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L'arbalète

L'arbalète, qui est quasiment oubliée depuis des siècles en tant qu'arme de guerre, est demeurée, ainsi que l'arc, une arme sportive.

L'arbalète se compose d'un arc, fixé par son milieu sur un fût de bois nommé arbrier. L'arbrier est creusé, dans une partie de sa longueur, par une rainure qui sert à diriger la flèche; il est terminé par une espèce de crosse que l'on appuie à l'épaule comme celle d'un fusil, pour viser dans la direction de la rainure; il est muni, vers son milieu, d'un disque d'os, d'ivoire ou de métal, appelé noix, dont le contour porte deux encoches : l'une pour recevoir la corde de l'arc, quand elle est tendue; l'autre pour arrêter l'extrémité d'un ressort de détente.  Dans certaines armes, le fût se trouve évidé en demi-cylindre pour servir de direction aux différentes espèces de trait. On se sert le plus souvent d'arbalètes à jalet, dont le fût porte un canon ou tube dans lequel on met une balle ou un caillou rond, et qui est fendu de chaque côté, de manière à laisser passer la corde.

Arbalète.
Arbalète à pied de biche (XVe siècle).

L'arbalète se tient comme un fusil : on l'élève de la main gauche et l'on appuie la crosse à l'épaule droite. L'index de la main droite appuie légèrement sur une gâchette, placée en dessous. Le projectile touche le milieu de la corde tendue; on vise : et en tirant la gâchette; on met en liberté la corde qui se détend violemment et lance au loin le projectile.

Le nom latin de l'arbalète au Moyen âge était balista. Le trait ordinaire lancé par l'arbalète était une flèche courte et solide appelée au Moyen âge carrel ou carreau, à cause de la forme carrée de son fer. On appelait ce trait vireton, quand les plumes ou le cuir dont il était empenné étaient inclinés sur l'axe de manière à imprimer à ce projectile un mouvement de rotation. L'arbrier, permettant d'adapter à l'arbalète des appareils de tension susceptibles d'emmagasiner une force très supérieure à celle que peut développer directement la main de l'humain, on put donner à son arc une grande énergie et à son tir une grande puissance. Le carreau de certaines arbalètes pouvait, dit-on, percer un madrier de six pouces d'épaisseur. 

Arbalète.
Arbalète à baguettes
(époque de Louis XIV).





Quand l'arbalète était une arme...
Bien que l'arbalète, c.-à-dire l'arc monté sur affût, paraisse avoir été en usage dans l'Antiquité, au moins comme machine de guerre de grande dimension et non portative, ce n'est qu'à une époque relativement récente que nos ancêtres ont employé cette arme telle que nous venons de la décrire. Il n'en est fait mention pour la première fois dans les armées européennes que vers la fin du Xe siècle. On n'en voit nulle trace dans la tapisserie de Bayeux, quoique un chroniqueur la mentionna à la bataille de Hastings en 1066. La princesse Anne Commène (1083-1148) parle, à son tour, d'un arc connu depuis peu, qu'elle désigne sous le nom de tzagra, mais ne dit pas clairement que ce fût l'arbalète. Vers cette époque, elle paraît s'être répandue promptement en France; déjà, sous Louis le Gros (1108-1137), l'usage en est général. En 1139, sous Louis le Jeune, un canon du concile de Latran défend de se servir d'une arme aussi meurtrière, entre chrétiens; on ne pourra en faire usage que contre les infidèles. Mais cette défense est bientôt éludée, car Richard Coeur-de-Lion; dès 1198, rend l'arbalète à ses gens de pied. 

Arbalète chinoise.
Arbalète en bambou de Chine.

Boleslaus, duc de Schweidnitz, introduit en 1286 le tir de l'arbalète dans ses Etats, et cette arme, adoptée avec faveur par les Allemands, atteint chez eux un haut degré de perfection. Les premières arbalètes reproduites par la peinture sont celles d'un manuscrit anglo-saxon du XIe siècle, qu'on peut voir au British Museum.

Le Moyen âge vit de nombreux modèles d'arbalètes; nous allons donner une idée des plus employés. L'arbalète à pied de biche portait un appareil de tension qui peut être regardé comme le plus ancien de tous. Il se se composait d'un levier articulé dont le petit bras muni de crochets saisissait la corde, la ramenait avec force en arrière et l'engageait dans la noix; quand on faisait violemment effort sur le grand bras. Cet appareil était généralement employé pour l'arbalète de cavalerie. Un cric ordinaire formait l'appareil de tension de l'arbalète à cric ou à cry, et en faisait une arme plus puissante que l'arbalète à pied de biche. 

Dans l'arbalète à tour appelée aussi de passe ou de passot, c'est au moyen d'une moufle que le soldat portait à sa ceinture, que s'opérait la tension de la corde. Pour cette opération, le fût présentait à son extrémité un étrier dans lequel le soldat soldat mettait le pied, afin de prendre un point d'appui. Cette arme moins maniable que les deux premières, mais supérieure en puissance, convenait surtout dans les sièges. L'arbalète à jalet, quoi qu'en ait dit le père Daniel qui l'a prise pour une arme de guerre, n'a jamais été qu'une arme de chasse. Elle lançait des balles de plomb ou de terre glaise, ou bien de petits cailloux. La corde en était pourvue d'une sorte de poche qui recevait le projectile. L'arbalète à baguette était en usage du temps de Louis XI. La tension de la corde s'opérait sous la poussée d'une baguette enfoncée dans la canon. Cette arme était lourde et dépourvue d'une grande force. Elle pouvait tirer un trait ou une balle, indifféremment. Nous mentionnerons enfin l'arbalète chinoise, que les soldats français rencontrèrent encore en face d'eux dans la campagne de 1860 en Chine, mais qu'ils ne trouvèrent plus, quelques années plus tard, pendant la guerre du Tonkin. Dans cette arme de construction très ingénieuse, un tiroir, mobile le long de l'arbrier, est disposé de telle sorte qu'il fournit de lui-même, à chaque coup, une flèche nouvelle, sans que le tireur ait besoin de recourir à son carquois. Cette arbalète à magasin peut porter jusqu'à vingt flèches.

Arbalétrier.
Arbalétrier, d'après une miniature 
des Chroniques de Froissart.
Arbalétrier Charles VII.
Arbalétrier
au temps de Charles VII.
L'arbalète, supérieure à l'arc comme arme de siège, lui était inférieure comme arme de campagne. Pendant  qu'un archer lançait dix ou douze traits, l'arbalétrier n'en pouvait guère tirer plus de trois. D'après Juvénal des Ursins, dans armée du duc de Bourgogne, en 1441, il fallait trois hommes et deux arbalètes pour réaliser le tir d'un seul arbalétrier, à qui deux aides étaient nécessaires pour charger ses armes et le couvrir d'un pennart ou bouclier. En temps de pluie, l'archer pouvait abriter facilement la corde de son arc, ce qui était beaucoup plus difficile à l'arbalétrier et cette circonstance eut une certaine influence sur la défaite des Français à Crécy en 1346. La nuit qui précéda la bataille avait été pluvieuse, et les cordes des arbalétriers génois,  alliés des Français, s'étant détendues, les mirent dans une situation d'infériorité marquée, en présence des archers anglais dont les armes avaient conservé toute leur puissance. L'arc avait encore une autre supériorité sur l'arbalète, c'est qu'il pouvait se tirer, l'arme tenue vertica lement, ce qui permettait à l'homme d'occuper moins de place dans le rang. 

L'arbalète a été en Europe l'arme de jet par excellence du Moyen âge. Elle ne disparaît que vers le milieu du règne de François Ier (1536), comme arme de guerre, et qu'au siècle suivant comme arme de chasse. Elle n'existe plus aujourd'hui qu'à l'état d'arme servant à des tirs sportifs, dans certaines sociétés d'arbalétriers amateurs, et dans les fêtes foraines.

Arbalétrier François I
Arbalétrier du temps de François Ier

L'arbalète de chasse.
Comme arme de chasse, l'arbalète a été longtemps employée, même après l'adoption des armes à feu. Elle avait l'avantage de tuer sans bruit et de ne pas effaroucher le gibier. Elle était encore en grand usage en France au commencement du XVIIe siècle pour le sport cynégétique. L'arbalète a connu un regain de faveur à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle quelques femmes du monde ont remis à la mode le tir de l'arbalète pour la chasse aux grenouilles sur le bord des étangs. Pour cet usage, le trait acéré était rattaché au fronteau de mire par un cordonnet de soie qui ramènait la proie lorsqu'elle est piquée. Ce jeu d'adresse, quoique cruel, fut en grande vogue dans les garden parties, donnés par les grandes mondaines.

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