est dans ce traité qu'apparaît la marche actuelle des pièces. 
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Van Leyden : le jeu d'échecs.
Le jeu d'échecs, par Lucas de Leyde (1508).

Le changement apporté au jeu du Moyen âge aura consisté dans l'extension de puissance du fou et de la dame, dans le droit des pions d'avancer d'un ou deux pas au premier coup, et dans la faculté de roquer.

La période moderne du jeu d'échecs

Le XVIe siècle.
En 1512, paraît au Portugal le traité de Damiano. Les six courts chapitres sur les débuts sont fort intéressants. Damiano donnera aussi son nom à une défense de début de partie.

Au début des années 1570, le plus grand joueur connu est le prêtre espagnol Ruy Lopez de Segura, théoricien  de l'ouverture dite partie Lopez ou partie espagnole, qui avait publié dès 1561 un traité in-4 de trois cents pages, rempli d'observations ingénieuses. Cependant, lors d'un tournoi international d'échecs (le premier du genre), organisé à Madrid en 1575, par le roi Philippe II d'Espagne, Lopez fut battu par l'italien Leonardo. Ainsi commença la longue succession de « champions du monde d'échecs-» (l'expression n'existait pas encore), qui s'est poursuivie jusqu'à nos jours. 

Le XVIIe siècle.
Même si les règles du jeu ne changeront pratiquement plus désormais, la théorie des échecs continue d'évoluer. Au début du XVIIe siècle apparut le traité du jurisconsulte italien, et autre grand joueur, Alessandro Salvio; il contient une histoire des échecs et renferme des parties très bien jouées : ce livre est à peine inférieur aux productions modernes. 

Carrera donna, en 1617, une laborieuse compilation qui manque d'originalité et parfois de correction. 

Très différent est le traité de Gioachimo Greco (1619), qui renferme beaucoup de parties brillantes et intéressantes à étudier. Il en existera très tôt plusieurs éditions françaises qui ont longtemps fait autorité. On y trouve plusieurs combinaisons célèbres, telles que le mat à l'étouffé. Greco, dit le Calabrais (1600-1634), était de basse extraction et vivait de son talent aux échecs.

Le XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle.
Le capitaine Bertin publia, en 1735, un in-8 de soixante-dix-huit pages; P. Stamma vint ensuite (1735-1745); sur ses cent « parties désespérées », il y en a une vingtaine de fort belles, mais quelques-unes sont incorrectes. 

Nous touchons ensuite à la plus brillante période de la littérature des échecs avant la période contemporaine. Elle se signale par le nom d'un des grands joueurs du temps, Kermur de Legal, mais surtout par celui d'un de ces élèves, qui le surpassa, François André Danican, dit Philidor. 
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Philidor.
François Danican, dit Philidor (1726-1795).

En 1749, Philidor, enfant des Lumières et de l'Encyclopédie, publia la première édition de son Analyse du jeu des échecs : ce livre fut considéré alors comme le nec plus ultra des traités et passe aujourd'hui encore comme contenant tout l'essentiel du sujet aux yeux des gens peu informés. Ses notes sont très instructives, et il contient de très belles analyses des fins de parties. Philidor excellait à faire manoeuvrer les pions, et son système était fondé sur eux : il les appelait l'âme du jeu des échecs

Un an après la parution de l'Analyse, parut à Modène un traité anonyme que l'on sut plus tard être d'Ercole del Rio. Lolli reprit cet ouvrage et le commenta en 1763 dans un traité excellent. En 1769, Ponziani donne à Modène son Guioco incomparabile. Il traite des ouvertures, des mats usuels, des positions des pions : c'est un des meilleurs livres écrits sur la matière. 
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Herpfer : joueurs d'échecs.
Joueurs d'échecs au XVIIIe s, par Carl Herpfer.

Le Traité des amateurs (Paris, 1775-1786) fut rédigé par les plus forts joueurs du café de la Régence : il contient de bonnes notes. 

En 1795, Johann Allgaier de Vienne donna un ouvrage sur les échecs : il se montra partisan excessif de l'école de Philidor, défendant comme lui de faire sortir le cavalier en avant des pions. 

En 1808, Sarratt, joueur anglais, édita deux volumes où il donnait une méthode systématique d'attaque et de défense. L'ouvrage passa pour très nouveau dans son pays, mais il est copié en grande partie dans Ponziani, Ercole del Rio, etc.

L'âge romantique.
Alexandre Deschapelles (1780-1847), général sous l'Empire, est un des bons joueurs du début du XIXe siècle. Il a pour élève La Bourdonnais, qui, lui, domine le monde des échecs tout au long des années 1830, malgré une joute de 88 parties, restée mémorable, et qu'il perd en 1834-1834, contre le britannique Alexander MacDonnell (1798-1835), longtemps considéré par les Anglais comme le plus fort joueur qu'ils aient jamais eu. 

Comme théoricien, La Bourdonnais a publié en 1833 un bon traité; au contraire de Philidor, il inaugure la méthode moderne, plus hardie, qui consiste à sacrifier pièces et pions pour obtenir une forte attaque. Il préfigure ainsi ce que l'on a appelé l'école romantique, dont le principaux théoriciens seront A. Anderssen (1818-1879) , Paul Morphy, et plus tard W. Steinitz (1836-1900).

Ouvrages et revues.
A cette époque, la littérature des échecs se développe de plus en plus. En Angleterre, Lewis, en 1831 et 1832, étudie d'une manière originale une série d'ouvertures; un peu plus tard, Walker, H. Staunton (le meilleur joueur d'échecs depuis la mort de La Bourdonnais) y ajoutent de grands développements, puis Kling et Horwitz publient à Londres un ouvrage sur les fins de partie.

Plus tard encore (1890-1892), Steinitz a commencé à New-York la publication d'un grand traité intitulé The Modern Chess instructor.

En 1837, Alexandre publia des tableaux synoptiques des ouvrages tant anciens que modernes; la Stratégie raisonnée des ouvertures du jeu d'échecs par Durand, Metton et Preti (2e éd.) paraît en 1867-1868.

En Allemagne, Silberschmidt, von Heydebrand und der Lasa, Max Lange, von Bilguer, font faire de grands progrès à la théorie. L'ouvrage de Bilguer intitulé Handbuch des Schachspiels (1843) va être pendant plusieurs décennies le meilleur traité d'échecs. Les premières éditions ont été publiées et actualisées par von Heydebrand und der Lasa. La septième édition, qui a paru en 1894, a été revue par Schallopp. 

En Russie, Joenisch publie en langue française (1842-1843) une analyse mathématique du jeu d'échecs qui sera fort estimée. 
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Hummel : Joueurs d'échecs.
Les Joueurs d'échecs, par Johann Hummel (1819).

Le jeu d'échecs a d'ailleurs fait de très grands progrès par suite de l'apparition de journaux spéciaux en langue française (le Palamède par La Bourdonnais, 1836, et Saint-Amand, 1841; la Régence par L. Kieseritzky, 1848, et Arnous de Rivière, 1856; la Nouvelle Régence par Journoud, 1864; la Stratégie par Jean et Numa Preti à partir de 1867), anglaise, allemande, hollandaise, danoise, italienne, espagnole et russe; en même temps, de grands journaux périodiques tels que l'Illustration publiaient des problèmes et des parties.

La seconde moitié du XIXe siècle.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les tournois internationaux ont pris un grand développement et ont servi à mettre en lumière les plus forts joueurs.

Des matchs analogues à ceux qui avaient opposé peu de temps auparavant Cochrane et La Bourdonnais ou La Bourdonnais et MacDonnell, par exemple, ont eu lieu entre Staunton et Saint-Amant, Harrwitz et Löwenthal (1853), Steinitz et Anderssen d'un côté, Blackburne et Zukertort de l'autre (1866, 1875, 1886), Zukertort d'un côté, Rosenthal et Blackburne de l'autre (1880, 1881), Steinitz et Tchigorine (1890). 

Quant aux tournois internationaux, le premier, initié par Staunton, fut tenu à Londres en 1851. Le joueur Adolf Anderssen, professeur d'allemand et de mathématiques à Breslau (né en 1818, mort en 1879), y remporta le prix. Il triompha de même au second tournois de Londres (1862).
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L'Immortelle
(Gambit du Fou du roi. Contre-gambit Bryan)

On a surnommé l'Immortelle la belle partie, typique de l'école romantique, disputée à Londres en 1851 par Adolf Anderssen, le meilleur joueur de son temps, et Lionel Kieseritzky, une des figures du café de la Régence à Paris. (On trouvera à la page de présentation du jeu d'échecs les principes de la notation algébrique employée pour décrire les parties).
 

Blancs
Noirs
1. e4
2. f4
3. Fc4
4. Rf1
5. F x b5
6. Cf3
7. d3
8. Ch4
9. Cf5
10. Tg1 
11. g4 
12. h4
13. h5
14. Df3 
15. F x f4 
16. Cc3
17. Cd5 
18. Fd6
19. Re2
20. e5 
21. C x g7+
22. Df6+ 
23. Fe7 (mat).
e5
e x f4 
Dh4+ 
b5
Cf6
Dh6 
Ch5
Dg5
e6
c6 x Fb5
Cf6
Dg6
Dg5
Cg8
Df6
Fc5
D x b2
D x Ta1
F x Tg1
Ca6
Rd8 
C x Df6 

Le cinéaste Ridley Scott a repris cette partie dans une scène de son film Blade Runner (1982) : la partie se joue d'abord à distance, et servira de prétexte à la rencontre entre les protagonistes.
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Blade Runner : la partie d'échecs.
Le fabricant d'androïdes Eldon Tyrell (Joe Turkel), affronte aux échecs
l'ingénieur généticien J. F. Sebastian, dans Blade Runner.

Anderssen était regardé comme le plus fort joueur du monde quand vint en Europe l'avocat américain Paul Morphy, âgé de vingt et un ans, qui avait triomphé à New-York l'année précédente (1857) des premiers joueurs des Etats-Unis. Il battit avec éclat en 1858 et 1859, à Londres et à Paris, Anderssen et les meilleurs joueurs d'Europe. On s'accorde à reconnaître alors qu'il n'y avait jamais eu de joueur aussi fort avant lui. (Il ne sera surpassé que de nos jours, par Garri Kasparov et, plus récemment, Magnus Carlsen).

Philidor avait déjà donné l'exemple du tour de force qui consiste à jouer deux parties à la fois sans voir l'échiquier. Morphy en joua huit dans les mêmes conditions et en gagna sept. Mais il renonça bientôt aux échecs : dans un deuxième voyage à Paris (1863-1864), il ne joua aucune partie. Il fut atteint un peu plus tard d'aliénation mentale et mourut le 10 juillet 1884 à la Nouvelle-Orléans à l'âge de quarante-sept ans. Ses parties ont été recueillies et publiées dans diverses langues par Lange, Löwenthal, Dufresne, Preti, Stanley et Frère.

Au congrès de Londres de 1872, le premier prix fut gagné par Steinitz, le second par Blackburne, le troisième par Zukertort. Ce dernier (né en 1842, mort en 1888) gagna les premiers prix aux tournois de Paris (1878) et de Londres (1883). Dans ce dernier, sur les vingt-trois premières parties qu'il joua, il en gagna vingt-deux et s'assura ainsi le prix par trois parties d'avance sur Steinitz. Mais en 1886, Zukertort fut battu aux Etats-Unis par Steinitz, qui gagna contre lui dix parties contre cinq, les cinq autres étant nulles. Mais Steinitz, digne successeur de Morphy qui avait été son inspirateur, a trouvé ensuite un redoutable adversaire dans Tchigorine, le père de l'école russe si brillante au siècle suivant, et surtout dans Edward Lasker (1885-1981), qui dominera la scène mondiale des échecs pendant près de trois décennies.

Citons parmi les autres congrès internationaux ceux de Paris (1867) auquel Anderssen ne prit pas part (1er prix Kolish), de Vienne (1873) (1er prix Steinitz), de Paris (1878), auquel Steinitz n'assista pas (Zukertort), de Vienne (1882) (Steinitz et Winawer ex aequo), de Londres (1883) (1er prix Zukertort). Il convient de dire qu'après la guerre de 1870, les joueurs français n'ont pas pris part aux congrès tenus en Allemagne. Les plus réputés des joueurs français sont, à la fin du XIXe siècle Arnous de Rivière et S. Rosenthal.

Le XXe siècle.
Lasker apparaît comme le dernier grand représentant de l'école romantique. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il va se confronter à une nouvelle génération de joueurs,  les « néo-romantiques », dont le Cubain Raul José Capablanca (1888-1942), peut se donner comme le chef de file. Après plusieurs séries de rencontres, Capablanca, supplante définitivement Lasker, dans les années 1920. D'autres champions s'imposent  à la même époque : Breyer, Réti (1889-1929), Nimzovitch (1886-1935), Efim Bogoljubov (1889-1952), Savielly  (Xavier) Tartakover (1887-1956), Max Euwe (1901-1981), etc. Capablanca sera finalement détrôné à son tour par le Russe émigré Alexandre Alekhine (1892-1946), figure dominante du monde des échecs jusqu'à sa mort.
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Partie d'échecs entre Tartakower et lasker.
Partie d'échecs entre Tartakover et Lasker, en 1924.
Ci-dessous : Capablanca et, à droite, Alekhine.
Capablanca.
Alekhine.

Dans le même temps, le monde des échecs continue de se structurer, avec la fondation, en 1924, à Paris, de la Fédération Internationale des Échecs (FIDE), qui compte aujourd'hui 175 pays membres, chapeautant ainsi autant de fédérations nationales. La Fédération française avait été fondée dès 1921 par Henri Delaire. C'est sous l'égide de la FIDE qu'ont été organisés de grands tournois internationaux. Les championnats du monde, et le titre qu'ils consacrent  désormais officiellement, existent depuis 1948 et se déroulent tous les trois ans. (Entre 1993 et 2006 a existé une autre fédération, fondée par Garri Kasparov et Nigel Short, l'Association Professionnelle d'Echecs ou Professional Chess Association (PCA), qui organisait aussi des championnats du monde, mais elle a fini par être absorbée par la FIDE).

Durant la seconde moitié du XXe siècle, le jeu d'échecs est devenu plus savant, plus complexe, non pas dans ses règles qui restent inchangées (à l'exception d'une nouvelle interprétation des règles concernant la promotion des pions), mais par sa théorie (on parle de théories « moderne » et « hyper-moderne »...).  Deux éléments marquants sont aussi à signaler pendant cette période : 

• D'abord, l'importance de l'école soviétique, qui règne presque sans partage sur le jeu . Parmi les grands joueurs de l'école soviétique, on peut citer tous les champions du monde de 1948 à 1972 : Botvinnik, Smyslov, Tahl, Petrossian et Spassky. Pendant cette période, qui est aussi celle de la Guerre Froide, la confrontation Est-Ouest passera également par les échecs, et l'on donnera un écho particulier à la confrontation de Spassky avec l'Américain Bobby Fischer, qui se terminera par la victoire de celui-ci. Les noms de Kortchnoï, Karpov, Polugaevsky, Kasparov, Kramnik, rappellent cependant que l'école soviétique / russe à continué de s'illustrer ensuite avec plusieurs nouveaux champions du monde.

• De nature toute différente, un second fait mérite aussi d'être évoqué : l'irruption de l'informatique dans le monde des échecs. Le premier programme d'ordinateur destiné à jouer aux échecs a été écrit en 1951 par Alan Turing. Mais le vrai pionnier dans cette matière un professeur de l'université de Stanford, John MacCarthy, à la tête de l'Artificial Intelligence Project, qui a placé le jeu d'échecs au coeur des interrogations sur la nature de l'intelligence humaine et de ses rapports avec l'intelligence artificielle.  MacCarthy est aussi à l'origine, avec Alan Kotok, du premier programme d'échecs réellement opérationnel, développé au MIT en 1962. Deep Blue a été, en 1997, le premier ordinateur a vaincre un champion du monde d'échecs lors d'un tournoi. Depuis, plusieurs ordinateurs plus puissants et dotés d'algorithmes encore plus performants, ont pris la succession de Deep Blue (Rybka, Hydra, Fritz, etc.). (GE.).

L'Humain contre la Machine
La confrontation de Kasparov et de Deep Blue (1996-1997)

L'année1997 marque un tournant dans l'histoire du jeu d'échecs. Pour la première fois, une machine, l'ordinateur Deep Blue, conçu par IBM, a battu à ce jeu un joueur humain, Garri Kasparov (né en 1963), longtemps considéré comme le meilleur joueur d'échecs de tous les temps (il a été détrôné en  2012 par Magnus Carlsen (né en 1990), qui deviendra champion du monde l'année suivante...).

La confrontation s'est déroulée en deux phases. En 1996, Kasparov a gagné 3 parties, en a perdu une, et deux parties se sont terminées par un pat. Mais en 1997, après que la machine ait été améliorée, c'est Deep blue qui est sorti vainqueur : 3 parties gagnées, deux perdues et une nulle.

Nous donnons ci-dessous la transcription de la 5e partie de 1997. Celle dans laquelle, confronté à une solide fin de partie de l'ordinateur, Kasparov n'a d'autre choix que de lui imposer le pat.
 

Blancs
Noirs
1.Cf3 
2.g3 
3.Fg2 
4.h3 
5.F x f3 
6.d3 
7.e4
8.Fg2 
9.F x e4 
10.Fg2 
11.Cd2 
12.De2 
13.c3 
14.d4 
15.h4 
16.Cf3 
17.C x d4 
18.Fg5 
19.O-O-O 
20.Dc2 
21.Rb1 
22.h x g5 
23.The1
24.Cf3 
25.Txd1 
26. Da4 
27.Te1 
28.Dc2 
29.c4 
30.D x g6 
31.b3 
32.Te6 
33.T x g6 
34.Ch4 
35.Fd5 
36.Te6 
37.c x b5 
38.Tg6 
39.Cf5 
40.C x g7 
41.Rc2 
42.Rc1
43.C x h5 
44.Cf4 
45.Rb1 
46.Te6 
47.Te3 
48.g6 
49.g7 Rb4 (pat).
d5
Fg4
Cd7
F x f3
c6
e6
Ce5
dxe4
Cf6
Fb4+
h5
Dc7
Fe7
Cg6
e5
e x d4
O-O-O
Cg4
The8
Rb8
F x g5
C6e5
c5 
T x d1 +
Cc4
Td8
Cb6
Dd6
Dg6
f x g6
C x f2
Rc7
Td7
Cc8
Cd6
Cb5
T x d5
Td7
Ce4
Td1+
Td2+
T x a2
Cd2
C x b3+
Td2
c4
Rb6
R x b5

Il aurait suffi ensuite (coup 50) que les blancs jouent g8=D. La meilleure solution aurait été alors pour les noirs de forcer le pat en jouant Td1+, puis Td2+ au coup suivant, etc. (répétition de trois mouvements). 
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Kasparov battu par Deep Blue.
Garri Kasparov, dépité à l'issue de sa dernière partie contre Deep Blue, le 11 mai 1997, à New York. (Source : JT d'Antenne-2 / INA).
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